HUMEURS DES CHAPRAIS

18 février 2017

Qui se souvient d'André Seurre, peintre verrier? Deuxième article

Le premier article concernant André Seurre a été publié sur ce blog, le 21 février 2015. Nous en avons reparlé quelques fois dans d'autres articles concernant le 13 rue de la Rotonde, là où était son atelier qui a été définitivement rasé afin de laisser la place à la construction, en cours, d'un petit immeuble.

Ancien atelier d'André Seurre 13 rue de la Rotonde

andré seurre atelier 5

 

A la place, aujourd'hui un chantier de construction d'un petit immeuble

 

P1030224

Depuis cet article, nous avons beaucoup progressé dans la connaissance (premiers pas vers la reconnaissance?) de cet artiste (artisan d'art?).

André Victor Seurre est donc né le 9 juin 1902 à Besançon, au n°37 de la rue de Belfort.

andre seurre acte de naissance

Son père, Julien Seurre est originaire de Côte d'Or; il est alors âgé de 30 ans à la naissance de son fils. Sa mère, Marie Joséphine Gagnepain, originaire d'Evillers dans le Doubs est âgée de 34 ans. Le père d'André aurait été cuisinier, receveur aux tramways, employé de commerce. Sa mère était employée des Postes et Télégraphes (au bureau des Chaprais alors rue de la Liberté? Voir les articles publiés concernant ce bureau de poste, sur ce blog les 16 et 23 janvier 2016)

La mère d'André décédera deux ans après la naissance de son fils; son père malheureusement meurt également alors qu'André n'a que 8 ans! Il sera donc très tôt orphelin de mère et de père et recueilli par une cousine, à Liesle, en bordure de la forêt de Chaux.

De ses années d'enfance, on sait peu de choses. A l'âge de 18 ans il aurait suivi des cours à l'école des Beaux Arts de Besançon.

Il se marie à Besançon, à l'âge de 22 ans (le 31.05.1924) avec Marie Jeanne Antoinette Rergue (1903-1969) et habite de nouveau le 37 rue de Belfort. La même année naît leur fils Robert (le 24.08.1924), mais le couple est alors domicilié au 13 rue de la Liberté : il n'avait eu qu'à traverser la rue de Belfort pour trouver un nouveau logis. Comme le fait remarquer M. André POGGIO, un fin connaisseur d'André Seurre, entre son mariage et la naissance de son fils, non seulement A. Seurre change de logement  mais "la profession aussi a changé: il se déclarait doreur en mai, en août il est devenu gérant des établissements Cotelle et Foucher (les inventeurs de la célèbre marque d'eau de Javel "La Croix")."

Puis, nouveau changement, dans la continuité de sa nouvelle profession, nous révèle M. Poggio :" Très rapidement il s'installe à Valence (en 1928) où il exerce la profession de représentant de commerce et vend de la lessive. Pour cela il sillonne la Drôme, et découvre la Haute Provence.

Vers 1934-35, il commence à travailler aux ateliers Thomas, une entreprise spécialisée dans la création et la restauration des vitraux dont le siège est à Valence..."

Et il semble qu'il reviendra s'installer à Besançon, après la guerre, au 13 rue de la Rotonde où étaient tout à la fois son atelier et son logement dans un des bâtiments de la même cour. Un habitant de cette cour nous déclarait, il y a quelques années, l'ambiance qui règnait là au 13, avec de nombreux et joyeux enfants : l'atelier d'André Seurre les accueillait bien volontiers.

André Seurre en 1959 dans son atelier

 

andre seurre atelier 9 13 février 1959 (2)

 

Nous n'allons pas dresser dans cet article l'ensemble des oeuvres (vitraux et fresques) réalisées tant à Besançon qu'à travers toute la France. Nous en reparlerons certainement puisqu'une brochure doit être éditée cet été par la ville de Besançon, à l'initiative de la commission Patrmoine et partage du conseil Consultatif des Habitants Chaprais/Cras. Elle doit associer tous celles et ceux qui, en France, s'intéressent à son oeuvre. Son petit fils, Michel Seurre, a lui aussi été maître verrier dans les années 1970, d'abord en association avec son grand-père, puis seul lorsque ce denier meurt en 1977. Et ce toujours au 13 rue de la Rotonde!

Deux des vitraux de l'église de Montperreux illustrant la vie de Saint Isidore Gagelin, natif du village, martyrisé en Asie lors d'une mission d'évangélisation en 1833 (canonisé en 1988)

 

a

 

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Ci-dessous les deux parties du chemin de Croix peint par andré Seurre dans l'église de séderon dans la Drôme

 

André Seurre fresque chemin de croix partie 1 (3)Séderon

 

 

André seurre fresque chemin de croix partie 2 (3) sederon

Positionnement de ce chemin de croix

andré seurre nef église séderon positionnement de la fresque

 

L'atelier a donc disparu mais il nous reste leurs oeuvres qui témoignent de leur esprit créatif !

Ci-dessous Eglise de boisset les Montrond (Loire)

 

André Seurre Eglise de Boisset les Montrond chemin de la croix 1947 (2)

 

Nous renouvelons notre appel à témoignage  de tous ceux qui ont connu André et/ou Michel Seurre ou qui ont connaissance de leurs oeuvres. Nous vous en remercions par avance.

Sources : Roger Chipaux membre du groupe histoire, patrimoine, mémoire de Vivre aux Chaprais;monsieur André Poggio, Lou Trepoun, revue semestrielle de l'association l'Essaillon  https://www.essaillon-sederon.net/    et madame Michèle Péault, association Liger  http://liger42.e-monsite.com/

 Photographies: A. Seurre dans son atelier de B. Faille, collection Mémoire Vive ville de Besançon; fresques de Séderon A. Poggio; fresque de Boisset les Montrond J.M. Péault. Pour toutes les photos de cet article, tous les droits sont réservés.

Vendredi dernier, ce blog a dépassé les 121 000 visiteurs qui ont lu plus de 184 000 pages. Merci à toutes et à tous.

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11 février 2017

De la rue Delavelle Victor,notaire, à Victor Delavelle, maire.

Dans un article précédent publié le 24 décembre 2016, nous avons essayé de dresser le portrait de Victor Delavelle, maire de Besançon de 1881 à 1884.

DELAVELLE victor aristide (2)

 

Photo ville de Besançon (DR)

Afin d'illustrer cet article, la photo de la plaque indiquant la rue Delavelle avait été insérée. Et deux chapraisiens plus attentifs que nous (encore merci à eux...) avaient signalé les contradictions entre les deux  plaques comme vous pouvez le constater sur ce photomontage de Guy Renaud, membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire des Chaprais. Côté Denfert Rochereau, Victor Delavelle est notaire et serait mort en 1919; alors que la date de son décès est 1907, le jour même de son anniversaire! Plus bas,  au coin de la rue Krug, Victor Delavelle était signalé comme maire de Besançon durant moins de 4 ans. Bref, au début de la rue, nous avions un notaire! Au bout de la rue, un Maire! Belle carrière en quelques pas!

Rue Delavelle GR 2017-02 (5)

Comme nous l'avons indiqué dans cet article précédent, nous avons alerté la ville début janvier 2017 de cette incongruité. Et nous avons été aussitôt entendus puisque au début de ce mois de février, de nouvelles plaques ont été apposées. Merci donc à madame l'adjointe à la voirie Marie Zéhaf et au directeur de la voirie,M. Daniel Mourot. Vous dire que les habitants de cette rue dorment mieux depuis...serait abusif! Mais l'histoire de la ville y trouve son compte en précision.

Nous indiquions dans cet article que "Victor Delavelle comme plusieurs de ses successeurs étaient des membres éminents voire des responsables de la loge maçonnique bisontine Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies, loge alors très influente".

