HUMEURS DES CHAPRAIS

10 octobre 2020

La belle aventure du Chaland

 Le parc Micaud fait partie des Chaprais. Aussi, la péniche Le Chaland aménagée en restaurant, amarrée à l’extrémité du parc peut être considérée comme étant aux Chaprais. Elle  est devenue, au fil des ans, un des éléments familiers du paysage de ce parc. Mais qui a eu l’idée de ce restaurant ?

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Le Chaland aujourd'hui : photo Alain Prêtre DR

C’est un bisontin novateur Michel ZINGG. Après avoir travaillé plusieurs années au Maroc et en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), il rentre à Besançon et achète avec son épouse un petit hôtel restaurant au bord du Doubs. L’affaire marche bien et comme Michel est musicien (il joue de l’accordéon et du bandonéon), il transforme rapidement le commerce en dancing.

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M. Michel Zingg, en mai 1966, à la barre du Chaland

(photo B. Faille site mémoirevive Besançon)

Déjà propriétaire de l’hôtel Belvédère, le couple cherche autre chose : il a tout d’abord l’idée d’aménager un restaurant dans un avion : mais cela s’avère compliqué et nécessite beaucoup de frais.

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Hôtel Le Belvédère, chemin de Mazagran (photo archives familiales DR)

Aussi se rabat-il sur une péniche, appartenant à Solvay lancée en 1904, affectée au transport des minerais. Désaffectée, elle est amarrée à Saint Nicolas du Port à côté de Nancy. Le couple l’achète et la fait conduire au chantier naval de Chalon sur Saône. Il faut lui donner du poids avec du béton. Moteur démonté, il convient de la remorquer jusqu’à Saint Symphorien. Puis de la tracter jusqu’ à Besançon. Pour qu’elle puisse passer sous les ponts, des tonnes de sable sont déversées dans la péniche. Le voyage dure 5 à 6 jours, avec Michel, comme guide sur les chemins de halage. Mais lorsque la péniche passe devant le Belvédère, Yvonne ne la voit pas : elle dort car elle a travaillé la nuit précédente. La péniche est donc emmenée au port fluvial de Rivotte où l’aménagement sera terminé.

Michel aurait préféré l’amarrer alors près de la presqu’île Saint-Pierre ; mais le Maire, Jean Minjoz lui a expliqué qu’il y avait un projet de création de théâtre. « …Or il n’était pas possible d’installer un restaurant licence 4 à proximité d’un établissement public. Même à Micaud, j’ai eu des problèmes à cause de la gare de la Mouillère j’ai dû rallonger les passerelles de 1,50 m pour être à 150 m de son entrée ».

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Mars 1970  (photo B. Faille)

Dans son édition datée du 26 mai 1966, l’Est Républicain titre :

Croisière immobile… et bien arrosée sur le « chaland » dont on fêtait le lancement.

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Ils furent, hier soir, plusieurs centaines de bisontins privilégiés à fouler d’un pied marin la moquette verte olive du « Chaland » le luxueux bateau restaurant amarré sur les rives de la promenade Micaud, entre Bregille et le pont de la République.

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Au centre de la photo, Yvonne et Michel Zingg les propriétaires du Chaland

A droite, de profil, M. Jean Pinel, Président du syndicat des hôteliers restaurateurs

Verre de champagne en main, chacun des invités put, une heure durant, se donner l’illusion d’une croisière immobile… avec sa décoration « maritime » où l’acajou des panneaux et du mobilier Régency se marie  avec le cuivre des hublots et des lanterneaux – ceux-ci authentiques, puisque provenant d’un authentique pétrolier marseillais – « le chaland » est une réussite artistique dont le mérite revient au décorateur M. Ballay et aux entreprises qui ont travaillé à la décoration intérieure du navire.

Vestiaires, toilettes très modernes, bar orné de cordages, escaliers de bois sur lesquels veille la Sirène de Georges Oudot,

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Entrée avec au mur La Sirène de G. Oudot (photo archives familiales DR)

constituent avec les deux très belles salles au décor à la fois intime et élégant, un ensemble de grande classe…

../..L’éclairage a été particulièrement soigné : on a beaucoup remarqué les lampes provenant de la soute à munitions du navire école « Jeanne d’Arc ».

Les cuisines très bien équipées n’ont pas été négligées : 5 personnes y travaillent : le chef Jean-Marie MEULIEN et son second Michel GERMAIN ainsi que 2 commis et 1 apprenti.

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L'équipe en cuisine (photo B. Faille)

Bref, tout a été conçu pour conférer au « Chaland » un petit je-ne-sais-quoi… qui sent le grand départ vers les îles.

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La salle de restaurant dans la calle (Photo AF DR)

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La salle au 1er (photo AF DR)

Combien de marins, combien de capitaines ont, hier soir, apprécié l’accueil courtois de M. et Mme. Michel Zingg, « pachas » du bord et hôtes empressés ! On peut écrire que le tout Besançon était présent ou représenté. M. Jean Pinel se faisant l’interprète des invités, remercia M. Zingg de son hospitalité et le félicita chaleureusement avant de porter un toast à la prospérité de l’établissement.

