HUMEURS DES CHAPRAIS

24 juin 2017

Je me souviens de la SIOR : entretien avec M. Michel ARBEY, ancien cadre

A bientôt 90 ans, M. Michel Arbey peut évoquer son passé avec une mémoire quasi infaillible et une certaine fierté ! Pourtant, «  il n’en rajoute pas » comme l’on dit souvent.

michel arbey

Mais jugez plutôt !

Né à Besançon le 15 août 1927, il doit, à 15 ans et demi, pour des raisons impérieuses, quitter l’école d’horlogerie où il est en formation pour travailler dans une entreprise d’horlogerie qui fabrique des boîtes de montres en or et en acier chez Albert Edgard alors installé 11 rue de la Grette. Entré le 1er janvier 1943,  il y travaille jusqu’au 30 avril 1945. Puis  Beauchêne et Bredillot lui proposent de l’embaucher afin qu’il termine, son apprentissage du 2 mai 1945 au 5 décembre 1946. Il  enchaîne, aussitôt par un emploi chez Bourgeois, embauché par le directeur technique M. Robert Bouchet. Mais il doit  quitter cet emploi le 28 juin 1947 afin d’accomplir ses obligations militaires comme mécanicien dans l’aviation à la base de Dijon. Et dès sa libération le 15 juin 1948 il entre directement à la Société Industrielle d’Outilleurs réunis (SIOR) créée le 8 novembre 1947 par M. R. Bouchet, l’ancien directeur technique de chez Bourgeois, M. Marcel Brun outilleur à la Société Industrielle de Fabrication d’Outil de Précision (SIFOP), M. Gaston Régnier également outilleur à la SIFOP et M. Henri Leidelinger, quincailler à Fraisans et qui possédait un élément clef dans cette France à reconstruire après la guerre une autorisation alors indispensable pour acheter de l’acier. Nous sommes alors en juin 1948 ; l’entreprise vient de s’installer dans un atelier 95 rue de Belfort.

sior 2

Commence alors l’aventure formidable de la SIOR dans le quartier des Chaprais, puisque si l’entreprise déménage en 1956, c’est pour une usine nouvelle construite par ses soins au n° 20 de la rue des Jardins. Elle y restera jusqu’en 1993 année de son transfert définitif dans l’agglomération bisontine, à Chaudfontaine, où la SIOR en 1978 avait déjà commencé à aménager un atelier afin d’y transférer certaines de ses fabrications. La rue des Jardins avait alors perdu son dernier maraîcher, les jardins ayant été grignotés les uns après les autres par des constructions d’immeubles.

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Au sein de cette SIOR qui évolue, M. Michel Arbey évolue lui aussi. A 22 ans il est déjà, dans la classification professionnelle de l’époque reconnu comme Ouvrier professionnel 3° niveau (OP 3).  Ce qui a toujours été considéré comme le niveau envié des outilleurs.

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Le 2 octobre 1966, il devient cadre : il assure alors, à la tête d’une équipe comprenant des mécaniciens et des électriciens l’entretien (nous dirions aujourd’hui la maintenance) du parc de quelques 50  machines. Il est devenu une sorte de « roi de la mécanique » établissant le diagnostic des pannes et donnant les instructions pour leur réparation. Il s’implique alors dans la formation des jeunes qui sortaient d’école, dans les jurys de CAO auxquels ont toujours participé les professionnels. Il accompagne également des équipements commandés à l’étranger, comme en Allemagne afin de veiller à leur mise en route.

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L’heure de la retraite sonnera en le 30 août 1987. Commencera alors pour ce père de famille de trois enfants, grand-père, arrière, arrière-arrière, veuf puis remarié, l’ère des voyages, des randonnées, avec l’ascension du Mont Blanc pour ses70 ans, accompagné de son épouse, et des treks à l’étranger.

Cette vie professionnelle bien remplie, ces activités physiques mais aussi son art du bricolage dans l’aménagement d’une grande maison à Saint-Vit, nous incitent à penser que cet homme là est du bois à faire des centenaires !

Illustations : photos tirées du livre METALIS 75 ans d'aventure humaine publié en 2012. Tous droits réservés.

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17 juin 2017

Le parc des Chaprais de la rue de l'Eglise

Samedi dernier, c'était la fête traditionnelle du quartier des Chaprais dans le parc de la rue de l'Eglise. Ce parc, comme le rappelle une plaque apposée à l'entrée, a été donnée à la ville par M. André Millot. Et ce en souvenir de sa famille qui a habité pendant plus de 250 ans dans notre quartier et qui fut propriétaire du quotidien Le Petit Comtois.

andre millot photo 2

André Millot est né à Besançon le 19 mars 1913, villa des Iris, rue de l'Eglise (décédé à Paris le 7 février 1999).

andre millot tombe 4

Son grand-père, Jean Millot (1843-1922), s'était associé à son frère Georges (1845-1903), tous deux travaillant dans une imprimerie, afin de fonder, en 1882, une imprimerie artisanale typographique au 7 square Saint-Amour. Elle sera ensuite transférée au 20 rue Gambetta. Imprimeur du journal Le Petit Comtois, dont le premier numéro parut le 1er août 1883, sous la direction de Jules Gros, ils rechetèrent ensuite ce journal par divers actes se succédant de 1886 à 1903.

petit comtois n°& 1 08 1883)

millot frères imprimerie

Le père d'André, Louis (1884-1967) fit construire la villa des Iris en 1910, sur un terrain acheté par sa famille. Jusqu'alors, la famille Millot habitait en face, au 62 rue de Belfort, maison aujourd'hui disparue (l'emplacement est occupé par la station d'essence). Il avait repris la direction du journal jusqu'à la diparition de ce quotidien en 1944.