Or un lecteur nous signale l'article consacré à Victor Delavelle dans le "Dictionnaire biographique du département du Doubs" (éditeur : Arts et Littérature s.a.r.l.) de Max Roche et Michel Vernus qui écrivent, P. 145, entre autres :

dico bio du Doubs 001

..."Beau-frère de Jules Gros, il participa à la fondation en août 1883 du Petit Comtois, journal opportuniste, qui devint franchement radical. Il fut le premier directeur de ce périodique.

Malgré les apparences, il ne fut sans doute pas franc-maçon, car il eut des obsèques religieuses à St Pierre de Besançon le 18 mars 1907."...

La question concernant son appartenance ou non à la franc-maçonnerie pourra paraître secondaire à beaucoup de nos lecteurs. Mais une question peut-être plus intéressante pourrait être posée. A cette époque, un enterrement religieux était-il un marqueur suffisant pour juger de cette appartenance ou non?

Dans un ouvrage collectif intitulé :"  250 ans de franc-maconnerie à Besançon (1764-2014") publié aux éditions du Belvédère, les auteurs indiquent, dans un chapitre intitulé "L'anticléricalisme, une spécificité française", p.98,

 

FM besac

 

 ..."Au Grand Orient de France, en 1877, on supprime de la constitution la phrase : « La franc-maçonnerie a pour principe l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ». Il devient libéral et sans dogme prônant l’absolue liberté de conscience. Coup de tonnerre dans le monde maçonnique qui rend cette obédience « irrégulière » aux yeux de la toute-puissante Loge unie d’Angleterre. Le pape Léon XIII par sa lettre encyclique Humanus genus du 20 avril 1884, aux accents médiévaux, s’en prend violemment aux francs-maçons.

Partout, les frères maçons-travail de fourmis-, dans leurs ateliers contestent de plus en plus fort l’action séculière de l’Eglise. On veut plus spécialement l’école gratuite, laïque et obligatoire (pour les plus jeunes) et tout faire pour diminuer, sinon anéantir, l’action du clergé en ce domaine particulièrement sensible."...

 

petit comtois delavelle 2

 

Le Petit Comtois, dans son édition datée du 19 mars 1907, rend compte en première page et en page 2 des obsèques de Victor Delavelle : " Dès 9h30, une nombreuse assistance se pressait dans la Grande Rue devant le domicile mortuaire de l'ancien maire de Besançon. Dans un des appartements du premier étage, une chapelle ardente, garnie de fleurs et de couronnes, était installée.

Autour du cercueil, tandis que les nombreux amis du défunt défilent respectueusement, quelques soeurs de la Charité récitent les prières liturgiques. A 10h le clergé de la paroisse Saint Pierre vient procéder à la levée du corps et prononcer les rituelles psalmodie des morts"...

Les autorités religieuses de Besançon auraient-elles été aussi présentes si Victor Delavelle avait appartenu à la franc-maçonnerie.

Nous vous laissons le soin de conclure!

Sources : outre les deux ouvrages cités que l'on peut se procurer en librairie, archives municipales de Besançon, Mémoire Vive.

Photo du portrait officiel de Victor Aristide Delavelle, galerie des portraits des anciens maires, hôtel de ville (inacessible au public actuellement du fait des travaux suite à incendie criminel du hall de la mairie). Tous droits réservés.

04 février 2017

Arc en neige : une exposition de photos de Guy Georges Lesart, à la mairie d'Arc sous Cicon

guy expo arc sous cicon

 

 

Guy Georges Lesart est membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de Vivre aux Chaprais. A ce titre, il a créé le diaporama projeté lors du premier café histoire sur l'avenue Fontaine-Argent ( le 6 octobre 2016 ).

Nous avons publié cet été (le 20 juillet 2016) des photos réalisées par Guy, accompagnées d'un poème.

Il récidive pour notre plus grand plaisir. Il expose, ces mois d'hiver (jusqu'au 4 mars), dans une très belle salle voutée que la mairie d'Arc sous Cicon a restaurée et qu'il inaugure en quelque sorte.

Comme nous l'indiquions déjà à propos de ses photos et de ses poèmes sur les sapins,  Ses clichés lui inspirent des poèmes. Sa vision poétique  le  guide dans  ses prises de vue.    Images, mots et  impressions  dialoguent  donc sans cesse dans  ce travail.

Ne manquez pas cette exposition, intitulée Arc en neige.

guy lesart photo 1

 

 

L’office   d’hiver près  d’Yverdon

 

                                                             I

Serait-ce  un  ku kux klan fourbissant   votations 

Porté  par   sa  vindicte

Contre  les  minarets,

Contre  les noirs moutons ?

 

Serait-ce  la  montagne qui vous montre ses dents 

Promettant   l’avalanche,

Promettant la  mort  blanche

À tout  contrevenant ?

« Que  nul ne  vienne  ici,

La  douane  est  helvétique

L’homme est fait pour  les plaines 

Nous broyons   les  passants »

 

Serait ce  collier  de perles  

Prestement  enfilé  pour  se  hausser  du  col

Séduire   le pèlerin cheminant  vers    l’Eiger  ou le Cervin tranché

Les  Dieux  européens dont    la  Suisse  est  vestale ?

 

Est-ce  publicité  pour  un chocolat  blanc 

Un  toblerone  au  lait 

Dont  chaque  cran  appelle

À jouir  du  suivant ?

guy lesart photo 2 en route pour l-office Chaprais (2)

                                                      II

Je ne  vois  que   des  moines

Cisterciens     de  la  neige 

De pureté  épris

De  belle  liturgie

Ils  ont prêté  leurs vœux, ont  dressé leur convent

Au  lieu  dit   « la Combaz »,

Sur  les   flancs  Chassseron   non  loin du  creux du Van

Vous  les  voyez  l’hiver   partant  à  la  prière

En colonne  réglée pour  laudes  ou pour  les vêpres

Dans  leur  robe  de bure à capuchon béant

 

Je  vois  ici  des  frères 

Sphinx  de  la sagesse   

Priant  indifférents aux  foules des   fondeurs.

Obstinés  du  divin

Leur   foi est  en  béton

Et   l’heure  capitulaire

 

Parfois  un  noir choucas se pose  sur  l’épaule

D’un  frère  en  dévotion

Tenant  propos  sinistre

Parlant du grand démon 

Mais tel un saint  François

Il  lui  prêche  oraison

En fait un converti 

Devant  le  peuple  gris  des poteaux ahuris

 

On  peut  les  voir  encor   à l’heure  des  vigiles 

Quand   en Valais tout  dort  

Ils  veillent   en  prière  sur  la  douleur  du  monde 

Et  prient  pour  que   l’espoir  tue la  résignation,

guy lesart photo 3 le noir choucas Chaprais (2)

 

                                         III

 

« Ce  sont  des  antichars »  me  dit un imbécile 

Qui  voit toujours  le  mal  et  la raison hostile

Je ne  vois  que   des  moines

Ils  se  sont  convertis   en chantre  de  la paix

Ils  célèbrent   à genoux la  beauté  de ce   monde 

Laquelle  ne  passera

Comme   chars  allemands

 

Des     sapins   balancés   accompagnent  leurs  psaumes

Veillant avec   respect leur vigilance  blanche

Ils    observent  au loin l’ultime procession 

Autre cérémoniel  perçu à l’horizon 

Des sommités moniales des Alpes échancrées

C’est le frère Oldenhorn suivi de Weisshorn

Les  frères  Oche,  Ruan,  Sallière, Muveran 

Le frère La Berneuse tenté   des  Diablerets

Puis le  prieur  Jorasse  et l’Abbé qu’on  dit  « Blanc »  

Congrégation  géante  posée  comme  une  offrande

Sur un    damier  varié parsemé de grands   lacs

O sainte   oligocène qui vit sa fondation

guy lesart photo 4 lutrin pour l-office d-hiver2 (2)

 

                                        IV

 

« Ce n’est que  l’arc   alpin  dont  tu vois  la  façade »

Me  dit notre  imbécile  qui  revient à la  charge 

Non   c’est  la  maison  mère  de la  congrégation

Qui chante  la  louange   du  Dieu  de permanence

Le  divin   manifeste
le  dieu  de la  beauté  

Qui  a  béni  la  Suisse  et la  rend

                                         Exaltée

                                                                                                                                            GGL 2014

guy lesart photo 5 Est R expos GGL Arc sous cicon article EST (2)

       

Guy est non seulement "un poète qui capture la nature", mais n'oubliez pas qu'il est aussi historien...

