HUMEURS DES CHAPRAIS

18 août 2018

Le chant de l'Aiglon

C'est l'été, les vacances, le temps des loisirs. Et celui des chants et chansons! Vous n'entendrez pas ce chant de l'association chapraisienne l'Aiglon, dont nous avons publié l'histoire, le 17 février 2018, sur ce blog, dans un article intitulé " La marche de l'Aiglon". Nous vous communiquions alors la première version de ce chant datée de 1925! (L'Aiglon avait été créée en 1909 par le docteur Bietrix).

Voici la version datant de 1964, attribuée à P. Confais et l'abbé Christian Devaud. Elle figure dans le fascicule édité par les "3 A", c'est à dire "Anciens et Amis de l'Aiglon", en 2007, afin de célébrer les 40 ans d'existence de leur association et distribué lors de leur repas anniversaire le 4 mars 2007.

aiglon amis 001

Refrain

Jeunes, l'Aiglon vous mène à la victoire.

A coeur vaillant, sportifs il faut lutter.

Au vieux Patro, nouvelle heure de gloire

Des jeunes qu'il a formés.

Les championnats sont des luttes sévères

Et les meilleurs se doivent de gagner :

Luttez franc, courageux et sincères

Les Aiglons, les Aiglons, les Aiglons!

aiglon sigle (2)

 

Couplets

I

A Besançon, sur nos hauteurs chapraisiennes

Est née notre société de gymnastique :

C'est l'Aiglon-Sports la fondation très ancienne

Au fil des années toujours plus dynamique.

Cette phalange qui entraîne

Des jeunes gens ardents actifs

Sur son passage alors déchaîne

Sympathie et intérêt vif.

L'Aiglon c'est l'amitié,

L'Aiglon...vitalité!

Sans crainte des récifs

Tous les Aiglons foncez!

Aiglon départ pour Grandfontaine juillet 1960

Aiglon : départ pour Grandfontaine juillet 1960 (photo Bernard Faille site mémoirevive ville de Besançon)

Si vous vous reconnaissez...contactez nous!

II

Sous le drapeau tout marqué d'heures de gloire

En tant d'années, par le muscle et en son âme

Le vieux parc a inscrit sa belle histoire Digne des fils de la solide Utinam

Cette société entraînante

Conserve sa vitalité

Grâce aux jeunes pousses montantes :

Ses athlètes de qualité

Ptouvant continuité,

Valeur et volonté, 

L'Aiglon sur l'avenir

A les yeux bien fixés.

III

Vous tous les jeunes épris d'action virile

Rejoignez donc nos sections si sympathiques

Vous connaîtrez joie d'être fort et utile

En pratiquant le sport ou la gymnastique.

Voyagez forme la jeunesse

Le sport donne vitalité :

Vous découvrirez la noblesse

De l'effort dans la loyauté.

Au service du quartier, 

Equipe bien soudée :

Grâce à l'Aiglon sportif

Les Chaprais vont vibrer.

 

aiglon vitrail 001 (2)

 

 L'Aiglon est une société de gymnastique pour les jeunes filles, toujours très active encore aujourd'hui. Bravo pour les nombreux titres et médailles remportés : " Tous les Aiglons Foncez!".

Solutions définitions mots croisés de tristan Bernard (voir article publié le 15 août) :

En 8 lettres : supporte facilement les régimes : bananier

En 11 lettres : spécialité d'un jeune d'une noble famille : effronterie

En 11 : ennemis des régimes : restaurants

En 11 : produit parfois un choc furtif : carambolage.

Prochain article à paraître le 22 août : Tous aux Chaprais, chant...

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15 août 2018

L'humour de Tristan Bernard

En cette période de vacances, afin de nous détendre, voici quelques propos de Tristan Bernard.

Et tout d'abord, la réponse aux définitions des mots croisés proposés dans le billet précédent :

- Cadeau bon marché? Conseil.

- Prouesse ou délit?  Vol.

- Arrive souvent au dernier acte ? Notaire.

- On se lève pour les coucher?  Femmes.

 

 

Tristan Bernard Les_Hommes_du_jour_-_[

 

Tout d'abord ces propos relevés par l'écrivain comtois André Besson, dans son livre Mon Pays Comtois.

"Il ne faut comter que sur soi-même.Et encore pas beaucoup."

"Académicien? Non. Le costume coûte trop cher. Pour me présenter, j'attendrai qu'il en meurre un de ma taille."

A propos "d'un arriviste qui ne reculait devant aucune bassesse" nous précise A. Besson :

"c'est vrai qu'il est arrivé vite, mais c'est normal : il est parti ventre à terre!"

Il recommandait volontiers à ses amis :

"Voulez-vous faire fortune? Achetez donc toutes les consciences pour ce qu'elles valent et revendez-les pour ce qu'elles s'estiment. Votre fortune sera faite."

Il aurait dit à son épouse, après leur arrestation par la Gestapo, parce que juifs :

"jusqu'ici mon amie, nous avons vécu dans la crainte. Maintenant nous allons vivre dans l'espoir."

Afin de justifier ses lacunes en mathématiques alors qu'il était directeur d'une usine d'aluminium à Creil, il avait écrit :

"Pascal combattait ses maux de tête avec des problèmes de géométrie. Moi je combattais la géométrie en feignant d'avoir des maux de tête".

 

Tristan_Bernard_by_Toulouse-Lautrec

 

Enfin voici son testament spirituel, toujours rapporté par A. Besson

"Quitter ce monde-ci? Mais pour quel avenir?

Cette existence de l'au-delà, quelle est-elle?

Je voudrais m'en aller...Mais serait-ce en finir?

Mon emmerdeuse d'âme est peut-être immortelle".

Profitez de ces vacances pour lire et relire Tristan Bernard, en particulier, "En verve" pour ses bons mots, ses définitions et ses aphorismes.

