HUMEURS DES CHAPRAIS

30 mai 2020

Pollution industrielle : la fabrique de bleu de Prusse aux Chaprais en 1825... et le curé Mercier ( 2 ème partie )

Nous poursuivons la publication de l'article de M. François Lassus que nous remercions de nouveau.

L’architecte Alphonse Delacroix (1808-1878), dans ses Mémoires d’un Bisontin, rédigés deux ans avant sa mort, évoque le temps où, adolescent, il a vécu avec ses parents aux Chaprais, rue de la Cassotte : il parle à plusieurs reprises de cette fabrique de bleu de Prusse. 

Alphonse Delacroix étudiant vers 1830

Alphonse Delacroix étudiant vers 1830

« Nos relations du plus proche voisinage eurent lieu avec l’ancien commandant Champion, disgracié, comme tant d’autres, par la politique royaliste […]. En attendant le retour de la fortune, le brave commandant dirigeait près de nous une fabrique de bleu de Prusse qui ne prospéra pas, mais d’où s’élevait la plus formidable infection qu’il soit possible d’imaginer. Il avait besoin, pour la faire tolérer, de l’indulgence de ses voisins. Tous, en raison de sa position fâcheuse et de l’estime dont il jouissait, lui et le chimiste Défosse son associé, s’abstenaient de réclamer contre leur industrie. La seule révolte que celle-ci souleva vint de la contrée du Patère. » 

« Les affaires de la fabrique de bleu de Prusse, régies par Champion, ne donnant pas les avantages que l’on attendait de cette industrie furent interrompues vers l’année 1826. Convers fut l’une des personnes que l’on chargea d’administrer les opérations de cette clôture. » 

Le jeune homme (il est âgé de 16-17 ans) est témoin en 1825 de la « révolte » des voisins contre la fabrique, menée par le curé Mercier [1].

" Si l’on se rappelle les qualités de ce vigoureux buveur [le curé Mercier], on ne sera pas étonné de le retrouver, un soir, traitant libéralement un certain nombre de jardiniers amis, et prolongeant le souper dans d’interminables libations. Tout à coup le vent du sud-ouest s’étant levé apporte parmi les convives une bouffée des senteurs de la fabrique [de bleu de Prusse]. Une indignation proportionnée à l’état des cerveaux s’empare des jardiniers et, quelques instants après, ils montaient à l’assaut des clôtures du lieu d’infection, précédés de quelques pierres qui réveillèrent des gardiens endormis. L’alarme est donnée. De quel côté partirent les premiers coups de fusil ? On l’ignore. […]. "

"Sous ma fenêtre où m’avait appelé le bruit, j’entendis dans l’obscurité la crosse d’un fusil se briser sur un des ouvriers, puis un cri de douleur ; mais ensuite, subitement, tout cessa comme par enchantement. J’entrevis dans le jardin, en face de ma chambre, une masse noire qui se retirait lentement, et que je crus reconnaître !"

" Le lendemain la justice étant intervenue ne put rien savoir ni du commandant qui comprenait l’avantage du silence dans l’intérêt de sa fabrique, ni du curé à qui il importait fort de ne pas contrecarrer le système du commandant, ni des voisins jaloux d’être agréables soit à l’un soit à l’autre des deux chefs d’armée. A partir de ce moment il y eut même entre ceux-ci quelques échanges de politesse qu’interdisait auparavant, du moins quant au curé, l’état d’hérésie que Mme Champion avait reçu de ses pères dans le pays de Copenhague. D’un accord général le mystère de la nuit resta dans ses ténèbres. "

mouillère montrille v2

 Le vallon de la Mouillère photo Montrille

Dans son journal, le bibliothécaire Charles Weiss, évoque lui aussi la création de la fabrique en 1822, et la violente réaction du voisinage en 1825. 

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Charles Weiss : buste de Clessinger Musée des Beaux Arts de Besançon

" 18 juin 1822.— MM. Bonnet viennent d’établir dans les Chaprais une fabrique de bleu de Prusse ; c’est une nouvelle branche d’industrie qu’ils importent dans notre pays, et on devrait leur en avoir beaucoup de reconnaissance. Cependant à peine leur fabrique est-elle construite, ils n’ont pas encore commencé leurs opérations et déjà ils sont en butte aux dénonciations les plus actives, de la part du curé et de ses voisins qui jurent qu’il leur sera désormais impossible d’habiter les Chaprais, à cause de la mauvaise odeur. Jusqu’ici l’autorité qu’on ne peut accuser de favoriser l’industrie a repoussé toutes les délations ; et il faut espérer qu’elle persistera dans le large parti qu’elle a adopté. " 

" 8 août 1825 — Depuis quelques années, une nouvelle branche d’industrie s’était établie dans le pays. MM. Bonnet frères, jeunes négociants estimables, s’étaient associés à M. Desfosses, habile chimiste, pour l’exploitation d’une fabrique de bleu de Prusse, de sel ammoniac etc. Malheureusement, ils avaient construit leurs bâtiments dans les Chaprais, la partie la plus agréable de la ville et par conséquent la plus fréquentée des oisifs dans la belle saison. L’odeur produite par la calcination des ossements dont on retire le bleu de Prusse répandait une odeur fort désagréable et qui quelquefois s’étendait jusque sur la ville. Des plaintes avaient été portées par des cultivateurs du voisinage au conseil municipal et elles avaient été appuyées par un grand nombre de citoyens. Diverses mesures de police avaient averti MM. Bonnet que leur fabrique trouvait des adversaires puissants. Cependant elle continuait d’être en pleine activité et les produits qu’ils avaient envoyés à la dernière exposition des productions de l’industrie leur avaient mérité une médaille d’argent. Des embarras d’argent viennent de les forcer de suspendre leurs payements: samedi 6 courant, ils ont par une circulaire convoqué leurs créanciers.

" Cette pièce a été remise au tribunal de commerce qui les a déclarés en faillite ; mais il a reconnu en même temps la nécessité de laisser, dans l’intérêt des créanciers, la fabrique rouler. Ce n’était point l’avis des habitants des Chaprais ; excités, dit-on, par leur curé, dans le courant de la nuit dernière, ils sont venus en armes à la fabrique pour y mettre le feu. Les ouvriers les ont repoussés, mais les assaillants sont revenus à la charge et ont tiré plusieurs coups de fusil. Des ouvriers ont été blessés assez gravement, dit-on. Ce matin, le commissaire de police s’est transporté sur les lieux pour dresser procès-verbal des faits et entendre des témoins. Si cette affaire, d’une nature grave, a des suites, nous en témoignerons dans cette feuille avec nos réflexions sur un si triste événement, occasionné par les plaintes imprudentes de quelques magistrats et par le désir du pasteur de voir disparaître une fabrique dont l’odeur l’incommodait. " 

Il n’est donc plus question de cette fabrique dans les annuaires après 1830 : les événements rapportés par Delacroix et Weiss ne sont peut-être pas totalement étrangers à la faillite.

En 1845, l’Almanach du Commerce de Péry évoque une fabrique de bleu à Dole : « Ravillon père et fils, rue Bernard, fabricants de bleu de Prusse, de Berlin, et bleu d’indigo pour azurer le linge et pour teinture. »

vallon de la mouillère 1962

Le vallon de la Mouillère en 1962 (photo B. Faille)

[1] Delacroix évoque ailleurs « l’abbé Mercier, curé de Bregille, montagnon de forte encolure, rustiquement prétentieux et qui composait après boire. » Suite aux destructions de 1815, la paroisse de Bregille et son curé avaient été transférés aux Chaprais.

Sources photo : Mémoirevive Besançon

 


23 mai 2020

Pollution industrielle : la fabrique de bleu de Prusse aux Chaprais en 1825... ( 1ère partie )

M. François LASSUS,  pour faire suite au Café Histoire consacré au vallon de la Mouillère et animé l'an passé  par M. Guy RENAUD, ,nous a aimablement communiqué cet article. Qu'il en soit vivement remercié.

M. François Lassus est un historien bien connu des bisontins.Il était Ingénieur d'études à l'Université de Franche-Comté, Institut d'études comtoises et jurassiennes. Il a écrit de nombreux articles publiés dans de nombreuses  revues dont "Barbizier" éditée par le Folklore Comtois. Il a publié, entre autres: "Vivre à Voray" aux éditions du Folklore Comtois et, avec G. Taverdet "Noms de lieux en Franche-Comté aux éditions Bonneton. 

Tout le monde connaît l’histoire de la distillerie Pernod, dont l’incendie en 1901 a fourni la preuve que la Loue est une résurgence du Doubs : n’a-t-on pas raconté que le déversement de l’absinthe depuis le Doubs a fait que les vaches (sans parler des pécheurs à la ligne) s’enivrèrent sur les bords la Loue ?

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L'incendie du 11 août 1901 à Pontarlier

Le géologue Fournier, professeur à la Faculté de Besançon, a tiré toutes les conclusions scientifiques de l’événement.

