HUMEURS DES CHAPRAIS

21 janvier 2017

Quand le monument Pergaud faillit disparaître 3° et dernier article 1942-1946

Nous l'avons évoqué dans le premier article consacré au monument Pergaud, c'est M. Charles Léger qui avait pris contact avec Antoine Bourdelle pour sa conception. Et dans un courrier qu'il adressa alors à ce commanditaire, le sculpteur Bourdelle écrivit : 

"En plusieurs séances de jour, sur ma table de salle à manger, en plusieurs longues séances de nuit, j'ai taillé dans le tuf souple, dans une sorte de limon blanc découvert dans l'angle d'un champ, dans un fossé au tournant d'un chemin de la Roche-Posay. J'ai taillé notre monument, et cette matière est Pergaud. Il naît du sol l'admirable ami de Goupil, que je relisais ce matin dans un frisson au sommet de la peau. Quel écrivain!- Ce petit modèle fera un bronze d'art ardent et maîtrisé. Vive Pergaud! Besançon, votre belle volonté, et j'ai tenu ma promesse de me hâter..".

Monsieur O. Chevalier rapporte, dans les années 50, ces propos, dans un article intitulé "La dernière oeuvre de Bourdelle".

Ce même auteur n'a pas manqué de noter par ailleurs, lors de l'inauguration du monument le 19 juin 1932, la décrivant comme un témoin qu'il semble avoir été : "La conception de Bourdelle a- nous devons le reconnaître- un peu déçu le public. On ne se représentait pas Pergaud en "poilu" agonisant, mais en paysan plein de vie et de santé, ivre de grand air, ami passionné de la nature et des animaux."

pergaud bourdelle 4

Donc, lorsque la fonctionnaire municipale répond au maire Henri Bugnet (lui même interrogé par le Préfet, suite à l'article paru dans le journal "Le Franciste", rappelons le), elle semble reprendre l'opinion qui prévaut alors concernant ce monument. Par contre lorqu'elle rapporte qu'il a été réalisé, après la mort de Bourdelle, "...d'après une toute petite maquette en terre cuite très mal interprétée..." cela ne semble pas correspondre en tous points à la réalité. Il est vrai qu'elle ne fait que rapporter, sans beaucoup de précautions, ce que lui aurait dit le conservateur. Le fondeur E. Rudier, ami de Bourdelle aurait pu, s'il en avait eu connaissance, apprécier ce jugement sur son travail! Par ailleurs, l'opinion rapportée de la veuve d'A. Bourdelle, semble être démentie par la suite. Mais passons, car il y a plus sérieux...

Le monument serait d'inspiration maçonnique : en cause les triangles qui semblent ponctuer la liste des oeuvres de Pergaud et le sceau de Salomon que l'on y retrouve.

pergaud signes maçonniques

C'est là qu'entre en scène, si l'on en juge par la correspondance échangée alors, la fille d'Antoine Bourdelle (conservée aux archives municipales de Besançon).  Rhodia Bourdelle indique clairement qu'elle agit également au nom de sa mère (souvenez-vous des  propos rapportés, dans le précédent article, qui exprimeraient son accord pour que le bronze soit fondu et remplacé par un monument en pierre...).

Rhodia Bourdelle aurait été alertée par Charles Léger des menaces qui pèsent sur ce monument enlevé fin 1941, avec les autres, sur ordre de l'administration française. Elle habite alors avec sa mère, 6 avenue du Maine, proche de la gare Montparnasse actuelle, maison devenue depuis le Musée Bourdelle, ouvert au public avec sa galerie, sa maison, son atelier  et ses dépendances. La mairie de Besançon avait alors pris contact avec la veuve d'Antoine Bourdelle.

Et nous pouvons retrouver, aux archives municipales l'échange de courrier qui semble s'étaler de 1943 à 1946, d'abord avec le maire de Besançon sous l'occupation,  l'avocat Henri Bugnet.

Ces différents courriers révèlent des éléments essentiels. Tout d'abord Rhodia parle en son nom mais aussi au nom de sa mère. Quel crédit donc apporter aux propos de la fonctionnaire municipale concernant la veuve d'A. Bourdelle?

pergaud sceau salomon

Ensuite Rhodia affirme que son père et l'écrivain Pergaud (selon C. Léger) n'ont jamais été franc-maçons. Et elle explique, schéma à l'appui, la confusion concernant la signature du sculpteur avec le symbole maçonnique :

"...on aurait trouvé sur le monument "des signes maçonniques". Le monogramme de mon père est le seul signe qui puisse se trouver sur ses monuments. C'est donc de lui qu'il s'agit. mon père composa ce monogramme lorsqu'il dut signer en abrégé une petite médaille (après la guerre de 14/18). Depuis, trouvant cette composition si décorative, il l'ajouta à toutes ses nouvelles oeuvres. Il plaça le de Bourdelle sur le d'Antoine, puis trouvant cela plus ordonné et sculptural, il enleva tout ce qui dépassait. Cela ressemble sans doute a des signes maçonniques.

J'ai grande envie de me composer un monogramme ressemblant à des signes chinois, peut-être me prendrait-on pour une petite chinoise, ce serait mignon tout plein."*

pergaud rhodia bourdelle explications signature 2

Il faudra attendre sa dernière démarche qu'elle évoque dans un courrier au maire de Besançon le 8 mars 1944, démarche couronnée de succès puisqu'elle est suivie, le 11 avril 1944, d'une lettre officielle du ministre de l'éducation Abel Bonnard indiquant que le monument est épargné!

Il sera enfin replacé au parc Micaud début avril 1946 et il sera officiellement réinauguré le dimanche 26 mai 1946 ( selon O. Chevalier)!

pergaud photo réinauguration monument pergaud

Sources : archives municipales ville de Besançon, Roger Chipaux membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de Vivre aux Chaprais.

 


14 janvier 2017

Quand le monument Pergaud faillit disparaître du parc Micaud 2° article 1941/1942

Nous sommes donc en 1941. La loi de Vichy du 11 octobre 1941,  ( voir à ce sujet l'article consacré à Flore, le 17 décembre 2016, sur ce blog), destinée à récupérer des métaux non ferreux, pour le compte de l'occupant allemand, va être appliquée avec rigueur.

Pourtant, le 7 novembre 1941 la commission départementale est réunie à Besançon afin d'étudier les monuments, érigés dans des espaces publics, qui doivent être envoyés  à la (re)fonte ou, tout au contraire être conservés. Est inscrit comme devant échapper aux fondeurs, le monument  Pergaud ( avec, entre autres Flore)!

Mais, assez brutalement, fin décembre 1941,  Pergaud est retiré du parc Micaud  (comme 9 autres bustes, statues ou monuments, sans oublier Flore).

Ci-dessous le monument fontaine Jouffroy d'Abbans, situé entre le pont Battant et l'église de la Madeleine qui a été refondu. Il sera remplacé, en 1946 par une réplique, plus modeste, en pierre, réalisée par un sculpteur parisien, Jean Jegou puis déménagé avenue d'Helvétie.