 

André Millot

C'est donc André Millot qui donne donc son parc à la ville, en 1978. Mais qui est ce fils de Louis Millot ?

parc des chaprais (2)

Tout d’abord notons qu’il a un frère aîné, Jean, né en 1911, au 6 rue de l’Eglise, qui dirigera longtemps une publication du groupe familial La France Horlogère jusqu’à sa fin tragique en 1986.

france horlogere

André a commencé ses études au lycée Victor Hugo à Besançon. Puis, avec son frère Jean, des études de Droit, à Paris. Ils habitaient alors un logement qui est resté dans la famille, rue Beaubourg. Etudes suivies de  trois années à l’Institut des Sciences Politiques de Paris dont il sort major.  Durant deux années il effectue des séjours comme auditeur libre dans des universités et instituts à Fribourg, Londres, Milan .A l’étude des langues, il ajoute l’histoire de l’art. Sa formation culturelle, linguistique, politique est donc très importante. Il semble avoir été éduqué, formé pour succéder alors à son père Louis, à la tête du Petit Comtois. Les événements en décideront autrement. Si quelques années avant la guerre, il entre à la rédaction du quotidien régional, dès la déclaration de la guerre il est mobilisé et affecté à l’Etat Major du 7° corps d’armée, puis à la 2° division légère de cavalerie comme aspirant. Démobilisé après l’armistice, il rejoint Le Petit Comtois. Mais l’équipe est extrêmement réduite. L’édition ne compte plus que 4 pages, voire deux en 1943. C’est le temps de la publication obligatoire des communiqués officiels qui émanent des administrations de l’Etat Français ou des autorités occupantes allemandes. Le temps du contournement de la censure des articles à double entente, du soutien moral à la population. Il va, dès 1943,  participer activement au mouvement clandestin ORA (Organisation de Résistance Armée), cellule Domergue du groupe Libération, est-il précisé dans un article publié dans La France Horlogère à l’occasion de son décès. Il semble qu’il passait des messages, de l’argent, des informations. Une perquisition sera effectuée par les allemands au domicile familial du 6 rue de l’Eglise. Mais ils n’ont rien trouvé. Arrêté à Besançon au titre du STO (Service du Travail Obligatoire), il s’échappe en zone libre et rejoint Villars les Dombes où la famille possède une maison. C’est en 1943 qu’il se marie avec une cousine germaine.

A la libération Le Petit Comtois ayant cessé de paraitre sur ordre des autorités allemandes le 22 mai 1944, il ne parvient pas, cependant, à obtenir l’autorisation de reparaître. André Millot se retrouve donc sans emploi. Un ami lui indique que le Ministère des Affaires Etrangères recrute alors d’anciens résistants. Il commence donc une carrière dans l’administration centrale. Puis il occupera divers postes en Europe avant d'être nommé Ambassadeur de France en Albanie peu avant sa retraite en 1974.

A la mort de son frère Jean, il s'occupera de la rédaction de La France Horlogère, sa fille, Isabelle en assumant la direction jusqu'à sa disparition en 2008.

france horlogère une revue

L'année prochaine, les chapraisiens seront invités, dans le cadre de la fête des Chaprais, à honorer la mémoire d'André Millot, à l'occasion du 40 éme anniversaire de la donation de ce parc.

 

millot affiche 1

 

 

 Sources : Famille Millot, Le Petit Comtois, France Horlogère, Roger Chipaux.

 

 

 

10 juin 2017

Je me souviens des garages des Chaprais: entretien avec M. Pierre Brendel

Même s’il n’habite plus les Chaprais, M. Pierre BRENDEL, à 80 ans, reste un chapraisien de cœur. Car il a vécu et travaillé une bonne partie de sa vie dans notre quartier.

pierre brendel

Et ses souvenirs en sont restés particulièrement vifs.

A l’origine, magasinier autos profession, il semble que cette passion pour la mécanique remonte à loin. A son arrière grand-père Georges, né en 1852 et mort en 1943 à 91 ans qui était déjà mécanicien réparateur au PLM?

A son grand-père Jean, mécanicien également  au PLM et qui habitait 125 rue de Belfort.

Ajoutons l’autre « Jean », le père, que l’on appelait Georges, né au 125 rue de Belfort le 26 juin 1910; il était mécanicien au garage Thieulin.

A propos de ce garage, M. Pierre Brendel se souvient avec précision des 3 sites dont disposait l’entreprise, avenue Fontaine-Argent :

- au n°20 était la station service, lavage, graissage ;

- au 22 on réparait les véhicules de tourisme ;

- au n°24 c’était les véhicules poids lourd.

Le 20 juin 1955, les actionnaires de l’entreprise Thieulin ont vendu leurs actions à PEUGEOT (alors rue de la Préfecture).

Thieulin alors représentait la marque RENAULT. Il a donc fallu, du fait de cette vente, trouver un local afin de stocker les pièces de la marque Renault. Ce fut au 27 avenue Carnot, en face du Sacré Cœur : une station service fut installée qui restera dans le quartier jusqu’à ce que Renault construise ses garages sur le boulevard.

Les poids lourds  étaient alors réparés rue de l’Eglise, après la salle des ventes actuelle.

Pierre travaillait dans ce garage avenue Carnot, chez Renault. Son père également. Comme il était magasinier, les conflits qui naissaient entre son service et celui de la réparation où œuvrait son père, se poursuivaient souvent à la maison. Aussi Pierre quitte le domicile familial pour un emploi, toujours chez Renault, à Morteau où il se retrouve seul. Il n’y reste pas longtemps car sa sœur qui est secrétaire l’avertit qu’un poste de magasinier est disponible rue de la Rotonde aux Véhicules Industriels. Il y est resté 38 ans !

véhicule industriel 2

René Guinot, le patron est propriétaire d’une maison rue du Château Rose. Il a exploité ce garage jusqu’à sa mort en 1964. L’entreprise a duré encore 2 ans, mais faute d’union entre les 12 salariés, elle a été rachetée en 1966 par le groupe Blondeau qui s’est débarrassé pour cela de son affaire dans les carburants. LA SNVI nouvelle est alors née, installée à Roche les Beauprés. En 1984, elle changera de patron puis s’installera en 1993, dans des nouveaux locaux sur la zone de transport.

M. Brendel se souvient de deux anecdotes particulières qui remontent toutes deux à son enfance.

véhicule indus facture 1941

En 1941, le garage est réquisitionné afin d'abriter des véhicules allemands!