Autre exemple à Besançon à propos de l’origine des eaux du ruisseau de la Mouillère qui, après avoir traversé le vallon auquel il donne son nom, se jette dans le Doubs au pied de la tour de la Pelotte,…

Dans les années 1820, l’Annuaire du Doubs donne chaque année la description du vallon :

« La source de la Mouillère, au pied des murs de Besançon, sous le bastion de Battant, est aussi une source remarquable, qui paraît due à quelque infiltration des eaux de l’Ognon, rivière située à un myriamètre [10 km] de Besançon. Elle faisait mouvoir un beau moulin, et arrosait un bassin embelli par une brasserie considérable et par plusieurs maisons et jardins de restaurateurs, très-fréquentés. Depuis le siège de Besançon, en 1814, époque où toutes ces habitations furent livrées aux flammes, la source coulant tristement au milieu des ruines, semble regretter les établissements animés qui l’environnaient et qui y attiraient chaque jour les promeneurs. »

moulin

mouillère restaurant Pernod

En 1829 et 1830, ce passage sur l’origine des eaux du ruisseau est corrigé : l’origine est précisée grâce à une pollution provoquée par la fabrique de bleu de Prusse des Chaprais. En même temps, la présence de la brasserie, lentement reconstruite depuis le siège de 1815, est à nouveau signalée, ainsi que la création d’une clouterie qui ne fonctionna que peu de temps.

 « La source de la Mouillère, au pied des remparts de la ville de Besançon, sous le bastion de Battant, parait due à quelque dérivation des eaux de Fontaine-Argent. Jusqu’à ce jour on avait pensé qu’elle venait de la rivière de l’Ognon, parce que l’on avait remarqué que ses eaux se troublaient en même temps que celles de cette rivière. Mais quelques flocons de résidus huileux, provenant de la fabrique de bleu de Prusse des Chaprais, et qui avaient été jetés dans un puits, creusé pour cet effet dans une terre franche, ayant paru pendant plusieurs jours à la source même, on s’est convaincu alors qu’elle n’était réellement que le débouché d’un ruisseau souterrain traversant les Chaprais. Elle faisait mouvoir un beau moulin qui a été détruit pendant l’invasion de 1814 ; sur l’emplacement de ce moulin on vient d’édifier une usine à fer, dont les marteaux marchent par le mouvement de rotation d’une roue hydraulique en bois, dont le diamètre est considérable. Cette source arrose un vallon étroit, où l’on voit une grande brasserie, et quelques jardins de restaurateurs.»

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 Photo Montrille

En 1837, la source de la Mouillère est à nouveau décrite avec de nouveaux détails sur l’origine de ses eaux et sur les usines qu’elle fait marcher dans le vallon :

 « Au pied des remparts de la ville de Besançon, près du bastion de Battant, dans un enfoncement très-peu élevé au-dessus de l’étiage du Doubs, on voit une source abondante d’eau limpide, due en partie à quelque dérivation des eaux de la source de Fontaine-Argent ; elle est aussi le débouché d’un cours d’eau souterrain, venant de la colline boisée de Chailluz, qui traverse les champs de Palente. Elle fait mouvoir un lavoir, une scierie, un moulin à moutarde, etc. Ce ruisseau traverse un petit vallon étroit, où l’on a élevé une brasserie et un petit moulin à blé; il va ensuite se jeter dans les eaux du Doubs, après avoir baigné les fossés des remparts. La caverne qui donne naissance à cette source est vaste; elle s’étend bien loin sous la route royale de Besançon à Strasbourg : la première partie de cette excavation est remplie de stalactites. On ne peut y pénétrer qu’à la nage, attendu que dès la source les eaux sont encaissées dans un canal. »

 

mouillère petit moulin

Le petit moulin de la Mouillère (dessin G. Coindre)

Il n’est plus question alors de la fabrique de bleu de Prusse des Chaprais, sur laquelle l’Annuaire pour 1824 avait donné toutes les informations possibles. Propriété des frères Bonnet, elle était dirigée par le commandant en retraite Champion et le pharmacien Desfosses [1]  1 :

« FABRIQUE de bleu de Prusse et de prussiate de potasse, de

MM. Bonnet frères, Champion et Desfosses, de Besançon.

» La fabrique de MM. Bonnet est nouvelle et ne date guère que d’un an ; elle prend de l’accroissement, et le placement de ses produits lui assure des succès. On n’emploie dans cette fabrique que des matières animales solides, telles qu’os, cornes, etc., que l’on traite d’après le procédé économique de Chéoard, pour obtenir du bleu de Prusse, du prussiate de potasse et encore un bon noir d’ivoire. Le prussiate de potasse est purifié par un procédé chimique et amené à une belle cristallisation. Les échantillons qui ont été envoyés par les propriétaires de cette intéressante fabrique, sont des produits ordinaire et journaliers.

» Elle fabrique dans ce moment, d’après ses moyens actuels, 400 kilog. de noir d’ivoire par jour, que l’on vend 10 à 12 fr. les 50 kilog.; 30 à 40 kilog. de prussiate de potasse ferrugineux, qui valent 10 fr. le kilog.; et autant de bleu de Prusse de diverses qualités, de 5 fr. à 22 fr. le kilogramme.

» Cette fabrique naissante, qui n’emploie encore que 15 à 20 ouvriers, a un débit assuré de ses produits dans les manufactures de Paris, Lyon, Nîmes et  Mulhausen [Mulhouse].»

 Comme il est dit, le bleu de Prusse est obtenu à partir de la calcination d’ossements d’animaux : la formule existe depuis le début du XVIIIe siècle. C’est une couleur utilisée par les peintres, mais également en teinturerie.

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à suivre....

[1]. Pierre-Antoine Desfosses (1792-1865), installé en 1821 dans la chaire de chimie de l’Ecole pratique de médecine. Membre titulaire de l’Académie de Besançon en 1822, membre de la Société d’Agriculture.

Source des documents photographiques : site Mémoirevive Besançon.

16 mai 2020

INCENDIE A L’USINE LIPMANN EN 1918

Dans le journal quotidien l’Eclair Comtois du 23 novembre 1918, on pouvait lire :

Violent incendie

Dans la nuit de vendredi à samedi, vers 10 heures un violent incendie s’est déclaré rue des Chalets, derrière la gare de la Mouillère, dans une vaste usine située à proximité du dépôt de charbon et de la clinique Heitz, vis-à-vis usine Lipmann et appartenant également à la même firme. On y confectionnait les boutons à pression.

On ignore encore comment le sinistre a éclaté quand on s’en est aperçu tout le bâtiment était déjà en flammes et les pompiers rapidement arrivés n’eurent d’autres soins que de préserver les bâtiments voisins, ce qui nécessita de leur part un travail très actif et très difficile, l’eau étant gelée dans les conduites.

Ils y réussirent cependant à une heure du matin, après de constants efforts, l’incendie était complètement circonscrit. Seul, le bâtiment Lipmann s’est écroulé.

Sur les lieux remarqués Monsieur le Maire, M. Le commissaire central et de nombreux officiers.

Un détachement d’artillerie avait joint ses efforts à la compagnie des sapeurs-pompiers dirigés par M. Hugenschmidt, capitaine et M. Thieulin sous-lieutenant.

On nous a signalé la conduite des sergents Grenet et Bardot et du caporal Bessonnet

Nous ignorons la valeur des pertes.

incendie Lipman 23 11 1918 Eclair Comtois

Dans son numéro paru le lendemain 24 novembre 1918 :

L’incendie de l’usine Lipmann

Détails complémentaires

C’est vers 10 heures du soir que l’incendie s’est déclaré dans le bâtiment servant à la fabrication des boutons à pression, appartenant à M. Lipmann rue des Chalets et dont la fabrique d’horlogerie se trouve située en face.

Les premières lueurs de l’incendie furent aperçues au 2° étage de l’immeuble touchant d’une part une maison appartenant à M. Cain Henri, fabricant de guêtres et d’autre part à la maison de M.  Sommery négociant en vins.

Dès que l’alarme eut été donnée, les pompiers arrivèrent sur les lieux avec la pompe automobile et s’employèrent de leur mieux à combattre le sinistre malgré la pression d’eau qui au début était insuffisante pour alimenter la pompe automobile. Le feu qui se propageait avec rapidité ne tarda pas à embraser tout l’immeuble, menaçant la maison voisine. L’immeuble de M. Cain et celui de M. Sommery purent être préservés ainsi que de petits corps de bâtiments adjacents au rez-de-chaussée de l’immeuble incendié lesquels renfermaient les principales machines et l’outillage servant à la fabrication des boutons à pression.

Les dégâts en ce qui concerne six corps de bâtiment sont peu importants et les machines sont intactes, sauf les détériorations produites par l’eau. Du bâtiment incendié il ne reste plus que les quatre murs. Les machines qu’il renfermait ont beaucoup souffert et sont pour la plupart inutilisables. Une grande quantité de marchandises prêtes à être expédiées sont en partie détruites ou détériorées.

Il n’a pas encore été possible d’établir d’une façon certaine quelles sont les causes du sinistre. On croit pouvoir l’attribuer un court-circuit. Les pertes sont très importantes et évaluées à plus de 100 000 Frs ; couvertes par des assurances à diverses compagnies.