Jouffroy 11 bis (2)

Nous retrouvons rapidement sa trace, début 1942 sur les chantiers Pateu de la rue de la Mouillère. On l'aperçoit dans la neige sur une photo retrouvée aux archives municipales. Il est, a priori, en bonne compagnie, avec Proudhon et Jouffroy d'Abbans.

statue jouffroy pergaud (2)

Photo archives municipales : tous droits réservés.

Et lors du conseil municipal du 23 janvier 1942, le maire Henri Bugnet annonce: "Pergaud qui est encore sur le chantier de la Maison Pateu va nous être rendu" .

Cette annonce provoque, dès le 15 février 1942,  l'indignation du journal vichyste de la  collaboration, Le Franciste" qui indique sous le titre "Un cadeau inopportun":

"Il est probable que l'Administration a reconnu au monument une valeur particulière pour le soustraire ainsi à la refonte; dans ce cas, il convient de révéler en quoi réside cette valeur.

Le "monument Pergaud" est un monument d'inspiration maçonnique.

pergaud aujourd-hui signes maconniques (2)

Les côtés s'ornent de nombreux triangles et signes indéchiffrables aux profanes, ainsi qu'un hexagramme dit "sceau de Salomon".

pergaud aujourd-hui triangle de salomon-1 (2)

Quant au style du monument, les artistes sincères s'accordent pour reconnaître que c'est une véritable horreur.

Il faut que l'on sache aujourd'hui qu'il n'y a pas de place dans la France nouvelle pour des monuments de cette sorte. La remise en place par la municipalité de Besançon de cet échantillon de propagande maçonnique équivaudrait à une provocation intolérable, véritable insulte à l'esprit de révolution.

La franc-maçonnerie juive ne souillera plus les monuments de France de ces signes symboliques".

Le Préfet du Doubs qui a pris connaissance de cet article s'alarme quelques jours plus tard (le 24 février) et demande au maire de Besançon des explications. Celui-ci, en l'absence des Conservateurs de la ville, se tourne alors vers une spécialiste qu'il a sous la main, en l'occurrence une professeur de l'école municipale des Beaux Arts, bibliothécaire adjointe. Elle lui fournit un rapport que le maire, très prudemment, cite entre guillemets dans sa réponse au Préfet dès le 10 mars 1942 (comme s'il voulait se démarquer, disant en substance, voici ce que ma spécialiste m'a écrit...).

"Cette oeuvre au point de vue artistique est de médiocre valeur, son seul intérêt provient de ce qu'elle est signée BOURDELLE. Or, dans une conversation que M. A. -(le nom est cité en toutes lettres, mais nous avons choisi, malgré le temps écoulé depuis 1942...de ne pas le rapporter, les héritiers éventuels qui demeureraient, aujourd'hui encore, à Besançon, n'étant pas responsables des positions de leurs aïeux sous l'occupation)-ancien conservateur adjoint du musée, avait eue, à Paris, en janvier 1942, et dont il m'avait fait part, madame BOURDELLE lui avait appris que le bronze de Pergaud était une oeuvre posthume, exécutée d'après une toute petite maquette en terre cuite, et très mal interprétée. Elle voyait sans déplaisir le remplacement de ce bronze par une statue de pierre réalisée avec art et traduisant mieux l'idée créatrice de Bourdelle (à noter que la loi du 11 janvier 1941  offrait cette possibilité, la réplique ou copie en pierre étant financée par le prix du bronze récupéré soit, alors, 30 F le kilo).

Si j'ai bonne mémoire, Bourdelle accompagnait toujours sa signature d'un signe maçonnique. Mais il est certain que le dos de la statue Pergaud est couvert d'un nombre beaucoup plus grand d'inscriptions de ce genre.

Je crois qu'il sera utile d'en référer aux Musées Nationaux ou à l'administration des Beaux Arts et je peux écrire à M. Hautecoeur à ce sujet".

Donc, pour nous résumer, deux accusations graves, certes de nature  différente, sont portées contre Bourdelle et Pergaud: le monument Pergaud est moche, la veuve même de son auteur l'a dit!

Bourdelle a parsemé (signé) ce monument de symboles maçonniques et il est franc-maçon.Ce qui, à ce moment là de l'Histoire où ces lignes sont écrites, est relativement grave de conséquences.

Nous reprendrons la suite de ce feuilleton lors du prochain billet publié samedi 21 janvier 2017 : nous verrons ce que disait Bourdelle de son travail; nous prendrons connaissance de la position de madame Bourdelle et de sa fille; nous constaterons que Pergaud et Bourdelle n'étaient pas franc-maçons et expliquerons les symboles qui figurent sur ce monument.

Et nous saurons, enfin, comment ce monument, après plusieurs rebondissements, nous est parvenu tel qu'on peut le voir, encore aujourd'hui, dans le parc Micaud.

Sources : archives municipales de la ville de Besançon.

Plus de 119 000 lecteurs et 181 120 pages lues! Ce sont les chiffres atteints le 18 janvier 2017, pour ce blog. Merci à tous nos lecteurs! Et n'oubliez pas que ce blog est également le vôtre : commentez, réagissez, faites nous des suggestions afin de l'améliorer et également nous permettre de poursuivre nos études sur l'histoire des Chaprais.

07 janvier 2017

Quand le monument Pergaud faillit disparaître du parc Micaud... 1er article

Pour ce premier billet de l'année (le précédent, concernant la Croix de Palente, a été mis en ligne le 31 décembre 2016....), nous vous proposons de nous intéresser au monument Pergaud du parc Micaud. Pourquoi cet intérêt, en cette saison, pour un monument situé dans un parc?.. Tout simplement il s'agit d'abord de poursuivre le récit commencé sur ce blog, avec Flore,  le 16 décembre dernier. Et pourquoi donc en ce moment? Parce que l'enlèvement, pour refonte, des monuments sous l'Occupation se serait produit la 3° semaine de décembre 1941 (leur sort ayant été évoqué dès la réunion d'un conseil municipal de janvier 1942.

pergaud aujourd'hui 1

Précisons de suite que nous sommes certains, puisque nous en avons retrouvé les preuves dans les archives municipales de Besançon, que 7 statues ou monuments bisontins ont bel et bien été retirés (M. Bernard Carré, membre du groupe Histoire, Patrimoine Mémoire des Chaprais, après avoir précisé  le calendrier des ces événements, précise même, que pour Flore, la statue avait été arrachée de son socle...). Ils ont été refondus sous la responsabilité du Groupement d'importation et de répartition des métaux qui gère ces opérations. On n'insistera jamais assez sur le fait que c'est une loi de Vichy (11 octobre 1941) qui, certes, sous la pression  des occupants allemands, organise avec son administration, cette opération.  Donc écrire, comme nous l'avons fait nous-mêmes, (dans un article consacré au monument Proudhon), que ce sont les allemands qui  ont fondu ces statues et monuments, procède d'un raccourci un peu sommaire.

