HUMEURS DES CHAPRAIS

16 juin 2018

La donation, par M. André Millot du parc des Chaprais, il y a 40 ans...

Dans le cadre de la fête du quartier, les 23 juin 2018, au parc des Chaprais, un hommage sera rendu à son généreux donateur, M. André Millot (voir l'article paru à son sujet, sur ce blog, le 17 juin 2017). En effet, ce parc était inauguré il y a quarante ans déjà!

Samedi 23 Juin, à 11h00, dans le parc des Chaprais, conférence de M. Joseph PINARD sur l'histoire du quotidien Le Petit Comtois; puis hommage à André Millot par une habitante des Chaprais, et discours de madame Catherine Millot, sa fille. Le tout suivi d'un Vin d'honneur.

En cas de mauvais temps, conférence et hommage seraient maintenus et se dérouleraient au FJT Les Oiseaux.

 

andre millot photo 2

 

Nous allons donc, dans ce nouvel article, essayer de vous raconter l'histoire de cette donation.

Dans le Bulletin Officiel De La Commune de Besançon qui rend compte des délibérations du conseil municipal de la ville et des décisions prises, le 23 mars 1978, on peut lire p.758, (voir site Mémoire Vive de la ville de Besançon) :

parc des chaprais (2)

 

« Donation par M. MILLOT André à la ville de BESANCON d’une propriété sise rue de l’Eglise 

M. BRETON, Conseiller Municipal, Rapporteur, expose que M. André MILLOT fait donation à la ville d’un terrain sis 4, rue de l’Eglise et cadastré section CV n°297,299 et 116 pour des contenances ...au total de 63,33 ares. 

La donation est faite sous les réserves suivantes établies à titre perpétuel : 

1°) le terrain restera toujours un espace vert ouvert au public ; 

2°) cet espace vert devra porter le nom de « Jardin des Chaprais » ou de « Jardin Public des Chaprais », à l’exclusion de tout autre appellation ; 

3°) il ne sera jamais utilisé comme parc de stationnement, même partiellement ; 

4°) aucune construction, même légère (stands, tentes, baraques…) ne pourra être édifiée ni en surface, ni en sous-sol. L’abri de jardin existant pourra être conservé et remis en état. 

Toute non observation de l’une de ces conditions pourra entraîner l’annulation de la donation par M. André Millot ou ses ayants droits. En outre....".Suivent alors cinq obligations pour la ville concernant les murs de séparation avec la villa Les Iris au N°6, et les arbres existants. 

«  M. le Sénateur Maire : Dans un premier temps nous remercions M. MILLOT de cette donation, étant entendu que nous respecterons les conditions qu’il nous a indiquées. 

A l’unanimité, l’Assemblée Communale accepte la donation de M. MILLOT André et remercie le généreux donateur ».

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Dossier technique de l'aménagement du parc aux archives municipales

Ce qui frappe dans ce compte-rendu, c’est la sobriété avec laquelle est relaté cet épisode, malgré l’unanimité exprimée afin d’accepter ce don. Peut-être n’est-ce qu’une impression, mais lorsque l’on consulte d’autres délibérations au cours desquelles furent abordées des donations, le « généreux donateur » est souvent l’objet de louanges appuyées. 

Dans ce cas précis, l’Histoire avec un grand H, de Besançon, à la Libération, peut expliquer pour partie ce climat. 

Il était alors de notoriété quasi publique qu’André Millot avait décidé, depuis plusieurs années, de donner ce parc à la ville. Mais il n’en était pas encore propriétaire. Ce qui sera le cas après le décès de sa mère le 8 janvier 1977. Il indemnisera d’ailleurs son frère Jean pour la part qui lui revenait. Depuis plusieurs années déjà, poursuivant son idée d’un don de ce parc pour les habitants du quartier, il négociait avec sa mère le remplacement de vieux arbres fruitiers par des arbres d’ornement.

millot tombe (2)

 

¨Par ailleurs, il semble qu’il attendait  le départ de Jean Minjoz, maire de Besançon de 1945 à 1947; après une mandature exercée par l’opposition (Henri Bugnet de 1950 à 1953, puis Henri Régnier de 1950 à 1953), maire sans discontinuer de 1953 à 1977. Il considérait alors que Jean Minjoz figurait parmi les responsables qui avaient empêché la reparution du journal de sa famille Le Petit Comtois. Les mêmes avaient créé le quotidien Le Comtois reprenant la typographie, et, entre autres, le fichier des abonnés du journal qui avait paru jusqu’à sa suspension par les autorités allemandes, le 22 mai 1944. De fait, Jean Minjoz quitte la scène politique bisontine  au soir du premier tour des élections municipales du 13 mars 1977. Son remplaçant, Robert Schwint, à la tête d’une liste d’union de la gauche l’emporte en effet au premier tour avec 51,22% des voix ! 

 Dès la fin 1977, des discussions sont engagées avec la ville afin de programmer les dépenses d’aménagement du parc pour 1978. Il existe, aux archives municipales de la ville un dossier intéressant à ce sujet ! On y retrouve les devis divers tant pour les travaux de maçonnerie que pour la plantation de nouvelles espèces d’arbres et le dossier de la préparation et de l’inauguration effective de ce parc le 21 juillet 1978.

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Le parc en 1978

Là aussi, il transparaît (peut-être n’est-ce qu’illusion de notre part, voire abus d’interprétation) une sorte de gêne. Ainsi le premier jet de la lettre d’invitation à André Millot ne comporte pas d’invitation à déjeuner. Cette proposition manuscrite sera rajoutée à la première version dactylographiée ! M. André Millot répond d’ailleurs sobrement, dans une lettre manuscrite en date du 17 juillet 1978 : 

« Par votre lettre SG/140 Réception 78/1063 du 12 juillet, reçue ce jour, vous avez bien voulu m’inviter à l’inauguration du Jardin Public des Chaprais et au vin d’honneur qui suivra, ainsi qu’à un déjeuner à l’issue de ces manifestations. 

 Je vous remercie de ces invitations auxquelles j’aurai l’honneur et le plaisir de me rendre. 

Ma femme, se trouvant empêchée, aura le regret de n’y pouvoir participer. 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma considération très distinguée. »

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Le parc en 1978

La liste des invités est très complète. Pratiquement toutes les personnalités de Besançon sont invitées.

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Le parc en 1978

Nous vous livrons l’essentiel du discours prononcé par M. André Millot dont nous avons trouvé une version dactylographiée avec ajouts manuscrits. 

« Voici enfin le jour venu où je peux réaliser un projet qui me tient à cœur depuis longtemps : celui de remettre ce jardin à la population des Chaprais. 