Dans l’immeuble incendié, M. Lipmann employait un certain nombre d’ouvriers d’ouvrières qui de ce fait vont subir un chômage forcé pendant un laps de temps non encore déterminé.

 

incendie Lipman 24 11 1918 Eclair Comtois

 

Le concurrent et adversaire de l’Eclair Comtois, Le Petit Comtois, donne pour sa part, aux mêmes dates, des renseignements intéressants. Ainsi alors que l’Eclair Comtois indique dans sa première version de cet  incendie que l’eau avait gelé dans les tuyaux (ce qui paraît surprenant pour un 22 novembre !), il est question cette fois d’un manque de pression.

Le Petit Comtois du 24 novembre 1918 nous éclaire un peu plus sur ce point :

Nous avons dit hier que l’eau manquait au début de l’incendie. Par la suite de la rupture d’une conduite d’eau dans ce quartier, accident qui eut lieu dans l’après-midi, il avait été décidé de fermer les conduites en attendant les réparations. C’est ce qui fut fait, et c’est ce qui explique le manque d’eau au début de l’incendie.

L’employé chargé de l’ouverture des vannes s’acquitta de sa mission dès qu’il fut prévenu, mais à ce moment le foyer de l’incendie était tel que les pompiers ne purent que préserver les bâtiments voisins.

Le tocsin fut sonné à Saint-Pierre et dans la plupart des églises.

Autre précision donnée : cette usine est dirigée par M. Camille Lipmann (1872-1947), le frère d’Ernest (1869-1943) qui lui dirige l’usine d’horlogerie située en face, de l’autre côté de la rue. Et ce journal évoque, en ce qui concerne les pertes, la somme de 200 000 Frs.

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Enfin dans son édition du 26 novembre 1918, Le Petit Comtois publie ceci :

Echos de l’incendie de vendredi soir. –

Nous avons reçu la lettre suivante :

Monsieur le rédacteur en chef

du Petit Comtois

Nous nous permettons d’avoir recours à votre organe pour adresser publiquement nos remerciements à toutes les personnes civiles et militaires qui ont bien voulu contribuer à l’extinction de l’incendie qui a détruit une partie de notre fabrique. Dans la mesure de leurs moyens, tous ont fait leurs devoirs. Nous citerons d’une façon tout à fait particulière la poignée de pompiers dirigés par le commandant Dodivers, assisté du capitaine Hugenschmidt et du lieutenant Thieulin.

Avec nos remerciements nous vous prions de bien vouloir, Monsieur le rédacteur en chef l’assurance de nos sentiments les plus distingués.

Le Directeur commercial

 

incendie Lipman Petit Comtois 26 11 18

 

Au-delà des faits eux-mêmes rapportés ces deux organes de presse et soulignent la présence de deux officiers de sapeurs-pompiers chapraisiens le capitaine Hugenschmidt dont l’entreprise était rue Belfort et le lieutenant Thieulin dont le garage était installé avenue Fontaine Argent.Ce qui peut également retenir notre attention c’est cette fabrication de boutons pression.

Nous avons demandé à des historiens plus compétents que nous de nous dire si cette fabrication était liée à l’horlogerie. Il ne semble pas. La publicité concernant un bracelet montre Lip déjà en vigueur à l’époque démontre (c’est le cas de le dire !), s’il en était besoin, qu’il n’était pas utilisé.

Lip bracelet

Inventé dès le XIX° siècle, était-il, en cette fin de l’année 1918 utilisé par l’armée ? La question est posée, et nous l’avons posée également à l’association du Mémorial du Linge, à Orbey, dans les Vosges (à 25 km à l’ouest de Colmar) qui gère un musée inauguré en 1981, en témoignage du champ de bataille des Vosges, d’Alsace et du Val d’Orbey

http://www.linge1915.com/fr/historique/

Si vous passez dans la région, cet été, ne manquez pas de vous y rendre !

Et merci beaucoup.

Contrairement à l'armée allemande où un certain nombre d'équipements utilisent des boutons pression dès l'avant-guerre (housse de gourde par exemple) l'armée française n'en fait pas usage.

Il n'y a guère qu'un seul exemple d'utilisation militaire avéré pendant la guerre, certaines pochettes destinées à la compresse anti-gaz C1 se fermant par deux boutons pression.

Maintenant il ne faut pas oublier que l'usage de cet accessoire vestimentaire est largement répandu dans le civil (attaches de bretelles, support-chaussettes, guêtres ....).

Gilles BERNARD

 

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Dans le premier article cité de L’Eclair Comtois, il est indiqué que dans le bâtiment voisin de l’usine Lipmann existait une fabrique de guêtres. Etait-ce le seul débouché ?

Il existe toujours aujourd’hui, en France, une grande industrie du bouton pression qui depuis 5 générations fabriquent des boutons pressions, l’entreprise Albert Raymond ! Voir leur site

https://fr.araymond-150.com/5-generations-entrepreneurs

A noter, dans un autre ordre d'idée qu'un fait divers dramatique est rapporté dans ces journaux bisontins datés du 23 novembre 1918 :à Saint Ferjeux, une femme est écrasée motrellement par le tramway!

Tramway accident mortel st ferjeux petit comtois 23 11 1918

Après l'armistice du 11 novembre, cette fin de mois est bien sombre à Besançon.

Sources : Mémoirevive Besançon; musée mémorial Linge à Orbey (Vosges)

JCG

 

 

08 mai 2020

Le 8 Mai, la victoire vue des Chaprais

Certes Besançon est déjà libérée lorsque sonne l’heure de la victoire le 8 mai 1945.

Au niveau national, le bilan est lourd : les sources varient quant aux chiffres de pertes humaines. Retenons ceux du centre R. Schuman qui affiche, pour la France,  238 000 militaires tués ainsi que 330 000 civils ; soit 1,5% de la population française d’avant guerre. Bien sûr, il faudrait comparer ces chiffres avec les autres pays. Et rappeler que celui qui paya le plus lourd tribut pour cette victoire fut l’URSS avec plus de 21 millions de morts, soit 10% de sa population d’avant guerre.

est victoire

Sur le plan matériel, ce sont plus de 300 000 bâtiments d'habitation qui ont été détruits en France générant dans la France d'après guerre, y compris à Besançon des problèmes de logement.

A la Chapelle des Buis, dans la crypte de Notre Dame de la Libération de nombreux panneaux de marbre rappellent les victimes civiles et militaires : quelques 5 500 noms pour les départements du Doubs, de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort.

Et 600 noms concernent des militaires, résistants et habitants de Besançon ! Combien habitait notre quartier ? La recherche reste à faire !

Nous ne saurions oublier que derrière ces chiffres et cette comptabilité macabres, ce sont des vies qui sont détruites et qui plongent alors de nombreuses familles dans le deuil !

obsèques victimes

11 septembre 1944, les obsèques des victimes des combats de la Libération

avenue Fontaine Argent

La victoire n’avait pas le même goût pour tout le monde !

Parmi les 600 noms concernant Besançon, on retrouve les noms des 24 résistants tués lors des combats de la libération de notre ville et qui figurent sur la stèle de la place de la Liberté. Trois d’entre eux, semble-t-il, habitaient notre quartier. Gaston Cordier, marié, un enfant,32 ans travaillait avec son père propriétaire de l’Hôtel des Voyageurs face à la gare Viotte. Roger Felsinger, 33 ans, marié 3 enfants,  domicilié 19 rue des Villas. Et le colonel Gustave  Filippi, 42 ans, marié, 2 enfants ; il occupait un logement de fonction dans une maison appelée alors « le château » au 131  rue de Belfort, là où a été érigée dans les années 50 la Cité Parc des Chaprais. Une plaque commémorative a été apposée sur la maison du gardien de cette cité en 2017.

filippi plaque

 

Autres témoignages de cette époque dramatique, ces deux stèles à la gloire des cheminots.

monument cheminots

Monument aux morts gare Viotte

monument aux morts cheminots résal 1

Monument aux morts Dépôt rue Résal

L’une à la gare Viotte  qui comporte les noms de cheminots tués en qualité de militaire, au début de la guerre, mais aussi lors du bombardement de la gare Viotte en juillet 43 et à l’occasion de faits de résistance. Ils sont ainsi 35 dont les noms sont gravés dans le marbre au niveau de l’entrée basse de la gare.

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Au dépôt de la rue Résal, nous comptons 17 noms qui figurent tous parmi ceux commémorés à la gare.

A noter que parmi ces cheminots 3 d’entre eux ont été tués lors des combats pour la libération de Besançon : Dornier Armand et Pourchet Roger, tous deux sur les deux monuments à la gloire des cheminots. Louis Billot, lui, jeune lieutenant et son Commandant Marceau (de son vrai nom Robert Braine) sont tués tous deux dans des combats derrière la gare. (se reporter à la brochure édité par la ville sur en septembre 2019pour le 75° anniversaire de la libération de Besançon).