Parmi les 7 concernés, 2 étaient érigés aux Chaprais : le général Jeanningros (voir l'article que nous lui avons déjà consacré) et Proudhon (idem, mais nous y reviendrons, dans un prochain article, afin d'apporter de nouvelles précisions).

Et deux autres avaient également été retirés, mais ont échappé à la refonte : Flore et Pergaud.

Ce monument  consacré à Louis Pergaud a été réalisé d'après une maquette d'Antoine Bourdelle.

pergaud aujourd'hui signes maçonniques

C'est M. Charles Léger qui l'aurait demandé à Bourdelle.  Charles Léger (1880-1948) est un ami de Pergaud (il a rédigé sur celui-ci une biographie). C'est aussi un historien et critique d'art ( il a écrit, entre autres, dans une petite collection intitulée Les Maitres de la peinture, collection dirigée par Georges Besson, l'ouvrage sur Courbet). Il est à l'initiative, sinon partie prenante, d'un comité constitué à Paris comme à Besançon en vue d'ériger un monument pour le cinquantenaire de l'écrivain. D'ailleurs, lors de son inauguration, en grandes pompes, en présence de deux ministres ( le ministre de l'Education Nationale M. de Monzie et le ministre du commerce M. Jules Durand), le maire de Besançon, Charles Siffert dans son discours rend  hommage à M. Charles Léger et évoque le sculpteur :

"...L'illustre artiste n'est plus là pour recevoir notre profonde gratitude...

Reportons nos respectueux hommages sur son admirable compagne,madame Bourdelle et son distingué collaborateur, M. Rudier qui ont voulu que la maquette laissée par le maître fut exécutée en bronze et édifiée selon ses désirs dans notre cité". Précisons qu'Eugène Rudier est alors un fondeur célèbre et ami, entre autres, de Bourdelle.

Ci-dessous : la "une" du journal Le Petit Comtois. Ce journal rend compte sur 2 pages complètes et 4 colonnes en page 3 de l'inauguration du monument. A la "une" les photos des ministres M. de Monzie et M. Jules Durand; de M. Charles Siffert, le maire de Besançon et une photo du monument.

pergaud Petit Comtois 20 juin 1932

 

Pourquoi le choix de Besançon plutôt que Belmont son village natal. M. Charles Siffert répond, toujours dans le même discours  que Louis Pergaud n'est né à Belmont que parce que son père y était instituteur et qu'il quitta ce village à l'âge de 6 ans. Il passa son adolescence au gré des affectations de son père, à Nans sous Saint Anne, Guyans-Vennes et Fallerans .

Mais"...en réalité, c'est à Besançon que Pergaud a passé les années, sinon les plus heureuses de sa vie, du moins les plus fécondes"...Son père qui voulait que son fils devienne également instituteur, l'avait envoyé à l'école primaire supérieure de l'Arsenal de Besançon. Il passera le concours d'entrée à l'école normale d'instituteurs de la rue de la Madeleine...vous connaissez la suite...

Et pourquoi ce choix d'emplacement, pour ce monument?

D'après ses biographes, cités par le maire, Louis Pergaud venait "...s'asseoir dans ce jardin Micaud pour y poursuivre ses méditations et ses rêveries"...(il avait alors perdu, en quelques semaines, son père et sa mère).

 

Ci-dessous : la "une" de l'Eclair Comtois...rien sur l'inauguration du monument évoquée seulement en page 2 sur 3 colonnes.

 

pergaud éclair comtois 20 juin 1932

pergaud éclair comtois p2 20 juin 1932

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chers lecteurs, vous allez penser, pour sûr, que nous sommes en train de vous noyer dans les détails!... Mais dans les épisodes qui suivront, vous comprendrez pourquoi nous nous sommes attardés sur Antoine Bourdelle, son épouse, et sur M. Charles Léger! Ces deux derniers, Antoine Bourdelle étant mort en 1929, joueront un rôle fort important sous l'occupation afin d'éviter que "notre" monument Pergaud soit envoyé à la refonte....

Sources : archives de la bibliothèque municipale de la ville de Besançon et son site numérisé Mémoire Vive.

 

 

31 décembre 2016

Rendez la nous!

Pendant presque un demi siècle (1950-1999), les Chaprais furent privés d'un de ses monuments, véritable symbole pour les habitants, la statue Flore! Sacrifiée au temps du "tout automobile", véritable empêcheuse de tourner en rond autour de sa fontaine, elle fut retirée puis envoyée en exil sur un parking de Palente. Les habitants de Palente n'avaient pourtant rien demandé!

Or savez-vous qu'un autre élément du patrimoine des Chaprais, tout aussi  symbolique, plus ancien que Flore, est aussi parti à Palente?

Il s'agit de la croix en fer forgé qui coiffait l'église Saint Martin des Chaprais, dans sa première version, datant de 1825, celle de l'architecte Lapret. Certes, ce n'est pas un scoop, puisque cette information figure sur la bâche qui dissimule l'échafaudage de protection, devant l'église même.

croix de palente photo 2

Photo Alain Prêtre (DR)

Et madame Eveline Toillon l'indique dans son ouvrage célèbre sur "Les rues de Besançon". C'est d'ailleurs grâce aux renseignements complémentaires aimablement communiqués par cette historienne que nous pouvons évoquer de façon plus précise, les circonstances de ce départ à Palente, au rond point intitulé " la Croix de Palente".

En 1983, madame Toillon soucieuse de dater l'apparition de cette rue de "la Croix de Palente", au carrefour de la rue de Belfort et de la rue de la Corvée, entre en contact avec l'abbé BOURDIN. Cette rue a été baptisée de ce nom, en 1929, précise-t-elle. Elle cherche à connaître quelle était la croix qui était implantée là . Elle précise qu'elle figure déjà sur le plan de Besançon de 1883, sous ce nom, à l'emplacement actuel. Et elle indique, dans son livre : "Nous ne savons pas si elle marquait les confins d'une propriété ecclésiastique ou si c'était une croix de mission...". L'abbé répond alors (en 1983),  à madame Toillon ,qu'il ne sait plus exactement quelle croix, à l'origine, a provoqué ce nom. Mais c'est bien lui, alors qu'il vient d'être affecté à la paroisse des Chaprais, qui a organisé, en 1948, ce transfert.

Pour bien comprendre les événements, il faut revenir à la première église, celle de 1825.

eglise saint martin 2 001

Dès 1904, cette église s'avère être trop petite. Elle est alors transformée, avec entrée par la rue Baille.

église Saint-Martin des Chaprais 1904

Est-ce à cette époque que la première croix est remplacée? Ou est-ce à l'occasion de la seconde transformation (on revient à l'entrée par la rue de l'Eglise), entre 1927 et 1930, sous l'autorité de Nasousky ? (voir à ce sujet le premier article publié sur ce blog, le 31 août 2013 consacré à cette église et cet architecte : saisir dans la rubrique Rechercher, "Nasousky").