À défaut de briser la bouteille symbolique sur la proue du « Chaland », les invités ont préféré vider le contenu de celle-ci… et de combien d’autres !

En 1970, Le Chaland décroche une étoile au guide Michelin et trois fourchettes.

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 « Lorsque j’ai obtenu mon étoile au Chaland, en 1970 il y avait 15 ans que les établissements bisontins n’en avaient pas eue. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu’une étoile signifie ! J’ai reçu les réservations du monde entier. Et Michel Zingg de sortir les lettres venues de New York, Los Angeles, Bruxelles… missives religieusement conservées» déclare Michel Zingg, en 2002 à la journaliste de l’Est Républicain, Annette Vial…

 « Hélas, en 1973, un incendie vient mettre fin au rêve de « deux étoiles » que caressait déjà Michel Zingg. « Après deux ans de fermeture, j’ai dû recommencer à zéro avec un restaurant plus simple, un décor moins luxueux. C’est alors que nous avons transformé le bas du bateau en night-club indépendant. »

En 1978, M. Zingg vend « le Chaland » qui sera repris en 1980 par la famille Bertin dont le fils, Patrick, est aujourd’hui (en 2002) le propriétaire.

« Cette étoile, conclut M. Zingg, ce fut une merveilleuse aventure. Mon seul regret, c’est de ne pas être allé plus loin ». (Est Républicain du 16 février 2002)

Depuis, Le Chaland a changé plusieurs fois de propriétaires. Mais il est toujours là, amarré au même endroit. Le lieu est toujours réputé. 

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 Le Chaland aujiurd'hui (photo A. Prêtre DR)

Sources : Mme Yvonne Zingg, mémoirevive Besançon

JCG


03 octobre 2020

Il y a 10 ans, le 10 octobre 2010, disparaissait Henri Mathey…

 Henri Mathey était le plus jeune des 3 frères Mathey

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(Gabriel, Jean, et donc Henri)

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De gauche à droite : Jean, Gabriel et Henri Mathey (photo B. Faille mémoirevive Besançon)

qui ont dirigé la plus grande entreprise de Besançon dans les années 1980 : la CEDIS, dont la direction et une partie des entrepôts étaient alors installés rue des Docks (actuel boulevard Diderot).

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Constituée dès 1965 à partir de l’héritage de leur père Joseph, créateur des Docks Franc-Comtois (en 1912), la CEDIS allait disparaître 20 ans plus tard, absorbée par le groupe Casino.

Joseph Mathey

Joseph Mathey

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Photo B. Faille, 1967 site mémoirevive Besançon

Né le 15 juin 1919 à Besançon, il devient un véritable héros durant la seconde guerre mondiale : nous avons publié sur ce blog en juillet août 2018, le récit de son aventure extraordinaire. Entré dans la société familiale en 1947, il y travaille jusqu’à l’âge de sa retraite en 1979.

François-Noël Mathey, son neveu (le fils de Jean), entré dans la société familiale en 1970, succède à son oncle Henri au poste de Directeur Général. Lors de ses obsèques, en hommage à son oncle, il prononce le discours que nous reproduisons ci-dessous.

Ce discours est également retranscrit dans un livre que François-Noël Mathey vient de publier, intitulé Itinéraire d’un fils de famille et sous titré Rien n’est jamais acquis…

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Nous aurons l’occasion de reparler de ce récit des faits réels, restés confidentiels jusqu’alors, concernant la disparition de la Cedis en 1985. Nul doute qu’il passionnera tous ceux pour qui cette société évoque de nombreux souvenirs ; en particulier ses anciens employés ( quelques 10 000 salariés!).

Henri,

A l’automne 1944, après avoir couvert le débarquement de Normandie, tu as bénéficié d’une courte permission qui t’a permis de rendre visite à la famille sans nouvelles de toi depuis quatre ans.

Après être tombé dans les bras de tes frères et sœurs tu as découvert un certain nombre de neveux et nièces nés pendant cette période agitée.

Puis tu es reparti terminer la guerre en vivant encore des aventures intenses.

Rentré ensuite à Besançon, tu as rejoint tes frères aux Docks. Tu t’es marié avec notre tante Jeannine, puis Laure est arrivée.

Les souvenirs que je garde de toi s’entrechoquent. Tu étais drôle, tu aimais la plaisanterie, j’oserais même dire la rigolade. On n’atteignait pas toujours les hauteurs que tu avais connues dans le cockpit de ton Spit en plein ciel d’Angleterre mais on s’amusait bien.

 

Henri Mathey aviateur

Tu étais pudique et ne te prenais pas au sérieux. Pendant longtemps il fallait insister pour que tu évoques tes aventures mais quand on y arrivait alors, tu devenais intarissable. Quand tu t’adressais aux plus jeunes, tu « glissais » discrètement sur le séjour que tu avais effectué à Lisbonne avant d’embarquer pour l’Angleterre. Les initiés comprendront…

Tu ne prenais pas toujours tout suffisamment au sérieux. Aussi me suis-je laissé dire que lors d’une période militaire effectuée sur ta base aérienne près de Colmar, tu t’étais fait remonter les bretelles par ton officier supérieur pour t’être présenté à lui avec un nombre de galons différents sur chacune des épaulettes de ta veste.