 

tristan bernard En verve 2

 

Penchez-vous également sur ces quelques définitions de mots croisés:

En Huit lettres : Supporte facilement les régimes : ?

En onze : spécialité d'un jeune d'une noble famille : ?

En onze : ennemis des régimes : ?

En onze : produit parfois d'un choc fortuit : ?

Solutions à paraître dans le prochain article (à la fin) le 18 août 2018.

 

 

 

 

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11 août 2018

L'humoriste Tristan Bernard

Par une décision en date du 15 octobre 1948, le conseil municipal de Besançon décida de débaptiser la rue Fontaine-Argent (dans le prolongement de l'avenue Fontaine-Argent, cela créait des confusions regrettables...), afin de lui donner le nom de l'écrivain bisontin  Paul Bernard dit Tristan.C'est le conseiller municipal Jean Minjoz qui fit cette proposition, le maire étant alors Henri Bugnet qui l'avait battu aux élections municipales. Tristan Bernard venait de décéder le 7 décembre 1947.

P1040565

Il est coutume de dire que cet écrivain était un humoriste. Qui était-il réellement?

Tristan_Bernard_1923

Portrait de Tristan Bernard à 57 ans

Il est né le 7 septembre 1866, au n° 23 de la Grande Rue, cette rue où naquit un autre écrivain beaucoup plus célèbre, Victor Hugo.

tristan bernard 2

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Il disait à ce sujet, non sans ironie, " Lui (Victor Hugo) au N° 138, moi, plus modestement au n°23. il y a une plaque sur sa maison natale. Sur la mienne aussi, mais c'est celle de la Compagnie du Gaz". A noter qu'aujourd'hui, une plaque est apposée sur sa maison natale....

Voici ce qu'écrit, à son sujet, l'écrivain franc-comtois, André Besson dans "Mon pays comtois" (aux éditions France-Empire).

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"Tristan Bernard prétendait, dans un article paru dans "Les Nouvelles Littéraires", en 1936, qu'il était le descendant d'un authentique marquis, lui-même fils naturel de Louis XV. Mais comment prendre au sérieux les affirmations d'un humoriste?

Ce qui est sûr, c'est que ses ancêtres, de confession israélite, étaient venus à la fin du XVII° siècle du village de Foussemagne, pour se fixer à Besançon où ils furent marchands de chevaux et maîtres des postes".

Son père Myrtil Bernard, alors âgé de 28 ans à la naissance de son fils, était né dans le quartier Battant.

"L'arrivée du chemin de fer de Franche-Comté ayant ruiné son négoce de chevaux, le père de Tristan partit pour Paris avec sa famille (Tristan est alors âgé de 14 ans) et devint marchand de biens. Son fils fit dans la capitale de solides études qui le menèrent d'abord au barreau".

Mais à la suite des résultats malheureux de la première affaire qu'il eut à plaider, il quitte la robe pour la direction d'une usine d'aluminium à Creil. Là aussi la réussite professionnelle n'est pas au rendez-vous. André Besson rapporte ses propos sur le travail.

"L'homme n'est pas fait pour travailler. La preuve, c'est que ça le fatigue".

Puis il se lance dans l'écriture, le journalisme et la création de grilles de mots croisés.

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Il écrivit plus d'une centaine de pièces de théâtre comme "Vous m'en direz tant" , "Les pieds Nickelés", "L'anglais tel qu'on le parle", "Daisy", etc.

Il est arrèté avec sa famille sous l'Occupation parce qu'il est juif et conduit au camp de Drancy. Ce qui lui inspirera ces mots : "Ici, on compte les Bloch et on bloque les comptes".Un rapport des autorités françaises daté du 9 décembre 1941 indique :

"Ceux qui n'ont vu de leurs propres yeux quelques uns des libérés de Drancy ne peuvent avoir qu'une faible idée de l'état épouvantable dans lequel se trouvent les internés de ce camp unique dans les annales de l'histoire. On affirme que le camp de Dachau, de réputation si fameuse, n'est rien en comparaison avec Drancy".

Il sera libéré au bout de trois semaines suite aux interventions de Sacha Guitry et d'Arletty.

Mais son petit fils ne reviendra pas de Mauthausen.

Il décède donc à Paris à la fin de 1947.

Nous rapporterons la semaine prochaine, dans un nouvel article, quelques bons mots et réflexions de cet auteur.

En attendant, essayez de trouver le mot qui correspond à ces définitions des mots croisés que Tristan Bernard avait rédigées :

- Cadeau bon marché?

- Prouesse ou délit?

- Arrive souvent au dernier acte ?

- On se lève pour les coucher?

Réponse dans le prochain article le 15 août 2018.

 

 

08 août 2018

La folle équipée de M. Henri Mathey : la débâcle allemande

Après trois mois passés à Lisbonne, dans l'attente d'un bateau pour l'Angleterre, M. Henri Mathey, alias Harry Stevenson, rejoint un port écossais, puis Londres où il est incorporé sous son vrai nom dans les Forces Françaises Libres, armée de l'air, en compagnie de son copain Pierre Pierre qui l'a incité à choisir cette arme...Voici donc le dernier article qui clôt le récit de M. Henri Mathey paru dans la revue Icare!

" La débâcle allemande

Nous sommes en avril 1945. Les armées soviétiques progressent, notre camp est évacué en train, puis à pied, en direction de l'Ouest. Bientôt notre cohorte fantomatique harassée s'étire en une longue colonne. Au fil des kilomètres parcourus, - quelques centaines au moins-, des soldats de la Wehrmacht, les uns montant au front, les autres battant en retraite, se mêlent à nous, ainsi qu'aux civils fuyant l'avance russe, le tout dans un désordre dantesque, comparable à la débâcle française de 1940. Dans un camp de transit je croise Scitivaux du Groupe 340 abattu le 10 avril 1942.