église saint martin des chaprais en construction

L'église est encore en construction : on remarquera au 1er plan, sur cette carte

les "pierres fabriquées" d'Alfred Nasousky. Dans le même temps il construit une

église au Havre.

Toujours est-il que cette première croix est retirée puisque le clocher a été surélevé et qu'elle restera, semble-t-il, adossée à un mur du presbytère. Nous ne savons pas ce qu'est devenu le coq qui apparaît sur les cartes postales de l'époque et qui la surmontait.

église clocher verdure 2

Le clocher actuel et sa croix

Au mois d'octobre 1948, une Mission est conduite à Besançon par les Dominicains de Strasbourg, les Pères Spitz, Fritsch et Barth. L'abbé Bourdin saisit alors l'occasion pour implanter, en grande cérémonie, "notre" croix de Saint Martin des Chaprais, là où elle se trouve toujours aujourd'hui.

Voici ce qu'il écrivait, à ce sujet,  dans le Bulletin paroissial des Chaprais (n° 498 - novembre 1948) :

"Parmi les manifestations extérieures, celle qui a le plus profondément ému notre quartier, ce fut certainement le triple chemin de Croix qui nous a réunis, à la Croix de Palente, où se dresse maintenant, sur un socle de pierre, la croix de l'ancien clocher de la paroisse. Per crucem ad lucem. C'est par la Croix que nous parviendrons à la lumière. Vous l'avez bien compris et c'est pourquoi si nombreux, le dimanche 24 octobre, vous avez médité la Passion du Sauveur en parcourant les rues de nos quartiers où des mains pieuses avaient élevé des stations fleuries...".

Bien que peu visible aujourd'hui sur son rond point, cachée en partie par la verdure, cette croix est très bien là où elle est. Et l'intitulé provocateur de ce billet n'est qu'un clin d'oeil amical adressé, à l'occasion de cette nouvelle année, à nos amis de Palente.

croix de palente photo A

Plus que jamais, que vive en cette année 2017, le patrimoine des Chaprais!

Sources: madame eveline Toillon, archives municipales. Photos A. prêtre. Merci à tous pour l'aide apportéeP

M. Alain Prêtre, membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de Vivre aux Chaprais, nous avait communiqué une photo de Flore illuminée, afin de vous souhaiter un bon noël. Il vous offre cette fois ce photo montage d'une rencontre improbable, hors des Chaprais, de la déesse Flore et du divin marquis du pont Battant. Merci.

voeux 2017

 

24 décembre 2016

Victor Delavelle et les Chaprais

En introduction aux deux séances du café histoire consacré à la place Flore (les 8 et 15 décembre dernier, au bar Flore), M. Christian Mourey, membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de notre association a souligné, entre autres, le travail réalisé, à la fin du XIX° siècle par les maires de Besançon. En l'occurence Gustave Oudet qui fut maire de 1872 à 1881 (il sera élu sénateur en 1876), puis Victor Delavelle qui, lui, ne restera maire que 3 ans, de 1881 à 1884, avant de démissionner.

delavelle plaque de rue (2)

Le nom de Victor Delavelle a été donné à une rue des Chaprais. Mais, à notre connaissance, il n'y a jamais résidé. En fait on sait peu de choses sur lui. Il est né en 1826 et était notaire.Il est décédé en 1907 (la plaque de rue -voir la photo ci-dessus- indique 1919 comme date de son décès. Il s'agit d'une erreur signalée à la ville. Une nouvelle plaque a été commandée) . Il fut, dans un premier temps, adjoint au maire Louis Joseph Fernier (maire de 1870 à 1872). Et il allait, en devenant le premier magistrat de notre cité, être le premier des maires (à Besançon) se réclamant des radicaux socialistes et qui se succéderont ensuite jusqu'en 1912.

rue delavelle 3 maison agriculture

delavelle vue rue déc 2016 (2)

 

 

 

 

 

Ci-dessus la Maison de l'Agriculture, rue Delavelle, 1915

Si une loi de 1876 (12 août) a bien rétabli les élections des maires et adjoints, par les conseils municipaux, des exceptions subsistent pour les chefs lieux de département, arrondissement et cantons: c'est le Président de la République qui nomme le maire et ses principaux adjoints choisis parmi les conseillers élus (une loi du 28 mars 1882 supprimera ces exceptions, sauf pour Paris où le premier maire élu le sera seulement en...1977).

 

 

 

Donc Victor Delavelle est nommé par décret du Président de la République Jules Grévy, sur proposition du Ministre de l'intérieur et des cultes, Constans. Et il est installé solennellement par le Préfet du Doubs, le 1er février 1881, qui déclare alors : "...C'est avec la plus grande satisfaction que j'ai accueilli le désir que vous m'avez exprimé et que j'ai présenté à la nomination de M. le Président de la République des hommes qui avaient votre confiance"...

delavelleportrait

Cette confiance n'est cependant pas totale puisque de nombreuses turbulences  devaient traverser son court mandat. Et les Chaprais en suscitent quelques unes...ne serait-ce qu'à propos des nouvelles avenues (Fontaine-Argent, Denfert Rochereau) qui doivent être créées.

Rappelons que l'année précédente, en 1880, le faubourg des Chaprais est intégré à la ville et les barrières d'octroi déplacées. Ce qui explique le nombre de pétitions adressées en 1881 au conseil municipal par les chapraisiens qui exigent d'avoir les mêmes équipements que le centre ville en matière de : pavage des rues,  construction de trottoirs, distribution d'eau potable, système d'égouts et d' éclairage public. Pratiquement aucun conseil municipal ne se réunira alors, sans que soit évoquée une question concernant les Chaprais!

Dès la séance du conseil municipal du 4 mai 1881, un incident survient. Le compte-rendu officiel indique :

"Déclaration de M. le Maire.

"Messieurs,

Des bruits ont été répandus d'après lesquels je suis représenté comme possédant aux Chaprais des surfaces de terrain importantes, soit par moi-même, soit par les miens, soit en société avec d'autres propriétaires, et la conséquence qu'on est amené à en tirer, c'est que j'aurais intérêt à me prononcer en faveur de tel tracé plutôt que tel autre dans les questions de chemins ou de nouvelles voies à ouvrir dans cette partie de la banlieue.

Je tiens à déclarer devant vous mes chers collègues, que ces bruits ne reposent sur aucun fondement sérieux. Il est bon que vous sachiez,- il faut que je le dise une fois pour toutes, non pas pour me défendre contre des insinuations que je méprise, mais parce que mon action comme administrateur et la vôtre comme assemblée délibérante doivent être dégagées de tout soupçon de partialité, - que je ne suis propriétaire ni directement, ni indirectement, d'aucun terrain aux Chaprais, ni à la Butte, et que dans ces deux parties de la banlieue je n'ai aucun intérêt personnel de quelque nature qu'il soit."

Le Conseil accueille cette déclaration de M. Delavelle avec la respectueuse sympathie que commandent des scrupules aussi légitimes et aussi honorables."

Et le conseil reprendra ses travaux.