Vendredi dernier, le nombre des visiteurs sur ce blog dépassait les 120 000 !

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28 janvier 2017

La compagnie de chemin de fer de Dijon à Besançon ou les aventures des bisontins dans le chemin de fer....et la gare Viotte

Une compagnie de chemin de fer s'est constituée, à Besançon,  fin 1851 et obtint, suite au décret du 12 février 1852, l'autorisation de construire la ligne Dijon-Besançon. Si de nombreux "capitalistes" bisontins investirent dans cette société, ils sont loin d'avoir été les seuls et ils sont rejoints par des investisseurs de toute la France. L'universitaire Claude Fohlen qui a beaucoup oeuvré afin d'établir une Histoire de Besançon, donne la liste détaillée de ces investisseurs, dans une communication à la Société d'Emulation du Doubs en 1962.

Les seules illustrations dont nous disposons concerne la gare Viotte à différents moments de son histoire.

Et voici la première photo de M. Montrille, collection Morel Mémoire Vive Besançon

gare Viotte photo ancienne collection moutrille

Les voici, classés par ordre alphabétique, les bisontins ayant été regroupés en début de liste:

Théodore AMET : banquier   200 actions

BRETILLOT, banquier           260

Jules de BUSSIERES, Juge à la cour d'appel de Besançon  200 actions

Thomas DEPREZ, commissionnaire                             200 

J. DETREY-MAIROT, banquier                                     260 

FRANCE et Cie, négociants                                        200 

GERARD et Cie, banquiers                                         200 

Auguste LIPPMANN, banquier                                     160 

Alfred MARQUISET, propriétaire                                 153

OUTHENIN-CHALANDRE                                             260

PAPILLON, négociant                                                 200

REMY aîné, négociant                                                200

ROBB, négociant                                                      200

Louis de SAINTE-AGATHE, propriétaire                         200

Comte de VAULCHIER                                                170

Ch. VEIL, négociant                                                   1 125

VEIL-PICARD et Cie, banquier                                      260

Joseph ZELTNER, négociant                                         200

Soit un total, pour les bisontins, de 4 448 actions.

Vous reconnaîtrez certainement, parmi eux, des noms connus....

Ajoutons aux bisontins, les franc-comtois :

BOUCHOT, maître des forges, Lisle sur le Doubs    3 100 actions

JAPY frères, Beaucourt                                           50    

Comte de MERODE, conseiller général, Maîche          100                                 

Jules VAUTHERIN, maître des forges                        50

Juvénal VIEILLARD, maître des forges, Morvillars       50

Soit un total de 3 350 actions pour les franc-comtois non bisontins et 7 798 si l'on les ajoute . 

gare viotte Ducas 1855

 

Alfred Ducat(1827-1898), est aussi l'auteur des gares encore actuelles de Dole et d'Auxonne.

Il est également l'auteur de la basilique Saint-Ferjeux.

Or, dans la liste, les autres souscripteurs hors Franche-Comté capitalisent, sauf erreur de notre part, quelques 16 072 actions.

Le plus gros actionnaire est un certain Julien Lacroix ( ancien agriculteur, puis filateur de coton, député du Rhône de 1848 à 1849) de Saint-Vincent-de-Reins dans le Rhône : il en détient 4 475! A peine plus que tous les bisontins réunis. Le plus petit est le juge à la cour d'appel de Besançon, 20 actions, suivi d'un courtier de commerce à Paris qui acheta 25 actions. Pas non plus de noms de grandes banques d'affaires nationales dans cette liste. Le capital est d'ailleurs modeste souligne C. Folhen : 12 millions de francs. La valeur d'une action émise est de 500Fr. 

Ci-dessous, 2 photos de René Lacombe, de la gare après le bombardement du 17 juillet 1943 : la gare en bois et métal d'Alfred Ducat est détruite.

Gare_Viotte_04_16_07_43

 

Gare_Viotte_03_16_07_43

 

L'opinion communément admise que ce sont des banquiers et maîtres des forges franc-comtois qui sont à la manoeuvre dans la création de cette première compagnie de chemin de fer ne résiste donc pas à l'analyse. Et ceci explique que, très vite, devant les investissements nécessaires  pour assurer une liaison de Besançon à Dijon, ces actionnaires décident de fusionner avec une compagnie plus puissante, la compagnie de Lyon. Claude Folhen cite cette lettre du du 23 janvier 1854, retrouvée aux archives nationales, qui indique : " Nous n'avons plus d'argent en caisse...Aucune combinaison ne nous fera réaliser de capitaux suffisants. .. La fusion seule mettra fin à nos embarras...La Cie de Lyon, riche de son crédit, et ce qui est  mieux encore, de ses fonds réalisés et disponibles, poursuivra nos travaux sans interruption, remplira tous nos engagements".

Sur la vue aérienne ci-dessous, on distingue la gare provisoire 

gare plus monument avant 1959

Et la ville de Besançon, direz-vous? Pourquoi n'entre-elle pas au capital? C'était bel et bien son intention : après de nombreuses discussions tant en commission des finances qu'en conseil municipal, le 19 mars 1852 est adopté le principe d'un emprunt de un million de francs afin d'acheter 2 000 actions. Mais dès le 28 juin 1852, le conseil municipal autorise le maire à cèder ces actions à une compagnie anglaise (elles ne sont pas encore achetées...mais elles sont déjà cédées...). Ce qui la débarasse d'une opération financière soumise à emprunt, obligations nominatives qu'elle voulait créer, etc.

gare viotte construction (2)

De fait, comme le relève notre historien, la ligne Dole-Dijon est ouverte en juin 1855 et Dole-Besançon, le 7 avril 1856.

Ceci explique également le refus de la Cie de Lyon de bâtir une gare au centre ville, préférant l'emplacement de la gare à la Viotte moins coûteux car plus direct. 

gare viotte 1959 (2)

Et n'oublions pas que le peuplement des Chaprais, dans la seconde moitié du XIX° siècle doit beaucoup à cette gare avec l'afflux des cheminots qui s'installent dans notre quartier. Mais il s'agit là d'une autre Histoire sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir.

gare-SNCF-le-parking-au-premier-plan modif 2 (2)

Sources : "Les échecs ferroviaires de Besançon", Claude Fohlen, Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs n°4, nouvelle série. 1961/1962; archives municipales ; cartes postales anciennes, photos B. Faille : site Mémoire Vive de la ville de Besançon; M. Pracht (photos gare bombardée de son oncle René Lacombe, tous droits réservés).

gare viotte moderne couleurs 2 (2)

21 janvier 2017

Quand le monument Pergaud faillit disparaître 3° et dernier article 1942-1946

Nous l'avons évoqué dans le premier article consacré au monument Pergaud, c'est M. Charles Léger qui avait pris contact avec Antoine Bourdelle pour sa conception. Et dans un courrier qu'il adressa alors à ce commanditaire, le sculpteur Bourdelle écrivit : 

"En plusieurs séances de jour, sur ma table de salle à manger, en plusieurs longues séances de nuit, j'ai taillé dans le tuf souple, dans une sorte de limon blanc découvert dans l'angle d'un champ, dans un fossé au tournant d'un chemin de la Roche-Posay. J'ai taillé notre monument, et cette matière est Pergaud. Il naît du sol l'admirable ami de Goupil, que je relisais ce matin dans un frisson au sommet de la peau. Quel écrivain!- Ce petit modèle fera un bronze d'art ardent et maîtrisé. Vive Pergaud! Besançon, votre belle volonté, et j'ai tenu ma promesse de me hâter..".