 

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 Philippe de Scitivaux (1911-1986) Compagnon de la Libération.

Evadé en février 1945 arrivera à Paris le mois suivant (souce wikipedia DR)

Je voyage dans le même wagon de marchandises que lui, puis nos chemins se séparent. Des semaines d'errance, et c'est Nuremberg pour un bref séjour où je rencontre furtivement Boudier abattu par ...un Thunderbolt américain avant un nouvel exode vers l'Est pour fuir, cette fois, l'avance américaine.

 

boudier-liberation

Michel Boudier (1920-1963) Compagnon de la Libération

Groupe Alsace : 8 victoires aériennes. Libéré par l'avance des alliés le 29 avril 1945 ( source wikipedia)

Nouvelle évasion...enfin les Américains

L'étau allié se resserre. Dans nos rangs circule une rumeur inquiétante : nous allons être dirigés vers "l'Alpenfestung", un ultime réduit des Alpes bavaroises, non loin de Munich, où d'après Goebels des fanatiques retranchés dans des blockaus et dans des usines souterraines, fabriquant des armes secrètes, se préparent à une lutte désespérée.

alpenfestung

Otages, nous ferions l'objet d'un épouvantable marché. En compagnie de Deleuze, un autre aviateur français rencontré au hasard de notre longue marche, je décide de m'évader et de rejoindre en 3 ou 4 jours, et un peu de chance, les lignes américaines qui ne doivent pas être loin.En fait nous avons marché de nuit dans la campagne, vivant de nos maigres ressources, 10 nuits très précisément. Epuisés après avoir parcouru 130 à 140 km, nous nous traînons, les bruits de la bataille se sont rapprochés, mais nous désespérons de pouvoir jamais rencontrer les Américains.

Au matin du 10° jour, après une nouvelle nuit de marche, cachés dans un bois, avant l'aube, nous nous reposons et entendons le cliquetis des chenilles, le vacarme des moteurs de nombreux chars. - "Les Allemands sont encore forts" dis-je avec dépit à Deleuze. Je me dirige à l'orée du bois...Surprise : les chars, halftracks, camions et véhicules divers qui défilent à quelques centaines de mètres de moi sont tous frappés de l'étoile blanche. "Les Américains!".

halftrack

 Halftrack

Nous courons, Deleuze et moi, à leur rencontre. Les GI nous braquent. Effrayés nous levons les bras et nous expliquons : "nous sommes des pilotes anglais évadés" "OK, get up" "Montez". Et nous voici embarqués avec une unité avancée de l'U.S. army que nous allons, bien contre notre gré, accompagner dans son attaque. Les Américains, à côté des munitions, transportent des centaines de bouteilles d'alcool de toutes provenances. Ils sont passablement excités...A l'approche d'un village, nous essuyons quelques tirs ennemis. La riposte est foudroyante; la colonne stoppe, se déploie, et déverse sur le peit village un déluge d'obus et de mitraille. Me voici pour la seconde fois, plongé dans l'enfer d'une bataille terreste. La traversée du village est hallucinante : ce ne sont que décombres, cendres fumantes, véhicules encore enflammés. Pas âme qui vive...On distingue des drapeaux blancs aux fenêtres; on louvoie parmi des corps inanimés, des cadavres de vaches, de chevaux. Vision d'horreur. Notre seule pensée : retourner à l'arrière. cette guerre n'est pas la nôtre. Unr jeep finalement nous y ramène. Notres "escapade" de 10 jours, qui aurait pu nous être fatale prend fin. 48 heures plus tard, un avion DC3 me rapatrie en Angleterre. La boucle est bouclée.

dc3-normandie

DC3

A vingt ans, j'ai été le témoin et l'acteur d'une épopée historique extraordinaire. L'Allemagne est vaincue, la guerre se termine, ma "folle équpée" s'achève, et contre toute évidence je suis vivant."

Henri MATHEY

mateu vu du doubs 001 (2)

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04 août 2018

La folle équipée de M. Henri Mathey...Avril au Portugal avec Harry Stevenson....puis Londres, enfin!

M. Mathey est parvenu à l'ambassade d'Angleterre à Lisbonne. En compagnie d'une Polonaise que la police portugaise avait arrêtée puis libérée en même temps que lui. Polonaise qu'il ne devait plus revoir après son interrogatoire par les services anglais.

"Avril au Portugal  (alors fameuse chanson d'Yvette Giraud  (paroles:  Avril au Portugal, A deux c'est idéal, Là-bas si l'on est fou, Le ciel l'est plus que vous, ...).

 

ycette giraud

Convaincue de ma bonne foi, l'ambassade après m'avoir remis quelques escudos, me loge au centre ville dans un très bel hôtel particulier de la rue Barata Salguero, non loin de la magnifique avenida Libertade.

  

avenue de la liberté lisbonne

Le propriétaire, M. Levy, homme charmant, cultivé, docteur honoris causa de plusieurs universités portugaises aussi bien qu'étrangères, y vit seul avec sa vieille gouvernante. Seul...En compagnie de plusieurs jeunes garçons dans mon genre dont Jean Marquis, qui sera comme moi pilote au groupe de Chasse "Alsace", Pierre Pierre perpignanais d'à peine 17 ans, fanatique d'aviation, et qui deviendra le toubib de notre escadrille. Parmi nous se trouvent aussi un tchèque dont nous nous méfions beaucoup, un Cubain, un Espagnol échappé des geôles franquistes, un soldat anglais, prisonnier évadé...et quelques autres. Un groupuscule hétérogène, logé et nourri, souvent de morue et de pois chiches, mais qu'importe, par cet excellent M. Levy.