C'est  en décembre 1881, sous Victor Delavelle, que 24 des principales rues des Chaprais sont enfin officiellement  baptisées.

delavelle plan 1 vertical

delavelle plan 2 modifié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ces plans établis en 1883, on constate le développement des Chaprais

 

Alors, pourquoi Victor Delavelle démissionne 3 ans plus tard en 1884 (année qui voit l'achèvement de la fontaine Flore)?

En 1884 (24 août), lors d'une séance du conseil consacré à l'examen des finances, le rapporteur de cette commission (présidée par le maire) relève des irrégularités "qui n'entraînent en aucune façon, la responsabilité même morale de l'Administration de la ville, mais qui, selon le désir de la commission, ne devront pas se reproduire pour les exercices ultérieurs".

En cause, les services de la voirie. "...Vous avez à ce titre des dépenses considérables votées et payées dont l'emploi a eu lieu sans aucun contrôle possible, sur les simples désignations des agents"...

Aussi, face à la fronde d'une partie du conseil municipal, "M. le Maire engage le Conseil à changer l'Administration s'il n'a plus confiance en elle".

Le compte administratif est cependant approuvé. Mais Victor Delavelle démissionne une première fois.

Le 5 septembre 1884, il est procédé à l'élection d'un nouveau maire, conformément à la loi de 1882. Victor Delavelle est réélu au 2° tour de scrutin par 14 voix contre 10 à M. Bouvard. M. Nicolas Bruand est élu 1er adjoint. Mais la crise ne semble pas apaisée pour autant. Et lors des conseils municipaux des 24 et 25 septembre, puis du 1er octobre 1884, Victor Delavelle figure parmi les absents excusés. De nouveau démissionnaire, c'est son premier adjoint qui est élu maire de Besançon. Il était alors le doyen d'âge du conseil (72 ans). Victor Delavelle restera tout de même au conseil municipal jusqu'en 1888 (même s'il n'y siégera plus dès juillet 1887). Il présidera même la commission de l'administration et celle des finances.

C'est sous son mandat que naîtra le journal Le Petit Comtois,dont le premier n° paraît le 1er août 1883.

petit comtois n°& 1 08 1883)

Il est fondé par son beau-frère, l'avocat Jules Gros, qui sera député du Doubs de 1885 à 1889. Victor Delavelle est partie prenante de ce nouveau quotidien qui affiche en sous-titre : Journal républicain démocratique quotidien.Ce journal, racheté ensuite par la famille Millot, était en fait le porte parole du parti radical socialiste de l'époque. Il se caractérisait par un anticléricalisme virulent.  Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point lorsque nous évoquerons la famille Millot et les Chaprais.

Ajoutons que Victor Delavelle comme plusieurs de ses successeurs étaient des membres éminents voire des responsables de la loge maçonnique bisontine Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié réunies, loge qui était alors très influente.

Quant à Nicolas Bruand, maire de 1884 à 1888, nous aurons l'occasion de reparler de lui puisque, comme Victor Delavelle, une rue des Chaprais porte également son nom.

 Sources : archives municipales.

Se reporter également au billet écrit le 24 janvier 2015 concernant la Maison de l'agriculture rue Delavelle et à l'article publié sur le site de l'association sur la rue Delavelle.

Et pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année, cette photo réalisée par Alain Prêtre, de la place Flore illuminée. Bonnes fêtes à tous.

 

flore illuminée

 

 

 

 


17 décembre 2016

Quand Flore a failli disparaître!....

 

 

flore bar flore

 

A l'occasion du café histoire des 8 et 15 décembre 2016, cet épisode peu connu de l'histoire de Flore a été abordé.

Photo ci-dessus : lorsque Flore quitta son emplacement provisoire de la place de la Liberté, pour sa vraie place, le 18 décembre 2013, elle s'arrêta au bar Flore afin d'y boire une boisson chaude.

 

flore socle place lib (2)

Photo ci-dessus: Flore en cours de réinstallation plce de la liberté juin 2012

 

Car Flore, la voyageuse, a failli ne pas se remettre d'un petit voyage(?) durant l'occupation allemande! Elle aurait dû être fondue comme d'autres sculptures et monuments en bronze à Besançon,et dans toute la France! Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point d'histoire puisque nous avons découvert, aux archives municipales de Besançon des documents fort intéressants...

Mais revenons à notre déesse. Tout va très vite comme l'attestent les 3 documents reproduits ci-dessous indiquant la composition de la commission préfectorale du Doubs chargée de l'application de la loi du 11 octobre 1941, la convocation de cette réunion puis son compte-rendu.

flore enlévement statues 3

flore composition commission enlèvement des statues (3)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

flore statue liste enlevée sous l'occupation (2)

 

Tout semble donc bien commencer pour elle puisque la commission départementale de sauvegarde des œuvres d’art et historiques, réunie le 13 novembre 1941 à la Préfecture du Doubs, indique qu'il convient de la conserver. D'autant plus que son poids reste modeste par rapport à d'autres monuments bisontins. Mais «  par lettre en date du 11 décembre 1941, l’ingénieur en chef de la circonscription de Dijon des Industries Mécaniques notifie à la Ville la décision du Comité instauré au Secrétariat des Beaux Arts d’enlever non seulement les monuments condamnés par la Commission départementale mais également tous ceux dont elle demandait la conservation ou le remplacement ». Et la statue Flore a été déboulonnée, certainement fin 1941, à la suite de cette décision!

Une lettre officielle du Groupement d'Importation et de Répartition des Métaux est adressée le 4 août 1942 au Maire de Besançon, H. Bugnet, qui indique en substance "En réponse à votre lettre du 18 août 1942, nous avons l'honneur de vous informer que nous sommes d'accord pour remettre sur son socle la Fontaine Flore. Nous chargeons la maison Danzas de votre ville de rechercher une entreprise susceptible d'exécuter ce travail délicat».

Ce courrier est confirmé par celui de l'entreprise Danzas, en date du 31 août, adressée au Maire, au sujet de cette remise en place. 

flore statue danzas à remettre août 1942 (2)

Mais, patatras, branlebas de combat, le même Groupement d'Importation et de Répartition des Métaux écrit, quelques jours plus tard, au Maire de Besançon le 7 septembre 1942, ce n'est plus sûr, il convient de surseoir à la réinstallation de Flore. " Suite à notre demande, M. l'Ingénieur en chef d'Etat, chef de la circonscription de Dijon nous a fait connaître qu'il était entièrement d'accord pour que les statues de Flore et de L. Pergaud soient remises en place par nos soins.

Toutefois cet ingénieur nous avise qu'il y a lieu de surseoir à cette mesure, les commissions devant se réunir à nouveau pour réexaminer les œuvres conservées (en exécution de la D.M. en date du 14 août 1942 du Ministère de l'Education Nationale adressée aux Préfets).

Nous vous saurions gré de vouloir bien nous tenir au courant de la décision qui sera prise à la suite de ce nouvel examen"....