La principale raison de cette donation a été la possibilité qui m’était offerte de créer une promenade publique dans ce quartier très peuplé, où il n’en existait aucune. Ce sera une joie de penser que désormais les vieilles personnes, les mamans avec leur bébé et tous les habitants auront une aire de repos où ils pourront venir s’asseoir et deviser parmi les arbres et les pelouses, à l’abri de la circulation envahissante. 

J’ai mis quelques  conditions à ma donation… ». M. André Millot énumère donc les 4 conditions rapportées lors du débat au conseil municipal du 23 mars. Puis il indique : « Ne voyez pas dans ces conditions une limitation à la donation car elles témoignent au contraire de mon souci d’en assurer la pérennité. Au long des années, car voilà longtemps que je m’intéresse à l’urbanisme, j’ai dû maintes fois constater à quel point les espaces verts sont menacés par les convoitises : celles des particuliers et des entreprises privées, bien sûr mais même celles des administrations publiques toujours tentées d’y implanter leurs installations. 

Vous me permettrez de faire part de deux autres raisons, plus personnelles,  qui ont inspiré cette cession à la Ville de Besançon. 

L’an dernier, au décès de ma mère, notre famille a cessé de demeurer dans cette partie du quartier des Chaprais où nos ascendants en ligne directe s’étaient établis en 1726 et où ils ont habité sans interruption, de génération en génération pendant 250 ans. J’ai voulu que notre famille laisse ainsi un souvenir, une marque de son passage et la seule marque valable ne pouvait être qu’un apport à la collectivité et à l’embellissement,  une contribution, même modeste, au mieux être de la population de son cadre de vie. 

Ma dernière raison est que depuis 1883 date de la fondation du « Petit Comtois » et jusqu’à la suppression de ce journal par les allemands pendant la dernière guerre, mon grand-père Jean Millot et mon père Louis Millot ont participé de façon très active à la vie politique, économique et culturelle de la Franche-Comté. J’ai pensé qu’ils approuveraient cette donation car elle est conforme à la ligne qui était la leur et aux idées qu’ils ont toujours défendues. Il m’a semblé qu’il n’était pas de meilleure manière de rappeler leur action et d’honorer leur mémoire. 

Je désire remercier mon oncle Paul MILLOT, qui en me remettant il y a quelques années sa part dans ce domaine a rendu possible ma donation. 

Monsieur le Maire, je vous remets la propriété. »

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 Nous n’avons malheureusement pas retrouvé le discours du sénateur-maire de Besançon. 

Un vin d’honneur avait été organisé sur place, offert par la mairie. 

Le bon de commande du déjeuner qui suivit,  au restaurant du Casino de Besançon figure au dossier pour 6 personnes seulement. Nous avons pu, grâce au témoignage d’un des invités, déterminer quels étaient ces convives : outre André Millot et le maire, son directeur de cabinet, assistaient également madame et monsieur Henri MATHEY (1919-2010). Ce héros de la seconde guerre mondiale, qui s’est illustré comme pilote d’avion de chasse au sein de la RAF britannique, était en effet marié avec Jeannine MILLOT (1926-1979), la fille de Paul, l’oncle d’André Millot.

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Sources : Archives Municipales; madame Catherine Millot; M. Joseph Pinard.

 

 

 

 


09 juin 2018

Juin 1940 à Besançon : les combats

Nous publions la suite du récit de l'invasion allemande au mois de juin 1940, telle que la rapporte L'Almanach du journal Le Petit Comtois de 1941 (voir, sur ce blog, article précédent).

"...Après un combat rapide dans l'avenue Siffert, sur les Glacis et aux abords de la gare Viotte, on vit déboucher, vers 19 heures, sur le quai Veil Picard et dans la rue de Belfort, les motocyclistes allemands précédant les chenillettes, les tanks et les autos blindées. Au rond point des Bains, un bref engagement marqua la dernière résistance des défenseurs. Quant aux arrivants, leur progression ne fut pas retardée par la destruction des ponts; si ceux de la ville et celui de Velotte avaient été détruits, le pont d'Avanne était, en effet, resté intact; sans hésitation, les colonnes allemandes le franchirent et se dirigèrent à toute vitesse les unes sur Quingey, les autres sur Beure et Fontain, d'autres enfin sur Besançon.

 

juin 40 arrivée des troupes allemdes devant gare Viotte

 

Soldats allemands devant la gare Viotte

juin 49 convoi allemand devant Viote Daniel Bourguignon phototèque

Convoi allemand devant la gare Viotte

Dans la matinée de lundi (17 juin) vers 8h30, les Allemands traversèrent le Doubs dans une quinzaine de barques et un détachement armé, dirigé par un spécialiste, pénétra dans l'hôtel des Postes où il coupa toutes les communications. Les autorités civiles prirent à ce moment contact avec les officiers allemands.

 

juin 40 pont battant passage civils

 

Après la destruction du pont Battant....

juin 40 pont battant gendarme allemand

 

Gendarme allemand réglementant la circulation au pont Battant

Pendant ce temps, les colonnes allemandes, qui avaient franchi le Doubs à Aveney et pris la direction de Fontain, se préparaient à attaquer à revers les défenseurs du Jura et à les refouler en Suisse."...

 

juin 40 soldats allemands à Rivotte

 

Soldats allemands à Rivotte

Le récit se poursuit par un nouveau chapitre intitulé "Du plateau à la frontière suisse"Retenons tout de même ces quelques renseignements :

"... Des éléments du 9° Spahis, du 52° G.R.D.I. et du 10° Génie attendaient les troupes adverses au sortir de Besançon, dans le village de Morre déserté par la plus grande partie de ses habitants. Avisés du mouvement tournant des Allemands, nos soldats allèrent prendre position au Trou-aux-Loups, sur la crête dominant la route de Fontain et la dernière partie de la côte de Morre. Des îlots de résistance furent constitués dans les maisons même du Trou-aux-Loups, au-dessus du tunnel, dont les abords immédiats furent aménagés définitivement. Une autre ligne de défense fut constituée en hâte, en contre-bas de la route stratégique conduisant du Trou-aux-Loups au fort de Monfaucon.

 

Trou aux loups

 

Dans la nuit du lundi 17 au maedi 18, les troupes blindées allemandes commencèrent à défiler en direction de Nancray-Sancey; elles ne rencontrèrent pas de résistance, mais, au petit jour, lorsque l'infanterie déboucha à son tour, nos soldats ouvrirent le feu. Les Allemands se lancèrent sur eux, soutenus par le tir d'une batterie qui, installée à 500 mètres du croisement derrière le tunnel, détruisit les deux immeubles où s'abritaient, avec ses défenseurs, le poste de commandement. Les Allemands parvinrent alors sur la crête; le feu des spahis retranchés le long du chemin stratégique les accueillit. Le combat dura quatre heures; finalement, nos soldats se rendirent sur les sommations d'un officier allemand.