Louis Billot

Louis Billot

Enfin il convient de rappeler que deux chapraisiens (sur 4 résistants fusillés) ont leur nom sur la stèle du maquis des Monts d’Agrey, dans le bois de Chailluz. Ils ont été surpris par une patrouille de soldats allemands alors qu’ils traversaient le bois de Chailluz pour rejoindre leur maquis et fusillé aux côtés de leurs camarades Roger Boutonnet et René Zanchi du quartier de Saint-Claude : il s’agit de Michel Pasquier, 19 ans qui demeurait 15 rue du Chasnot et de Georges Félix, 25 ans, 7 avenue Droz.

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Stèle au bois de Chailluz

Enfin, dans la liste des 30 victimes civiles des combats de la libération, liste officielle dressée par la mairie, ne figure qu’un chapraisien, M. Louis Lichtle qui demeurait 56 rue de Belfort.

Toutes ces victimes n’ont pu, malheureusement, fêter la victoire.

Et en septembre 1945 des familles attendent toujours le retour de ceux qui ont été prisonniers, arrètés et déportés.

E st R déportés

Malgré le manque de papier le journal publie de longues listes de personnes disparues.

Dans cette édition du 27 septembre 1945, sont recherchés Mme et M. Stehlin, tous deux bisontins.

Un témoignage sera adressé au journal quant à leur mort en camp de déportation.

Et n'oublions pas toutes les diificultés et les mesures de rationnement qui ont perduré après cette victoire!

https://c.estrepublicain.fr/edition-besancon/2020/05/09/revivre-la-liberation-en-dix-photos

Photos : droits réservés.

 JCG

02 mai 2020

Il y a 100 ans, la grève générale des cheminots : tout est calme à Besançon ?...

Il y a 100 ans, Le Petit Comtois annonçait, le lundi 3 mai 1920, en première page

Petit Comtois 3 mai 1920

sous le titre

Chronique Régionale

LA GREVE DES CHEMINOTS

L’ordre de grève générale des cheminots n’a pas eu un plein effet à Besançon. Le train a été très peu troublé le 1er mai, les trains de la grande ligne ont tous fonctionné. Ont seuls été supprimés trois trains, l’un pour Morteau, un pour Gray et un pour Vesoul, ainsi que quelques trains de marchandises. Les grévistes sont surtout nombreux à la traction, où environ 60 % du personnel a fait défection. À l’exploitation, on ne comptait que des grévistes à la Viotte et à la Mouillère. Les abords du dépôt de machines et les gares ont été gardées militairement. Il n’y a aucun incident à signaler. La journée de dimanche n’a pas amené grand changement dans la situation. Il y a eu cinq nouvelles défections compensées d’ailleurs par cinq entrées ; le nombre de grévistes est le même. Le service des trains de voyageurs est maintenant assuré normalement pour toutes les directions. Pas d’incident à signaler.

 

Premier mai 1920 Petit Comtois

 

Oui, vous avez bien lu, la fédération CGT des cheminots lance alors en France, une grève générale. Ce mouvement avait été précédé, dès le mois de février 1920, par des grèves en particulier dans la compagnie privée Paris Lyon Méditerranée (PLM) qui exploite le réseau ferroviaire dans notre région.

Il existe alors, essentiellement, deux compagnies privées de chemin de fer : le PLM et le Paris-Orléans (PO) ; plus une compagnie d’Etat. Une des revendications des grévistes concerne précisément la nationalisation des compagnies privées (qui sera effective en 1937 avec la création de la SNCF).

Affiche_PLM_Schefer

Afin de mieux décrypter l’article du Petit Comtois cité ci-dessus, il faut évoquer le contexte politique de l’époque.

Dans cette période de l’après Grande Guerre, un Bloc National, après les élections de novembre 1919, gouverne la France. Cette majorité conservatrice rassemble quatre groupes parlementaires de  la Droite aux radicaux de gauche. Les socialistes en sont exclus.

Et l’année 1920 commence, sur le plan politique national, par la défaite de Georges Clémenceau aux élections présidentielles (c’est le Parlement qui élit alors le Président de la République). Il est battu par Paul Deschanel, classé à droite, le 17 janvier 1920. Ce dernier fait d’Alexandre Millerand, radical comme Clémenceau (Bloc National oblige), son Président du conseil. Et ce du 20 janvier au 23 septembre 1920. A cette dernière date, Paul Deschanel souffrant d’une maladie nerveuse démissionne et A. Millerand est élu Président de la République.

Deschanel

Alexandre_Millerand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

               Paul Deschanel                                                                                                         Alexandre Millerand                                                                                                                                        

Petit Journal

Peu de temps après la grève des cheminots, le Président tombe de son train, la nuit en pyjama...

On comprend mieux pourquoi Le Petit Comtois, journal républicain démocratique quotidien, de fait l’organe quasi officiel des Radicaux en Franche-Comté, semble se réjouir du peu de succès de cette grève. Notons également au passage, que le Gérant du journal est alors un chapraisien Félix Prost, sur lequel nous avons déjà rédigé deux articles.

Voir http://vivreauxchaprais.canalblog.com/archives/2019/04/06/37235069.html et 

http://vivreauxchaprais.canalblog.com/archives/2019/04/13/37249950.html

 

Félix Prost résistant

 Félix Prost dans les années 40

Mais cette grève des cheminots ne saurait occulter ce qui se passe à Besançon le 1er Mai 1920 et ce qui suit partout en France. Toujours en première page, Le Petit Comtois publie dans la Chronique Régionale, cet article :

Le Premier Mai à Besançon

La journée du 1er mai s’est passée dans le plus grand calme, sans le moindre incident. Presque tous les magasins sont restés ouverts. Dans les ateliers, le chômage n’était que partiel. Aucun tramway n’a circulé.

Dans la matinée un cortège de 1300 syndiqués s’est formé place de la Révolution et s’est rendu, sans un cri, sans un chant à la salle des Variétés où avait lieu une conférence ; les corporations suivantes prenaient part au cortège : bâtiment, métaux, cheminots avec leur bannière, horloger, habillement, arsenal, gaz, typographes, tramway, chauffeurs. Vers midi la sortie de la réunion s’est faite sans cortège et dans le calme.

L’après-midi les chômeurs et leurs familles ont assisté à un concert à la salle des Variétés.

Les services des P. T. T. ont fonctionné normalement : la grève n’a pas entravé l’acheminement et la distribution des correspondances.

L’Eclair Comtois, journal de la Droite,

Eclair Comtois

dit à peu près la même chose, mais il donne une précision intéressante :

…Nous avons eu la curiosité de compter ses manifestants parmi lesquels il y avait des enfants et quelques femmes. Voici les chiffres par corporations représentées.

Groupe de têtes : comité, etc. : une centaine de personnes. Bâtiments : 300 ; métaux : 200 ; cheminots : 200 ; horloger : 100 ; habillement : 50 ; arsenal : 50 ; gaz et électricité : 25 ; typographes : 40 ; tramways : 25 ; chauffeur : 40. Au total au maximum 1130 manifestants.

Vous le savez, bien sûr, qu’à cette époque, le premier mai n’est pas un jour férié et  payé. C’est un jour « chômé » donc sans salaire. Il faudra attendre 1941 pour que par la loi dite Belin, sous le régime du maréchal Pétain,  transforme ce jour symbolique en  « fête du travail et de la concorde nationale ».

Revenons à la grève générale des cheminots. Elle va marquer le pas. Ce sont surtout les réseaux de l’Etat et du PLM qui semblent compter un bon tiers de grévistes. Pourtant la CGT a adopté une tactique alors inédite en France afin de soutenir cette grève. Celle des « vagues d’assaut ».

Comme le précise un collectif d’historiens dans le tome V de leur « Histoire de la France Contemporaine » édité  au Livre club Diderot:

«  Le 3 mai, ce sont les mineurs, les marins et les dockers qu’elle lance dans une bataille dont l’objectif est de contraindre le gouvernement à débattre avec elle de son projet de nationalisation des grands services publics. Loin de céder, le gouvernement durcit son attitude et se replie sur des positions préparées à l’avance par les compagnies. Le 8 mai, la seconde vague d’assaut que composent les métaux, le bâtiment et les transports monte aux premières lignes. Le 10 mai, l’électricité l’y rejoint et le 11 le gaz et l’ameublement. Au total, un million et demi de grévistes. Face à eux, un gouvernement décidé à tenir. Encadrée par des ingénieurs, des élèves des grandes écoles et des volontaires de l’Union civique, la main-d’œuvre militaire remplace les grévistes. Dans plusieurs corporations, la grève s’effrite. S’appuyant sur les défections qui lui sont signalées, la CGT appelle alors à la reprise du travail pour le 22 mai ».

troupes

Photo publiée dans l'Eclair Comtois

Si Le Petit Comtois et L'Eclair Comtois rendent bien compte de la grève générale au niveau national (tout en la minimisant), la presse locale ne rend plus compte de ce qui se passe à Besançon. Un seul écho dans L'Eclair Comtois le 6 mai 1920 concernant notre ville.