Tu aimais la fête et les amis. Avec tes copains les « moustachus » (Jean Bossert, Pierre Chenevoy, Jean Degueurce, Pierre Pacaud et d’autres) vous avez écumé les stations de ski du Jura et des Alpes et accompli alors d’autres « faits de guerre ». Dans la bande, je sais que tu n’étais pas le dernier.

Au bureau, je garde le souvenir de Raymonde, la secrétaire qui t’adorait, te protégeait mais que tes colères terrorisaient. Elle craignait parfois en finale le lancé rageur de téléphone en lourde bakélite au milieu de la pièce.

Un jour, deux de tes copains, sans doute Jean Bossert et Jean Degueurce, avaient rendez-vous avec toi aux Docks. Arrivés en avance, Raymonde les fit entrer dans ton bureau pour t’attendre. Ils ne trouvèrent alors rien de mieux à faire que de se cacher sous ta grande table de réunion couverte d’une nappe débordante en feutrine. Quand tu entras, ne les voyant pas, tu as lâché Raymonde complètement affolée qui ne comprenait rien au film.

Redevenons sérieux, directeur commercial, tu as fortement contribué au développement des Docks puis de la Cedis. En dehors de la société, tu ne t’impliquais pas dans les instances types syndicats professionnels, Chambre de Commerce, patronat. Tu laissais tout cela tes deux frères qui s’en acquittaient du reste fort bien. En pragmatique que tu étais, seule notre centrale d’achat te mobilisait car elle avait un rôle très opérationnel directement lié à notre exploitation. Tu participas seulement à quelques congrès internationaux d’épiciers où ton humour et ta bonne humeur faisaient merveille. Combien de fois ne m’a pas demandé par la suite pourquoi tu n’étais pas venu et je comprenais alors que tu avais dû en distraire pas mal.

Finalement, seules te motivaient les cérémonies et commémorations liées à ton passé de pilote de chasse, qu’elles aient lieu en France ou en Angleterre.

Tu avais gardé le goût du pilotage et à Thise à l’aéro-club de Besançon tu retrouvais tes amis et faisais régulièrement des petits voyages. À l’occasion d’un de ceux-ci, tu emmenais ma sœur Marie-Odile et une de ses amies sur la Côte. Par un fort mistral, à l'approche de Fréjus, ton Jodel fut plaqué au sol par une violente et subite rafale et capota heureusement dans le champ de roseaux qui précédait la piste. Il vous sauva la vie, mais je sais que tu fus mortifié après tout ce que tu avais connu auparavant la chose aérienne.

La vie continuait. J’avais rejoint la Cedis puis m’étais marié et avais fondé une famille. Tu m’as alors vendu pour une bouchée de pain ton terrain de Bregille sur lequel nous avons construit notre maison. Cela nous a permis de rejoindre le clan familial figuraient mes parents, les Puy et les Polliot (noms des époux des 2 tantes de François-Noël).

Après quelques années, tu m’as pris sous ta responsabilité à la Cedis. Tout « baignait ». J’étais en phase avec toi, partageais ta vision des choses. Il n’y avait aucune ombre entre nous au point que, désirant prendre ta retraite à 60 ans (en 1979)- tu étais déjà un précurseur- tu as proposé aux administrateurs que je te succède à la direction générale de la société ce qu’ils acceptèrent.

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Les années passèrent, mais en 1985,un énorme orage s’abattit sur la Cedis et la famille Mathey, balayant tout sur son passage et interrompant brutalement notre relation. Heureusement, le temps accomplit ensuite son œuvre réparatrice. Après avoir beaucoup souffert l’un et l’autre, nous nous sommes retrouvés, mais au bout de 15 ans. Dans l’intervalle, nos trois enfants que tu avais quitté petits à Besançon étais devenu des adultes vivants à Lyon après un passage à Saint-Étienne. C’est alors qu’ils ont réellement fait ta connaissance. Ils aimaient te voir, te questionner, t’écouter, rigoler avec toi. J’avais le sentiment qu’ils voulaient rattraper le retard accumulé pendant tant d’années. Nicole et moi étions comblés. Quand ils le pouvaient, ils venaient te voir à Besançon.

Depuis le temps s’est écoulé. Ces dernières années,  impuissants et malheureux, nous t’avons vu souffrir physiquement et moralement.

Aujourd’hui, tu as atteint le bout de ton chemin, tu es délivré, tout est accompli.

Au revoir Henri.

FN Mathey sept 2020

Photo Bernadette Cordier DR

Vous pouvez vous procurer ce livre auprès de son auteur : itineraire.cedis@icloud.com

ou à la librairie A LA PAGE  43 Rue Mégevand à Besançon.

JCG

 

26 septembre 2020

M. Denis Arbey et l'âge de fer (de faire ?...)

Le 14 décembre 2019, nous avons publié sur ce blog un article intitulé : M. Denis Arbey tire sa révérence. Il s’agissait alors de célébrer le départ en retraite du sympathique gardien de la Cité Parc des Chaprais.

http://vivreauxchaprais.canalblog.com/archives/2019/12/14/37861259.html

cité parc des chaprais plaque de rue

 

Il était devenu l’historien quasi officiel de cette Cité Parc, née dans les années 50, rappelant à l’aide d’une petite brochure publiée par ses soins, qu’auparavant, en ce lieu, il y avait autrefois un château. Celui de la famille UBEL, puis par le jeu des alliances, la famille AEGERTER.