Dans l'après-midi, le garde champêtre et le maire de Morre vinrent reconnaître les victimes; elles étaient dix-huit,  dont un médecin lieutenant ( M. Louis SAUNE ? dont la mort est annoncée dans Le Petit Comtois su 27 juin 1940...).

A Aissey..." .

Mettons fin ici à ce récit. Sachez cependant qu'à la suite des combats entre soldats français et allemands, 30 soldats français furent tués! 43 maisons sur 54 de ce village d'Aissey furent rasées!

 

Aissey1

  Aissey : après la bataille...

Sources : Almanach du journal Le Petit Comtois 1941, propriété de M. Alain Prêtre,  mémoirevive Besançon, photothèque de la ville de Besançon.

A propos du quotidien de l'époque, Le Petit Comtois, conférence sur son histoire (1883-1944) de M. Joseph Pinard, le 23 juin à 11h00, au Parc des Chaprais, dans le cadre de la fête du quartier organisée par l'ASEP et de nombreuses associations (dont Vivre aux Chaprais). Cette conférence serait reportée au FJT Les Oiseaux en cas de mauvais temps.

 

02 juin 2018

Le mois de juin 1940 à Besançon : l'arrivée de l'armée allemande

En 1941, le journal Le Petit Comtois publie un Almanach. Rappelons que la famille Millot, propriétaire de ce quotidien résidait dans le quartier des Chaprais et que son imprimerie était située rue Gambetta. Fondé le 1er août 1883, le journal fut interdit par l'occupant le 22 mai 1944. Il ne devait jamais reparaître et fut remplacé par Le Comtois.

le Petit Comtois dernier n° 22 mai 1944)

Le dernier numéro du journal, le 22 mai 1944 (source Mémoirevive Besançon)

Rappelons également que Le Petit Comtois n'a pu paraître du 16 au 26 juin inclus. Nous aurons l'occasion, dans un prochain article, de vous livrer le contenu du journal daté du 27 juin 1940.

Dans cet almanach, plus de 7 pages sont consacrées à un article intitulé "Le mois de juin 1940 en Franche-Comté" relatant l'invasion de notre région par les troupes allemandes. Voici la partie de ce texte concernant Besançon. N'oublions pas que ce texte a été soumis à la censure des autorités d'occupation....

agenda comtois 001 (2)

Dès le vendredi 14 juin 1940, l'annonce, à Besançon,  de l'avance allemande vers Langres et Saint Dizier... " précipita l'exode d'une partie de la population bisontine. Les départs s'accélérèrent dans la journée de samedi qui, d'autre part, vit passer dans la ville d'énormes contingents de soldats en retraite.

L'autorité militaire en prévision des événements, prit à ce moment la décision de faire sauter les ponts, malgré les objections de l'autorité préfectorale et de la municipalité. L'ordre d'évacuation de la ville, qui était déclarée "ouverte", fut alors donnée et toutes les formations militaires quittèrent leurs cantonnements ou leurs bureaux, ne laissant aux environs que quelques défenseurs, et, à l'hôpital, les malades sous la garde de M. le mèdecin-commandant Chaton et d'infirmières dévouées.

La nuit du samedi au dimanche fut calme, mais le lendemain, à 7 heures, on entendait le canon tonner en direction de Gray. Le bruit se rapprocha rapidement et, vers midi, les premiers obus tombèrent sur la ville, où la première communion avait été célébrée le matin même dans toutes les églises.A ce moment, des avions apparurent haut dans le ciel et descendirent pour mitrailler la voie ferrée et, sur la route de Dole, les retardataires.

A 16 heures, une voiture d'ambulance américaine, le dernier véhicule militaire, traversa la ville se dirigeant vers Lyon. Quelques instants plus tard, l'autorité militaire faisait sauter les ponts de Canot et de Battant. Le premier s'écroula entièrement; quant au second, il ne perdait qu'une seule arche du côté de Battant et le canal de dérivation sous la place Jouffroy.

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juin 40 pont battant détruit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pont Battant détruit

                   

 

                  Pont Canot détruit

L'émotion causée par cette double explosion fut d'autant plus vive que la chute des obus précipitait son rythme sans toutefois entraîner de dégâts sérieux. L'un de ces projectiles éclata au-dessus de la cour de l'Hôtel de Ville. A 17 heures, le pont de Bregille et le pont du chemin de fer de Rivotte sautaient à leur tour, tandis qu'on mettait le feu au dépôt d'essence des Prés de Vaux, d'où s'échappa un épais nuage de fumée noire et des flammes immenses qui firent flamber les peupliers voisins.

juin 40 destruction pont bregille

Pont Bregille détruit

juin 40 destruction pont rivotte

Pont Rivotte détruit

Le pont de la République s'était abîmé entièrement à 16h30; l'intervention pressante de M. le Préfet n'avait pu le sauver. Le seul résultat de ces destructions fut d'isoler pendant plusieurs jours la boucle du Doubs de la banlieue et de priver le canton nord d'eau, de gaz et d'électricité."

pont république détruit par français 1940

Pont de la République détruit

A suivre...La semaine prochaine, les combats sans Besançon et à proximité....

Cet Almanach de 1942 est la propriété de M. Alain Prêtre.

Sources photographiques : site Mémoirevive  et photothèque de la ville de Besançon.

 

 

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26 mai 2018

Quand Lip était aux Chaprais, rue des Chalets....

 

Relisant récemment le livre intitulé « Lip » publié en 1973 dans la collection Lutter/Stock, nous avons relevé ces propos de M.  Roland Vittot, p. 125. Agent technique chez Lip était le secrétaire du comité d’entreprise CFDT .

« …Je suis arrivé à 18 ans à l’usine. A ce moment, l’usine n’était pas où elle est actuellement ; elle était au centre ville dans la rue des Chalets.

 

plan usines lip 001

 Plan de l'usine Lip établi par M. Charles Piaget

 

L’usine était de chaque côté d’une route, à mesure que Lip s’étendait, ils ajoutaient des morceaux, ou bien ils louaient une maison à côté. C’était vraiment archaïque, c’était pas facile : un dédale de couloirs et d’escaliers »…

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Nous nous sommes donc adressés à M. Charles Piaget qui fut un des leaders du conflit Lip, afin de recueillir ses souvenirs et son témoignage. Il nous a très gentiment répondu par écrit. Qu’il en soit vivement remercié !

piaget 77 1 pg

 

Voici ses notes.

« Embauché à Lip début août 1946 à 18 ans. Comme mécanicien. J’ai appris alors l’histoire de Fred Lip, contraint de fuir en juin 1940.Il est resté un certain temps à Issoudun puis Valence. Enfin il a dû se réfugier dans le maquis du Vercors.