Trois mois ont passé à Lisbonne dans l'attente pas désagréable (Avril au Portugal) souvenez-vous! d'un bâteau pour l'Angleterre, mais aussi avec l'impatience de rejoindre le général de Gaulle.

Convoqué début mai à l'ambassade on me remet une carte d'identité avec ma photo. Je suis désormais Harry Stevenson, marin britannique, rapatrié en Angleterre, dont le bateau a été coulé au large du Portugal. Le lendemain j'embarque sur un cargo en compagnie de Pierre Pierre et de Jaeger, Jean Marquis devant, après de multiples aventures, nous rejoindre plus tard à Londres.

Debout sur le pont, accoudé au bastingage, envahi d'un bonheur immense, je regarde défiler les rives du Tage. Je me souviens des heures difficiles : les Pyrénées, l'Espagne, la prison au Portugal, les moments d'espoir, mais aussi de découragement au cours desquels j'ai souvent douté de moi. Bien vite je balaie ces mauvais souvenirs de ma mémoire. N'ai-je pas réussi l'impossible exploit?

Le coup de pouce du destin

A Gibraltar se forme un convoi de 25 à 30 navires, et cap sur l'Angleterre. Un voyage de 15 à 20 jours avec un détour au large des côtes canadiennes, histoire d'éviter les U boots allemands. Deux ou trois alertes pendant la traversée déclenchent le largage de grenades sous-marines sans résultat visible. Nous dormons souvent avec nos gilets de sauvetage. Tout près des côtes anglaises un Focke Wulf Condor allemand lâche quelques bombes sur le convoi sans dommage pour nous.

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Sous-marin allemand (photo wikimedia)

Finalement le port de Greenock en Ecosse voit accoster notre cargo. Sous bonne escorte un certain nombre d'entre nous est conduit à "Patriot School" une vieille école près de Londres où sont internés et interrogés par des spécialistes de l'Intelligence Service tous les arrivants étrangers d'où qu'ils viennent. Quatre jours suffisent à démontrer que Pierre Pierre, Jaeger et moi sommes des bons petits patriotes français, et nous voilà dirigés vers le centre d'incorporation des Forces Françaises Libres. Mon périple Dijon-Londres aura duré plus de 6 mois.

 

 

 

logo FFL (2)

Ici prend place le "coup de pouce du destin" qui décide de mon avenir. Devant le sergent recruteur je décline mon identité et lui fais part de mon désir de m'engager dans l'armée de terre. Mon copain Pierre Pierre juste derrière moi, m'interpelle avec son savoureux accent de Perpignan -"Mathey, espèce d'imbécile, tu n'y penses pas! Viens avec moi dans l'aviation". Interloqué le sergent lève sa plume, me regarde et m'incorpore dans l'armée de l'air pour la durée de la guerre plus 3 mois à compter du 28 mai 1941. Merci Pierre Pierre. Je ne t'ai jamais revu depuis ce jour mémorable. Je sais que tu as fait toute ta guerre en qualité de pilote au Groupe de bombardement "Lorraine", qu'abattu toi aussi et grièvement blessé, tu as terminé ta carrière militaire avec les étoiles de général. (Voir à ce sujet le blog http://halifax346et347.canalblog.com/archives/2010/11/07/19539985.html).

 

pierre pierre

 Le sergent Pierre Pierre du groupe Lorraine

Merci encore "old man" et mes félicitations! Mais c'est quand même à cause de toi qu'aujourd'hui je me retrouve en cette fin d'année 1944, dans un camp de prisonniers! Mais je ne t'en veux pas!

Prochain article le mercredi 8 août : la débacle allemande.


01 août 2018

La folle équipée de M. Henri Mathey : la rencontre avec une mystérieuse polonaise...

M. Henri Mathey a réussi l'exploit de se rendre en Espagne, en traversant les Pyrénées. Mais de Barcelone à Madrid, empruntant le train, il ne parvient pas à convaincre consul et ambassadeur d'Angleterre, de le transférer dans leur pays afin de rejoindre De Gaulle et ainsi combattre....

"Une mystérieuse polonaise

Me voilà dans un nouveau train  jusqu'à Badajoz, dernière ville frontière avant le Portugal, usant de la même ruse pour échapper aux contrôles. Après une nuit de marche, je franchis aisément la frontière, fatigué, mais heureux d'avoir réussi.

 

carte_carnet_espagne

  Carte Espagne - Porugal (carte Katehon)

Le Portugal n'est-il pas un pays anglophile, sans doute moins surveillé ? Je relâche bien imprudemment mon attention. Au petit matin une patrouille de douaniers portugais me cueille. Incarcéré dans une prison à Elvas, petite bourgade frontalière, pendant 11 jours, je suis nourri par les détenus, eux-mêmes approvisionnés par leurs familles, les repas n'étant pas compris dans les prestations de cet établissement.

 

elvas

 La ville fortifiée d'Elvas (photo divercitytoursportugal.com)

A un gardien je confie une lettre adressée à mon "contact" fourni par l'ambassade madrilène.

Au 12° jour, le chef de la prison m'annonce qu'entré clandestinement dans son pays je dois être refoulé en Espagne en compagnie d'une jeune Polonaise dans le même cas que moi. La jeune femme en larmes et moi-même prenons place dans une voiture de police à destination de l'Espagne, et je le crains déjà, la prison de Miranda où, pendant des mois "pourrissent" des centaines de prisonniers dont des Français qui se font passer pour des Canadiens francophones, la plupart du temps sans succès, et sont expulsés en France, puis remis aux gendarmes de Vichy.

gendarmerie sous l'occupation 2

Je suis aterré...c'est la catastrophe...A la nuit tombante, la voiture stoppe en rase campagne. Le policier nous fait descendre. Que va-t-il nous arriver? Nous sommes très inquiets. Celui-ci nous fait comprendre que le poste frontière espagnol est proche, qu'il faut nous enfuir dans la direction opposée et qu'il ne nous a jamais vus. Surprise totale, mais quelle bonne surprise! Sans doute ma lettre de la dernière chance est-elle parvenue à son destinataire. Nous voilà partis pour une longue marche dans la nuit. A l'aube, comble de malchance, nouvelle arrestation par une patrouille de police qui nous conduit devant le commandant de la gendarmerie de Camp Mayor, petite ville au nord d'Elvas, un anglophile convainsu, anti-nazi farouche, parlant parfaitement le français, qui nous conduit chez lui, nous permet de nous laver, nous invite à sa table...Inespéré!