On remarquera au passage que le 7 septembre, le Groupement ne semble pas être au courant de la Décision Modificative en date du 14 août. Ou alors, en ces temps d’occupation, est-ce que ce n’est pas parce que  les arcanes de l’Administration Centrale étaient longs ? Et si le ministère de l'Education Nationale est impliqué, c'est parce  le secrétariat d'Etat aux Beaux Arts lui est alors rattaché.

Dans le même temps, l'entreprise Pateu Robert (voir à ce sujet les deux billets consacrés à l'histoire de cette entreprise) établit un devis détaillé pour la pose de Flore au sommet de la fontaine du même nom, d'un montant de 1 375 F.

Jugez plutôt : "Un camionnage de l'Ecole des Beaux Arts à notre dépôt rue de la Mouillère pour y effectuer les réparations y compris temps passé au chargement et déchargement (90 F);

Réfection des équerres et boulons de scellement cassés (150 F);

Un camionnage de notre dépôt à la place Flore y compris temps perdu au chargement et déchargement (75 F);

Repose de la statue à grande hauteur y compris équipement des appareils de levage; descellement des boulons cassés scellements neufs et calfeutrements; fourniture de ciment et sable (850 F);

Location de matériel de levage y compris jarretières, cordes à main et matériel divers (150 F);

Un camionnage pour ramener le matériel à notre dépôt, le ranger (60 F).

Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé, mais au final ce n'est pas cette entreprise qui sera choisie, mais P. BOUVARD, avenue de Chastres Montjoux (actuellement, avenue du commandant Marceau) qui décline la raison sociale suivante :Entreprise de Charpentes. Bois et Fer. Les dates probables de cette décision sont septembre ou octobre 1942

L'information importante contenue dans ce devis est bien sûr la localisation de Flore : à l'école des Beaux Arts! Il semble cependant qu'elle ait séjourné (fin 1941, tout début 1942),peu de temps, sur un chantier de démolition ou de refonte, en Lorraine, à Houdemont comme ce fut d'ailleurs le cas pour d'autres sculptures des Chaprais...

Une note manuscrite, émanant du service de la voirie de Besançon (dirigé alors par m. Wagner), en date du 19 juin 1944, indique, au sujet de la facture de l'entreprise Bouvard "

"Lors de la campagne de mobilisation des métaux non ferreux, la statue Flore a été déposée et envoyée à la fonderie par les soins de l'Etat. Ne convenant pas elle a été retournée et quelque temps après elle était replacée sur son socle par l'entreprise Bouvard». Cette note est à l'adresse d'un certain M. Dufond, Production Industrielle, Building, rue Proudhon. Car la mairie essaie de faire acquitter la facture de la pose de Flore, par cet organisme, qui avait déclaré vouloir la prendre en charge.

A quelle date Flore a-t-elle été reposée? Si l'on en croit les factures de l'entreprise Bouvard, la première est établie le 13 mars 1943. On peut donc en conclure que ce travail a été réalisé au début de l'année 1943...Donc son absence, au-dessus de la fontaine place Flore, n'aurait duré que quelques mois...

flore bouvard (2)

Remarquons également que la facture s'élève à 2 171,75 F alors que le devis de l'entreprise Pateu Robert indiquait un coût prévisible de 1 375 F!...Et vous aurez compris à la lecture de ce billet, que le 19 juin 1944.....cette facture n'était toujours pas réglée à l'entreprise Bouvard! Si l'on ajoute que le sculpteur G. Laethier a été impliqué dans la "repose" de Flore (par le Maire écrit-il) et que l'entreprise Bouvard qui court après son argent lui demande des comptes...nous avons bien les éléments d'un feuilleton tragi-comique... L’entreprise Bouvard adressera une dernière lettre pour se faire payer le 4 septembre 1944 ! Il est vrai qu'il y avait fort à faire et à payer à Besançon, à ce moment là.

 Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur G. Laethier et le sort réservé, à la même époque, à son monument à Proudhon qui était aux Chaprais (voir, sur ce blog, le billet qui lui a déjà été consacré).

Nous lançons un appel aux chapraisiens et au-delà aux bisontins : possèdez-vous des photos réalisées durant l'occupation retraçant la dépose de Flore, puis la fontaine sans sa déesse, et/ou la nouvelle installation de Flore? Si c'est le cas, vous pouvez nous les faire parvenir, numérisées ou pas (nous vous les rendrions, bien sûr...). Il s'agit de contribuer, par leur publication éventuelle,  en dehors de toute activité commerciale lucrative, à l'Histoire des Chaprais.

Ce billet ne prétend pas faire le tour de la question. Les recherches doivent se poursuivre concernant de nombreux aspects de ce dossier Flore! Remerciements à M. Bernard Carré pour des précisions importantes apportées.

 

flore vers 1660 Le Brun

En ce moment, au château du domaine départemental de Sceaux se déroule une exposition intitulée "De Vouet à Watteau" constituée des chefs d’œuvre du Musée des Beaux Arts et d’Archéologie de Besançon (actuellement fermé pour travaux). Au cœur de cette exposition, ce magnifique dessin de la déesse Flore, réalisé par Charles Le Brun vers 1660.

Cette exposition a été prolongée jusqu'au 12 février 2017. Donc si vous passez par Sceaux, n'oubliez pas de saluer "notre" déesse....

 

 

 

 

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10 décembre 2016

Qui se souvient des montres VIXA?...

Dans le premier article qu'il a consacré à KELTON, Alain Prêtre, membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire des Chaprais évoque celui qui sera le père bisontin de cette entreprise, en France, Stéphane Boullier.(ci-dessous, à droite sur cette photo de juin 1961, sur le chantier de l'usine Kelton. Cliché B. Faille, site Mémoire Vive Ville de Besançon).

boullier

 

Il était alors le patron des montres VIXA. Or, un de nos lecteurs allemands, passionné de montres anciennes nous indique que ces montres ont une histoire particulière.

Collectionneur de montres, et passionné par l'histoire horlogère, je m'intéresse au parcours de Stéphane Boullier et en particulier à sa fabrique de montres VIXA de Besançon sur laquelle j'aimerais en savoir davantage.
Quand cette fabrique a-t-elle été créée ? Il semble qu'elle ait disparu à partir du moment où Stephane Boullier est devenu président de TIMEX FRANCE. Qu'est-elle devenue? Stéphane Boullier s'en est-il séparé?

kelton Tmex 1986 vue usine


Dans les année 1946, VIXA est devenue fournisseur de montres pour l'armée de l'air française avec des montres equipées de mouvements allemands HANHART recupérés par la France au titre des dommages de guerre. Dans quelles circonstances ces mouvements sont-ils tombés entre les mains de Mr Boullier?
Merci de votre aide

Créée après la Libération, cette société est alors installée au 14 rue des Villas.

Kelton 14 rue des Villas pm (2)

Au fil des échanges avec notre correspondant et après consultation des sites Forum A Montres (FAM) et Chromomania, nous pouvons commencer à esquisser des réponses aux questions posées.