Monsieur O. Chevalier rapporte, dans les années 50, ces propos, dans un article intitulé "La dernière oeuvre de Bourdelle".

Ce même auteur n'a pas manqué de noter par ailleurs, lors de l'inauguration du monument le 19 juin 1932, la décrivant comme un témoin qu'il semble avoir été : "La conception de Bourdelle a- nous devons le reconnaître- un peu déçu le public. On ne se représentait pas Pergaud en "poilu" agonisant, mais en paysan plein de vie et de santé, ivre de grand air, ami passionné de la nature et des animaux."

pergaud bourdelle 4

Donc, lorsque la fonctionnaire municipale répond au maire Henri Bugnet (lui même interrogé par le Préfet, suite à l'article paru dans le journal "Le Franciste", rappelons le), elle semble reprendre l'opinion qui prévaut alors concernant ce monument. Par contre lorqu'elle rapporte qu'il a été réalisé, après la mort de Bourdelle, "...d'après une toute petite maquette en terre cuite très mal interprétée..." cela ne semble pas correspondre en tous points à la réalité. Il est vrai qu'elle ne fait que rapporter, sans beaucoup de précautions, ce que lui aurait dit le conservateur. Le fondeur E. Rudier, ami de Bourdelle aurait pu, s'il en avait eu connaissance, apprécier ce jugement sur son travail! Par ailleurs, l'opinion rapportée de la veuve d'A. Bourdelle, semble être démentie par la suite. Mais passons, car il y a plus sérieux...

Le monument serait d'inspiration maçonnique : en cause les triangles qui semblent ponctuer la liste des oeuvres de Pergaud et le sceau de Salomon que l'on y retrouve.

pergaud signes maçonniques

C'est là qu'entre en scène, si l'on en juge par la correspondance échangée alors, la fille d'Antoine Bourdelle (conservée aux archives municipales de Besançon).  Rhodia Bourdelle indique clairement qu'elle agit également au nom de sa mère (souvenez-vous des  propos rapportés, dans le précédent article, qui exprimeraient son accord pour que le bronze soit fondu et remplacé par un monument en pierre...).

Rhodia Bourdelle aurait été alertée par Charles Léger des menaces qui pèsent sur ce monument enlevé fin 1941, avec les autres, sur ordre de l'administration française. Elle habite alors avec sa mère, 6 avenue du Maine, proche de la gare Montparnasse actuelle, maison devenue depuis le Musée Bourdelle, ouvert au public avec sa galerie, sa maison, son atelier  et ses dépendances. La mairie de Besançon avait alors pris contact avec la veuve d'Antoine Bourdelle.

Et nous pouvons retrouver, aux archives municipales l'échange de courrier qui semble s'étaler de 1943 à 1946, d'abord avec le maire de Besançon sous l'occupation,  l'avocat Henri Bugnet.

Ces différents courriers révèlent des éléments essentiels. Tout d'abord Rhodia parle en son nom mais aussi au nom de sa mère. Quel crédit donc apporter aux propos de la fonctionnaire municipale concernant la veuve d'A. Bourdelle?

pergaud sceau salomon

Ensuite Rhodia affirme que son père et l'écrivain Pergaud (selon C. Léger) n'ont jamais été franc-maçons. Et elle explique, schéma à l'appui, la confusion concernant la signature du sculpteur avec le symbole maçonnique :

"...on aurait trouvé sur le monument "des signes maçonniques". Le monogramme de mon père est le seul signe qui puisse se trouver sur ses monuments. C'est donc de lui qu'il s'agit. mon père composa ce monogramme lorsqu'il dut signer en abrégé une petite médaille (après la guerre de 14/18). Depuis, trouvant cette composition si décorative, il l'ajouta à toutes ses nouvelles oeuvres. Il plaça le de Bourdelle sur le d'Antoine, puis trouvant cela plus ordonné et sculptural, il enleva tout ce qui dépassait. Cela ressemble sans doute a des signes maçonniques.

J'ai grande envie de me composer un monogramme ressemblant à des signes chinois, peut-être me prendrait-on pour une petite chinoise, ce serait mignon tout plein."*

pergaud rhodia bourdelle explications signature 2

Il faudra attendre sa dernière démarche qu'elle évoque dans un courrier au maire de Besançon le 8 mars 1944, démarche couronnée de succès puisqu'elle est suivie, le 11 avril 1944, d'une lettre officielle du ministre de l'éducation Abel Bonnard indiquant que le monument est épargné!

Il sera enfin replacé au parc Micaud début avril 1946 et il sera officiellement réinauguré le dimanche 26 mai 1946 ( selon O. Chevalier)!

pergaud photo réinauguration monument pergaud

Sources : archives municipales ville de Besançon, Roger Chipaux membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de Vivre aux Chaprais.

 


14 janvier 2017

Quand le monument Pergaud faillit disparaître du parc Micaud 2° article 1941/1942

Nous sommes donc en 1941. La loi de Vichy du 11 octobre 1941,  ( voir à ce sujet l'article consacré à Flore, le 17 décembre 2016, sur ce blog), destinée à récupérer des métaux non ferreux, pour le compte de l'occupant allemand, va être appliquée avec rigueur.

Pourtant, le 7 novembre 1941 la commission départementale est réunie à Besançon afin d'étudier les monuments, érigés dans des espaces publics, qui doivent être envoyés  à la (re)fonte ou, tout au contraire être conservés. Est inscrit comme devant échapper aux fondeurs, le monument  Pergaud ( avec, entre autres Flore)!

Mais, assez brutalement, fin décembre 1941,  Pergaud est retiré du parc Micaud  (comme 9 autres bustes, statues ou monuments, sans oublier Flore).

Ci-dessous le monument fontaine Jouffroy d'Abbans, situé entre le pont Battant et l'église de la Madeleine qui a été refondu. Il sera remplacé, en 1946 par une réplique, plus modeste, en pierre, réalisée par un sculpteur parisien, Jean Jegou puis déménagé avenue d'Helvétie.

Jouffroy 11 bis (2)

Nous retrouvons rapidement sa trace, début 1942 sur les chantiers Pateu de la rue de la Mouillère. On l'aperçoit dans la neige sur une photo retrouvée aux archives municipales. Il est, a priori, en bonne compagnie, avec Proudhon et Jouffroy d'Abbans.

statue jouffroy pergaud (2)

Photo archives municipales : tous droits réservés.

Et lors du conseil municipal du 23 janvier 1942, le maire Henri Bugnet annonce: "Pergaud qui est encore sur le chantier de la Maison Pateu va nous être rendu" .

Cette annonce provoque, dès le 15 février 1942,  l'indignation du journal vichyste de la  collaboration, Le Franciste" qui indique sous le titre "Un cadeau inopportun":

"Il est probable que l'Administration a reconnu au monument une valeur particulière pour le soustraire ainsi à la refonte; dans ce cas, il convient de révéler en quoi réside cette valeur.

Le "monument Pergaud" est un monument d'inspiration maçonnique.

pergaud aujourd-hui signes maconniques (2)

Les côtés s'ornent de nombreux triangles et signes indéchiffrables aux profanes, ainsi qu'un hexagramme dit "sceau de Salomon".

pergaud aujourd-hui triangle de salomon-1 (2)

Quant au style du monument, les artistes sincères s'accordent pour reconnaître que c'est une véritable horreur.

Il faut que l'on sache aujourd'hui qu'il n'y a pas de place dans la France nouvelle pour des monuments de cette sorte. La remise en place par la municipalité de Besançon de cet échantillon de propagande maçonnique équivaudrait à une provocation intolérable, véritable insulte à l'esprit de révolution.