En 1942, avec sa mère et sa sœur, il devait se rendre voir sa marraine qui habitait le haut de la rue de Belfort. Elle avait cuit  une tarte aux pommes et Pierre qui avait alors 6 ans, en voulait, en chemin, une part. Place de la Liberté était alors installé le poste de police du quartier. Comme il se rebellait contre sa mère, le planton du poste de police est venu le chercher, l’a emmené au poste et pour lui donner une leçon, et comme il ne se calmait pas, il l’a enfermé dans une pièce noire ! Il n’y serait resté que 10 minutes qui lui semblèrent des heures et il eut la peur de sa vie qui se traduisit en sanglots ! En 1944, on est aussi passé sur cette place. Des chaises étaient installées. On y tondait des femmes en dessinant sur le crane une croix gammée. Le jeune Pierre troublé a demandé à sa mère ce que ces femmes avaient fait. Elle préféra ne pas répondre…

Interroger Pierre sur la vie du quartier autrefois l’entraîne à évoquer de nombreux souvenirs : ceux de l’Aiglon et son équipe de gymnastique avec René Bolley, champion de France; ceux de la Commune des Chaprais la Mairerie qui s’installait au Café du Cercle , 37 rue de Belfort !  avec  comme « maire »  messieurs Morivel et Thévenot.

Il se souvient également de l’union artistique et intellectuelle des cheminots installée dans des préfabriqués rue de la Viotte dans les années 50 et 60. Il y avait des représentations de pièces de théâtre et on y tirait les rois. L’accès en était réservé aux cheminots et à leurs invités. Vers 20h le soir, il y avait un petit spectacle de type One Man Show, puis c’était le bal. C’était gratuit. Il y avait des filles, bien sûr. Mais tout se terminait à minuit et demi.

Pierre aurait encore bien d’autres souvenirs à partager. Sa générosité et son altruisme l’ont amené, à la retraite, à être bénévole chez les Compagnons d’Emmaüs durant 8 ans à raison de 20h par semaine. Et pour cela, il s’installa même à Planoise.

S’il existait un titre de Citoyen d’honneur des Chaprais, nul doute que Pierre Brendel en serait un des premiers affublé ! Nous lui souhaitons de nombreuses années de belle vie !

03 juin 2017

Quatre habitants des Chaprais assassinés dans l'Aisne

 A saint Martin des Chaprais, sur la plaque commémorative des soldats originaires de notre quartier morts lors de la première guerre mondiale, on peut lire les noms de René Balandier, Robert Viennet, Georges Boulanger et Marcel Liévremont.

liste victimes 1914-18 st martin (2)

Ils ont tous les quatre la spécificité d’être morts au combat   durant la bataille tristement célèbre du « Chemin des Dames » en 1917 à quelques kilomètres de Craonne.    Ce site deviendra   célèbre par une chanson dans laquelle les « poilus »   expriment leur désespoir d’être envoyés à la mort dans des assauts inefficaces et suicidaires. 

René Balandier est mort à 22 ans le 17 avril 1917 à Moronvilliers (Pontavers), Robert  Viennet  le 19 avril  1917 à 21 ans  à Berméricourt, Georges Boulanger à 21ans  le 7 mai 1917 à Vendresse-Beaulne, Marcel Liévremont  à 20 ans à Cuissy et Geny (Pargnan)  le 16 juin  1917 des suites  des blessures  de l’attaque initiale.

 Avril/mai 1917, il y a exactement cent ans …

 Depuis trois ans que dure le terrible conflit, français et allemands   se font face dans des tranchées sur une ligne de front qui s’étend de la Champagne à la mer du nord.

 Depuis trois ans, tous les chefs militaires français ont pu constater que les soldats lancés à l’assaut des lignes allemandes sont   fauchés systématiquement par les mitrailleuses. On commence à peine à avoir quelques  chars et l’on prépare seulement les assauts  par des tirs d’artillerie  massifs et violents qui  créent, comme  le montrent les images de Verdun, des nomanslands  ressemblant à des paysages lunaires.  Les hécatombes restent  quantitativement  les mêmes  pour des avancées dérisoires.

Le général Robert Nivelle a  remplacé  Joffre  à la tête de l’armée Française. Le célèbre vainqueur de la Marne, qui s’est le premier obstiné dans ce type d’assauts meurtriers mais vains, est considéré désormais comme manquant d’audace.  Son successeur est l’étoile montante   du commandement en chef côté français, le général Nivelle.  Même le président Poincaré  tient à le promouvoir.  Lors de la conférence interalliée de Chantilly, le 16 novembre 1916, le brillant promu  a assuré tout un chacun qu’il se faisait fort d’obtenir  la «rupture » dans la zone située  entre Soissons et Reims, tandis que  les anglais  mèneraient de leur côté l’offensive dans la Somme.

En fait, les allemands, évidemment bien informés depuis cette date, ont effectué un repli stratégique dans la région sur une ligne densément fortifiée. Nivelle et son état-major prennent tardivement en compte cette nouvelle donne.

Sur les crêtes dominant le plateau du « chemin des dames », les Allemands ont puissamment fortifié leur ligne de défense (qui dispose de nombreuses grottes). Il y a par endroit, dit un spécialiste de cette bataille, jusqu’à une mitrailleuse allemande tous les dix mètres. L’espace à conquérir a été désertifié par l’ennemi qui y a pratiqué la politique de la terre brûlée.

Carte Craonne (2)

L'attaque prévue pour le 14 avril est reportée au 16, à cause du mauvais temps.

Il apparaît vite qu’elle  ne réussira pas. C’est un véritable carnage.  Les pertes sont considérables (30 000 morts et disparus, près de 100 000 blessés en une semaine, plus de 7000 tués en ce qui concerne les tirailleurs sénégalais. On n'avance que de 500 mètres au lieu des 10 kilomètres prévus.

« Je renoncerai si la rupture n'est pas obtenue en quarante-huit heures  » promettait Nivelle

 Le 16 avril au soir, le front allemand est à peine entamé. L'échec de l'offensive est, en fait, consommé en 24 heures

chemin des dames

Elle sera une des causes majeures des mutineries qui vont avoir lieu dans l'armée française pendant l'été 1917.