 

grève Eclair Comtois 6 mai 1920

Eclair Comtois,rubrique Besançon  6 mai 1920

Les sanctions et les révocations chez les cheminots sont particulièrement nombreuses. Lucien Midol, secrétaire du syndicat des cheminots qui a commencé sa carrière au dépôt Besançon et qui travaille alors à Dijon est lui, déjà révoqué et ce dès le 1er mars 1920 (après la grève au P.L.M. de février).

lucien Midol jeune

Lucien Midol

Menacé d’arrestation il doit s’enfuir en Suisse vivant durant 3 ans grâce à la solidarité des cheminots et grâce à de petits boulots de manœuvre alors qu’il a un diplôme  d’ingénieur des arts et métiers ! Lorsqu’il rentre clandestinement en France, le domicile de son frère, 37 rue de Belfort, aux Chaprais, est surveillé par la police ! Il est en fait à Paris où il est arrêté et il doit purger de longs mois de prison avant de reprendre ses responsabilités syndicales. Il n’est réintégré, dans la nouvelle SNCF, qu’en 1937 !

Voir http://vivreauxchaprais.canalblog.com/archives/2018/03/26/36265696.html

et   http://vivreauxchaprais.canalblog.com/archives/2018/05/05/36377413.html

C’est dire combien cette grève qui débute un 1er Mai a marqué durablement l’histoire sociale et politique du pays !

Sources : Mémoirevive Besançon; tome V Histoire de la France Contemporaine, collectif d'historiens sous la direction de Jean Ellenstein (Livre Club Diderot); La voie que j'ai choisie de Lucien Midol, Ed Sociales; archives familiales privées. Photos DR.

JCG


25 avril 2020

Christine Relange nous a quittés…

 Nous sommes nombreux à avoir connu Christine Relange qui vient de décéder !

C

 Bien sûr, son nom reste attaché à celui de l’aventure des radios libres, puisque jusqu’à son départ à la retraite, en 2015, elle était directrice de Radio Bip installée aux Chaprais, 14 rue de la Viotte.

Radio Bip 7

Cette radio fait déjà partie de l’Histoire !

Créée En 1977 à Besançon par Jean-Jacques Boy, émettant depuis la terrasse d’un appartement privé situé au 10 ème étage d’une tour, elle le fera tout d’abord le mercredi soir avant d’être saisie en 1978, puisque la radio est encore alors un monopole d’Etat. Elle émet de nouveau en 1981, lorsque la loi ouvrira les portes de la liberté,  sous le nom de Radio Bip, BIP comme « Bisontine, Indépendante et Populaire ».

Radio Bip 6

Et Christine est alors trésorière de l’association qui la gère. Mais s’il s’agit là d’une tâche ardue (la radio va bientôt compter très vite, en 1983, 4 salariés) elle est bénévole ! Car Christine est alors en pleine reconversion professionnelle.

Née le 27 octobre 1954 à Vercel, elle a vécu la plus grande partie à Besançon, et durant sa petite enfance, dans notre quartier, rue Résal. Après des études au lycée Pergaud, elle prépare un DUT Gestion des Entreprises et administrations à l’IUT de Besançon. A l’issue de ses études, elle occupe de 1975 à 1980, un poste d’aide-comptable au centre d’insémination de Roulans. Et c’est alors qu’elle reprend des études, de 1980 à 1983 à l’Ecole d’Infirmières afin d’obtenir son diplôme d’Etat. Ce diplôme obtenu, elle exerce de 1983 à 1987 à l’IME de Montfort. Puis elle devient infirmière en milieu scolaire, et ce durant 8 ans (1987-1995).

Elle arrête toute activité jusqu’en 2000 et devient directrice de cette Radio Bip qu’elle a tant contribué à créer, jusqu’à sa retraite en 2015.

Car déjà la maladie ne lui laisse guère de répit !

C

Durant 10 ans elle a animé l’émission « Rubrique Cinéma » sur les ondes de cette radio. Et de ce fait, elle a eu le plaisir d’interviewer de nombreuses personnalités connues du cinéma tant acteurs que metteurs en scène comme : Miou-Miou, Catherine Deneuve, André Dussolier, Bernard Giraudeau, Vincent Perez ; Josée Dayan, Jean-Luc Godard, Alain Tanner, André Téchiné, etc.

Sur d’autres plans culturels (la culture est un axe essentiel de cette radio), Christine s’est toujours efforcée de «  faire connaître un éventail très large de musiques, d’initiatives de toutes sortes, sans souci abusif du taux d’écoute et du hit-parade, mais avec une préoccupation constante de qualité ».

Et n’oublions pas que dès l’origine, Radio Bip est «  axée sur la vie locale, sans pour autant ignorer la vie nationale et internationale. Radio d’expression populaire, qui se refuse à toute publicité sur ses ondes, elle donne la parole à tous, est ouverte au débat et respecte l’expression des minorités »  précise la charte adoptée en 1985.

Aussi Christine Relange a régulièrement relayé les questions soulevées par l’association Vivre aux Chaprais  ainsi que ses initiatives. Très intéressée par l’Histoire du quartier, elle y a consacré, avec notre aide, plusieurs émissions. Elle a également favorisé le recueil de la mémoire des luttes revendicatives, celles de la Rhodia, comme celles de 1968, etc.

Radio Bip 5

. A propos de la Rhodia, avec l’ancienne bibliothécaire du comité d’entreprise de cette usine à Besançon,  Mme Anny Verdy, elle a recueilli la parole des ouvriers qui a fait, depuis, l’objet d’un livre.

Il s’agit là, vous en conviendrez, d’un parcours relativement exceptionnel, interrompu brutalement par cette pandémie à laquelle elle n’a pu échapper, à Quingey, où elle s’était retirée.

Mariée à M. Claude Melzi, chef de la mission environnement du travail à la mairie de Besançon, ils ont deux enfants : Adeline et Benoît.

Nous voulons assurer à son mari et ses enfants, que Christine restera longtemps vivante dans la mémoire des habitants des Chaprais comme dans celle  des habitants des autres quartiers. Car, comme le dit notre ami chapraisien, le chanteur-compositeur Guy Pothier «  c'est une personne qui a compté et qui s'est démenée toute sa vie avec passion et caractère pour défendre ses idées ».

Photos : Alain Prêtre et collection familiale.

C

Article publié dans l'Est Républicain en date du jeudi 30 avril 2020

Samedi 2 mai 2020 : un article sur la grève des cheminots à Besançon, il y a 100 ans, le 1er mai 1920.

J.C.G.

 

 

18 avril 2020

Il y a un siècle, le maire de Besançon limitait la vitesse des camions… A combien, d’après vous ?

Il y a tout juste un siècle, paraissait dans Le Petit Comtois daté du 13 avril 1920, cet arrêté du maire (M. Charles Krug), sous le titre

Circulation des camions automobiles.

camion vitesse limitée 13 avril 1920

Nous vous le recopions en clair ci-dessous.

« Le maire de la ville de Besançon,

-  considérant que la vitesse de 10 km à l’heure prescrite par l’article 1er de l’arrêté municipal du 9 juin 1919 ne peut continuer à être appliquée au camion automobile circulant dans l’agglomération urbaine ;

- considérant que cette vitesse constitue pour les piétons une gêne sérieuse notamment lorsque la chaussée est devenue boueuse à la suite des pluies ;

- considérant notre part que l’allure actuellement permise impose fréquemment aux commerçants l’obligation de nettoyer les glaces et devantures des magasins maculés par la boue :

A pris l’arrêté suivant :

Article 1er  – La circulation des camions automobiles destinés au transport des marchandises dans l’agglomération urbaine n’est permise qu’à une vitesse n’excédant pas l’allure d’un homme marchant ou pas (6 km à l’heure).

Article 2 - Dans le cas de simple traversée de la ville et lorsqu’il n’y a pas d’obligation pour les conducteurs des camions automobiles de s’arrêter dans l’intérieur, les itinéraires ci-dessous désignés sont obligatoires.

– Les camions automobiles entrés en ville par le faubourg Tarragnoz suivront la rue Charles Nodier, le pont de Canot, les quais Veil-Picard et de Strasbourg, et l’avenue Denfert-Rochereau. De la place Flore, les camions seront dirigés selon leur destination, par l’avenue Carnot et l’avenue de la gare Viotte ou par les rues des Chaprais et de Belfort.

– Les camions arrivant par la porte Taillée seront dirigés par la rue des Jacobins et des remparts Saint-Pierre et Saint-Paul vers le pont de la République et, selon le lieu de destination, emprunteront ensuite les quais, l’avenue Carnot ou l’avenue Fontaine Argent.

– Les camions arrivant par les routes de Dole, de Vesoul ou de Belfort suivront en sens inverse les itinéraires précédemment décrits.

Article 3 - lorsque des camions automobiles emprunteront les itinéraires énumérés à l’article 2, leur vitesse peut être portée à 10 km à l’heure, sauf sur les quais Veil-Picard et de Strasbourg où elle ne pourra pas excéder 6 km.