La franc-maçonnerie juive ne souillera plus les monuments de France de ces signes symboliques".

Le Préfet du Doubs qui a pris connaissance de cet article s'alarme quelques jours plus tard (le 24 février) et demande au maire de Besançon des explications. Celui-ci, en l'absence des Conservateurs de la ville, se tourne alors vers une spécialiste qu'il a sous la main, en l'occurrence une professeur de l'école municipale des Beaux Arts, bibliothécaire adjointe. Elle lui fournit un rapport que le maire, très prudemment, cite entre guillemets dans sa réponse au Préfet dès le 10 mars 1942 (comme s'il voulait se démarquer, disant en substance, voici ce que ma spécialiste m'a écrit...).

"Cette oeuvre au point de vue artistique est de médiocre valeur, son seul intérêt provient de ce qu'elle est signée BOURDELLE. Or, dans une conversation que M. A. -(le nom est cité en toutes lettres, mais nous avons choisi, malgré le temps écoulé depuis 1942...de ne pas le rapporter, les héritiers éventuels qui demeureraient, aujourd'hui encore, à Besançon, n'étant pas responsables des positions de leurs aïeux sous l'occupation)-ancien conservateur adjoint du musée, avait eue, à Paris, en janvier 1942, et dont il m'avait fait part, madame BOURDELLE lui avait appris que le bronze de Pergaud était une oeuvre posthume, exécutée d'après une toute petite maquette en terre cuite, et très mal interprétée. Elle voyait sans déplaisir le remplacement de ce bronze par une statue de pierre réalisée avec art et traduisant mieux l'idée créatrice de Bourdelle (à noter que la loi du 11 janvier 1941  offrait cette possibilité, la réplique ou copie en pierre étant financée par le prix du bronze récupéré soit, alors, 30 F le kilo).

Si j'ai bonne mémoire, Bourdelle accompagnait toujours sa signature d'un signe maçonnique. Mais il est certain que le dos de la statue Pergaud est couvert d'un nombre beaucoup plus grand d'inscriptions de ce genre.

Je crois qu'il sera utile d'en référer aux Musées Nationaux ou à l'administration des Beaux Arts et je peux écrire à M. Hautecoeur à ce sujet".

Donc, pour nous résumer, deux accusations graves, certes de nature  différente, sont portées contre Bourdelle et Pergaud: le monument Pergaud est moche, la veuve même de son auteur l'a dit!

Bourdelle a parsemé (signé) ce monument de symboles maçonniques et il est franc-maçon.Ce qui, à ce moment là de l'Histoire où ces lignes sont écrites, est relativement grave de conséquences.

Nous reprendrons la suite de ce feuilleton lors du prochain billet publié samedi 21 janvier 2017 : nous verrons ce que disait Bourdelle de son travail; nous prendrons connaissance de la position de madame Bourdelle et de sa fille; nous constaterons que Pergaud et Bourdelle n'étaient pas franc-maçons et expliquerons les symboles qui figurent sur ce monument.

Et nous saurons, enfin, comment ce monument, après plusieurs rebondissements, nous est parvenu tel qu'on peut le voir, encore aujourd'hui, dans le parc Micaud.

Sources : archives municipales de la ville de Besançon.

Plus de 119 000 lecteurs et 181 120 pages lues! Ce sont les chiffres atteints le 18 janvier 2017, pour ce blog. Merci à tous nos lecteurs! Et n'oubliez pas que ce blog est également le vôtre : commentez, réagissez, faites nous des suggestions afin de l'améliorer et également nous permettre de poursuivre nos études sur l'histoire des Chaprais.

07 janvier 2017

Quand le monument Pergaud faillit disparaître du parc Micaud... 1er article

Pour ce premier billet de l'année (le précédent, concernant la Croix de Palente, a été mis en ligne le 31 décembre 2016....), nous vous proposons de nous intéresser au monument Pergaud du parc Micaud. Pourquoi cet intérêt, en cette saison, pour un monument situé dans un parc?.. Tout simplement il s'agit d'abord de poursuivre le récit commencé sur ce blog, avec Flore,  le 16 décembre dernier. Et pourquoi donc en ce moment? Parce que l'enlèvement, pour refonte, des monuments sous l'Occupation se serait produit la 3° semaine de décembre 1941 (leur sort ayant été évoqué dès la réunion d'un conseil municipal de janvier 1942.

pergaud aujourd'hui 1

Précisons de suite que nous sommes certains, puisque nous en avons retrouvé les preuves dans les archives municipales de Besançon, que 7 statues ou monuments bisontins ont bel et bien été retirés (M. Bernard Carré, membre du groupe Histoire, Patrimoine Mémoire des Chaprais, après avoir précisé  le calendrier des ces événements, précise même, que pour Flore, la statue avait été arrachée de son socle...). Ils ont été refondus sous la responsabilité du Groupement d'importation et de répartition des métaux qui gère ces opérations. On n'insistera jamais assez sur le fait que c'est une loi de Vichy (11 octobre 1941) qui, certes, sous la pression  des occupants allemands, organise avec son administration, cette opération.  Donc écrire, comme nous l'avons fait nous-mêmes, (dans un article consacré au monument Proudhon), que ce sont les allemands qui  ont fondu ces statues et monuments, procède d'un raccourci un peu sommaire.

Parmi les 7 concernés, 2 étaient érigés aux Chaprais : le général Jeanningros (voir l'article que nous lui avons déjà consacré) et Proudhon (idem, mais nous y reviendrons, dans un prochain article, afin d'apporter de nouvelles précisions).

Et deux autres avaient également été retirés, mais ont échappé à la refonte : Flore et Pergaud.

Ce monument  consacré à Louis Pergaud a été réalisé d'après une maquette d'Antoine Bourdelle.

pergaud aujourd'hui signes maçonniques

C'est M. Charles Léger qui l'aurait demandé à Bourdelle.  Charles Léger (1880-1948) est un ami de Pergaud (il a rédigé sur celui-ci une biographie). C'est aussi un historien et critique d'art ( il a écrit, entre autres, dans une petite collection intitulée Les Maitres de la peinture, collection dirigée par Georges Besson, l'ouvrage sur Courbet). Il est à l'initiative, sinon partie prenante, d'un comité constitué à Paris comme à Besançon en vue d'ériger un monument pour le cinquantenaire de l'écrivain. D'ailleurs, lors de son inauguration, en grandes pompes, en présence de deux ministres ( le ministre de l'Education Nationale M. de Monzie et le ministre du commerce M. Jules Durand), le maire de Besançon, Charles Siffert dans son discours rend  hommage à M. Charles Léger et évoque le sculpteur :

"...L'illustre artiste n'est plus là pour recevoir notre profonde gratitude...

Reportons nos respectueux hommages sur son admirable compagne,madame Bourdelle et son distingué collaborateur, M. Rudier qui ont voulu que la maquette laissée par le maître fut exécutée en bronze et édifiée selon ses désirs dans notre cité". Précisons qu'Eugène Rudier est alors un fondeur célèbre et ami, entre autres, de Bourdelle.

Ci-dessous : la "une" du journal Le Petit Comtois. Ce journal rend compte sur 2 pages complètes et 4 colonnes en page 3 de l'inauguration du monument. A la "une" les photos des ministres M. de Monzie et M. Jules Durand; de M. Charles Siffert, le maire de Besançon et une photo du monument.

pergaud Petit Comtois 20 juin 1932

 

Pourquoi le choix de Besançon plutôt que Belmont son village natal. M. Charles Siffert répond, toujours dans le même discours  que Louis Pergaud n'est né à Belmont que parce que son père y était instituteur et qu'il quitta ce village à l'âge de 6 ans. Il passa son adolescence au gré des affectations de son père, à Nans sous Saint Anne, Guyans-Vennes et Fallerans .