 

-"Ne vous inquiétez pas...ce soir vous serez à l'ambassade anglaise de Lisbonne". Il tient parole. En début d'après-midi une voiture avec chauffeur et policier nous prend en charge. Confondus de reconnaissance nous remercions chalareusement le brave commandant. En fin de journée, après avoir traversé le Portugal, confortablement installé avec ma polonaise sur la banquette arrière, la voiture nous dépose à la porte de l'ambassade. Incroyable mais vrai. Nous sommes le 14 février 1941. J'ai donc mis plus de trois mois depuis Dijon pour rejoindre Lisbonne. Un long chemin, mais j'ai atteint mon but. Je savoure ma réussite.

 

Salazar 1

 Salazar prend le pouvoir le 7 juillet 1932 au Portugal. Malgré ses sympathies pour les régimes fascistes, le pays restera neutre durant le conflit de la seconde guerre mondiale puis rejoindra le camp des futurs vainqueurs en 1944.

A l'ambassade, reçu par un conseiller, assisté de ses adjoints, avec "ma" polonaise, mais séparé aussitôt, je suis interrogé, ou plus exactement "cuisiné" pendant plus de deux heures d'horloge. Les questions parfois les plus abracadabrantes se succèdent : mes origines, ma famille, mes connaissances, mes motivations, et bien sûr, "ma" Polonaise. De toute évidence, ces Messieurs veulent savoir qui je suis, mais également qui elle est, d'autant plus que celle-ci leur a raconté des histoires à dormir debout. "Nina Mansior", mais était-ce son véritable nom? était-elle réellement polonaise? est demeurée pour moi une énigme. Son affaire n'était pas claire. Qui était-elle? Elle fut, je crois "retirée de la circulation". En tout cas elle disparut et je ne la revis plus jamais."

A suivre...prochain article le 4 août : Avril au Portugal....(mais il ne s'agit pas de la Révolution des Oeillets du 25 avril 1974...).

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28 juillet 2018

La folle équipée de M. Henri Mathey...Retour en arrière : octobre 1940.

M. Henri Mathey se retrouve donc prisonnier dans un camp avec des milliers d'autres pilotes de l'aviation britannique. Ses longues journées de captivité sont propices à une réflexion sur son passé....

"Retour en arrière : octobre 1940

A Dijon, en Octobre 40, j'entame une seconde année à L'Ecole supérieure de commerce. Avec quelques amis étudiants je nourris le projet de partir en Angleterre...Ceux-ci, pour diverses raisons, ne donnent pas suite et me lâchent. Qu'importe! Je décide de partir seul, résolu à ne pas demeurer passif, privé de liberté dans cette France occupée, déchirée, meurtrie. N'y a-t-il pas mieux à faire? Un beau jour, après avoir vendu le peu que je possède : vêtements, bicyclette, poste TSF, sans avoir le courage de dire au revoir aux miens, je m'éclipse. Je dispose de peu de choses : quelqu'argent produit de mes ventes, et des adresses à Lyon et Marseille. A Lyon, où je reste une quinzaine de jours, mes contacts s'avèrent décevants. A Marseille mes rendez-vous ne sont pas plus concluants. Où trouver la bonne filière? Un exemple : à Montpellier je me rends dans le magasin de chaussures dont on m'a donné l'adresse ; mot de passe pour aller droit en Angleterre : demander une paire de chaussures noires, pointure 45. La vendeuse surprise : -"mais vous chaussez du 42,43 tout au plus"; Je la fixe d'un air entendu et lui confirme qu'on m'a recommandé d'acheter du 45. Elle me prend pour un fou, appelle le patron à qui je demande un entretien. Je sors de son bureau plus vite que je n'y suis rentré et me voilà dans la rue sous une bordée d'injures. Décidément ce n'était pas ni la bonne pointure, ni la bonne porte! L'Angleterre est encore loin...

J'arrive à Perpignan. Contacté, un passeur m'extorque quelques billets, me conduit au col de Perthus, et m'abandonne. Que faire? Au pied du mur, ou plus exactement des Pyrénées, je décide avec l'inconscience de la jeunesse, de franchir seul la montagne. Itinéraire : Perpignan, Prats-de-Mollo, et en évitant le col d'Ares, Camprodon en Espagne, puis Barcelone. Avec le peu d'argent qui me reste j'achète un sac tyrolien,

 

sac tyrolien

 

 

des chaussures, une paire de skis, et j'obtiens quelques pesetas contre mes derniers francs.

 

pesetas 100

 

 

Billet de 100 pesetas en 1940

Il n'y a plus de Pyrénées

De Prats-de-Mallo, je m'élance. Trente-six heures en montagne, à ski d'abord, puis à pied, après avoir abandonné mes skis lorsque la neige a disparu. Comment ne me suis-je pas égaré? Comment ne suis-je pas mort de froid et d'épuisement? Je m'interroge encore aujourd'hui. Après avoir vaincu les Pyrénées, un exploit à la limite de mes forces, je suis en Espagne, puis dans l'impossibilité de marcher plus longtemps, par le train à Barcelone où j'arrive dans un état d'épuisement facile à imaginer. Au consulat d'Angleterre où je me rends, le consul et ses collaborateurs me reçoivent, m'écoutent avec intérêt, se renseignent sur la France occupée. Mais, moi, Henri Mathey, bon petit français, désireux de rejoindre de Gaulle pour se battre, sans connaissances particulières, je ne les intéresse pas le moins du monde. Non seulement le consul ne veut pas m'aider, mais il me conseille de retourner en France, chez mes parents !