Le soldat Louis Barthas, dans le civil tonnelier dans son village de l'Aude à Peyriac-Minervois, décrit ainsi la situation dans son journal en juillet 1917: 

«Nos généraux devaient être satisfaits. Qu'importait le chiffre des pertes humaines, ce qui comptait c'était de pouvoir alimenter les communiqués, de maintenir, comme ils disaient, l'activité du front. !...........Avoir fait reculer les Allemands de quelques hectomètres c'était suffisant, héroïque, mirobolant, c'était une grande victoire ; en réalité, c'était un massacre inutile… »

« Quatre habitants des Chaprais assassinés dans l’Aisne »…..  Un titre, tel que celui   que j’ai choisi, était évidemment inconcevable en 1917, dans la presse locale et même dans les soixante années qui suivirent. La France n’était pas fière de cette bataille où 14 000 de ses enfants furent envoyés en quelques jours à un  massacre assuré par des chefs incompétents.

Aujourd’hui, à juste titre, nous   dénonçons les atrocités   de la guerre de Syrie ; mais les chiffres des victimes y font encore pâle figure à côté de ce que nous avons appelé notre « Grande guerre ».  La France, qui se flattait à l’époque d’apporter « la civilisation » en Afrique, au Maghreb, en Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge), n’hésitait pas à envoyer sa jeunesse se faire massacrer dans des opérations-suicides.

A l’heure où plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont  cru devoir exprimer  leur projet  sur  l’enseignement de l’Histoire  en France, à l’heure où a été posé par eux  le problème du « récit national », il est  intéressant de  se poser la question.

                 Qui  était « la  France »  en avril/mai 1917 ?

  • Les soldats français héroïques venus mourir en ces lieux de tous les coins de la France tels René Balandier, Robert Viennet, Georges Boulanger et Marcel Liévremont ?
  • Les soldats africains qu’on avait « civilisés… » (tirailleurs sénégalais) littéralement envoyés à l’abattoir ?
  • Les généraux  incompétents auxquels  il fallait obéir sous peine d’être « fusillés pour l’exemple » ?
  • craonne sénégalais 1

        Les américains,  dès 1935, par le livre  de Humphrey Cobb « Les sentiers de la gloire » ont mis le doigt sur ces  horreurs en traitant du précédent de 1915 où quatre  caporaux français  avaient été  « fusillés pour l’exemple » pour avoir reculé dans une mission impossible.  En 1957, ils en ont fait un film  au titre  éponyme par la  caméra  de Stanley Kubrick.  Il faudra attendre 1975 pour que celui-ci soit  distribué en France…(ne pas salir l’image de la France et de son armée).  Il faudra les années 90 pour voir des hommes politiques français prôner la réhabilitation de ceux qui avaient refusé de donner leur vie inutilement  en 1917 et qu’on avait appelés « les mutins ». Il a  fallu attendre  Avril 2017, soit exactement cent ans, pour que la  chanson de Craonne  soit  chantée dans une cérémonie  officielle  devant le président de la république.

                    « L’Histoire »  ce sont  des faits  et c’est un tout.  Il ne s’agit pas de choisir ce que l’on va enseigner ou ce que l’on va cacher, mais de faire en sorte que les générations  futures,  tout en restant fières de leur pays,  tirent les enseignements du passé et le connaissent.

                                                                                 Guy-Georges Lesart

                                                                         Groupe Histoire de « Vivre aux Chaprais 

 

   NB : René Balandier, Robert Viennet et Marcel Lievremont reposent à la nécropole nationale de Cormicy « la maison bleue ». Elle s’étend  sur 44 213 m2. 14 418 corps  de soldats  y ont été inhumés, dont 6 945 en deux ossuaires.
Georges Boulanger est à celle du village de Soupir.

 

Chanson de Craonne (refrain)

Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !

 

 

 

27 mai 2017

Le voyage du président de la République Albert Lebrun, à Besançon, le 2 juillet 1933

Nous avons déjà évoqué ce voyage dans un article publié, sur ce blog, le 5 juillet 2014. Nous y précisons qui est Albert Lebrun et le programme de cette visite officielle.

Il faut souligner cependant que ce voyage, comme celui 10 ans plus tôt d'Alexandre Millerand, se fait sous surveillance policière. Là aussi on craint une action plus ou moins spectaculaire des communistes bisontins. Un rapport du commissaire central de police donne le ton, c'est le cas de le dire.

visite président rapport police

Afin de protester contre les condamnations de militants indochinois, à SaÏgon, le 6 mai 1933, les communistes bisontins pourraient utiliser des sifflets (comme ils l'avaient déjà menacé en 1923) lors du passage du cortège présidentiel. Le verdict de Saïgon est en effet très lourd : 8 condamnations à mort, 98 condamnations au bagne dont 19 à perpétuité pour avoir mis en cause le statut colonial de la Cochinchine!

 

Le service d'ordre est préparé minutieusement. Des "Laissez circuler" sont distribués au compte-goutte. Les invités sont priés de montrer leur invitation officielle!

visite président laissez circuler

 

visite président invitation banquet

visite président badge 001

Mais finalement tout semble se dérouler sans incident.

visite lebrun 2

Vers 11h40, le cortège présidentiel quittait l'observatoire pour le rond point des Bains en passant dans le quartier par la rue de la Paix, l'avenue du Maréchal Foch, la rue de Belfort et l'avenue Carnot.

A 11h55 il apparaît à l'entrée du Casino. Albert Lebrun est accueilli par M. Krug, ancien maire de Besançon, en sa qualité de président de l'union des sociétés de secours mutuels du Doubs. 104 sociétés du Doubs sont représentées!

Le banquet, au Casino commence à midi et quart. Il réunit 500 convives annonce la presse. Mais, si l'on en croit un document de la préfecture répartissant les frais, il y aurait eu 446 couverts.

visite président frais banquet

A la table d'honneur, aux côtés du président de la République,à sa droite, le maire de Besançon, Charles Siffert et, à sa gauche, le marquis de Moustiers, sénateur et président du conseil général du Doubs.

Pas moins de cinq discours précèdent celui du président qui évoqsue le passé historique de notre ville et les visites qu'il vient d'effectuer.

L'Eclair Comtois du 3 juillet 1933 écrit :

"Le banquet terminé, une foule nombreuse attend rue d'Helvétie et rue de la république le passage de M. Albert Lebrun. Quand il sort du Casino des cris enthousiastes retentissent et des applaudissements crépitent. Le chef de l'Etat, debout dans sa voiture sourit et salue inlassablement. Les photographes prennent hâtivement des clichés.