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Et c’est aussi là que résida, sous l’Occupation,  le colonel FILIPPI, en sa qualité d’inspecteur de l’éducation générale et des sports, qui fut tué lors des combats pour la libération de Besançon. Une plaque rappelant ce fait est d’ailleurs apposée sur la maison du gardien.

 

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Le colonel Filippi

Nous avons rapporté les souvenirs de Denis Arbey sur ses années 60, sur Johnny Halliday, sur son premier emploi dans la fabrique de plumes métalliques de la rue de la Famille.

Et nous indiquions, en conclusion de l’article publié à la fin de l’année dernière pour son départ : « la retraite lui laissera, c’est sûr, le temps nécessaire à l’assouvissement de ses passions. Alors, à bientôt l’artiste ! ».

Nous ne croyions pas si bien dire, car nous avons reçu des nouvelles de l’ami Denis qui a quitté Besançon mais qui demeure toujours en Franche-Comté. Il se retrouve en effet acteur et technicien dans un film en cours de tournage intitulé « Si le fer m’était…comté… ».

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Denis Arbey acteur aux forges de Pesmes

Raconter l’âge du fer, dans notre région, à partir des anciennes forges de Pesmes, c’est en fait retracer l'épopée, à travers les siècles, de la fabrication du fer en Bourgogne – Franche Comté. Sous forme de légende cette histoire est racontée par un néophyte qui réinvente la réalité. C'est une fiction tirée de faits réels mais qui sont déformés jusqu'au ridicule.

Quelle est l’équipe de ce  film ?

Portée par l'association PMS Prod Cinéma, la réalisation revient à M. Philippe Motte. Et ce avec une équipe de plus de trente bénévoles : acteurs, figurants, techniciens couturières maquilleuses et autres ne comptent ni leur temps, ni leur disponibilité pour la réussite de ce projet.

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L'auteur-réalisateur du film M. Philippe Motte

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Un jeune cadreur

A ce titre Denis Arbey s'investit énormément comme technicien, figurant voire même acteur : il incarne le petit mouchard dénonçant les travers des autres !

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 Les personnages seront récurrents au fil des siècles, un peu à la façon du dessin animé « L'Histoire de l'homme ».

 

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Des acteurs bénévoles

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L'art du maquillage

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Une grande actrice est née?

Ce film sera diffusé par épisodes sur la chaine You Tube « PMS Prod Cinéma » à compter du printemps 2021. Nous ne manquerons pas de vous en informer.

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 Une scène en préparation

A l'issue de la réalisation (3 ou 4 ans) un film long métrage sera diffusé.

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Denis Arbey dans un rôle

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D. Arbey et la maquilleuse du film

Petite information :

L'association pour satisfaire à la réalisation cherche un lieu disponible dans la région, à peu de frais afin d’ aménager un studio le temps du tournage. Merci pour vos informations à ce sujet et votre aide.

Nous souhaitons plein succès à tous pour le réalisation de ce film qui ne manquera pas d’intéresser tous les francs-comtois.

Comme vous pouvez le constater, M. Denis Arbey, en retraite, est bien en âge de  faire... au service de l'histoire locale.

Les photos du tournage du film publiées ici sont à porter au crédit de M. Sam Dromard. Les droits en sont réservés.

JCG

19 septembre 2020

Découverte d’une médaille de la fonderie des cloches de Besançon installée aux Chaprais

      Cet article de M. Alain Weil est d'abord paru dans le bulletin n° 60 (juin 2020) de Renaissance du Vieux Besançon. Et puisqu'il concerne les Chaprais, son auteur nous a donné son autorisation de publication sur notre blog. Nous l'en remercions vivement.                       

 L’histoire numismatique de la révolution Française est particulièrement complexe ; un des traits marquants qui la caractérise est la disparition du numéraire métallique. Dès les premiers mois de la Révolution, les monnaies d’or et d’argent se font rares et les pièces de cuivre viennent elles même à manquer. La Convention pense trouver un remède à cette crise en hypothéquant les Biens Nationaux pour émettre dès avril 1790 une monnaie de papier, les assignats. Mais cette initiative ne fait qu’aggraver la situation pour deux causes principales :

la prolifération quasi immédiate des faux et l’implacable soumission à la loi de Gresham qui, dès le 16° siècle constatait que la mauvaise monnaie chasse la bonne.

Alors, devant le manque persistant du cuivre nécessaire à la frappe des monnaies de faible valeur, le gouvernement de la République pense à utiliser celui du métal des cloches des monastères et des églises supprimés.

Dès août 1791, la Constituante avait signé deux décrets autorisant la frappe de monnaies en alliage à parts égales de cuivre et de métal de cloche, décrets qui furent complétés par deux autres pris en janvier et avril 1792. Hennin dans son célèbre ouvrage (*) résume aux pages 201 à 212 l’ensemble des dispositions et donne le texte du décret du 3 août 1791 : 

Art. 1er. La fabrication d’une menue monnaie avec le métal des cloches aura lieu, sans délai, dans tous les hôtels des monnaies du royaume.