 

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La nuit du 26 janvier 1939, 90 000 soldats franquistes entrent à Barcelone (photo FemTurism.cat)

Mieux encore, il ajoute que sans papiers, sans parler un mot d'espagnol, dans un pays quadrillé par la police - la guerre civile vient de se terminer- je serai arrêté et n'échapperai pas au camp de Miranda De Ebro, de sinistre réputation.

 

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Camp de concentration de Miranda (photo wikimedia.org)

Furieux, vexé, déçu, aux confins du désespoir, je m'obstine -"je continuerai, je réussirai. Logez moi quelques jours pour reprendre des forces et vous n'entendrez plus parler de moi". Le consul accepte. Trois jours plus tard, après bien des difficultés, je prends le train pour Madrid.

Un voyage angoissant. La police est partout, dans les gares, dans les trains. Je reste dans le couloir, sur le qui-vive. Un premier contrôleur flanqué d'un carabinier coiffé de l'impressionnant  bicorne noir en carton bouilli, surgit... Que faire , Descendre au prochain arrêt du train omnibus et grimper dans le train suivant? Je file dans le couloir jusqu'à la queue du train qui roule toujours. Sur le point d'être pris au piège, j'ouvre la porte du wagon, la referme et me réfugie sur le marchepied. "Euréka, j'ai trouvé la solution". Le contrôleur et le carabinier passent sans m'apercevoir. Ce petit manège se renouvelera plusieurs fois jusqu'à Madrid.

Dans la capitale espagnole, nouvelle tentative à l'ambassade de Grande-Bretagne. L'ambassadeur me reçoit, se montre intéressé, me félicite tout particulièrement pour mon "stratagème ferroviaire", mais refuse tout net de m'aider, ne consentant qu'à me loger, et à me donner quelques pesetas avec le nom et l'adresse que je dois garder en mémoire, d'une personne à contacter en cas de problème au Portugal.

A suivre le 1er août 2018 : rencontre avec une mystérieuse polonaise....

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25 juillet 2018

La folle équipée de M. Henri Mathey, prisonnier au Stalag-Luft III à Sagan, près de Breslau

Henri Mathey vient de dévoiler, au 17° jour d'interrogatoire, sa véritable identité à un officier allemand, à l'accent d'Oxford....

"Changement d'atmosphère.-"Ha, Anthony Bolton, alias Henri Mathey, nous voilà en pays de connaissance... Moi aussi, avant de faire ce regrettable métier, j'étais pilote de chasse...Nous nous sommes peut-être rencontrés dans le ciel de France". Et nous voilà partis dans un échange de points de vue, discutant les mérites comparés du Spitfire IX B et du Focke-Wulf 190 long nez. "Have a cigarette?". J'aurais préféré un sandwich. Et mon interlocuteur de s'apitoyer sur mon piteux état, s'étonnant que j'aie caché ma véritable identité.

fock wulf

Fock Wulf

-"Pourquoi? on ne vous aurait fait aucun mal, et comme la plupart de vos camarades, vous ne seriez resté dans cet abomidable endroit que quelques jours seulement avant d'être dirigé comme pilote de la RAF dans un camp de prisonniers".

Et l'Allemand m'explique tout. Comment, débusqué de nuit, sans uniforme, sans aucun papier d'identité, ni militaire, ni civil, errant derrière les lignes allemandes, on m'a soupçonné d'être un déserteur, un saboteur.

"Vous savez, ici, on démasque toujours les simulateurs, mais je dois encore vérifier que vous ne nous racontez pas un nouveau mensonge".

La conversation se poursuit, je dois concéder quelques informations sans importance. L'officier allemand connaît d'ailleurs tout de nous, ou presque : les localisations successives de nos escadrilles, nos codes radio, la teneur et le résultat de nos missions, le nom des bars de Biggin-Hill où nous avions l'habitude de nous rendre : le "White Horse", le "Fantail", et jusqu'au prénom de la serveuse "Betty". Il me fournit des détails sur notre vie, sur nos habitudes.

 

Biggin hill

 

 

Biggin Hill aéroport dans la région de Londres

Je suis abasourdi. Quelques pilotes s'étaient fait descendre, portant sur eux, comme cela m'était évidemment arrivé, malgré les instructions formelles reçues, photos, lettres, et que sais-je encore. Je dois d'ailleurs mettre quelques noms sur des photos, noms qu'il connaît déjà...Rassuré, l'officier se lève -"Demain, vous rejoindrez vos amis, et gagnerez avec eux un camp de la RAF. De toutes façons, ajoute-t-il, le regard pensif, la guerre est bientôt finie" "Good bye Gentleman" - "Good bye Sir". Nous nous quittons en nous serrant chaleureusement la main.

Le lendemain de cette entrevue mémorable, douche, désinfection à la poudre DDT,

 

ddt

 

 

Après la guerre la poudre DDT sert contre les moustiques....

quelques nourritures, un régal, un don du ciel. Puis départ avec d'autres, d'abord dans un train aux wagons de voyageurs munis de barreaux, ensuite dans un wagon de marchandises, pour un voyage interminable de plusieurs jours, ponctués d'arrêts en rase campagne, ou sous des tunnels. Un périple éprouvant qui se termine au Stalag-Luft III à Sagan, non loin de Breslau,

 

stalag III

 

 

Le camp de prisonniers des pilotes de la RAF

dans un camp rendu célèbre par l'évasion massive, avant mon arrivée, de 76 officiers alliés dans un tunnel de plus de 100 mètres de long creusé au fil des mois. 73 fuyards furent repris un peu partout en Allemagne : 50 furent fusillés sur l'ordre d'Hitler, 23 réincarcérés et 3 seulement réussirent à regagner l'Angleterre. Après la guerre, l'exploit dut le sujet d'un livre, puis d'un film assez fidèle "La grande évasion".