Avant de prendre la route de Morre, le cortège officiel se dirigeant avenue Fontaine-Argent se rend d'abord au préventorium de Palente..."

 

visite président dépêche républicaine 3

 

La visite présidentielle se poursuit par une visie à Pontarlier. Le président passera la nuit à quelques kilomètres de Pontarlier avant de regagner Paris le lendemain.

Sources : archives municipales et départementales.


20 mai 2017

Les véhicules automobiles de la visite du président de la République Alexandre Millerand, en 1923.

Comme nous l'évoquions dans notre article précédent, Alexandre Millerand  alors président de la République se rend en visite officielle à Besançon au mois de juillet 1923.

Cette visite a été évoquée, à l'occasion d'une exposition organisée l'an passé par les Archives Départementales du Doubs, intitulée "En voiture M'sieurs Dames!". Un panneau explicatif ainsi que des documents inédits, avaient été consacrés à cet événement . Et l'on pouvait lire :

" Les rois de France faisaient leurs "joyeuses entrées", les ministres visitent la province. Voilà Alexandre Millerand qui passe par Besançon en 1923. Dix ans plus tôt Armand Fallières promenait sa bonhommie en calèche sur le quai de Strasbourg (et aux Chaprais : voir le billet daté du 9 août 2014 Les fêtes présidentielles à Besançon...ainsi que l'article plus récent en date du 13 mai 2017 ). Mais depuis la Première Guerre Mondiale, on est entré dans l'ère du véhicule automobile. On établit la liste des engins existant à Besançon et on prie les propriétaires de bien vouloir les confier, ainsi que leur conducteur, aux organisateurs. On y perd question crottin mais on y gagne question pétarade".

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Et la liste manuscrite de ces véhicules était exposée. Elle comportait plusieurs rubriques: nom et adresse des propriétaires; nombre de places dans le véhicule; sa catégorie ( 1ère ou 2° catégorie, limousine ou torpédo); et une colonne d'observations sur l'état de la voiture.

-Bien, nous direz-vous! Mais Alexandre Millerand, où est-il allé? Aux Chaprais?...

- Il est arrivé à la gare Viotte et il a banqueté le soir même au Casino!

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 Mais sa visite révèle un autre lien avec notre quartier, celui des propriétaires d'automobiles

En effet, 34 véhicules avaient été alors recensés à Besançon ! Et sur ces 34, 12  étaient la propriété de chapraisiens.

autos pour cortege présidentiel 1

Voici donc les noms relevés dans l'ordre de cette liste:

Mathey, Directeur des Docks Comtois (rue des Docks, actuel boulevard Diderot) ; marque du véhicule : Delaunais Belleville; 5 places; 1ère catégorie, limousine; observation : très belle, voiture à l'état neuf.

Joliot, rue des Docks; marque : Rochet Shneider; 5 places; 1ère catégorie; belle voiture à l'état neuf.

Lipman, rue des Chalets; Peugeot; 4 places;1ère catégorie; belle voiture à l'état neuf.

Binetruy, rue de Belfort; Delage; 5 places; 1ère catégorie; belle voiture en très bon état.

Roop, industrielrue de la Mouillère; Rochet Schneider; 3 places; 1ère catégorie; voiture en bon état.

Thieulin, avenue Fontaine-Argent; Peugeot; 4 places; 1ère catégorie; peinture quelque peu défraîchie.

Gangloff, rampe de la Mouillère; Rochet Schneider; 5 places; 1ère catégorie, torpédo; voiture en très bon état.

Léger, avenue Denfert-Rochereau; 3 places; 1ère catégorie, voiture à l'état neuf;

Cusenier, avenue Fontaine-Argent; Clavel; 3 places; 1ère catégorie; voiture à l'état neuf.

Noblot, avenue Carnot; Cadillac; 4 places; 1ère catégorie; voiture en bon état.

Micciolo, rue de Belfort; Thédore Schneider; 3 places; 1ère catégorie; voiture en bon état.

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Jacquemin, rue du Château Rose; Rochet Schneider;3 places; 2° catégorie; peinture défraîchie.

Aux côtés de ces 12 riches chapraisiens, on relève les noms du directeur des Soieries, du directeur des Compteurs, du directeur des papeteries des Prés de Vaux (ce dernier possède deux voitures! L'une est prêtée au Préfet!).

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6 noms de cette liste de 12 ont déjà été évoqués sur ce blog, les constructeurs automobiles Rochet Schneider également. Vous pouvez vous y reporter à l'aide du moteur de recherche. A vous de les trouver! Nul doute qu'en fonction de nos recherches, nous serons amenés à parler des autres. Et vous pouvez nous y aider en nous communiquant tous les renseignements en votre possession. Merci.

A noter la longue liste des chauffeurs mis à disposition par les Monts Jura.

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Ainsi que la récompense que perçoivent certains chauffeurs selon des critères qui nous échappent!

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 Sources : archives municipales Besançon, archives départementales du Doubs.

13 mai 2017

La visite du président de la République, Alexandre Millerand, à Besançon, en 1923

Troisième visite de président de la République à Besançon, celle d'Alexandre Millerand.

Millerand Alexandre

Qui est cet homme politique? Né le 10 février 1859 à Paris, son père est originaire de Haute-Saône. Après des études de droit, il deviendra avocat d'affaires, puis journaliste. Il est élu député de la Seine en 1885, à l'âge de 26 ans. Il siège alors à l'extrême gauche. Mais dès 1899 il rejoint le gouvernement de Défense Républicaine de Pierre Waldeck Rousseau. Il sera ministre du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes de 1899 à 1902. Puis ministre de la guerre de 1914 à 1915. Il devient alors profondément patriote et sera élu président de la République en 1920, et ce jusqu'en 1924.

Son déplacement à Besançon s'inscrit dans un grand voyage officiel dans l'Est de la France qui s'étalera du 25 mai au 3 juin 1923.

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Il commence par le Jura puisqu'il s'agit de célébrer le centenaire de la naissance du grand savant Pasteur. Aussi il est à Dole puis Lons le Saunier le 26 mai, puis à Arbois, Salins et enfin à Besançon, le dimanche 27 mai où il arrivera par le train, en gare Viotte à 16h45.

millerand programme besançon dimanche 27 mai 1923

A l'annonce de sa venue à Besançon, les communistes n'oublient pas que Millerand fut proche du courant révolutionnaire. D'où le titre ironique de l'affiche qu'ils font placarder sur les murs de Besançon.