Le matériel Hanhart n'a pas été récupéré au sens propre, tout est resté en Allemagne en zone sous contrôle français.
Les forces françaises en Allemagne ont fait faire les boites et mouvements chez Hanhart et les ont fait assembler en France par Kiplé sous la marque Vixa.

vixa1


Le Vixa n'est en aucun point identique au chronographe Luftwaffe.
Les boites allemandes n'étaient pas en acier, et outre l'antichoc, les mouvements possédaient des ressorts de rappel en acier plats au lieu des ressorts fil.
Même les platines sont différentes, puisque gravées made in Germany.

Sur le site Chronomania un passionné de montres de cette époque précise, à propos des montres Vixa.

La production commence au début des années 50 sur la base de boitier et mouvement Hanhart et les livraisons sont effectuées à partir de 1954 (gravage sur fond de boite "5100" numero de commande et "54" année), pour une production totale de 4000 a 5000 pièces dont bien peu circulent encore de nos jours.

L'horloger Adolf Hanhart s'établit en 1882 à Diessenhofen dans le nord-est de la Suisse avant de déménager en 1902 à Schwenningen, au sud de l'Allemagne, un des berceaux de l'horlogerie. Dès 1924, à l'initiative de Willy Hanhart, l'entreprise se lance dans la production d'instruments de mesure du temps notamment pour le chronométrage sportif. Cette spécialisation fera la renommée d'Hanhart. Après la seconde guerre mondiale, pièces et outils sont récupérés par la France au titre des "réparations de guerre" et donnent naissance aux chronographes Vixa.En reprenant ainsi boîte et calibre, la Vixa "Type 20" est identique aux chronographes Hanhart des pilotes allemands.

Mon Vixa "Type 20", calibre Hanhart 4054 dispose de la fonction "retour en vol". Il est gravé au dos de la mention "P" qui certifie son passage dans le ateliers Péchoin (horloger de l'armée), on y trouve aussi les fameuses "FG" pour "fin de garantie" qui rappelaient au détenteur de la montre la date à laquelle elle devait revenir en atelier.Celle ci dispose de "fg" allant de 1956 à 1981, belle carrière quand même.

Un numéro de série (différent de celui sur le fond) ainsi que la mention "Germany" sont gravés sur la platine.

vixa 6

Enfin un autre passionné explique à propos du prix actuel fort élevé de cette montre :

La cote "grimpante" de cette montre s'explique par le fait qu'il n'y en a eu que 4000 unités et...   qu'elle se trouve à la croisée des collections "militaires" et "horlogères" ...

La cote entre 2000 et 2500 euros est-elle bien justifiée, cela est difficile à dire car la loi de l'offre et de la demande rend très chers parfois des objets qui n'ont pas une valeur intrinsèque démesurée...

Sous l'égide d'Alain Prêtre, nous poursuivons nos recherches, en particulier sur le parcours de M. Stéphane Boullier : le connaissiez-vous? Faites nous part de vos souvenirs afin de les faire partager sur ce blog. D'avance merci.

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03 décembre 2016

Le buste de Just Becquet à Micaud (suite)

Le 14 janvier 2016, nous publions sur ce blog, un billet concernant la dégradation du buste de Just Becquet, au parc Micaud, réalisé par le sculpteur Henri Léon Greber 1864-1941).

Becquet buste gros plan la cassure

Nous indiquions alors que le conseiller du Maire, sur les questions du patrimoine, Lionel Estavoyer, avait donné des instructions afin que ce monument soit réparé. Et bien c'est chose faite depuis plusieurs semaines déjà et le résultat est remarquable! Jugez en plutôt avec les photos ci-dessous.

Becquet micaud nov 2016

 

Becquet micaud nov 2016 2

Rappelons, à ce sujet, que ce monument à Just Becquet, après ses obsèques solennelles à la basilique de Saint-Ferjeux le 28 février 1907 (il est mort à Paris le 25 février) , a fait l'objet d'une souscription nationale. C'est dire la place qu'occupait Becquet dans l'art statuaire officiel de l'époque.

Comme nous l'avions déjà indiqué, le 14 janvier 2016,  dans le précédent article cité, un  comité provisoire a été organisé, afin de lancer une  souscription. Il  est présidé par Boudot, artiste peintre; son secrétaire est  Abram fils, graveur en médaille qui réside alors 1 rue Courbet. Il s'adresse ainsi aux futurs membres de ce comité, dans une lettre manuscrite en date du 28 avril 1907 :

"Besançon vient de perdre un de ses plus glorieux enfants, le grand Sculpteur Just Becquet.

Un comité est en voie d'organisation pour lui élever dans sa ville natale, un monument  digne d'elle et de lui. Ce comité formé de personnalités les plus qualifiées de notre ville et de notre province est assuré du concours et du haut patronage de la municipalité ainsi que de nos représentants au Sénat, à la Chambre des Députés et au Conseil Général"...

Becquet constitution comité provisoire

  Comme le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux Arts est sollicité afin de participer à ce comité, le Préfet de l'époque écrit au Maire de Besançon afin de solliciter son avis. Notre administration d'alors était déjà très prudente.

Becquet greber souscription lettre préfecture 10 mai 1907

Finalement, le comité sera présidé par le maire de Besançon, Alexandre Grosjean, et un comité d'honneur sera créé avec le Ministre des affaires étrangères, monsieur Pichon, qui verse son obole, et le Sous-secrétaire d'Etat aux Beaux Arts.

Becquet versement de Pichon MAE

Heureusement, il n'y a pas eu besoin de lancer une nouvelle souscription publique afin de restaurer ce buste que vous pouvez donc admirer au parc Micaud, sur une pelouse à droite, près du Doubs, à quelques dizaines de mètres de l'entrée.

Merci à M. Lionel Estavoyer et aux services concernés pour ce travail.

Becquet atelier sculpteur roche

Becquet prenant la pose dans l'atelier du sculpteur Roche

 

Becquet Greber

 

 

 

Becquet buste inondé 20 21 janvier 1910

 

Où est Just Becquet? Inondations janvier 1910

Sources : archives municipales; site Mémoire Vive de la ville de Besançon

 Jeudi 15 décembre 2016, à 15 h, café histoire sur La Place Flore. Le nombre de places étant limité à 40 personnes il convient de vous inscrire au préalable au 03 81 88 18 34, en dehors des heures des repas.

 

26 novembre 2016

L'Union Agricole Comtoise aux Chaprais

Nous avons reçu, la semaine dernière, le message suivant:

"Un de mes correspondants étrangers me pose une question inhabituelle à laquelle vous pourrez peut-être répondre. Il cherche à se documenter sur un ami hollandais (décédé depuis plusieurs années) qui était venu en France en 1938 suivre les cours de l’ENIL de Mamirolle, après être passé par Besançon. Mon correspondant qui, bien entendu, ne connaît pas Besançon, se demande s’il y a eu une école laitière aux Chaprais, car son ami avait créé une fabrique de fromage en revenant en Hollande, qu’il avait appelée "Chaprais ". Pour ma part, je pense qu’il demeurait aux Chaprais et que c’est en souvenir d’un séjour agréable de quelques mois dans ce quartier de Besançon, qu’il avait choisi ce nom. Mais à tout hasard, je vous pose quand même cette question."