Mais"...en réalité, c'est à Besançon que Pergaud a passé les années, sinon les plus heureuses de sa vie, du moins les plus fécondes"...Son père qui voulait que son fils devienne également instituteur, l'avait envoyé à l'école primaire supérieure de l'Arsenal de Besançon. Il passera le concours d'entrée à l'école normale d'instituteurs de la rue de la Madeleine...vous connaissez la suite...

Et pourquoi ce choix d'emplacement, pour ce monument?

D'après ses biographes, cités par le maire, Louis Pergaud venait "...s'asseoir dans ce jardin Micaud pour y poursuivre ses méditations et ses rêveries"...(il avait alors perdu, en quelques semaines, son père et sa mère).

 

Ci-dessous : la "une" de l'Eclair Comtois...rien sur l'inauguration du monument évoquée seulement en page 2 sur 3 colonnes.

 

pergaud éclair comtois 20 juin 1932

pergaud éclair comtois p2 20 juin 1932

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chers lecteurs, vous allez penser, pour sûr, que nous sommes en train de vous noyer dans les détails!... Mais dans les épisodes qui suivront, vous comprendrez pourquoi nous nous sommes attardés sur Antoine Bourdelle, son épouse, et sur M. Charles Léger! Ces deux derniers, Antoine Bourdelle étant mort en 1929, joueront un rôle fort important sous l'occupation afin d'éviter que "notre" monument Pergaud soit envoyé à la refonte....

Sources : archives de la bibliothèque municipale de la ville de Besançon et son site numérisé Mémoire Vive.

 

 

31 décembre 2016

Rendez la nous!

Pendant presque un demi siècle (1950-1999), les Chaprais furent privés d'un de ses monuments, véritable symbole pour les habitants, la statue Flore! Sacrifiée au temps du "tout automobile", véritable empêcheuse de tourner en rond autour de sa fontaine, elle fut retirée puis envoyée en exil sur un parking de Palente. Les habitants de Palente n'avaient pourtant rien demandé!

Or savez-vous qu'un autre élément du patrimoine des Chaprais, tout aussi  symbolique, plus ancien que Flore, est aussi parti à Palente?

Il s'agit de la croix en fer forgé qui coiffait l'église Saint Martin des Chaprais, dans sa première version, datant de 1825, celle de l'architecte Lapret. Certes, ce n'est pas un scoop, puisque cette information figure sur la bâche qui dissimule l'échafaudage de protection, devant l'église même.

croix de palente photo 2

Photo Alain Prêtre (DR)

Et madame Eveline Toillon l'indique dans son ouvrage célèbre sur "Les rues de Besançon". C'est d'ailleurs grâce aux renseignements complémentaires aimablement communiqués par cette historienne que nous pouvons évoquer de façon plus précise, les circonstances de ce départ à Palente, au rond point intitulé " la Croix de Palente".

En 1983, madame Toillon soucieuse de dater l'apparition de cette rue de "la Croix de Palente", au carrefour de la rue de Belfort et de la rue de la Corvée, entre en contact avec l'abbé BOURDIN. Cette rue a été baptisée de ce nom, en 1929, précise-t-elle. Elle cherche à connaître quelle était la croix qui était implantée là . Elle précise qu'elle figure déjà sur le plan de Besançon de 1883, sous ce nom, à l'emplacement actuel. Et elle indique, dans son livre : "Nous ne savons pas si elle marquait les confins d'une propriété ecclésiastique ou si c'était une croix de mission...". L'abbé répond alors (en 1983),  à madame Toillon ,qu'il ne sait plus exactement quelle croix, à l'origine, a provoqué ce nom. Mais c'est bien lui, alors qu'il vient d'être affecté à la paroisse des Chaprais, qui a organisé, en 1948, ce transfert.

Pour bien comprendre les événements, il faut revenir à la première église, celle de 1825.

eglise saint martin 2 001

Dès 1904, cette église s'avère être trop petite. Elle est alors transformée, avec entrée par la rue Baille.

église Saint-Martin des Chaprais 1904

Est-ce à cette époque que la première croix est remplacée? Ou est-ce à l'occasion de la seconde transformation (on revient à l'entrée par la rue de l'Eglise), entre 1927 et 1930, sous l'autorité de Nasousky ? (voir à ce sujet le premier article publié sur ce blog, le 31 août 2013 consacré à cette église et cet architecte : saisir dans la rubrique Rechercher, "Nasousky").

église saint martin des chaprais en construction

L'église est encore en construction : on remarquera au 1er plan, sur cette carte

les "pierres fabriquées" d'Alfred Nasousky. Dans le même temps il construit une

église au Havre.

Toujours est-il que cette première croix est retirée puisque le clocher a été surélevé et qu'elle restera, semble-t-il, adossée à un mur du presbytère. Nous ne savons pas ce qu'est devenu le coq qui apparaît sur les cartes postales de l'époque et qui la surmontait.

église clocher verdure 2

Le clocher actuel et sa croix

Au mois d'octobre 1948, une Mission est conduite à Besançon par les Dominicains de Strasbourg, les Pères Spitz, Fritsch et Barth. L'abbé Bourdin saisit alors l'occasion pour implanter, en grande cérémonie, "notre" croix de Saint Martin des Chaprais, là où elle se trouve toujours aujourd'hui.

Voici ce qu'il écrivait, à ce sujet,  dans le Bulletin paroissial des Chaprais (n° 498 - novembre 1948) :

"Parmi les manifestations extérieures, celle qui a le plus profondément ému notre quartier, ce fut certainement le triple chemin de Croix qui nous a réunis, à la Croix de Palente, où se dresse maintenant, sur un socle de pierre, la croix de l'ancien clocher de la paroisse. Per crucem ad lucem. C'est par la Croix que nous parviendrons à la lumière. Vous l'avez bien compris et c'est pourquoi si nombreux, le dimanche 24 octobre, vous avez médité la Passion du Sauveur en parcourant les rues de nos quartiers où des mains pieuses avaient élevé des stations fleuries...".

Bien que peu visible aujourd'hui sur son rond point, cachée en partie par la verdure, cette croix est très bien là où elle est. Et l'intitulé provocateur de ce billet n'est qu'un clin d'oeil amical adressé, à l'occasion de cette nouvelle année, à nos amis de Palente.

croix de palente photo A

Plus que jamais, que vive en cette année 2017, le patrimoine des Chaprais!

Sources: madame eveline Toillon, archives municipales. Photos A. prêtre. Merci à tous pour l'aide apportéeP

M. Alain Prêtre, membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de Vivre aux Chaprais, nous avait communiqué une photo de Flore illuminée, afin de vous souhaiter un bon noël. Il vous offre cette fois ce photo montage d'une rencontre improbable, hors des Chaprais, de la déesse Flore et du divin marquis du pont Battant. Merci.

voeux 2017

 

24 décembre 2016

Victor Delavelle et les Chaprais

En introduction aux deux séances du café histoire consacré à la place Flore (les 8 et 15 décembre dernier, au bar Flore), M. Christian Mourey, membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de notre association a souligné, entre autres, le travail réalisé, à la fin du XIX° siècle par les maires de Besançon. En l'occurence Gustave Oudet qui fut maire de 1872 à 1881 (il sera élu sénateur en 1876), puis Victor Delavelle qui, lui, ne restera maire que 3 ans, de 1881 à 1884, avant de démissionner.

delavelle plaque de rue (2)

Le nom de Victor Delavelle a été donné à une rue des Chaprais. Mais, à notre connaissance, il n'y a jamais résidé. En fait on sait peu de choses sur lui. Il est né en 1826 et était notaire.Il est décédé en 1907 (la plaque de rue -voir la photo ci-dessus- indique 1919 comme date de son décès. Il s'agit d'une erreur signalée à la ville. Une nouvelle plaque a été commandée) . Il fut, dans un premier temps, adjoint au maire Louis Joseph Fernier (maire de 1870 à 1872). Et il allait, en devenant le premier magistrat de notre cité, être le premier des maires (à Besançon) se réclamant des radicaux socialistes et qui se succéderont ensuite jusqu'en 1912.

rue delavelle 3 maison agriculture

delavelle vue rue déc 2016 (2)

 

 

 

 

 

Ci-dessus la Maison de l'Agriculture, rue Delavelle, 1915

Si une loi de 1876 (12 août) a bien rétabli les élections des maires et adjoints, par les conseils municipaux, des exceptions subsistent pour les chefs lieux de département, arrondissement et cantons: c'est le Président de la République qui nomme le maire et ses principaux adjoints choisis parmi les conseillers élus (une loi du 28 mars 1882 supprimera ces exceptions, sauf pour Paris où le premier maire élu le sera seulement en...1977).