 

La_Grande_Evasion

 

 

Le lendemain de mon arrivée, convoqué par le Squadron Leader, responsable anglais du camp, je le convaincs sans peine de ma qualité de pilote de la RAF. Il me demande des nouvelles de l'Angleterre...de la progression des armées alliées, et me prodigue quelques conseils. Seul Français au mileu de milliers d'aviateurs britanniques, je m'installe dans mon existence de captif. Des journées rythmées par des appels, des siestes, promenades, culture physique, lecture, leçons de français dispensées à des camarades anglais. Bien traités, très peu et mal nourris en dépit des colis de la Croix Rouge distribués très irrégulièrement, nous sommes tenaillés par la faim. Le moral n'est pas au beau fixe... certains prisonniers sont dans cet endroit, entourés de fils barbelés sur trois rangs et 3m de haut, depuis 4 ans. Leur espoir de voir se terminer la guerre pour Noël s'est envolé après l'échec retentissant d'Arnhem. Je pense, moi, être parvenu au terme de mon aventure : prisonnier certes, mais miraculeusement vivant, ce dont je remercie le ciel. Mes longues journées de captivité me permettent de rapasser le film de ma folle équipée."

A suivre le 28 juillet 2018....Retour en arrière : octobre 1940.

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21 juillet 2018

Anthony Bolton, le nom divulgué par Henri Mathey, fait prisonnier.

M. Henri Mathey est enfermé au centre d'interrogation des aviateurs prisonniers, à Frankfurt. Afin de ne point révéler sa nationalité française qui pourrait lui valoir, selon lui, de gros ennuis, il se déclare britannique et se nommer Anthony Bolton.

 

H M 4 vu du doubs

Reportage dans le magazine "Vu du Doubs" du conseil général du Doubs Mai 2007

" Seul, affamé, inquiet

Seul, affamé, inquiet, j'ai froid, je dors mal, dans l'obscurité de 18 heures jusqu'au lendemain matin, je ressasse des idées noires. La seule distraction : contempler l'extérieur par une fente minuscule dans la vitre de la lucarne. C'est ainsi qu'un matin, je vis qu'il avait neigé pendant la nuit.

Cinq jours passent, suivis d'interrogatoires menés de jour comme de nuit par différents officiers toujours en uniforme de la Lutwaffe, sans aucun résultat : Anthony Bolton reste muet malgré les promesses et les menaces :

"Parlez, vous pourrez vous laver, lire, fumer, rencontrer vos camarades qui eux, parlent et ne restent ici que deux ou trois jours".

Ni coups, ni tortures, mais une mise en condition capable de venir à bout psychiquement, moralement et physiquement des caractères les mieux trempés. Je me dégrade, je me sens sale, je suis seul, effroyablement seul, avec ma faim et ma peur.

Douze longues journées se sont écoulées... Un matin, une nouvelle fois extrait de ma cellule, je suis amené devant un officier haut gradé. Celui-ci s'exprime dans un anglais parfait, teinté de cet accent si affecté et si typique des étudiants d'Oxford.

_ "Well Sir...let us start from the beginning" me dit-il. Et de tout reprendre depuis le début..."What is your name"? _ "Anthony Bolton" avec cette fois la bonne prononciation du fameux th, du moins le pensais-je..._ "Anthony" répète l'officier songeur. "Say it again" "Anthony". Décidément ma prononciation de ce fameux th n'est pas excellente! L'officier allemand se lève, et pointant un index accusateur : _"You may look british, but you are not british" martèle-t-il. Je m'en veux, à cet instant, de n'avoir pas choisi Jack, John ou Charles. Me voyant démasqué, je bafouille que mon accent français, je le dois à une éducation dans un collège suisse. "Lequel ?, dans quelle ville?". Perdant pied, n'osant pas dévoiler ma véritable identité, je suis renvoyé dans ma cellule.

Quelques jours plus tard une femme parlant parfaitement le français, une Française peut-être, m'interroge. Je lui réponds en anglais puisque je suis anglais...Pas évident. On tente le polonais dont je ne comprends pas un mot. Nouvelle attente en cellule. Seul, affamé, affaibli, diminué, humilié, coupable de m'être fait descendre, je tiens bon tout de même.

Autre jour, autre interrogatoire, mais cette fois par un petit homme en civil, fort désagréable, qui me met sous le nez le texte supposé de la convention de Genève, derrière laquelle je me suis toujours réfugié. Selon l'exemplaire qu'il me brandit, j'aurais dû raconter ma vie. Et moi de hurler "ce n'est pas la vraie convention de Genève, vous l'avez fait imprimer tout exprès". Qu'avais-je dit là ? L'homme se lève d'un bond, il n'est guère plus grand qu'assis...Je me retiens de rire. Mal m'en prend :"Vous insultez le grand Reich, vous allez voir ce qu'il va vous en coûter" vocifère l'homme hors de lui. Je n'ai plus envie de rire, j'ai perdu une bonne occasion de me taire.

 

H M 5 citadelle ER juillet 2010

Article paru dans l'Est Républicain du 25 juillet 2010

 

Vous serez fusillé comme déserteur

Seizième jour au soir, nouvel interrogatoire par un militaire en uniforme de la Wehrmacht qui se met à crier en brandissant un carnet militaire allemand avec ma photo en uniforme allemand...Un montage, bien sûr, pour me faire passer pour un déserteur, ce que confirme le militaire : "vous vous appelez Hans Muller, vous avez été démasqué. Sie werden erschossen" "vous serez fusillé comme déserteur". Du cinéma pour me faire parler? Peut-être! Allez savoir!