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Regroupés au sein de la SFIC (Section française de l'Internationale Communiste), créée après le congrès de Tour de 1920, ceux-ci sont très actifs dans le mouvement ouvrier.

La "Une" de leur tout nouveau journal Le Semeur daté du vendredi 25 mai 1923 est sans équivoque à son sujet : pour eux A. Millerand est "un renégat".

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De fait les rapports de police se succèdent afin d'informer le préfet des intentions des militants communistes. Il est évoqué la possibilité d'acheter des sifflets! Et l'on trouve ce rapport extraordinaire du commissaire de police de Besançon, en date du 26 mai 1923,  qui indique : "... Les communistes bisontins se proposaient de vendre ce journal sur le parcours du cortège officiel. Mais je me suis entendu avec le dépositaire et j'ai acheté en bloc les 500 numéros qu'il avait reçus.

La Bourse du Travail de Besançon en a reçu directement par la poste une centaine de numéros que je tâcherai de faire acheter lorsqu'ils seront vendus sur la voie publique..."

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Il est vrai que sont aussi surveillés, à l'extrême droite, Les Camelots du Roi. Mais un autre rapport figure aux archives départementales : il passe en revue tous les élus et personnalités influentes certainement invitées aux différentes phases de ce voyage présidentiel. C'est ainsi que le maire de Besançon, Charles Krug recueille les observations suivantes : " M. Krug, maire de Besançon, radical modéré, très actif, grande compétence administrative, officier de la Légion d'Honneur au titre Pensions, d'origine nancéenne. faiblesse : trop d'esprit, critique." Mais cette dernière mention est rayée d'un trait de plume.

Autre mention concernant le marquis de Moustier, sénateur, Entente Républicaine :grosse influence départementale, immense fortune (industries métallurgiques et charbonnages en Belgique); ancien Président du conseil général, type du rallié, modéré, excellent homme d'affaires, chef de la Droite du département, en continuelle difficulté avec les libéraux et surtout L'Eclair Comtois. Assez souffrant depuis un an."

Relevons également, parmi les hommes politiques ou personnalités examinés dans ce rapport, M. Gaulard :" Président de la Chambre de Commerce de Besançon. Très dévoué à sa charge et malgré son grand âge, prodigue des efforts incroyables pour le développement de la Chambre."

 

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A son arrivée à la gare Viotte, répondant au mot d'accueil du maire, M. Millerand déclare : "Je suis heureux de me retrouver dans cette ville de Besançon que je connais et que j'aime".

Et Le Petit Comtois rapporte : ..."La pluie bisontine qui est revenue (est-ce l'effet des salves d'artillerie?) salue de façon bien maussade l'apparition du Président sur le perron. le public bisontin devait un dédommagement à M. Millerand : il va le lui donner en l'acclamant sur tout le parcours du cortège.

Tandis que les troupes présentent les armes, M. Millerand prend place dans la daumont (une voiture tractée par des chevaux) marquée aux arles de la République. M. Charles Krug, maire de Besançon est à ses côtés ainsi que M. Léon Bérard, ministre de l'instruction publique et Paul Strauss ministre de l'hygiène. Le général Dillemam, commandant les troupes du service d'honneur se place à la portière de la daumont et le cortège s'ébranle lentement....A ce moment la pluie redouble et c'est abrités tant bien que mal sous leurs parapluies que nos compatriotes saluent le chef de l'Etat."

 

millerand 1933

 

De grandes manifestations ont été prévues à Besançon: outre le congrès des maires et celui des sociétés comtoises, cortège historique, cortège fleuri  , exposition de la collection Jean Gigoux, sans oublier, pour sa seconde année, la Foire Exposition Comtoise à Chamars.

 

Millerand

Et si le président de la République se déplace en ville dans une "daumont", c'est la première fois que le cortège officiel qui suit, est composé d'une quarantaine de voitures...automobiles...empruntées à leurs heureux propriétaires bisontins.

Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point dans notre prochain article.

Sources : Archives municipales et départementales.

06 mai 2017

La visite, à Besançon, du président de la République Armand Fallières, les 14 et 15 août 1910.

De grandes fêtes s'étaient déroulées, à Besançon les 14, 15, 16 août 1909. Avec un grand concours de musique. Les sociétés musicales défilèrent d'ailleurs depuis la rue de Belfort et des concerts furent organisés, entre autres, à Micaud, place Flore et place de la Liberté. Ajoutons les deux inaugurations de statues : celle du général Jeanningros par le ministre de la Guerre, le Général Brun, et ce, à deux pas de la gare Viotte; et le buste de Just Becquet au parc Micaud.

Becquet Greber

Le succès de ces fêtes conduisit donc la municipalité à les renouveler en 1910 (le maire est alors Alexandre Grosjean, de 1906 à 1912; il est également sénateur sous l'étiquette du parti radical; une rue des Chaprais, proche de la gare, a été baptisée à son nom).

En 1910, ces fêtes se dérouleront durant 3 jours également, les 13, 14, 15 août. Mais le président de la République n'arrivera à Besançon que le 14 août au matin, par un train spécial. (voir également le billet sur ce blog en date du 9 août 2014).

 

fallieres portrait 2

 

Il avait été précédé la veille par l'arrivée, par train, de M. Trouillot, ministre des colonies (par l'express de Lyon attendu à midi 09, mais arrivé à midi 35) et M. Sarraut, sous-secrétaire d'Etat à la guerre (par le train de Paris avec un retard insignifiant).

Voici ce que rapporte Le Petit Comtois dans son édition du 15 août 1910.

"Il était exactement 8h15 quand le train présidentiel, dont la locomotive était ornée de trophées et de drapeaux, pénétra dans le grand hall de la gare où flottait une profusion d'oriflammes aux couleurs nationales.

fallières à la gare

M. Grosjean et M. Millereau, préfet, se portèrent à la rencontre de M. Fallières et lui serrèrent la main tandis qu'à la Citadelle résonnaient les premières détonations de la salve réglementaire des 101 coups de canon.