 

 

 

Donc Victor Delavelle est nommé par décret du Président de la République Jules Grévy, sur proposition du Ministre de l'intérieur et des cultes, Constans. Et il est installé solennellement par le Préfet du Doubs, le 1er février 1881, qui déclare alors : "...C'est avec la plus grande satisfaction que j'ai accueilli le désir que vous m'avez exprimé et que j'ai présenté à la nomination de M. le Président de la République des hommes qui avaient votre confiance"...

delavelleportrait

Cette confiance n'est cependant pas totale puisque de nombreuses turbulences  devaient traverser son court mandat. Et les Chaprais en suscitent quelques unes...ne serait-ce qu'à propos des nouvelles avenues (Fontaine-Argent, Denfert Rochereau) qui doivent être créées.

Rappelons que l'année précédente, en 1880, le faubourg des Chaprais est intégré à la ville et les barrières d'octroi déplacées. Ce qui explique le nombre de pétitions adressées en 1881 au conseil municipal par les chapraisiens qui exigent d'avoir les mêmes équipements que le centre ville en matière de : pavage des rues,  construction de trottoirs, distribution d'eau potable, système d'égouts et d' éclairage public. Pratiquement aucun conseil municipal ne se réunira alors, sans que soit évoquée une question concernant les Chaprais!

Dès la séance du conseil municipal du 4 mai 1881, un incident survient. Le compte-rendu officiel indique :

"Déclaration de M. le Maire.

"Messieurs,

Des bruits ont été répandus d'après lesquels je suis représenté comme possédant aux Chaprais des surfaces de terrain importantes, soit par moi-même, soit par les miens, soit en société avec d'autres propriétaires, et la conséquence qu'on est amené à en tirer, c'est que j'aurais intérêt à me prononcer en faveur de tel tracé plutôt que tel autre dans les questions de chemins ou de nouvelles voies à ouvrir dans cette partie de la banlieue.

Je tiens à déclarer devant vous mes chers collègues, que ces bruits ne reposent sur aucun fondement sérieux. Il est bon que vous sachiez,- il faut que je le dise une fois pour toutes, non pas pour me défendre contre des insinuations que je méprise, mais parce que mon action comme administrateur et la vôtre comme assemblée délibérante doivent être dégagées de tout soupçon de partialité, - que je ne suis propriétaire ni directement, ni indirectement, d'aucun terrain aux Chaprais, ni à la Butte, et que dans ces deux parties de la banlieue je n'ai aucun intérêt personnel de quelque nature qu'il soit."

Le Conseil accueille cette déclaration de M. Delavelle avec la respectueuse sympathie que commandent des scrupules aussi légitimes et aussi honorables."

Et le conseil reprendra ses travaux.

C'est  en décembre 1881, sous Victor Delavelle, que 24 des principales rues des Chaprais sont enfin officiellement  baptisées.

delavelle plan 1 vertical

delavelle plan 2 modifié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ces plans établis en 1883, on constate le développement des Chaprais

 

Alors, pourquoi Victor Delavelle démissionne 3 ans plus tard en 1884 (année qui voit l'achèvement de la fontaine Flore)?

En 1884 (24 août), lors d'une séance du conseil consacré à l'examen des finances, le rapporteur de cette commission (présidée par le maire) relève des irrégularités "qui n'entraînent en aucune façon, la responsabilité même morale de l'Administration de la ville, mais qui, selon le désir de la commission, ne devront pas se reproduire pour les exercices ultérieurs".

En cause, les services de la voirie. "...Vous avez à ce titre des dépenses considérables votées et payées dont l'emploi a eu lieu sans aucun contrôle possible, sur les simples désignations des agents"...

Aussi, face à la fronde d'une partie du conseil municipal, "M. le Maire engage le Conseil à changer l'Administration s'il n'a plus confiance en elle".

Le compte administratif est cependant approuvé. Mais Victor Delavelle démissionne une première fois.

Le 5 septembre 1884, il est procédé à l'élection d'un nouveau maire, conformément à la loi de 1882. Victor Delavelle est réélu au 2° tour de scrutin par 14 voix contre 10 à M. Bouvard. M. Nicolas Bruand est élu 1er adjoint. Mais la crise ne semble pas apaisée pour autant. Et lors des conseils municipaux des 24 et 25 septembre, puis du 1er octobre 1884, Victor Delavelle figure parmi les absents excusés. De nouveau démissionnaire, c'est son premier adjoint qui est élu maire de Besançon. Il était alors le doyen d'âge du conseil (72 ans). Victor Delavelle restera tout de même au conseil municipal jusqu'en 1888 (même s'il n'y siégera plus dès juillet 1887). Il présidera même la commission de l'administration et celle des finances.

C'est sous son mandat que naîtra le journal Le Petit Comtois,dont le premier n° paraît le 1er août 1883.

petit comtois n°& 1 08 1883)

Il est fondé par son beau-frère, l'avocat Jules Gros, qui sera député du Doubs de 1885 à 1889. Victor Delavelle est partie prenante de ce nouveau quotidien qui affiche en sous-titre : Journal républicain démocratique quotidien.Ce journal, racheté ensuite par la famille Millot, était en fait le porte parole du parti radical socialiste de l'époque. Il se caractérisait par un anticléricalisme virulent.  Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point lorsque nous évoquerons la famille Millot et les Chaprais.

Ajoutons que Victor Delavelle comme plusieurs de ses successeurs étaient des membres éminents voire des responsables de la loge maçonnique bisontine Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies, loge qui était alors très influente.

Quant à Nicolas Bruand, maire de 1884 à 1888, nous aurons l'occasion de reparler de lui puisque, comme Victor Delavelle, une rue des Chaprais porte également son nom.

 Sources : archives municipales.

Se reporter également au billet écrit le 24 janvier 2015 concernant la Maison de l'agriculture rue Delavelle et à l'article publié sur le site de l'association sur la rue Delavelle.

Et pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année, cette photo réalisée par Alain Prêtre, de la place Flore illuminée. Bonnes fêtes à tous.

 

flore illuminée

 

 

 

 

17 décembre 2016

Quand Flore a failli disparaître!....

 

 

flore bar flore

 

A l'occasion du café histoire des 8 et 15 décembre 2016, cet épisode peu connu de l'histoire de Flore a été abordé.

Photo ci-dessus : lorsque Flore quitta son emplacement provisoire de la place de la Liberté, pour sa vraie place, le 18 décembre 2013, elle s'arrêta au bar Flore afin d'y boire une boisson chaude.

 

flore socle place lib (2)

Photo ci-dessus: Flore en cours de réinstallation plce de la liberté juin 2012

 

Car Flore, la voyageuse, a failli ne pas se remettre d'un petit voyage(?) durant l'occupation allemande! Elle aurait dû être fondue comme d'autres sculptures et monuments en bronze à Besançon,et dans toute la France! Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point d'histoire puisque nous avons découvert, aux archives municipales de Besançon des documents fort intéressants...