Article 4 - les agents du service de l’octroi, de la police municipale et de la voirie sont chargés de donner aux conducteurs des camions automobiles toutes indications relatives aux itinéraires à suivre ».

Donc vous avez bien lu !

- la vitesse est alors limitée à 6 km dans la Boucle, mais 10 km aux Chaprais : et tous les camions qui n’ont pas pour unique destination le centre ville doivent transiter par les Chaprais !

- les rues sont alors boueuses s’il a plu et, les pétons et les commerçants se plaignent des éclaboussures (pour ces derniers, sur leurs vitrines). Mais, si l’on en juge sur les cartes postales anciennes, les grands axes indiqués pour un transit obligatoire dans notre quartier, semblent pavés (ce n’est malheureusement pas le cas de toutes les voies de communication existant alors aux Chaprais).

Le problème de la vitesse des véhicules et, en particulier des camions automobiles est un problème récurrent nous explique M. Jean Pracht, ingénieur automobiles. Dès 1893, le Préfet de Police de Paris, Louis Lépine limitait la vitesse des véhicules automobiles à 12 km/h dans Paris et les lieux habités et 20 km/h en rase campagne.

Et notre ami Jean a relevé ces délibérations au sein du conseil général du Doubs portant, à cette époque, sur la détérioration des voies de communication à la charge du département, du fait de la circulation. Et la nécessité de très vite moderniser l’entretien de ces routes par des techniques modernes utilisant, entre autres, le camion.

camion automobile conseil général du Doubs

Dans son rapport de mai 1920, l’agent voyer de l’arrondissement de Besançon (nous dirions aujourd’hui l’ingénieur des Ponts et Chaussées ou de l’Equipement…) indique qu’il dispose de 5 camions.

camion autoobile rapport de l'agent voyer de l'ardt de Besançon 5 mai 1920

Un conseiller général, le docteur Brizard  évoque l’existence à court terme d’un camion par village.

camion automobile conseil général du Doubs 2

Le camion automobile a triomphé lors de la première guerre mondiale ! Et notre industrie locale, les usines Schneider ont construit des camions pour le front !

Vitesse 01-Rochet-Schneider-guerre-1916

Camion Rochet-Schneider 1916

 

Vitesse 07-Rochet-Schneider-1927

 

Rochet-Schneider 1927

 

Vitesse 09-Rochet-Schneider-1930 (2)

 

Rochet-Schneider 1930

Vitesse 06-Rochet-Schneider-1931

1931

Peugeot, avec Renault sont, à cette époque, d’importants  constructeurs de camions. D’ailleurs le site Peugeot de Sochaux est d’abord, en 1912, un lieu de production de camions.

camion renault 1920

1920

Camion_Peugeot_de_plus_d'une_tonne_(1904)

Camion Peugeot 1904 (Photo Jean Beau; collection Jules Beau DR)

Les 10 km/h persistent  durant des années comme l’atteste, nous indique M. Jean Pracht ,  cet extrait du Journal des Ingénieurs Automobiles daté de mars 1934 !

vitesse camion journal de la société des ingénieurs autos mars 1924

Revenons à Besançon Il semble, en 1920,  que cette question ne suscite pas de débat au conseil municipal (sauf erreur de notre part). Mais suite à un grave accident au centre ville, un conseiller intervient lors d’une session du conseil le 2 juillet 1923.

camions C M 1923

 

Que s’est-il donc passé le vendredi 25 mai 1923 ? Voici ce que l’on peut relever dans le quotidien L’Eclair Comtois,en date du 26 mai 1923, sous le titre :

EPOUVANTABLE ACCIDENT !

Deux bébés sous un camion

« Vendredi après-midi, vers 15h30, un navrant et effroyable accident qui plonge dans le deuil et la douleur une famille particulièrement intéressante d’honnêtes travailleurs ces produits dans le bas de la Grande Rue à l’issue de la rue Pasteur dans les conditions que voici.

Madame Conscience demeurant 36, Rue Mégevand, descendant la Grande Rue sur le trottoir gauche, poussait devant elle une voiture d’enfant dans laquelle se trouvaient de mignonnes jumelles de 18 mois, ses filles. Arrivée à l’angle de la rue Pasteur vers le Palais du Vêtement on vit soudain un camion qui allait déboucher dans la Grande Rue. Que se passa-t-il exactement c’est ce que l’enquête n’a pu encore établir de façon précise. Toujours est-il que la voiture d’enfant versa et les deux pauvres bébés projetés à terre vinrent rouler sous les roues du lourd véhicule. Le camion qui marchait à l’allure des plus ralenties, à la vitesse d’un homme au pas, stoppa aussitôt mais l’une des fillettes fut relevée horriblement écrasée. Les deux enfants furent bien vite transportés dans une pharmacie voisine. Hélas la mort avait fait son œuvre et la petite Simone était morte tuée presque sur le coup. Quant à l’autre bébé il ne porte que quelques contusions qu’on espère sans gravité…. ».

Nous apprendrons dans la suite de l’article que ce couple d’honnêtes travailleurs victimes de ce drame sont des employés du quotidien L’Eclair Comtois qui réside à l’adresse du journal, 36 rue Mégevand.  Madame Conscience y est concierge et son mari est également au service de ce journal.

La responsabilité du chauffeur ne fut pas engagée puisqu’il avait « corné » et que sa vitesse était celle d’un « homme au pas ».  Il semble en fait que la voiture d’enfants se soit renversée lors de la descente du trottoir.

accident 26 mai 1923 Petit Comtois

Article dans Le Petit Comtois du 26 Mai 1923

Donc la vitesse n’était pas la cause de cet accident épouvantable, comme ce sera le cas dans les décennies qui suivront !

Sources : Mémoirevive, ville de Besançon; Gallica BNF; M. Jean Pracht

A propos de Sochaux,où ont été produits les premiers camions Peugeot, M. Jean Pracht ajoute les précisions suivantes

 

  Naissance de Sochaux 

 

En 1910, l’Entente (entre la France, le Royaume Uni et la Russie impériale) a imposé une restructuration qui a vu la naissance de la « Société anonyme des Automobiles Peugeot et Cycles Peugeot » qui regroupe les usines de Beaulieu, d’Audincourt et de Lille. Beaulieu a transféré à Valentigney ses laminoirs à froid qui ne font pas partie de la nouvelle entité.

 Armand et Robert décident de se doter d'une usine spéciale qui fabriquera des châssis industriels. Parce que la manutention de ces lourdes et encombrantes pièces, ne peut être installée ni à Audincourt ni à Lille.

Le site choisi par Robert Peugeot sera situé cette fois dans une plaine alluviale proche de Montbéliard, sous la colline de La Chaux près du canal du Rhône au Rhin et de la voie ferrée Dijon-Mulhouse. Le village s'appelle Sochaux (Sous Chaux). Il y existe déjà deux usines : une petite fabrique d'automobiles fondée en 1903 par Frédéric Rossel, un ancien d'Audincourt qui livre parfois ses produc­tions à Peugeot, et une aciérie qui appartient à un cousin, Louis Peugeot

 « La Société Anonyme des Automobiles et Cycles Peugeot » procède à une augmentation de capital de 5 millions de francs nécessaires à l'achat du terrain de 15 hectares, la construction des bâtiments et l'installation des outillages. A Sochaux, les Peugeot ne s’éloignent pas d’Audincourt, Valentigney et Beaulieu. La nouvelle unité sort de terre en un temps record en 1912, elle y centralise la construction des véhicules utilitaires et les premières livraisons de Sochaux commencent en octobre 1912.

 Sochaux emploie 400 ouvriers, Audincourt 875, Beaulieu (automobiles) 500, Lille 650, soit   2 425 travailleurs au total. La production atteint 2 352 véhicules en 1910 et passera à 3 190 véhicules en 1911. La journée de travail est de 10 heures et de 60 heures par semaine. Le salaire horaire varie entre 0,35 et 0,80 frs. Un ouvrier qualifié gagne environ 150 francs par mois alors que la 153, 4 places, éclairage électrique avec pneus vaut 11 000 frs. La gamme proposée par Peugeot au Salon de Paris comporte une grande variété dont les prix s’échelonnent de 5 800 F à 17 000 F de l’époque."

 

J.C.G.

 

 

11 avril 2020

Itinéraire d’une chapraisienne de cœur : madame Andrée Patasson

La plus grande partie de l’existence de Madame Patasson s’est déroulée (et se déroule encore) aux Chaprais.

 Originaire de Beaucourt (Territoire de Belfort) où elle est née en 1929, elle est la fille unique du chef du bureau de dessin industriel de l’entreprise Japy (il s’occupera par la suite de la fonderie, puis des pompes, enfin des moteurs électriques).Il est décédé à 104 ans en l’an 2000 !Il a mis un pied dans 3 siècles !...