Il rentre à Besançon le 10 septembre 1944, chasse le directeur M. Dietrich nommé par les allemands et reprend sa place à Lip.

A l’époque, la rue des Chalets était noire de monde : 800 personnes et même plus y étaient employées.

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Sortie d'usine (DR)

En 1946, Fred Lip avait mis en place un journal d’usine : « Horizons nouveaux », distribué au personnel, des hauts parleurs dans la grande quantité de locaux disparates et une causerie, le vendredi soir, 5 minutes avant la sortie.

fred Lip 2

M. Fred Lip

Horaires de 46 h, les autres mécanos et autres faisions 50 voire 55h hebdomadaire (nous venions le samedi).

En 1946, c’était encore les restrictions, la faim nous tenaillait vers 11h le matin.

Du fait des restrictions d’électricité, il fallait, par moment, décaler les horaires dans les entreprises de la ville pour éviter  les coupures.

Il existait une petite cantine pour le repas du midi, mais la grande majorité repartait manger chez eux avec leurs propres moyens : à pied, à vélo, pas de voitures.

Il y avait beaucoup de jeunes parmi le personnel. Fred Lip avait fait installer une grande ardoise à l’entrée, où étaient indiqués les résultats sportifs de France et des Etats-Unis. Il y avait encore très peu de postes de radio…. »

 

lip mouillère

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19 mai 2018

Mon Mai 68.....

Nous ne pouvions pas ne pas évoquer cette période de l'histoire. Ici, un chapraisien, Alain Prêtre se souvient de Mai 68! Alain Prêtre a écrit plusieurs articles sur ce blog, consacrés à Kelton, au sculpteur Laethier et à notre contemporain Paul Gonez; il nous a fait part de ses souvenirs concernant Johnny. Il a réalisé de nombreuses photos afin d'illustrer les articles parus.Aujourd'hui il nous fait le récit de son mai 1968. Qu'il en soit remercié.

Si vous aussi, habitant des Chaprais,vous avez des souvenirs, des anecdotes sur Mai 68, faites nous en part. Nous les publierons volontiers!

 "En mai 1968, je n’avais pas tout à fait 20 ans...

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Alain Prêtre au Valdahon hiver 68/69 (DR)

Incorporé depuis le 1er mars au 19e Régiment du Génie à Besançon, dès le début des événements de 1968, nous avons été consignés dans la caserne.

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Insigne du 19° Régiment du Génie

(source wikipedia)

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Insigne de la 1ère compagnie (à laquelle appartenait Alain) du 19° régiment de Génie

Certains appelés avaient manifesté en tenues civiles, dans les rues de Besançon et s'étaient fait raccompagner par la gendarmerie... dur, dur... Nos transistors nous avaient été confisqués, les journaux et l'accès à la cabine téléphonique... interdits. Je me souviens, à l’époque, avoir lu en cachette un numéro du « Canard Enchainé » que m'avait généreusement prêté un gradé de mes amis.

mai 68canard_enchaine_68

Nous n'avions que les informations que voulait bien nous donner l'armée. On racontait que les « Bolchéviques voulaient renverser le Général De Gaule et que des éléments étrangers semaient la pagaille dans nos rues.

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Manifestation dans les rues de Besançon sur le thème ; "L'ordre, c'est nous"!

(Photo Bernard Faille. Site Mémoirevive ville de Besançon)

J'étais en formation Radio et nous avions mis en place une permanence d’écoute au bâtiment des transmissions. Souvent c'était des messages en morse, de radios amateurs, liés à des commandes ou livraisons de matériels.

Une nuit, certains de mes camarades ont été réquisitionnés pour monter des fils de barbelés sur les murs extérieurs de la Préfecture du Doubs. Et, un matin, j'ai aperçu un avion, à très basse altitude, survoler la caserne et jeter des billets en abondance. Certains officiers de l'état major sont sortis rapidement du bâtiment pour ramasser ces feuilles. J'ai compris un peu plus tard, que le pilote avait confondu la cour de la caserne avec le site des Compteurs situé un peu plus loin.

Et c'est au cours de ce mois de Mai, que j'ai appris qu’un convoi de nuit, se préparait pour rejoindre Paris. Rien ne filtrait, motus, nous ne savions rien, pas plus la date que l'heure de notre départ... L'armement avait été chargé, ainsi que nos paquetages. Et un soir, tout s'est précipité et notre convoi est parti. Un grand moment pour moi! J'avais une place de choix, dans la jeep du Capitaine, entre mes postes de Radio. Et le voyage fut long jusqu'à Versailles. Là nous y fumes cantonnés et consignés « Révolution oblige ».

J'ai appris un peu plus tard que notre mission se déclinait comme suit : le transport des Parisiens dans les camions militaires;

mai 68 transport des civils

Transport des civils...

le ramassage des ordures au volant des véhicules de la ville;

mai 68 poubelles

 

mai 68 grevistes volontaires 2

 

 

 

 

 

 

 

 

       Les poubelles dans les rues de Paris

 

 

A Besançon, ce sont des grèvistes  volontaires qui

ramassent les poubelles (photo Bernard Faille Mémoirevive).

 

la remise en état des chaussées dépavées notamment dans le quartier latin.

mai 68 rues dépavées

 

mai 68 ramassage pavés

 

 

 

 

 

 

 

Mai 68 à Paris : la construction des barricades

 

 

 

Les militaires ramassent les pavés des barricades

J'ai gardé d'excellents souvenirs de cette escapade parisienne, même si je n'ai jamais quitté notre casernement, moi qui rêvais de voyages... J’étais d'astreinte au poste de transmissions. Le positif de cette situation était de trouver des gradés totalement différents. Plus proches, plus solidaires, plus familiers avec nous. Nous étions d'un coup comme intégrés et non plus de passage.

Environ deux mois après, nous rentrions à la caserne Vauban à Besançon.

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La caserne Vauban hiver 68/69 (Photo A. Prêtre DR)

 

Le 15 octobre suivant, je repartais en train pour Maison Alfort afin de rejoindre un escadron de la gendarmerie. Avant de partir sous les drapeaux, j'avais, sur les conseils de ma mère, effectué à Besançon une série de test à la gendarmerie de Tarragnoz. Les épreuves ne s'étaient pas trop mal passées. Il faut souligner que mon grand père maternel était dans la police avant de se faire tuer le 7 septembre 1944 à Besançon, je pense que maman désirait fortement que j'y fasse une carrière ... Début novembre, contre-ordre ministériel, on me renvoie à Besançon avec une permission de 72h Je n’avais pas l'habitude des trains et j'ai sauté dans le premier Omnibus pour Besançon et j'ai dû, je m'en souviens, mettre 6h, pour rejoindre la capitale Comtoise...