Il est vrai qu'il y a eu, aux Chaprais, dans le vallon de la Mouillère, rue Isenbart, une entreprise de laiterie intitulée UAC, c'est à dire Union Agricole Comtoise.

 

uac isenbart nov

Au premier plan, la laiterie UAC en 1958; derrière les ateliers de sculpture de l'Ecole des Beaux Arts et la brasserie Gangloff

 

Créée en 1928, elle regroupera quelques 450 sociétaires.Elle y vendait essentiellement du lait de la région aux bisontins, soit la moitié de sa production qui était montée à 10 millions de litres! Elle s'était lancée dans la fabrication des yaourts nous précise Christian Mourey membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire des Chaprais.Il semble qu'une partie des excédents était transformée en poudre dans une usine à Saint Martin Belleroche, près de Mâcon est-il précisé dans Histoire de Besançon, publiée en 1965 sous la direction de Claude Fohlen.

Cette présence aux Chaprais s'est terminée au début des années 60. Le bâtiment du vallon de la Mouillère est alors démoli, en 1966, alors que l'entreprise s'est installée dans des locaux neufs à Velotte.

 

uac isenbart destruction moulin du fond mai 66 (4)

Au premier plan, la laiterie UAC a été démolie (1966)

 

Il est précisé dans l'ouvrage cité :

" L'usine de Velotte, qui emploie 80 salariés, produit outre du lait pasteurisé (c'est le début de l'utilisation des berlingots), des yaourts et des fromages frais. L'usine écoule également crème, beurre, metton destiné aux fabricants de cancoillotte; enfin le gruyère, fabriqué seulement pendant la belle saison, représentait en 1961 environ de 20% du lait collecté. Du fait de la qualité insuffisante de ce dernier, l'UAC a d'ailleurs dû renoncer à la fabrication du comté pour entreprendre celle de l'emmenthal avec du lait pasteurisé".

 

uac travaux août 69

UAC travaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche, UAC en construction à Velotte en 1958 et

l'usine Labourier

                                                           Août 1966, la laiterie UAC à gauche grandit

 

 

UAC et labourier

UAC et Labourier au bord du Doubs à Velotte en 1959

 

Mais dès 1962 semble-t-il, la fabrication de l'emmental avec les surplus de lait est arrêtée au profit de la crème et du metton ce dernier acheté par La Belle Etoile).

 

UAC usine

 

La mise en bouteilles de verre du lait pasteurisé avant l'apparition des berlingots

En 1972, l'UAC a mis en vente du lait écrémé à plus de 50%. Un an plus tard, plus du tiers du lait vendu à Besançon était écrémé.

 

UAC bifons Velotte mai 1973

La livraison du lait, en mai 1973, en bidons ou camion citerne

 

Cette entreprise a dû disparaître à la fin des années 80. A la place se dresse l'usine de biscuits Bulher bien connue des bisontins (voir le billet consacré par ailleurs à cette entreprise, installée en premier lieu, elle aussi, aux Chaprais) .

Photos Bernard Faille, site Mémoire Vive de la ville de Besançon

19 novembre 2016

Qui se souvient des Monts Jura, rue de Belfort?...

Les vieux chapraisiens s'en souviennent : les entrepôts des autocars Les Monts Jura étaient installés rue de Belfort à la place du supermarché Casino. 

monts jura logo (2)

Eugène RIETH, un vieux chapraisien en conserve beaucoup de souvenirs puisque, non seulement il habitait à proximité, mais aussi parce qu'il était chauffeur de car aux Monts Jura.

eugene photo

Il a accepté de nous faire part de ses souvenirs, ce dont nous le remercions.Il est une véritable mémoire vivante de cette entreprise. Il a également pris des clichés polaroid dont les couleurs ont un peu passé, mais qui restent des témoignages de la démolition de cette entreprise de transport.

Henri Régnier le fondateur de cette société est né le 18 septembre 1882. Il aurait exploité, dans un premier temps, une société de transport, avec des chevaux du côté de Pierrefontaine Les Varans. Il s'installera ensuite à Besançon où il fonde en 1919 la société des Monts Jura. Au début c'est une société de camionnage.

monts jura messagerie 2

 

Puis elle se lancera dans le transport des voyageurs et cette société disposera bien vite de 150 cars et emploiera quelques 360 salariés. Dans son histoire de Besançon, Claude Fohlen précise que 46 lignes régulières sont exploitées en Franche Comté en 1962. Et ce sont plus de 3 300 000 voyageurs qui sont alors transportés (à titre de comparaison, cet historien précise que la même année, seulement 450 000 billets de chemin de fer ont été délivrés). A noter également que les Monts Jura sont également un service de messagerie (8 000 tonnes transportées en 1962). Henri, le père, le fondateur, meurt le 1er juillet 1969. Il possédait une grosse maison au coin des quais de chargement.

monts jura car 2 1978 B

monts jura chauffeurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

monts jura autocars

Trois photos de B. Faille dont la gare des autocars rue Proudhon

(site memoirevive ville de Besançon)

Il avait été élu premier adjoint au Maire de Besançon en 1947 sur la liste d'Henri Bugnet. A la mort de ce dernier, en 1950, il deviendra maire jusqu'en 1953. Mais ceci est une autre histoire sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir...

Il a présidé la Chambre de Commerce et d'Industrie de 1956 à 1965.

Son fils Jean (1910-2009)habitait au fond de la parcelle, côté rue des Deux Princesses. Tandis que son frère Robert (1818-2001) disposait lui d'un appartement dans un bâtiment près des quais de chargement. Tout le monde travaillait dans l'entreprise. Philippe, le fils de Jean a aussi travaillé dans la société. Il semblerait que dans les années 70, la société des Monts Jura ait voulu concurrencer le transporteur Gondrans. Transports de malades, de voyageurs, de marchandises, déménagements, transports de fonds : les activités des Monts Jura ont été multiples. 

tombe regnier

Tombe de la famille Regnier, au cimetière des Chaprais, où sont enterrés Henri, Robert, Jean et leurs épouses. 

Eugène se souvient particulièrement de transports de voyageurs qu'il effectuait d'Interlaken, en Suisse, à Dieppe. Les touristes prenaient alors le bateau pour l'Angleterre. Il effectuait le retour dans l'autre sens dans la même semaine. Ce qui l'amenait à passer le week-end à Dieppe où il avait ses habitudes....

Les bâtiments de l'entrepôt de la rue de Belfort ont été démolis en octobre 1985.

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Photos polaroid Eugène Rieth et Marie-France Grosjean (DR)

Dès 1986, le supermarché Casino était installé. La page des Monts Jura n'était cependant pas fermée, puisque la société a disparu définitivement en  2013!