Art. II. Le métal des cloches sera allié à une portion égale de cuivre pur, et les flaons qui en proviendront seront frappés.

Art. III. Cette monnaie sera divisée en pièces de deux sous, à la taille de dix au marc, en pièces d’un sou, à celle de vingt au marc, et en pièces de demi-sou,à celle de quarante au marc.

Art. IV. Les poinçons et matrices pour la fabrication des pièces d’un sou pourront être fournis par le sieur Duvivier, suivant ses offres : et il sera tenu compte à cet artiste de ses fournitures, au prix qui sera fixé par l’Administration des Monnaies.

Art. V. Les Directoires des départements tiendront à la disposition du ministre, les cloches des églises supprimées dans leur arrondissement.

Art. VI .Le ministre des contributions prendra les mesures convenables pour procurer incessamment auxdits hôtels des monnaies le cuivre nécessaire, soit par le départ d’une partie du métal des cloches, soit en traitant avec les manufacturiers ; et il rendra compte chaque semaine à l’Assemblée Nationale de l’état de la fabrication. »

Pour faciliter la fabrication ordonnée par le décret d’août 1791, le roi fait procéder le 20 novembre à une proclamation «  Pour accélérer l’envoi aux hôtels des monnaies et autres établissements formés pour la fabrication des flaons,des cloches et des vieux cuivres des églises et communauté supprimées. »

Dans ce texte, il est constaté que seuls vingt quatre départements sur quatre vingt treize ont fait quelques envois de cloches aux hôtels des monnaies. Pour remédier à cette carence, le roi ordonne « les transports des cloches et des vieux cuivres…..seront effectués avant le 1er janvier prochain (et) enjoint aux Directoires des départements d’y tenir ponctuellement la

main et de certifier le complément de ces envois, avant le dit jour, au Ministre des contributions publiques ». 

(*) M. Hennin  « Histoire numismatique de la révolution française » Paris, 1826

 

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 Ces retards étaient d’autant plus condamnables qu’il avait été institué pour éviter de trop longs transports de cloche, des fonderies et (ou) ateliers temporaires à Paris, Saint Bel, Romilly, Maronne, Nantes, Saumur, la Charité sur Loire, Clermont Ferrand, Dijon, Besançon et Marseille. En fait, lorsque les flaons commencent à être disponibles en quantité suffisante au début de l’année 1792, seuls cinq établissements en dehors de Paris (couvent des Barnabites) procédèrent à la frappe du métal de cloche dans les villes de Besançon, Clermont Ferrand, Arras, Dijon et Saumur. »

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Illustrations livre de Henin : couvent des Barnabites

Concentrons-nous maintenant sur Besançon et la médaille en métal de cloche. Elle est de forme ovale (3,5 X 2,4cm), possède une bélière et pèse 9,37 grammes.

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Son aspect fait tout de suite penser à la médaille du couvent des Barnabites , mais le nom de Chaprais et les initiales D.F. restaient pour les numismates un mystère. Mes premières recherches m’apprirent que Chaprais désignait un quartier de Besançon. Lors d’un séjour dans cette ville, j’eus l’occasion d’exposer mon problème à une responsable d’archives municipales qui se montra vraiment peu coopérative. Devant ma déception, on me mit en rapport avec un érudit local qui tient à garder l’anonymat, mais qui va accomplir un excellent travail en s’adressant au conseiller patrimoine du Cabinet du Maire, aux archives diocésaines et au président de « Renaissance du Vieux Besançon ».

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Des recherches qu’il a menées, il apparait qu’il existait effectivement une ancienne église Saint Martin des Chaprais détruite en 1814 et reconstruite par la suite. J’ai alors émis l’hypothèse que D.F. de part et d’autre de la cloche pouvait faire référence à Notre dame du Foyer, mais cette autre église bisontine (située rue des Cras) est fort récente !

Le mystère s’épaississait et ne put être percé que par l’intervention d’une adhérente de l’association Renaissance du Vieux Besançon, madame Mireille Boichot qui retrouva dans le n° 85 (5 avril 1936) de la revue « Le Pays Comtois » un étonnant article de dix pages sur « les migrations des cloches dans le Doubs » .

 

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Dans ce texte érudit de Louis Boiteux on apprend quel sort fut infligé aux cloches du Doubs entre 1791 et l’été 1793 époque à laquelle la loi du 23 juillet interdit plus d’une cloche par paroisse, les autres devant être fondues pour faire des canons. Pr la suite une véritable nouvelle loi du 11 avril 1796 réduisit au silence les survivantes.

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Mais un trafic s’instaura très vite autour de la « migration » des cloches du Doubs avec des exportations illicites, ainsi que des trocs et des échanges plus ou moins secrets. Quelques extraits du texte de Louis Boiteux sont particulièrement éclairants à ce sujet et vont surtout permettre d’interpréter les initiales D.F. de notre médaille en métal de cloche :

« Combien de cloches avaient été détruites ? La statistique serait difficile à établir faute de documents complets. A notre avis, elle ne serait pas loin du chiffre de 500….Toutefois, il ne faudrait pas s’imaginer que la spoliation s’exerça sans provoquer de réaction. Le 16 février 1792, Tarbé, ministre des Contributions publiques, était obligé d’écrire au département du Doubs :

« « Je suis informé qu’il se fait sur les frontières des exportations fréquentes et assez considérables de cloches à l’étranger. Comme in n’est pas vraisemblable qu’elles proviennent des églises consacrées, il y a tout lieu de croire que ce sont des églises supprimées, dont quelques communautés ou particuliers disposent sans doute à leur profit….. » ».