Japy

Usine Japy gravure

Andrée a dû commencer ses études à Luxeuil les Bains puisqu’il n’y avait pas alors, à cette époque, dans la région en pleine guerre, d’internat pour les filles. Elle se souvient d’un épisode de la seconde guerre mondiale : l’usine Peugeot de Sochaux ayant été bombardée, la direction de l’usine Japy avait envoyé les enfants de ses employés en Suisse, afin de les mettre à l’abri. C’est ainsi qu’elle va être hébergée durant 5 mois dans une famille, à Zurich .De retour en France, et après l’obtention du brevet élémentaire, elle poursuit ses études au lycée Pasteur à Besançon, en seconde moderne. Après le premier bac alors éliminatoire, elle suit, dans une classe de 6 filles un bac maths élem. comme on disait alors.

Puis elle passe, en 1949,  le concours d’entrée à l’Ecole Supérieure de Commerce de Dijon où elle étudiera pendant 3 ans. Elle en sort première de sa promotion, mais aussi première des Ecoles Supérieures de Commerce de France. C’était la première année que ce concours était organisé. Ce premier rang joue son importance car M. Gabriel Mathey, alors Président-Directeur Général des Docks Franc-comtois et Bourguignons, cherche une secrétaire de direction efficace. Il s’adresse donc au directeur de l’Ecole Supérieure de Commerce de Dijon qui lui propose la meilleure de sa promotion : Andrée !. A ce moment là, elle effectue un stage dans un cabinet fiduciaire de Colmar. Le problème, bien que le cabinet veuille l’embaucher à l’issue de son stage, c’est la langue alsacienne qui est alors largement utilisée. Elle confie : « Je me suis alors rendue à un jugement du tribunal de Strasbourg et je n’ai rien compris ! ». C’est ce qui l’a fait quitter l’Alsace. Elle choisit donc Besançon et les Chaprais où elle trouve à se loger rue Tristan Bernard.

Sa carrière professionnelle va donc commencer réellement à, ce qui sera, quelques années plus tard, la CEDIS où elle restera 35 ans,  jusqu’à sa retraite. Elle y rencontre son mari, Robert Patasson, chapraisien lui-même puisqu’il passa toute sa jeunesse rue du Repos. Il fait partie du service commercial de la société, responsable plus particulièrement des succursales (quelques 750 !). Il travaille 30 ans dans cette entreprise commerciale de 1951 à 1981, date de sa retraite anticipée pour raison de santé.

cedis logo

Ce lieu de travail, 8 rue des Docks (aujourd’hui boulevard Diderot), conduit le jeune couple à habiter les Chaprais. Tout d’abord à la Cité Parc des Chaprais, dès 1957 année de leur mariage. Les bâtiments viennent d’être construits. Dix ans après, ils déménagent, avec leur fille, élève de l’école des Chaprais, pour le Fort Benoît où ils ont fait construire une villa rue Francis Carco. Les Chaprais ne sont pas loin ! Et 30 ans plus tard, ils décident de se rapprocher du centre de Besançon et habitent l’immeuble « la Pyramide »,  avenue Fontaine-Argent. Madame Patasson, devenue veuve en 2017, choisit en 2019 d’habiter la Villa Médicis dans un appartement spacieux décoré de nombreuses peintures  réalisées lors de ses loisirs puis de sa retraite. Elle fit plusieurs expositions dans la région au cours desquelles elle eut la chance de glaner plusieurs premiers prix.

Patasson tableau CC

Le Sacré Coeur (collection privée)

Revenons aux responsabilités professionnelles de Madame Patasson : elle devient rapidement Attachée de Direction sous la responsabilité de M. Gabriel Mathey, l’aîné des trois frères qui dirigent cette entreprise. Ses tâches seront multiples : secrétariat particulier du PDG ; comptabilité d’une petite société annexe; participation à Paris aux réunions d’analystes financiers lorsque la société familiale sera cotée en bourse ; participation aux Assemblées Générales ; responsabilité des stagiaires ; responsabilité des dons aux associations qui sollicitent alors l’entreprise. Elle connaît bien J.L. Fousseret qu’elle reçoit, alors qu’il n’est encore que conseiller municipal, lorsqu’il vient solliciter la CEDIS pour que cette société confectionne un char pour le défilé du carnaval de Besançon. Elle le retrouve par la suite au conseil d’administration du Cours Hôtelier Féminin dont, comme lui, elle est membre.

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Conférence de presse de M. Gabriel Mathey en juin 1979 (Photo B.Faille)

Cedis les 3 frères Mathey

Les trois frères Mathey : Henri, à gauche; au centre, Gabriel; à droite, Jean (Photo B. Faille)

Elle est aussi membre du jury d’examen du BTS Secrétariat à Besançon comme à Vesoul : à ce titre elle assure les corrections à l’écrit et interroge les candidats lors des épreuves orales.

Elle se souvient également avoir écrit des articles pour le magazine interne de communication de la société en particulier d’un article qu’elle intitule : La CEDIS, c’est 10 sur 10 !

cedis pub juin 1978

Publicité dans la presse juin 1978

Si nous devions constituer un jury afin de désigner les chapraisiens de cœur, nul doute que le score de Madame Patasson serait de 10 + …sur 10 !

Deux nouvelles:

- Nous avons appris avec tristesse le décès de M. Daniel JACQUEMIN, le 8 avril dernier, à l'âge de 83 ans. Tous les bisontins se souviennent du chocolat et des dragées Jacquemin fabriqués aux Chaprais. M. Jacquemin nous avait résumé l'histoire de cette entreprise dans un article que nous avons publié sur ce blog le 15 février 2014. Vous pouvez y accéder avec le lien suivant :

http://vivreauxchaprais.canalblog.com/archives/2014/02/15/29172498.html

 Nous présentons à la famille Jacquemin dont certains membres habitent notre quartier, toutes nos condoléances. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette personnalité attachante qu'était M. Jacquemin.

- Autre nouvelle : la parution prochaine d'un livre sur l'histoire de la CEDIS. Vous pouvez dès à présent nous signaler votre intérêt pour ce livre. Nous vous préviendrons dès qu'il sera disponible.

 

JCG

 

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04 avril 2020

Les pompes à incendie Perrin, aux Chaprais

 Une notice publiée en 1855 par l’ingénieur des mines Aimé Henry  Résal dans le bulletin de la Société d’Emulation du Doubs a attiré notre attention. Elle concerne une pompe à incendie construite par un dénommé Perrin, aux Chaprais.

Notons de suite qu’il ne faut pas confondre Aimé Henry Résal  avec son fils Louis Jean qui a donné son nom à une rue aux Chaprais. Aimé Henry Résal, polytechnicien d’origine, avait été nommé ingénieur des mines, à Besançon, en 1853.

 Aussi, compte-tenu du caractère technique et scientifique de cette notice et de la mauvaise reproduction des schémas, nous avons demandé à M. Jean Pracht, ingénieur automobile de nous la transposer en langage compréhensible. Et notre ami Jean a, comme tout ingénieur de formation, cherché et fait des découvertes surprenantes susceptibles de vous intéresser.

p a i perrin 1

 

pompe perrin 1

 Résumons donc ses nombreuses trouvailles dans les archives numériques des Arts et Métiers, de la Bibliothèque Nationale de France, la bibliothèque de Munich et le journal franc-comtois L’Impartial.

Perrin 1857 CNAM

 

 

Perrin 1857 BNF

 

 

 

 

pompe perrin bib

 

Tout d’abord, ce fabricant de pompes à incendie était assez ingénieux puisqu’il avait réussi à mettre au point un puis plusieurs modèles de pompes à incendie, peu coûteuses et fort efficaces. Et ce dès 1839 (sa société a été constituée officiellement, le 1er avril !).

M. Perrin dont on ne connaît pas le prénom est présenté comme ‘mécanicien breveté aux Chaprais ». Aucune adresse n’est précisée.

Il participe à l’exposition des Produits de l’Industrie Française, en 1844, à Paris, où il obtiendra une médaille de bronze dans la section II Moteurs et machines hydrauliques, Pompes et machines à élever l’eau. Précisons que cette exposition, la 10° du genre depuis 1798, avait réuni durant 60 jours pas moins de 3 960 exposants et distribué quelques 3 253 récompenses. Et notre ami chapraisien Perrin n’a pas été le seul, il faut le souligner, à être récompensé dans le domaine des pompes à incendie. Le jury rappelle d’ailleurs à cette occasion qu’en 1839  une médaille d’argent (Guérin à Paris) et une médaille de bronze ( Kress à Colmar) avaient déjà été accordées. Et donc, en 1844, le jury délivre, en plus de cette médaille de bronze à Perrin, deux autres médailles également de bronze (Debaussaux à Amiens et Thirion à Paris) ; mais aussi trois mentions honorables  à 2 parisiens et un fabricant installé à Saumur.

p a i perrin médaille de bronze 1

Nouvelle participation en 1855 à l’exposition internationale de Paris, voulue par l’empereur Napoléon III, dans un Palais de l’Industrie tout neuf ! Là, ce sont 23 954 exposants dont 11 986 français (plus de 4 millions de visiteurs au palais). Nouvelle récompense pour les pompes à incendie Perrin : une médaille sans qu’il soit précisé sa nature exacte. Et ce doit être à cette époque qu’il s’associe avec Lambert père fils de Vuillafans, où semble-t-il sont construites ces pompes. En fait, les Lambert sont des fabricants de pointes à vis qui ont laissé leur nom dans l’histoire du village.