Mais revenons à notre déesse. Tout va très vite comme l'attestent les 3 documents reproduits ci-dessous indiquant la composition de la commission préfectorale du Doubs chargée de l'application de la loi du 11 octobre 1941, la convocation de cette réunion puis son compte-rendu.

flore enlévement statues 3

flore composition commission enlèvement des statues (3)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

flore statue liste enlevée sous l'occupation (2)

 

Tout semble donc bien commencer pour elle puisque la commission départementale de sauvegarde des œuvres d’art et historiques, réunie le 13 novembre 1941 à la Préfecture du Doubs, indique qu'il convient de la conserver. D'autant plus que son poids reste modeste par rapport à d'autres monuments bisontins. Mais «  par lettre en date du 11 décembre 1941, l’ingénieur en chef de la circonscription de Dijon des Industries Mécaniques notifie à la Ville la décision du Comité instauré au Secrétariat des Beaux Arts d’enlever non seulement les monuments condamnés par la Commission départementale mais également tous ceux dont elle demandait la conservation ou le remplacement ». Et la statue Flore a été déboulonnée, certainement fin 1941, à la suite de cette décision!

Une lettre officielle du Groupement d'Importation et de Répartition des Métaux est adressée le 4 août 1942 au Maire de Besançon, H. Bugnet, qui indique en substance "En réponse à votre lettre du 18 août 1942, nous avons l'honneur de vous informer que nous sommes d'accord pour remettre sur son socle la Fontaine Flore. Nous chargeons la maison Danzas de votre ville de rechercher une entreprise susceptible d'exécuter ce travail délicat».

Ce courrier est confirmé par celui de l'entreprise Danzas, en date du 31 août, adressée au Maire, au sujet de cette remise en place. 

flore statue danzas à remettre août 1942 (2)

Mais, patatras, branlebas de combat, le même Groupement d'Importation et de Répartition des Métaux écrit, quelques jours plus tard, au Maire de Besançon le 7 septembre 1942, ce n'est plus sûr, il convient de surseoir à la réinstallation de Flore. " Suite à notre demande, M. l'Ingénieur en chef d'Etat, chef de la circonscription de Dijon nous a fait connaître qu'il était entièrement d'accord pour que les statues de Flore et de L. Pergaud soient remises en place par nos soins.

Toutefois cet ingénieur nous avise qu'il y a lieu de surseoir à cette mesure, les commissions devant se réunir à nouveau pour réexaminer les œuvres conservées (en exécution de la D.M. en date du 14 août 1942 du Ministère de l'Education Nationale adressée aux Préfets).

Nous vous saurions gré de vouloir bien nous tenir au courant de la décision qui sera prise à la suite de ce nouvel examen"....

On remarquera au passage que le 7 septembre, le Groupement ne semble pas être au courant de la Décision Modificative en date du 14 août. Ou alors, en ces temps d’occupation, est-ce que ce n’est pas parce que  les arcanes de l’Administration Centrale étaient longs ? Et si le ministère de l'Education Nationale est impliqué, c'est parce  le secrétariat d'Etat aux Beaux Arts lui est alors rattaché.

Dans le même temps, l'entreprise Pateu Robert (voir à ce sujet les deux billets consacrés à l'histoire de cette entreprise) établit un devis détaillé pour la pose de Flore au sommet de la fontaine du même nom, d'un montant de 1 375 F.

Jugez plutôt : "Un camionnage de l'Ecole des Beaux Arts à notre dépôt rue de la Mouillère pour y effectuer les réparations y compris temps passé au chargement et déchargement (90 F);

Réfection des équerres et boulons de scellement cassés (150 F);

Un camionnage de notre dépôt à la place Flore y compris temps perdu au chargement et déchargement (75 F);

Repose de la statue à grande hauteur y compris équipement des appareils de levage; descellement des boulons cassés scellements neufs et calfeutrements; fourniture de ciment et sable (850 F);

Location de matériel de levage y compris jarretières, cordes à main et matériel divers (150 F);

Un camionnage pour ramener le matériel à notre dépôt, le ranger (60 F).

Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé, mais au final ce n'est pas cette entreprise qui sera choisie, mais P. BOUVARD, avenue de Chastres Montjoux (actuellement, avenue du commandant Marceau) qui décline la raison sociale suivante :Entreprise de Charpentes. Bois et Fer. Les dates probables de cette décision sont septembre ou octobre 1942

L'information importante contenue dans ce devis est bien sûr la localisation de Flore : à l'école des Beaux Arts! Il semble cependant qu'elle ait séjourné (fin 1941, tout début 1942),peu de temps, sur un chantier de démolition ou de refonte, en Lorraine, à Houdemont comme ce fut d'ailleurs le cas pour d'autres sculptures des Chaprais...

Une note manuscrite, émanant du service de la voirie de Besançon (dirigé alors par m. Wagner), en date du 19 juin 1944, indique, au sujet de la facture de l'entreprise Bouvard "

"Lors de la campagne de mobilisation des métaux non ferreux, la statue Flore a été déposée et envoyée à la fonderie par les soins de l'Etat. Ne convenant pas elle a été retournée et quelque temps après elle était replacée sur son socle par l'entreprise Bouvard». Cette note est à l'adresse d'un certain M. Dufond, Production Industrielle, Building, rue Proudhon. Car la mairie essaie de faire acquitter la facture de la pose de Flore, par cet organisme, qui avait déclaré vouloir la prendre en charge.

A quelle date Flore a-t-elle été reposée? Si l'on en croit les factures de l'entreprise Bouvard, la première est établie le 13 mars 1943. On peut donc en conclure que ce travail a été réalisé au début de l'année 1943...Donc son absence, au-dessus de la fontaine place Flore, n'aurait duré que quelques mois...

flore bouvard (2)

Remarquons également que la facture s'élève à 2 171,75 F alors que le devis de l'entreprise Pateu Robert indiquait un coût prévisible de 1 375 F!...Et vous aurez compris à la lecture de ce billet, que le 19 juin 1944.....cette facture n'était toujours pas réglée à l'entreprise Bouvard! Si l'on ajoute que le sculpteur G. Laethier a été impliqué dans la "repose" de Flore (par le Maire écrit-il) et que l'entreprise Bouvard qui court après son argent lui demande des comptes...nous avons bien les éléments d'un feuilleton tragi-comique... L’entreprise Bouvard adressera une dernière lettre pour se faire payer le 4 septembre 1944 ! Il est vrai qu'il y avait fort à faire et à payer à Besançon, à ce moment là.

 Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur G. Laethier et le sort réservé, à la même époque, à son monument à Proudhon qui était aux Chaprais (voir, sur ce blog, le billet qui lui a déjà été consacré).

Nous lançons un appel aux chapraisiens et au-delà aux bisontins : possèdez-vous des photos réalisées durant l'occupation retraçant la dépose de Flore, puis la fontaine sans sa déesse, et/ou la nouvelle installation de Flore? Si c'est le cas, vous pouvez nous les faire parvenir, numérisées ou pas (nous vous les rendrions, bien sûr...). Il s'agit de contribuer, par leur publication éventuelle,  en dehors de toute activité commerciale lucrative, à l'Histoire des Chaprais.

Ce billet ne prétend pas faire le tour de la question. Les recherches doivent se poursuivre concernant de nombreux aspects de ce dossier Flore! Remerciements à M. Bernard Carré pour des précisions importantes apportées.

 

flore vers 1660 Le Brun

En ce moment, au château du domaine départemental de Sceaux se déroule une exposition intitulée "De Vouet à Watteau" constituée des chefs d’œuvre du Musée des Beaux Arts et d’Archéologie de Besançon (actuellement fermé pour travaux). Au cœur de cette exposition, ce magnifique dessin de la déesse Flore, réalisé par Charles Le Brun vers 1660.

Cette exposition a été prolongée jusqu'au 12 février 2017. Donc si vous passez par Sceaux, n'oubliez pas de saluer "notre" déesse....

 

 

 

 

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