En dehors de ces approbations occultes, quantité de municipalités profitèrent de l’occasion pour échanger leurs cloches fêlées ou désagréables contre celles qui allaient à la destruction et les administrations prêtèrent la main à ces trocs. On entend même le fondeur Denys Faivre des Chaprais, qui était chargé de transformer en flans les cloches des établissements supprimés pour ensuite les transmettre à la Monnaie (le 26 janvier 1792, la ville de Besançon fut autorisée à frapper cette monnaie), se plaindre amèrement de toutes manigances :

« toutes les municipalités qui traient d’échange de cloches cherchent à profiter de la faveur du moment » », écrivait-il le 14 novembre 1791.

Comme il fallait s’y attendre, l’exemple donné d’en haut finit par porter fruit, et Faivre lui-même, après avoir protesté contre les procédés administratifs, les adopta pour son compte. Dans un état livré au département le 1er octobre 1792, il signale cinquante échanges de cloches, dont une vingtaine de son chef….

Finalement de tous ces trocs résulta, comme il fallait s’y attendre, un imbroglio indéchiffrable, si bien que le 22 septembre, J.R.Antoine Renaud, membre du directoire, et Antoine-François Billot, procureur général, syndic du département, chargés de vérifier les livres du fondeur Faivre, concluaient : « « Le sieur Faivre est encore comptable de 59 728 livres de matières, tant de métal de cloches que cuivre, envers la nation, dont nous n’avons pu constater l’existence, pas même aperçu, en raison de celles qui se trouvaient mélangées avec de la terre !! ».

 Les initiales D.F. ne se rapportent donc pas à un lieu ou à une construction, mais bel et bien à un personnage : « …le fondeur Denis Faivre, des Chaprais qui était chargé de transformer en flancs  les cloches des établissements supprimés ».

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Signature de Denis Faivre (ADD)

Ainsi tout s’éclaire : notre médaille est un insigne de fonction ou un laissez passer d’une personne travaillant à la fonderie des cloches de Denis Faivre, dans le quartier des Chaprais à Besançon.

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Ayant identifié la fonderie et son directeur, il ne reste plus qu’à la situer dans Besançon. C’est encore un membre de RVB qui a trouvé la piste grâce à un extrait du livre de G. Coindre « Mon vieux Besançon » consacré au quartier de La Mouillère :

« La Mouillère proprement dite appartenait à la cité depuis le 20 février 1515 ; le terrain adjacent, c’est-à-dire celui de la brasserie, primitivement occupé par l’abbaye, ne fit partie du domine municipal qu’à partir de 1599, époque à laquelle les Gouverneurs donnèrent, en échange, celui où fut construit en ville le nouveau monastère. Alors les moulins ordinaires sont supprimés pour faire place à d’autres industries qui n’excluront pas le battoir ou foulon, dont l’existence ne parait pas avoir été compromise, jusqu’en 1659. A cette date, le Magistrat accensait à Pierre Prost, citoyen de Besançon, fourbisseur, le cours d’eau et le terrain nécessaire pour la construction « d’un martinet (*), édifices, chaussées, écluses, etc.…, mais de telle sorte que ce qui sera construit n’apportera aucun obstacle à la commodité des lavandières, non plus que de l’abreuvoir, ni en rien diminuera ou détériorera le prel joignant, appartenant à la cité » - le dit accensement pour vingt neuf ans, au prix de trente francs l’an.

- Pierre Prost, neuf ans après, sollicite la propriété de la Mouillère à accensement perpétuel, désirant établir « une nouvelle fabrique à canons, mousquets, fusils, hallebardes et autres armes utiles au public «   attendu les frais considérables d’un pareil établissement, il ne peut se contenter d’un accensement temporaire qui ne saurait l’indemniser de ses sacrifices. Le Magistrat accorde la concession au prix de cent trente francs. (…..) En 1791, nous y trouvons le martinet où l’on fondait les cloches enlevées aux églises ; c’est là que le Charles Quint de l’Hôtel de ville  fut jeté pour être transformé en gros sous.

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La fontaine Charles Quint devant l'Hôtel de Ville de Besançon

L’énigme de la médaille mystérieuse est maintenant totalement résolue. C’est un  document  unique et inédit d’un grand intérêt historique et numismatique puisque jusqu’à présent le couvent des Barnabites était la seule fonderie parmi la dizaine ayant fondu les cloches à nous avoir laissé un souvenir métallique de son activité par les classiques médailles répertoriées par Hennin (fig. 2 et 4).

 

   (*) Martinet : marteau mu par la force hydraulique et servant dans les forges et divers moulins mécaniques.