Le train présidentiel était composé de 9 voitures; il avait quitté Paris à 10h50 (du soir...la veille!). Mais M. Fallières n'était monté en wagon qu'à Juvisy, car hier encore, il était à Rambouillet.

M. Fallières et sa suite prirent place dans la salle d'attente des 3° classes, décorée magnifiquement de plantes vertes et d'orchidées.

M. Grosjean présenta alors les membres de son conseil municipal et prononça d'une voix émue, l'allocution suivante.

M.le président de la République, votre visite si impatiemment attendue nous comble de joie. Les populations de notre région, attirées par la respectueuse sympathie qui s'attache à votre personne, sont accourues de toutes parts et se pressent en foule sur votre passage pour vous acclamer.(à noter que des trains spéciaux avaient été organisés sur les lignes de Dole, Dijon, Belfort, Mouchard, Vesoul, Gray, Lods et le Locle!).

Au moment où vous mettez le pied sur le sol bisontin j'ai hâte de vous adresser au nom de la ville de Besançon tout entière les meilleurs souhaits de bienvenue.

Son conseil municipal réuni dans ce salon témoigne de l'unanimité des sentiments qui nous animent. il a désiré se joindre à moi pour saluer profondément le vénéré chef de l'Etat et le fidèle gardien de la Constitution du pays. Vive la France! Vive la République!

En réponse M. Fallières se déclara fort touché de la réception qui lui était faite. "Vous savez avec quel plaisir j'ai accepté l'invitation qui m'était adressée par votre cité. Je sais que je suis venu dans un pays profondément républicain. Je suis heureux de vous apporter le salut et les sympathies du gouvernement de la République. J'ai ajouté au programme un rayon de soleil; je souhaite qu'il dure jusqu'à ce soir".

A ce moment M. Grosjean offrit à M. Fallières et aux ministres qui l'accompagnaient un superbe album relié en maroquin vert aux armes de la ville et contenant une belle série des photos des principaux monuments de Besançon".

Car outre les deux ministres arrivés la veille, le président est accompagné de MM. Pichon, ministre des affaires étrangères, Viviani ministre du travail et Renoult sous-secrétaire d'Etat aux finances.

Le programme est chargé : 9h00, préfecture; 9h3/4 exposition internationale d'horticulture à Chamars, 10h30 inauguration officielle de l'avenue d'Helvétie par le passage du cortège présidentiel, puis inauguration du monument Proudhon au Rond Point des Bains, de l'hotel des postes; banquet au Kursaal.

fallieres proudhon

L'après-midi à 1h3/4 concentration rue de Belfort de 40 sociétés musicales (étrangères et locales) prenant part au défilé en direction de Chamars;

fallieres chaprais 2 rue de Belfort

de 3h à 4h30, concert de gala à Micaud; à 4h30 visite de l'exposition d'horlogerie dans les bâtiments des musées; 4h3/4 enfants malades à l'hôpital Saint Jacques; 5h1/4 festival musical et concours de pompes à incendie à Chamars avec défilé des sapeurs pompiers et 600 enfants des écoles; 9h (du soir) Fête Vénitienne promenade Micaud; 9h30 feu d'artifices et 10h30 bal place de la Révolution et dans les différents quartiers!

Enfin, ouf! départ le 15 août au matin, à 9h1/4 du président par l'avenue Carnot en direction de la gare.

fallieres av carnot

Ce qui n'empêche pas les fêtes de continuer, avec, entre autres un banquet des officiers de sapeurs-pompiers au Casino!

Ces 24h de présence de M. Fallières ont été intenses et sans incident notable. Il n'en sera pas tout à fait de même lors du voyage présidentiel, dans notre ville, en 1923, de M. Millerand.

Ce qui fera l'objet de notre prochain article.

Samedi, les chiffres de 127 000 visiteurs sur ce blog ont été dépassés! Merci à tous nos lecteurs.

 

29 avril 2017

La visite à Besançon du Président de la République, Sadi Carnot, en 1890

En cette période d'élection présidentielle, pourquoi ne pas évoquer les visites présidentielles successives, dans notre ville. D'autant que les Chaprais étaient chaque fois plus ou moins concernés avec l'arrivée du président de la République à la gare Viotte et, le plus souvent, un repas officiel au Casino.

Commençons donc par la première visite, celle de M. Sadi Carnot, les 25 et 26 mai 1890.

Portrait officiel de M. Sadi Carnot

 

Sadi_Carnot

 

Tout semble officiellement commencer par un voeu du conseil municipal de Besançon lors de sa réunion le 1er juin 1889.

"Le maire annonce au Conseil l'intention de faire des démarches en vue d'obtenir que la fête fédérale annuelle des sociétés de gymnastique de France ait lieu l'année prochaine à Besançon.

Le conseil approuve le dessein de M. le maire et le prie de bien vouloir entrer en pourparlers avec le Président de l'Union des Sociétés de gymnastique de France."

Cette question ne sera plus évoquée avant une réunion du conseil en date du 18 février 1890 au cours de laquelle est indiqué un marché à passer de gré à gré en vue de cette XVI° Fête fédérale de gymnastique.

Le 31 mars 1890, le mare, M. Vuillecard (1845-1902), annonce au conseil qu'il se rendra le lendemain, avec le préfet, auprès du président de la République afin de lui renouveler l'invitation de la ville à cette fête.

Mais le 19 avril 1890, sous le titre "Incident", le compte-rendu des débats du conseil municipal rapporte les propos du Maire qui indique "....pendant que je me consacrais tout entier à cette oeuvre patriotique (la venue à Besançon du président de la Républque), sans arrière-pensée, sans autre désir que d'être utile à mes concitoyens, j'étais dans la presse locale, l'objet d'attaques sans nom dirigées contre mon passé d'homme public et privé, d'attaques qu'il me sera bien permis de qualifier d'injustes et dont la violence dépasse aujourd'hui toutes limites. Tant que ma tâche n'était pas accomplie, je n'ai pas voulu déserter mon poste, et je n'ai répondu que par le silence et le dédain à mes détracteurs. Aujourd'hui, la situation est changée; tout ce que j'ai pu faire pour vous, pour la Ville, je l'ai fait : je puis me retirer avec la consolation d'avoir rempli mon devoir jusqu'au bout"....