Pompe_Perrin_1

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Les nouveaux associés ne manquent pas d’idées pour la commercialisation de leurs pompes. Ils s’adressent en effet, en 1857, à l’empereur afin de solliciter une lettre d’encouragement qui deviendrait, écrivent-ils « notre titre de noblesse ».

Car ils ont une idée géniale : inciter les petits villages (sur 37 000 communes existant alors en France, 20 000 ne disposent pas de pompes à incendie) à s’équiper d’une pompe de leur fabrication qui coûte presque 3 fois moins chère que celles de leurs concurrents.

perrin tableau incendies

Mais surtout, dans les villes de France voire d’Europe (« le feu n’a pas de frontières » écrivent-ils),ils veulent inciter les habitants à se cotiser afin d’acquérir une pompe de premier secours, d’un poids de 27 kg, manœuvrée par 4 hommes et d’un coût minime de 130 fr ! Donc il suffit de 5 habitants qui déboursent 26 fr chacun pour disposer d’une pompe dans chaque rue ! Belle démonstration accompagnée d’un lourd dossier des nombreux témoignages de préfets et de maires convaincus de l’efficacité d’une telle organisation. D’ailleurs de nombreux préfets (qui sont listés avec précision) ont publié un avis en ce sens dans le Recueil  des Actes Administratifs !

Aussi lancent-ils la « Mutualité rurale et mutualité universelle par rue »

pompe perrin 3

Nous ne savons pas si l’empereur les encouragea officiellement. Mais leur campagne commerciale semble avoir été couronnée de succès si l’on en juge par les nombreux témoignages recueillis. Le ministère de la marine aurait commandé ces pompes pour leurs arsenaux.

A Besançon, le journal L’Impartial (qui eut un temps comme directeur Just Muiron, un fouriériste enterré au cimetière des Chaprais), rend compte à deux reprises des essais qui sont organisés en présence des militaires du Génie et d’ingénieurs d’état. Y compris la comparaison des performances avec la pompe à incendie d’une autre marque dont sont dotés les sapeurs-pompiers de la ville (pompe qui a coûté beaucoup plus cher !).

pompes perrinl'impartial é& avril 1855

p a i perrin impartial 21 avril 1855

L'Impartial du 21 avril 1855

Quant à la suite de cette aventure industrielle et commerciale, nous n’en savons pas plus. Peut-être un de nos lecteurs pourra-t-il l’écrire ? Mais la concurrence était féroce et les progrès techniques rapides à l’époque, ont peut-être fait que cette pompe  a été très vite dépassée ?

Qui peut nous renseigner ?

Sources : ajoutons aux sources déjà indiquées (CNAM, BNF, Bibliothèque Munich) celle de  Mémoirevive.Besançon

JCG

 A la suite de cette publication de cet article samedi 4 avril, nous avons reçu deux précisions.

D'abord celle de Jean Pracht qui a retrouvé le brevet d'inventeur de Perrin pour sa pompe à deux cylindres. Voir ci-dessous.

brevet perrin 1853

Et de notre ami M. Roger Chipaux, génélogiste, les précisions suivantes :

Ce PERRIN pourrait être Jean François Xavier PERRIN, serrurier en
1825, constructeur mécanicien en 1840, mécanicien en 1856, domicilié en
1836 à Audincourt (25), en 1840 aux Chaprais, en 1856 route de Baume à
Besançon.
Il est né le 5/9/18OO à Chaffois (25) et s'est marié à Landerneau
(29) le 11/10/1825 avec Marie Françoise Elisabeth BERTHOU.

28 mars 2020

Qui se souvient du Coq Hardi, à la Mouillère ?...

Ne vous laissons pas vous plonger dans vos souvenirs...car cet estaminet, où l'on pouvait boire et danser, a depuis longtemps disparu! Son existence est évoquée dans un compte-rendu de jugement du Tribunal de Besançon de... fin décembre 1853...

En 1887, un texte fondamental (sous forme de "Mémoire") pour l'histoire de notre quartier - (ce n'est pas la première fois que nous le citons et ce ne sera pas la dernère...)-,émanant de la société syndicale pour l'amélioration des Chaprais, indique :

 

amélioration des chaprais

" La route du pont de fil de fer (ouvert à la circulation en 1838), devenue rue des Chaprais, était à peine livrée à la circulation que de nombreuses constructions en bois s'élevèrent à la Mouillère comme par enchantement.

pont de fil de fer

Les constructions en maçonnerie étaient interdites en vertu des règlements du génie militaire (cette contrainte ne sera levée que fin 1877). Des commerçants y ouvrent tout de suite à la galanterie des établissements d'une nature spéciale, des salons pour dîners discrets et parties fines. Et pendant bien des années, les restaurants de la Mouillère ont été renommés pour cela".

restaurant mouillère 1899 2

Ce restaurant semble avoir été situé à ce qui constitue aujourd'hui l' avenue d'Helvétie

mouillère restaurant Pernod

Grâce aux voies ferrées et à la passerelle on peut mieux localiser ce restaurant Pernod du début du XX° siècle

Gaston Coindre dans "Mon vieux Besançon"  , pour sa part le confirme :

"Dans cet aimable petit vallon ........on faisait godille toute la journée à la Mouillère, véritable asile de débauche...".

coindre-gaston-mon-vieux-besancon-1933-en-3-tomes

C'est donc dans ce contexte historique décrit ci-dessus que cet incident, jugé par le tribunal de Besançon, est rapporté par un journaliste de L'Impartial dans son édition du 2 janvier 1854! Et ce journaliste, François PERRIN, ne manque décidément pas de verve! Jugez plutôt....

carteret 2 titre l impartial

" Le sieur Carteret, âgé de 29 ans, ouvrier ébéniste, célibataire, demeurant à Bregille, banlieue de Besançon, était prévenu de s’être immiscé, sans titres, dans les fonctions d’agent de l’autorité supérieure.

Carteret, lorsqu’il a bu un coup de trop, suivant l’expression de son défenseur, aime à se proclamer l’agent secret d’une autorité quelconque. Du reste, sa barbiche sombre et ses redoutables moustaches sont bien taillées pour cela. Aussi se présente-t-il devant le tribunal, les mains dans ses poches, comme il convient à un homme de cette importance.

 Ces jours derniers on dansait à la Mouillère chez le cabaretier Coq-Hardi : (ne pas confondre avec le père Coquardin du Charivari). Le bal était muni de toutes sortes d’autorisations, on dansait dans les règles, mais on comptait sur les moustaches de Carteret qui étaient là, attablées en un coin et couronnées d’écume de bière. Tout à coup, le crin de ses moustaches se hérisse sous l’archet du violon de M. Le chef d’orchestre.

carteret 1

Les moustaches s’adressant à l’assemblée :

– Jeunes vierges ! Arrêtez-vous à la minute ! Nous vous l’ordonnons ! Nous nous apercevons avec douleur que vous massacrez sans permis et d’une façon immodeste la chaste polka, et que vous faites des faux pas dans la loi de la justice divine et humaine. Et, quelle infamie ! Nous ne voyons ici aucun de nos agents pour mettre un terme à vos soit-disant mollets… il faut que tout ça finisse. En conséquence, nous ordonnons à tous les mollets ici présents et futurs de cesser leur danse et de lever l’escarpin… Ou sinon nous faisons fermer la boutique… Voilà la chose !…

Une danseuse se jetant au pied des moustaches :

De grâce ! Encore quelques coups d’archet, s’il vous plaît !

Les moustaches :

– Silence ! Ou bien nous allons vous mettre au violon… Nous avons des ordres supérieurs pour tous les bals possibles ; seulement nous sommes étonnées de ne pas voir nos inférieurs les commissaires de police. Nous les avions convoqués, ils n’y sont pas, tant pis pour eux ! Nous allons les destituer.

– Votre écharpe ! Montrez-nous votre écharpe ! crièrent tous les rebelles de l’assemblée.

Les moustaches :

Notre écharpe ? La voilà !…

Et Carteret tira de dessous de sa blouse un coin de son mouchoir de poche tricolore qui fit venir la chair de poule à tous les rebelles de l’assemblée.

– Inutile de vous exhiber le reste, leur dit-il, ceci est suffisant pour vous prouver mon pouvoir sur mes inférieurs.

En effet, Carteret ébéniste avait donné des ordres imaginaires à un agent de police et un caporal de garde qui n’en tinrent aucun compte et portèrent plainte contre cet étrange ébéniste.

Les moustaches d’ébène… de Carteret ont été condamnées  à trois jours de prison.

Modérez donc la rotation des mollets !…".

A la même époque un fabricant des Chaprais avait mis au point une pompe à incendie qui aurait été peut-être fort utile afin de calmer l'ardeur des danseurs. Mais nous vous raconterons cette histoire dans notre prochain article.

Sources : Bibliothèque municipale d'étude et de conservation; site Mémoirevive Besançon.

JCG