     Alain  WEIL

     Expert honoraire près la Cour de Cassation           

12 septembre 2020

Sabotage chez LIP à la Mouillère, le 13 juillet 1942

                            A – Le Saboteur et le groupe organisateur du sabotage

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             Photo de la fausse carte d'identité de Pierre Georges de juillet 1942 : faux nom Pierre Bordeaux

   Le saboteur, en juillet 1942 le  capitaine Henri est, à l’état civil, Pierre Georges (1919-1944), le glorieux colonel Fabien. Il reçoit l’ordre du comité national des F.T.P. de développer des groupes d’action dans le Doubs. Il quitte Paris le 8 mars et à partir du 15 mars, Henri commence à rassembler le groupe d’action du Pays de Montbéliard  pour des sabotages et attentats. Il  y effectue avec quelques membres de ce groupe 4 opérations de vol (tampons et cartes d’alimentation) et de sabotages (pylônes électriques à haute tension et voie de chemin de fer) entre le 24 avril et début mai. Il prend aussi des contacts avec des militants à Besançon, parmi lesquels des ouvriers horlogers.

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              Fabien dans la clandestinité : ici, déguisé en curé (photo Humanité)

  Le 15 avril 1942, il rencontre  Pierre Villeminot (1913-1945), le lieutenant Noël, chez celui-ci à Clerval. Ce dernier, depuis la fin de l’année 1941, a formé un petit groupe de patriotes qui s’est constitué un stock d’armes caché dans la Grotte de Cäly à Clerval. De cette rencontre nait la Compagnie F.T.P. « Valmy » et le groupe de Clerval constitue l’ossature des « légaux ». Début mai, Henri juge plus prudent de s’éloigner du Pays de Montbéliard et gagne le canton de Clerval où les « volants » s’installent dans une ferme abandonnée à L’Hôpital-Saint-Lieffroy.

                Il s’intéresse alors à Besançon et à partir du 25 mai, 4 attentats visant des objectifs idéologiques y ont lieu. Puis Henri et le groupe passent aux sabotages. 

                 B – L’Objectif du sabotage : l’usine de la Mouillère

                Comme pendant la Première Guerre Mondiale, la Société Lip SA d’Horlogerie participe à l’effort de guerre à partir de 1938 et fabrique pour l’armée des chronomètres télémétriques pour les artilleurs, des  instruments de mesure pour D.C.A. Pendant l’Occupation, 160 salariés fabriquent dans l’usine de La Mouillère des montres, des temporisateurs et des anémomètres d’aviation, des systèmes mécaniques de précision pour fusées destinés aux matériels militaires du Reich. Des productions pour la marine allemande y sont également élaborées. Parallèlement, de l’outillage est aussi produit à la Mouillère, puis est envoyé en Allemagne. 

                C – La Préparation du sabotage

                1 – Les Lieux

                À l’est de Besançon, à la Mouillère, Rue des Chalets, la nouvelle usine édifiée sur deux étages est inaugurée en mai 1907. Les ateliers disposent du chauffage central et les machines sont mues à l’électricité, ce qui constitue, pour l’époque,  deux innovations importantes.  L’usine de la Mouillère est agrandie une première fois en 1911. En 1931, il faut encore agrandir l’usine en continuant d’y adjoindre des bâtiments ou en achetant les différents pâtés de maisons situés à proximité.

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Usine Lip rue des Chalets

Où est située la Rue des Chalets dans le quartier de La Mouillère ?  Sur le plan d’un guide touristique de Besançon, le capitaine Henri localise l’usine précisément. 

                Quels bâtiments, proches ou plus éloignés, sont utilisés par l’Occupant, et quels services ou troupes y logent ? Au Casino de Besançon, Rue de la Mouillère, de l’autre côté de la rue par rapport à la Rue des Chalets, est installé depuis le 1er mai 1941 le  Soldatenheim = Foyer du Soldat. Entre l‘Avenue Fontaine-Argent et la Rue des Docks le long de la Rue Beauregard, côté opposé à la Rue des Chalets, se trouve le Parc à fourrage ou Parc militaire de matériel avant 1939, sous l’Occupation, les Allemands y construisent une grande piscine. Quelques hommes y stationnent. Avenue Fontaine-Argent, l’Ecole Saint-Joseph est transformée en hôpital militaire. En face de la Gare Viotte, dans l’hôtel de Lorraine sévit la Sipo-SD, service de police nazie qui combat la Résistance.

                D’autre part, le commissariat de police du 3éme arrondissement de Besançon pour l’Est de la ville est installé 16, Rue de La Liberté, à 300m de l’usine Lip.

                Non seulement le repérage précis des lieux est nécessaire, mais il faut aussi établir l’itinéraire pour arriver jusqu’au lieu le plus adéquat pour accéder à l’usine, et, l’opération exécutée, trouver le chemin de repli pour s’éloigner le plus rapidement possible, et différent du chemin de l’aller.  Le capitaine Henri, Arlette (Andrée Georges (1918-2006), la femme d’Henri), le lieutenant Noël ont effectué des repérages des lieux et des trajets et définir leur stratégie et évaluer les obstacles possibles à la réalisation du sabotage.