Protestations de conseillers municipaux, mais le maire se retire. Palabres puis décision à l'unanimité :

"Le Conseil, à la suite de la déclaration de M. le Maire, l'invite à conserver ses fonctions et à mener à bien l'oeuvre qu'il a entreprise; il lui continue sa confiance".  Et le Maire, bien sûr, de revenir.

Vous pourrez lire le programme officiel de ces journées présidentielles.

 

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Tout d'abord, remarquons que le cortège des sociétés de gymnastique se forme, le 25 mai, à 15h avenue Fontaine-Argent afin de défiler en direction de Chamars. A 17h30, le cortège officiel se forme afin de se rendre à la gare Viotte pour accueillir à 18h30 le président. Pour la suite, reportons nous au compte-rendu publié par Le Petit Comtois dans son édition du 26 mai 1890.

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"A 6 h et demie, le terain présidentiel entrait en gare. A sa sortie du wagon, M. Vuillecard, maire de la ville de Besançon, lui souhaita la bienvenue et le remercia du grand honneur qu'il faisait à la ville en daignant la visiter.

Le président de la République traversa le salon d'attente, monta aussitôt dans une voiture attelée à 4 chevaux et conduite par deux artilleurs. Aussitôt l'arrivée de M. Carnot signalée, les troupes présentent les armes et une salve de cent un coups de canon se fait entendre.

Le cortège qui a conduit M. le président de la République à la préfecture était ainsi composé : un peloton de gendarmes à cheval; la voiture du président dans laquelle avait pris place M. le général de Négrier, commandant le 7° corps d'armée, M. Graux préfet du Doubs et M. Vuillecard maire de Besançon. Venait ensuite une certaine quantité de voitures dans lesquelles avaient pris place MM. Constans, ministre de l'intérieur, M. Bourgeois, ministre de l'instruction publique, les sénateurs et députés du Doubs, les conseillers généraux."...

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Une grande fête de nuit était organisée à 21h à Chamars et un bal public à 23h. Le programme du lendemain fut consacré à l'inauguration du buste de Saint Marthe à l'hôpital Saint-Jacques (ce buste sera refondu sous l'occupation puis une nouvelle copie inaugurée en 1948), des nouveaux bâtiments du lycée Victor Hugo. A 13h les sociétés de gymnastique se forment en cortège afin de se rendre à Chamars où le président proclame l'ouverture des jeux à 14h30.

A noter également le soir, les illuminations de la promenade Micaud.

La ville offrira au président une montre dont la boîte a été gravée aux armes de la ville : c'est l'école d'horlogerie qui l'avait réalisée. Il a également été relevé dans la presse l'offre d'un éventail à madame Carnot, par l'épouse du président de La Comtoise, madame Forien.

Le 27 juillet, à 9h du matin, le président part en train pour Belfort. Le voyage officiel continue.

A noter que un mois après son assassinat à Lyon en juin 1894, la ville décide de baptiser la rue des Chaprais prolongée par la rue de la Gare, avenue Carnot.

Sauf erreur de notre part, il faudra attendre 1910 pour voir de nouveau un président de la République à Besançon. Voir à ce sujet, sur ce blog,  l'article paru le 9 août 2014 et notre prochain article, la semaine prochaine.

Sources : archives municipales.

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22 avril 2017

Le Chantier du Gaulois : suite de l'entretien avec M. Robert Greset

Le Chantier du Gaulois du 15 avenue Fontaine Argent, développé après la guerre, a commencé à déménager dans les années 60.

chantier gaulois

M. Robert Greset à la déclaration de la guerre, alors âgé de 18 mois est parti avec sa maman  en Ecosse à Edimbourg dont elle était originaire. Bien lui en prit puisque tous les sujets britanniques furent emprisonnés durant le conflit (dont plus de 4 000, pendant quelques mois, à la caserne Vauban de Besançon, sur la Butte). A son retour en France en 1945, il ne parlait pas un mot de français et ne se souvenait pas de son père car élevé par son grand-père maternel.

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En 1956, ses études terminées M. Robert Greset envisage d’entrer à l’école Boulle, mais en l’absence de sursis, il fut employé à la scierie familiale en attendant son départ pour l’armée.

En 1958, il sera appelé en Algérie, avec le grade de lieutenant et rejoindra les unités opérationnelles. Après 31 mois en Algérie, deux blessures et six décorations, libéré de ses obligations militaires, il revient au Chantier du Gaulois comme magasinier : c’est l’ère du contreplaqué et de l’isorel. Puis il est représentant itinérant dans le Haut Doubs, le Haut Jura et la Haute-Saône. A cette époque il y avait beaucoup de travail car dans chaque village on comptait trois ou quatre menuisiers à démarcher.

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Puis il rejoint l’équipe de direction et dans les années 70, il dirige avec les fils de Raymond, la société. Pour ses besoins la scierie, à la fin des années 60,  fait l’acquisition d’une grue  appelée « la mémère » du fait de sa lenteur à se déplacer !

D’autres suivirent et bientôt les entreprises du bâtiment demandèrent à louer ces engins et ce fut le départ de la société de levage et de manutention. Victor et ses enfants présidaient aux destinées de cette unité.

Trois sociétés distinctes furent donc fondées avec des statuts différents et une comptabilité particulière. La scierie, le Chantier du Gaulois et, maintenant, le levage et manutention.

En 1975, le levage devint une activité conséquente. Aussi l’idée vint de développer cette activité et la flotte comporta bientôt 12 grues dont deux de 100 tonnes qui opéraient chez Peugeot à Vesoul et aussi à Besançon.

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En 1967, la société GEDIMAT (GEstion et DIstribution de MATériaux) venait d’être fondée avec messieurs  Finet de Grenoble, Viard de Sallanches et Brossard de Saint Etienne. Elle cherchait à s’étoffer. Le Chantier du Gaulois les rejoindra donc au cours de l’année 1969..

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Fin des années 2000 le Chantier du Gaulois est vendu à une société de Dijon « Matebois ». Mais le fardeau trop pesant est revendu à une très importante société d’import/export de bois du nord exotiques « Barillet », aujourd’hui toujours en activité aux Quatre Vents.

Sources : archives municipales; deux photos de madame Marcelle Roy aux droits réservés.

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