J'étais impatient de revoir la famille.. Le lundi suivant, j'avais des copains au bureau de l'état major, je passe les voir pour leur annoncer la nouvelle et ils me conseillent de rester chez moi, car le contre-ordre du retour n'était pas parvenu aux autorités, donc j'étais libre. Et pendant 20 jours, je passais régulièrement aux bureaux, histoire d'avoir des nouvelles de mon retour et un lundi, le contre-ordre venait d'arriver; donc j'ai rejoint la caserne le soir même. Ma mère, à qui j'avais raconté, la petite magouille, me traitait de déserteur et craignait à tout moment de voir arriver les gendarmes..."

Alain Prêtre

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Alain Prêtre à Tavaux 1969 (DR)

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12 mai 2018

Lucien Midol, le neveu...

Après avoir décrit le parcours exceptionnel de Lucien Midol qui commença sa carrière à la compagnie PLM à la gare Viotte et habita un petit hôtel de la rue de Belfort, intéressons nous à son neveu, prénommé également Lucien, fils de René, cheminot à Besançon et qui a résidé rue de Belfort.

Lucien MIDOL est né le 11 février 1909 à Pontarlier où sa famille résidait alors. Mais très vite, la famille déménagea à Besançon où, nous explique sa fille,  son père Lucien, alors enfant,  fit sa scolarité primaire  à l’école des Chaprais à Besançon. La famille habitait alors au n° 37 de la rue de Belfort à Besançon.

Plus tard il intègre l’école des Arts et Métiers de Châlons sur Marne en 1927.

Il en sort Ingénieur GADZARTS en 1930. 

lucien Midol jeune

Lucien Midol, le neveu (DR)

Le 20 avril 1935, il se marie avec Raymonde Opériol, institutrice (Comme Andrée, la femme de son oncle Lucien : voir les deux articles précédents). De cette union naitront deux enfants : Alain en 1945 et Annie en 1946.

Il participe à la construction de la ligne électrique de 150 000 volts Jougne-Pontarlier en 1935/36.

Il entre dans la fonction communale le premier janvier 1938, à la ville de Stains située en Seine Saint Denis aujourd'hui, mais alors Seine et Oise, en qualité de Directeur des Services Techniques.

Il y travaillera jusqu’au premier octobre 1944, date à laquelle il est muté et nommé Ingénieur en Chef du service de la Voierie à St –Denis ( comme Stains, ville aujourd'hui en  Seine Saint Denis mais alors en  Seine et Oise). Il occupera ce poste jusqu’à son décès le 2 décembre 1967, à Garges les Gonesse dans la maison qu’il avait fait construire en 1949.

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Lucien Midol, André Seurre, et le fils de Lucien, Alain. (DR)

C'est là que  celui qu’il considérait comme son frère,  le peintre-verrier bisontin André Seurre, qui fut recueilli enfant par les parents Midol,  alors qu’il était devenu orphelin, devait décorer d’une fresque mais aussi de magnifiques vitraux qui se trouvent encore dans la salle de bains de cette maison familiale. Voici ce qu'en dit M. andré Poggio, spécialiste d'André Seurre : 

"Ces deux éléments de décorationsont remarquables parce qu’il s’agit du seul exemple connu de créations où André Seurre travailla sur des motifs figuratifs profanes. Ils sont également  remarquables par leur dessin, leur  mouvement… et le choix des couleurs, mais sur ce point nous ne pouvons juger que le vitrail.

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Vitraux d'André Seurre pour la  salle de bains de la maison de Lucien Midol (DR)

Car la fresque a disparu ! Seule une petite photo en noir et blanc garde le souvenir du faune musicien qui entraîne deux biches dans sa danse."

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La fresque dans la maison de Lucien Midol à Garge lès Gonesse (DR°

Enterré civilement au cimetière de Garges les Gonesse, une foule immense y avait assisté entourant la famille : amis, collègues, voisins.

Comme son oncle, l’autre Lucien dont nous avons évoqué le parcours dans deux articles précédents, il était très engagé. Très tôt, il est entré au Parti Communiste et a milité à la CGT. Il sera Secrétaire du Syndicat National CGT des Cadres Supérieurs. Il a dispensé des cours à l’Association Nationales d’Etudes Municipales pour la promotion de la fonction communale et préparé les jeunes employés au concours de recrutement des emplois techniques.

Dans cette ville de  Garges lès Gonesse, la municipalité était alors communiste: il prendra une part active à la vie communale et deviendra conseiller municipal puis Premier Maire Adjoint de 1953 à 1965.

Ensuite, il ne pourra pas se représenter aux élections à cause de son état de santé qui s’était dégradé.

Sa plus grande fierté, disait-il était d’être « Gadzarts ».

Sources : Madame Annie Moutin, sa fille que nous remercions vivement pour les renseignements donnés et les photos communiquées; M. André Poggio qui a identifié la famille Midol, famille adoptive d'André Seurre et retrouvé madame Moutin..

 

 

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05 mai 2018

Lucien Midol, le militant (second article)

Dans un article précédent, publié la semaine dernière, nous avons évoqué les débuts professionnels de Lucien Midol, mécanicien au PLM, résidant dans un petit hôtel des Chaprais, rue de Belfort. Voici la suite de l'itinéraire de cet homme hors du commun que les choix professionnels, syndicaux, politiques qu'il fit,  allaient conduire bien loin des Chaprais. Jugez en plutôt....

Quand la guerre de 14 éclate, Lucien Midol est devenu secrétaire de son syndicat des mécaniciens et des chauffeurs du réseau PLM et adhérent du parti socialiste.

Il contribue pour une grande part à l’union des cheminots dans une grande fédération, et ce , dès 1917. Dès la révolution d’octobre, il en partage les idéaux et l’enthousiasme.

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Et la guerre terminée, il reprend la lutte syndicale. Ce qui le conduit à un premier séjour en prison, en 1919, pour fait de grève. Il inaugure d’ailleurs dans cette profession, la tactique des mouvements partiels avec des arrêts de travail brefs mais répétés.

Nouvelle grève des cheminots en 1920, durant laquelle il sera révoqué et recherché par la police. Il doit s’exiler en Suisse, à la Chaux de Fond, en passant par Morteau. De ce fait il ne peut participer, cette année là,  au congrès du parti socialiste à Tours au cours duquel une majorité décide d’adhérer à l’Internationale communiste et de constituer le PC - SFIC (section française de l’internationale communiste) qui allait devenir, en 1943, lors de la dissolution de l’Internationale Communiste par Staline, le parti communiste français.