Reconduit dans ma cellule, incapable de raisonner froidement, je vis un cauchemar, éveillé toute la nuit, craignant d'être fusillé à l'aube. En pleine confusion mentale, dans un état second, je passe ainsi 48 heures dans le désespoir...Au petit matin du 17° jour deux hommes en armes viennent me chercher, m'emmènent, et me laissent seul, glacé de terreur, dans une pièce vide...L'attente est longue. La porte s'ouvre sur l'officier à l'accent d'Oxford. Sans lui laisser le temps de s'asseoir, je lui dévoile d'un seul trait ma véritable identité : _"Je m'appelle Henri Mathey, je suis Français, je suis né à Besançon, j'appartiens au 341 Fighter Squadron, je volais sur Spitfire, j'ai été abattu à Arnhem".

 A suivre le 25 juillet 2018, M. Henri Mathey prisonnier au Stalag-Luft III à Sagan.

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18 juillet 2018

La folle équipée de M. Henri Mathey, prisonnier Anthony Bolton ?...

Son avion abattu, fait prisonnier, blessé par un obus allié, Henri Mathey est donc emmené à l'hôpital pour être soigne.

 

H M 3 pull blanc

 

Henri Mathey et son "fameux" pull over blanc....

"Je me rétablis rapîdement. Mon objectif : m'évader. Les camarades me prennent pour un fou : "Retourner dans l'enfer des combats pour sauter sur une mine, c'est de la démence". Ma décision est prise. Un soir, je récupère mes vêtements, et change mon pull trop voyant contre un chandail plus discret. Par la fenêtre du second étage je me laisse glisser le long du cable du paratonnerre... étrange impression de respirer à nouveau l'air de la liberté. Pendant deux jours je tente de me rapprocher de la ligne de front, me guidant aux lueurs de la bataille. En pleine nuit une sentinelle allemande me repère, je ne puis lui échapper. Repris, je suis remis entre les mains d'un vieux briscard de la Volkstum avec mission de me conduire à un centre de regroupement de prisonniers. Sans méfiance le brave homme chemine à mes côtés, revolver à la ceinture, il maudit la guerre dont il attend la fin avec impatience. En traversant un bois désert, l'idée me vient...pourquoi ne pas le tuer en m'aidant d'une de ces grosses pierres qui jalonnent la route ? et m'enfuir. Idée fugace : impossible de tuer l'homme de sang froid. Notre marche continue. Au détour d'un chemin, j'assiste, dans un vacarme d'enfer, au départ à la verticale d'un V2 destiné à l'Angleterre. Une vision impressionnante, démoralisante. Rien à voir avec les V1 que j'avais déjà contemplés, déferlant sur Londres.

Plus tard, en compagnie d'autres soldats prisonniers, sous bonne escorte cette fois, je traverse les décombres de Manheim bombardé et totalement rasé. Vision hallucinante. Les camps de transit et de triage se succèdent avant mon arrivée au Dulag Luft de Frankfurt, un centre d'interrogation où sont regroupés les aviateurs de toutes nationalités abattus sur le front de l'Ouest.

 

H M 1 carte

 

 

 

 

Me voici Anthony Bolton

Je suis jeté dans une cellule de 4m sur 2, meublée d'une paillasse posée sur le sol, éclairée d'une seule lucarne à la vitre dépolie munie de barreaux. Ni chauffage, ni électricité, ni eau. Sinistre! Pendant 48 heures de solitude je ne vois que le garde qui m'apporte le matin un horrible mélange couleur café, à midi une assiette de mauvaise soupe, et le soir un morceau de pain et de l'eau. Coupé du monde, je n'entends dans le couloir que des portes qui claquent, des bruits de bottes, des cliquetis d'aemes, des ordres hurlés par les Allemands. Je n'ai plus le moral dans cet univers inquiétant.

Au troisième jour, tiré de ma cellule, un officier de la Lutwaffe me reçoit. Très courtois, il m'accueille en anglais _

"Well Sir, vous voilà dans nos murs...Vous n'avez pas eu de chance...Mais vous verrez que tout va bien se passer".

Me voici un peu rassuré. Dans la perspective que j'estimais toutefois hautement improbable d'être abattu et fait prisonnier, j'avais mis une stratégie au point. Ne voulant pas passer pour un franc-tireur _ ne sommes-nous pas les traîtres de l'armée gaulliste condamnés à mort par Vichy, puisque la France a signé l'armistice avec l'Allemagne ? _ ni attirer des ennuis à ma famille, j'avais décidé de me faire passer pour un Anglais en devenant Anthony Bolton. Pourquoi Anthony? Parce que je trouvais que c'était un prénom élégant. Un choix qui devait se révéler désastreux!

"Well Sir, reprend mon interlocuteur, what is your name?

- Anthony Bolton" et mon accent rend bien mal la prononciation du fameux th anglais. Peu importe, mon interrogateur parle un mauvais anglais :

"Grade, numéro matricule, unité, lieu de capture", les questions se succèdent. Je me contente de décliner mon nom "Anthony Bolton", mon grade "Pilot officer" et un faux numéro matricule : "13221". pour le reste, me référant aux conventions de Genève, régissant les prisonniers de guerre, je reste muet, ce qui suscite la colère de celui qui me questionne. Retour en cellule et 48 nouvelles heures de solitude précédant un nouvel interrogatoire par le même officier, suivi d'un nouvel isolement au cachot".

 

H M 2 portrait long

 

 Sources : archives familiales; revue Icare; photos tous droits réservés. 

A suivre : prochaine parution le samedi 21 juillet 2018. M. Henri Mathey prisonnier....

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