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Congrès de Tours du 25 au 30 décembre 1920

Le PC décide, lors d’élections municipales en 1923,  de présenter des candidats qui ont été condamnés, pour raisons politiques : Lucien Midol est élu conseiller de Paris. Il rentre donc afin d’assister à la réunion du conseil. Les deux préfets qui y siègent refusent d’y assister en présence de condamnés par contumace. Les policiers essaient d’arrêter Lucien Midol à l’Hôtel de Ville, mais le président du conseil municipal aidé de nombreux conseillers le cache dans son bureau !
En 1924, Lucien Midol est élu au comité central du parti communiste, puis 2 ans plus tard, avec Benoît Frachon, au bureau politique.

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Pour la suite, voici ce que note Wikipédia :

« Après avoir été élu conseiller municipal de Juvisy puis député de la circonscription de Corbeil en 1932 et de celle de Longjumeau en 1936, il devient conseiller municipal à Athis-Mons en 1939.

Député membre du groupe ouvriers et paysans français il est arrêté le 8 octobre 1939, déchu de son mandat le 21 janvier 1940, et condamné le 3 avril 1940 par le 3e tribunal militaire de Paris à cinq ans de prison, 4 000 francs d'amende et cinq ans de privation de ses droits civiques et politiques pour être resté fidèle à la ligne du Parti communiste et ne pas avoir dénoncé le pacte germano-soviétique. Interné à la maison d'arrêt du Puy, il est ensuite transféré à Maison carrée en Algérie. Libéré après le débarquement allié en Afrique du nord, en 1943, il se consacre en particulier à la reconstitution des syndicats d'Alger puis est proposé au Général de Gaulle comme commissaire à la production industrielle dans le Comité Français de Libération Nationale».

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Lucien Midol, avec Waldeck Rochet, secrétaire général du PCF (1961-1964). DR.

Mais De Gaulle refusera sa nomination.

A la Libération, il reprend son activité de dirigeant du mouvement syndical et du PC.

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 Lucien Midol (DR)

A sa mort, à l’âge de 96 ans (le 26 décembre 1979), il était alors le président de l’amicale des vétérans du PCF.

Nous avons rencontré, au mois de mars dernier, madame Paulette Midol, la belle fille de Lucien, marié à son fils cadet René. A 90 ans, cette dame qui vit dans un foyer logement des Lilas, en région parisienne est dotée d'une mémoire prodigieuse, d'une fraîcheur d'esprit étonnante et nous a livré des des souvenirs précieux sur son beau-père. Elle nous a également confié des documents photographiques inédits. Elle voue une grande admiration à son beau-père qu'elle appelle encore "papa" (lui-même la considérant comme sa fille....). D'ailleurs, à la retraite, devenu veuf, il a vécu de nombreuses années chez Paulette et René à La Courneuve. C'était le temps de la création de l'A 89 et il se rendait souvent sur le chantier de cette autoroute qui l'intéressait du fait de sa formation initiale d'ingénieur. Madame Paulette Midol le décrit encore aujourd'hui comme quelqu'un de modeste, courageux et serein. Il prenait d'ailleurs le bus pour se rendre, en sa qualité de député, à l'Assemblée Nationale! Ses indemnités de parlementaire étaient perçues par le PCF qui lui en reversaient une part qu'il devait fixer lui-même! Mais il réclamait peu!Il a d'ailleurs donné sa maison d'Athis Mons à son parti qui, ensuite, l'a revendue à la municipalité afin d'y édifier des logements sociaux.

Toute la famille Midol a participé à la résistance : l'épouse de Lucien a été emprisonnée à Rennes pour ses activités. Son fils Maurice et son épouse Antoinette ont déployé leurs activités politiques clandestines aux Halles à Paris; René et son épouse Paulette en Haute-Vienne, à Limoges. Miraculeusement, toute la famille devait se retrouver avec joie, à la Libération ! Quelles que soient les opinions politiques des lecteurs de cet article, il sera aisé de nous accorder pour reconnaître qu'il s'agit là d'une famille exceptionnelle!

La semaine prochaine nous évoquerons le second Lucien Midol, neveu du premier, qui habita lui,avec sa famille, 37 rue de Belfort et qui, enfant, fut élevé avec l'artiste peintre verrier André Seurre.....(voir notre article précédent).

 

 

28 avril 2018

Les Lucien Midol et les Chaprais: le premier Lucien Midol, sa jeunesse

Lors de nos recherches concernant la biographie d’André Seurre, peintre-verrier qui est né, a vécu et travaillé dans notre quartier des Chaprais, M. André Poggio, fin connaisseur de l’œuvre de cet artiste, a découvert qu’André Seurre avait été recueilli, en 1910, par une famille du quartier, alors qu’il était orphelin de père et de mère.

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Cette famille s’appelait Midol. Léon Ambroise et son épouse Antoinette habitaient 37 rue de Belfort. Rien à voir cependant avec celui qui devait donner son nom à une rue de Besançon. Ce dernier nous informe Eveline Toillon, dans son ouvrage connu sur les rues de Besançon était « Jean-Claude Midol (1793-1872), entrepreneur de menuiserie. ». Il avait fait don de sa fortune à la ville de Besançon « à charge pour elle de remplir certains legs particuliers, et de consacrer aux pauvres le surplus de sa fortune, 100 000 francs environ ».

Léon Midol, lui,  était chauffeur mécanicien à la compagnie PLM. Lorsqu’ils recueillent l’orphelin André Seurre, au 37 rue de Belfort, les Midol ont un fils, Lucien, plus jeune qu’André. Mais tous deux élevés ensemble, se considèreront toujours comme des frères. Nous évoquerons donc dans un prochain article ce Lucien, « frère » d’André Seurre.

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A gauche, Lucien Midol aux côtés d'André Seurre qui tient la main à Alain Midol, fils de Lucien (DR)

Car, drôle de coïncidence, il existait déjà un autre Lucien Midol qui a habité un temps, lui aussi, rue de Belfort, dans une chambre mansardée d’un hôtel, alors qu’il est mécanicien au PLM.

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Lucien Midol, à gauche et son épouse, Léon Midol,son frère,  à droite et son épouse (DR)

En fait, cet autre Lucien est né, lui, le 24 septembre 1883, à Château-Chalon dans le Jura. Et Il est  l’oncle de « l’autre »  Lucien qui lui est né en 1909.

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Lucien Midol, l'oncle du second Lucien (DR)

Autre coïncidence : tous deux furent  ingénieur des Arts et Métiers ! 

Dans un livre de souvenirs publié en 1973  aux Editions Sociales, avec pour titre « La voie que j’ai suivie », Lucien Midol, décrit un itinéraire peu singulier qui force l’admiration.

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Ses études  terminées en juillet 1903, il indique :   « J’avais en poche mon brevet d’ancien élève diplômé des Arts et Métiers, c’est à dire, en pratique le titre s’ingénieur Arts et Métiers, accordé aux diplômés (la consécration de cet état de choses a été officialisée ultérieurement). »

A l’automne 1903, «...sur les conseils d’un ami, je fis une demande d’entrée dans les services de la Cie des Chemins de fer PLM : je désirais de préférence entrer aux Voies et Bâtiments. La réponse de la compagnie fut rapide, elle était affirmative quant à l’embauche, mais c’était à la « Traction » qu’elle m’offrait un emploi. J’étais appelé comme ajusteur au dépôt de Besançon au salaire journalier de 5 F. Bien que la réponse ne soit pas entièrement satisfaisante, j’acceptai. C’est ainsi que je suis devenu « cheminot » le 1er novembre 1903.

Mon installation correspondait à mes ressources : une petite chambre mansardée, louée dans un hôtel de la rue de Belfort à Besançon où je prenais mes repas. »

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L'hôtel de la Gare rue de Belfort

Son titre d'ingénieur crée une situation particulière quant à son milieu professionnel. En effet il gagne plus que les autres employés de la compagnie qui eux, pour le même travail ne gagne que 3 à 4 F par jour !

En troisième année de ses études, il s’était intéressé à la politique, achetant, le dimanche, lors de ses sorties des journaux réputés de gauche, voire socialistes. A ce sujet, Lucien Midol indique cependant dans son livre de souvenirs :

« Pendant mes premiers mois de mon séjour à Besançon, ma fièvre politique était complètement retombée. Je m’adonnais avec passion aux techniques du moment. Mon salaire était supérieur à celui de la plupart de mes camarades, j’avais devant moi un avenir confortable. Cette euphorie ne dura pas longtemps. Je repris rapidement mon activité sociale. Les élections au Conseil général du Doubs approchaient. Mes collègues de pension, ainsi que les journaux, quotidiens ou hebdomadaires, parlaient d’un candidat, un certain M. Peugeot, à Audincourt, qui se présentait comme « radical de gauche ». Cependant, certains disaient : « C’est un patron, il est contre le syndicat. Malgré son étiquette « gauche »,  il exploite les ouvriers ». Ce Peugeot était le père de celui qui dirigeait la grande firme automobile Peugeot.

Je commençais alors à mieux comprendre les questions sociales. Pour en savoir d’avantage, j’assistai à des réunions organisées par le Parti Socialiste.

Puis, brusquement, je tombe sur une explosion de la lutte de classes. Des ouvriers horlogers sont en grève ; ils manifestent pacifiquement devant une des entreprises bisontines. Le patron tire sur le cortège, il tue un des manifestants. L’émotion est grande dans la ville et gagne la région. Je comprends de suite quel est mon devoir de travailleur. Je dois me syndiquer. Mais où ? J’avais bien des conversations avec mes camarades cheminots ; mais anarchistes, ils m’entretenaient de sabotages possibles dans les PTT, mais pas de syndicat. Me syndiquer chez les cheminots me paraissait difficile. Les camarades de travail constituaient un obstacle à surmonter. Bien que très cordiaux dans leurs relations avec moi, ces collègues semblaient être jaloux de mon salaire supérieur au leur ; j’étais aussi pour eux un futur chef dont ils devaient se méfier. Ils ne me parlaient jamais de leurs préoccupations sociales, ni de syndicat. C’est pour toutes ces raisons que je fis ma première adhésion…au syndicat des horlogers. Je n’ai cependant pas reçu ma carte, soit parce que les dirigeants de ce syndicat ont jugé ma démarche ridicule –nous étions à l’époque des syndicats de métier- soit parce que mon proche départ au régiment ait retardé, puis annulé ma demande ».

Antimilitariste, il refusera, lors de son service militaire de devenir officier et restera soldat de 2° classe avant de revenir ensuite  au chemin de fer, cette fois à Dijon où il va se syndiquer.

A suivre…..

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21 avril 2018

Les boîtes à livres des Chaprais et la... dactylographie...

Les deux boîtes à livres installées aux Chaprais (place Flore et parc des Chaprais) recèlent parfois des surprises.

Ainsi ce petit livret intitulé « Traité pratique de sténographie et de dactylographie ».Rédigé par M. Albert Navarre, Inspecteur de l’Enseignement Technique, Président de l’institut sténographique de France,publié aux éditions Delagrave, cette édition de 1946 est une nouvelle édition revue et augmentée qui atteint son vingt-cinquième mille !

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Le prix d’un tel ouvrage ancien, en vente sur un site internet atteint les 48€ !

Il est précisé, en introduction que « La méthode que nous exposons dans ce «Traité pratique » se recommande par sa simplicité et sa clarté. Elle est la plus répandue en France et dans tous les pays où se parle notre langue. Les résultats obtenus depuis plus d’un demi-siècle, tant au point de vue professionnel que dans l’enseignement, sont le meilleur garant de la valeur du système sténographique contenu dans cet ouvrage »…

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Au passage, on y apprend que l’institut sténographique de France a été fondé en 1872 et qu’il a été reconnu d’utilité publique. Et des notes historiques précisent que l’invention de cette écriture abrégée remonte à Tiron, esclave affranchi du grand orateur Cicéron (vers l’an 53 avant.-C.)

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L’enseignement dela sténographie a fait l’objet d’un décret officiel, publié au JO, daté du 27 novembre 1934, complété par un arrêté ministériel du 20 avril 1935 qui a crée l’emploi de « professeur technique adjoint du commerce.

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Outre les pages de sténographie que nous reproduisons ici, page 162, une page est consacrée à « La position des vrais dactylographes ».

«  Il faut se mettre en garde contre les gesticulations désordonnées, auxquelles se livrent soit par ignorance, soit pour se donner un genre, certains dactylographes. Les courbes gracieuses du poignet et le balancement ondulatoire des hanches ne sont pas nécessaires pour écrire.

L’opérateur sérieux a toujours un jeu paisible ; son corps reste droit et immobile ; ses mains couvrent le clavier, sans jamais s’en détacher ; ses doigts glissent délicatement et simplement sur les touches, son action est sûre, méthodique et rapide. S’il copie, ses yeux restent continuellement fixés sur son texte ; s’il écrit sous la dictée, ils sont dirigés en avant dans le vague comme pour accroître la perceptivité de l’oreille sans préoccupation de l’écrit ; il ne se livre à aucun mouvement inutile et, si vous n’entendiez pas le claquement continuel des types sur le papier et le rappel vif, sec et uniforme du chariot, jamais vous ne vous  douteriez qu’il travaille ».

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Après tout, il nous reste aujourd’hui nos claviers d’ordinateur : alors, n’oubliez pas lorsque vous vous en servez, que  « les courbes gracieuses du poignet et le balancement ondulatoire des hanches » ne sont pas nécessaires pour votre travail de saisie !...

Quant aux boîtes à livres, elles rencontrent un succès certain : 50 livres ont été empruntés la première semaine, place Flore! 

Pensez à déposer vos livres inutiles! Merci.

 

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14 avril 2018

Qui se souvient de l’INFOP, alors installé 45 avenue Carnot ?

C’est en 1972 que l’Institut de la Formation permanente de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Doubs  s’installa à cette adresse, 45 avenue Carnot.

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Auparavant, c’était le siège des vins Union qui dépendaient de la CEDIS. Certaines cuves sont encore en place lorsque cet institut s’installe dans ces locaux.

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Les plans prévoyaient un grand garage au sous sol qui n’a pu être réalisé que partiellement les parois des cuves de vin résistant aux marteaux piqueurs !! Pour détruire une première paroi plusieurs jours avaient été nécessaires et le projet de destruction de toutes les cuves fut vite abandonné !!!

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 Les locaux actuels du rectorat (photo A. Prêtre D.R.)

Tour d’abord, rappelons que la chambre de commerce est une vieille dame née, à Besançon,  en 1819.

La formation deviendra très vite une préoccupation. C’est ainsi qu’en 1874, le ministère du commerce qui enquêtait sur le territoire national déclarait « …il y a urgence d’encourager l’organisation d’écoles de commerce… ».

Dès 1911 des cours de comptabilité sont mis en place  par la Chambre de commerce de Besançon et du Doubs, à l’attention des commerçants dans des locaux au 54 Grande Rue.

A chaque rentrée scolaire de nouvelles matières sont proposées aux ressortissants de la Chambre de commerce en essayant d’anticiper leurs besoins en fonction des progrès techniques et de l’évolution des postes dans l’entreprise.

Dans les années 60, la seule formation en secrétariat est de niveau  CAP et  BP,  les chefs d’entreprises de la région ayant émis le vœu d’avoir à leur côté des secrétaires de plus haut niveau la CCI répond à leur demande en organisant en septembre 1964 la formation accélérée de secrétaires de direction, première formation à temps plein qui se déroulait sur une année et qui s’adressait, sur concours,  à des bachelières. Cette formation a fêté ses 50 ans d’existence en 2014... !!

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Compte tenu de l’augmentation  constante des stages,  des effectifs et  de l’exigüité des locaux, l’Ecole de Formation Commerciale s’installe au 29 avenue Gaulard dans l’ancien magasin de stockage d’épicerie en gros. Elle devient, en 1967 « Centre de Formation Professionnelle du Doubs ».

En 1969, ce Centre compte 6 salles et un laboratoire de langues. Il dispense des cours de vente, d’étalage, de gestion commerciale de langues et  prépare, entre autres, au CAP d’employé de bureau, d’aide-comptable et de sténodactylo, au  BP comptabilité.. M. Maurice Jacquemin, élu à la Chambre, va donner une dimension nouvelle au moment même où sont signés, en juillet 1970, les accords intersyndicaux sur la formation professionnelle continue. Un an plus tard, en juillet 1971 la loi organisera ce droit nouveau à la formation sur le temps de travail.

Aussi dès la rentrée de l’année scolaire 1970/71, le Centre est rebaptisé Institut de la Formation Permanente, INFOP.et s’installe avenue Carnot dans des locaux de 2000 m2 confortablement   aménagés : une vingtaine de salles de cours, un laboratoire de langues,  une grande salle de conférence une douzaine de studios pour loger les stagiaires à temps plein, une douzaine de bureaux et une cafeteria

Lors de l’inauguration des locaux, le président de la Chambre de l’époque, M. Pierre Blondeau (président de 1965 à 1974) déclarait : « l’installation de notre Institut de formation Permanente dans cet immeuble rénové marque l’aboutissement d’un siècle d’efforts ».

L’Institut va connaitre un essor considérable avec de nouveaux programmes pour répondre aux sollicitations nombreuses des entreprises, des administrations (stages pour demandeurs d’emplois,  des particuliers...

On passe de 470 personnes formées à 2000 par an !

Durant cette période faste de la formation, nous ne  citerons pas tous les  programmes  traités (secrétariat, gestion, relations humaines, langues, management, finances, conduite de rèunion.etc.)

Pour répondre aux entreprises de Franche Comté, la CCI s’équipe d’un laboratoire de langues mobile de 20 cabines qui est transporté dans une camionnette et installé par le chauffeur qui accompagne le professeur ; c’est ainsi que des cours d’anglais sont organisés dans des entreprises du  Jura, de la Haute Saône, du Haut Doubs…

Elle acquiert également pour son Ecole de secrétaires de direction la première machine de traitement de textes IBM, énorme machine remplissant à elle seule un petit bureau …

Un département technique est créé avec des cours d’électricité, d’électronique, et même de mécanique réparation automobile pour lesquels un matériel important a été investi  pour des stages dits « emplois jeunes »..

Plus original un stage de pose de bordure de trottoirs est organisé pour une entreprise de travaux publics, et des stages de caristes dont  l’examen final se déroulait au milieu de la cour sous le regard amusé des employés derrière leurs fenêtres ! Le code du permis de conduire se passait également dans les locaux et l’hôtesse d’accueil devait parfois supporter les mauvaises humeurs  des candidats recalés !!

En mars 1981, le président de la Chambre, Michel Jacquemin (il en sera président de 1976 à 1985), est interpellé par l’industriel bisontin André Marcel Augé qui souhaiterait que tous les services consulaires soient regroupés dans les locaux de l’avenue Carnot. En effet si la formation y est installée, la plupart des services sont encore, et ce depuis 1955, au 7 rue Charles Nodier dans l’ancien Hôtel de Longeville.

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Si un refus lui est opposé, en 1993 pourtant, une grande partie des services rejoint l’avenue Carnot en attendant la construction du nouveau siège actuel de l’avenue Villarceau. C’est la DRAC qui rachètera le siège de la rue Charles Nodier et le Rectorat, de son côté, fera l’acquisition des locaux de l’avenue Carnot pour la coquette somme de 29 millions de francs.

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Que vous ayez fréquenté l’INFOP quelques heures ou plusieurs mois, n’hésitez pas à nous faire partager vos souvenirs que nous nous ferons un plaisir de publier.

Sources : Publication de la CCI du Doubs pour le cent cinquantenaire (12 mai 1969); " Aventures consulaires" la CCI du Doubs de 1969 à 1995; témoignage de madame Michèle Roche, ancienne responsable de formation à l'INFOP.