                2 – Les informateurs

                Plusieurs ouvriers de l’usine, adhérents ou proches de la CGT et du Parti communiste avant guerre, ont apporté des informations concernant la situation de l’usine aux Chaprais et concernant le lieu précis de l’outil ou de la machine industrielle à saboter pour provoquer le plus de dégâts possibles. Est-ce que Colette Zingg (1908-2007), ouvrière à l’usine Lip de la Mouillère, et militante des Comités Populaires Féminins à Besançon, fut l’un de ces informateurs, avant son arrestation le 13 juin 1942 ?

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 Colette Zingg (2° à partir de la droite)

                D – L’Exécution du sabotage

                L’objectif est choisi, le transformateur électrique qui alimente toute l’usine et chaque machine en énergie électrique. Ainsi, toute la production sera arrêtée d’un seul coup, afin de paralyser au moins momentanément ces fabrications destinées à l’armée allemande. Le commandant Henri sait où il est placé dans l’usine : dans un local fermé par une porte situé dans la cour de l’usine. Est-il allé sur place pour repérer les lieux ?

                Le 13 juillet 1942 au soir, par un trajet que nous ne connaissons pas, l’opération est exécutée. Arrivé sur place Rue des Docks à vélo, Henri y va seul ; le lieutenant Noël, Pierre Villeminot, Ferdinand Kachler, Georges Ruel, les autres l’attendent en couverture. Là, ce mur, c’est l’usine Lip. Henri saute le mur, une grille ensuite, traverse la cour, puis une porte encore à forcer. La nuit n’est pas encore tombée. Une fois la porte forcée, voilà le transformateur. La bombe à ailettes, le détonateur fabriqué avec un mouvement horloger, la mèche lente, un vulgaire lacet de chaussure, mais qu’importe, ce système en vaut un autre.... Dans quelques minutes, le transformateur va sauter. Henri referme la porte, gagne la cour, atteint la grille, puis franchit le mur, rejoint ses camarades en couverture, reprend son vélo et tous s’éloignent. Ils entendent l’explosion. Allons, cela marche, on a réussi. On en parlera demain (le 14 juillet).

Fabien à Besançon

 Article paru le 20 janvier 1945 dans Le Peuple Comtois hebdomadaire régional communiste

                F – Conséquences pour le saboteur et le groupe

                Dans la semaine qui suivit le sabotage, accompagné d’Édouard Griesbaum, Henri remonte sur Belfort, chez Fridelance. Il voit Philippe (Roger Bourdy (1907-1944), le responsable de la 21e région des F.T.P. Le coup Lip a fait du bruit.  

                Au lendemain de l’attentat, le préfet du Doubs, René Linarès et le maire de Besançon, Henri Bugnet signent conjointement un Avis à la population publié dans Le Petit Comtois du 15 juillet. Il y est indiqué que le couvre feu a été instauré, par les autorités d’occupation à 22 h tandis que les cafés, les restaurants et les salles de spectacles fermeront à 21h 30  Cet avis est suivi d’un communiqué du préfet du Doubs qui offre la somme de vingt-cinq mille francs à qui fournirait des renseignements permettant l’arrestation de ce groupe de « terroristes ». Cette offre est renouvelée dans l’édition du journal le 21 juillet 1942.

avis à la population 15 juillet 1942

             Le Petit Comtois 15 juillet 1942

   Quant à Henri et à ses camarades de la compagnie Valmy,ils se lancent maintenant dans de véritables opérations militaires.

                Le 7 octobre 1942, une embuscade est tendue au sommet de la côte de Mamirolle par Henri, sa femme Andrée Georges, Griesbaum, Metrinko, Kachler, Ruel... À la grenade, Henri attaque la voiture attendue : celle du commandant allemand du camp de Valdahon. Les F. T. P. ouvrent le feu : un des occupants est tué, les autres blessés, s’enfuient à travers bois. Des armes et des documents sont récupérés dans la voiture détruite.

                Toutes les forces de répression – la Gestapo de Dijon, commandée par le SS Speiffer, les Brigades Spéciales du commissaire Marsac, la gendarmerie – sont sur la piste d’Henri et de ses camarades. Le 15 octobre,  Pierre Villeminot, est arrêté à Clerval. C’est le début du démantèlement de la Compagnie Valmy. Henri, avec Édouard Griesbaum, Ferdinand Kachler, Alexis Metrinko et Georges Ruel se réfugie dans les bois à Fontaine-les-Clerval, au lieu dit « Le Creux de l’Alouette »... Mais un agriculteur du voisinage, nommé Curty, tenté par la prime élevée promisepour sa capture, a prévenu les gendarmes...

                Le 25 octobre 1942, tôt le matin,  cinq gendarmes débouchent du couvert. Ils ouvrent le feu en criant : « Haut les mains ». En quelques secondes, avant qu’ils aient pu se saisir de leurs armes, tous les patriotes sont blessés.

            Georges Ruel a deux balles dans le ventre et dans la cuisse, Ferdinand Kachler une dans l’épaule et une au bras ; Alexis Metrinko une dans le pied et Henri une dans la tête ; entrée dans la tempe droite, elle est ressortie au dessus de l’œil gauche. Henri et Alexis ont cependant réussi à se  jeter dans le fourré et à échapper.

                Édouard Griesbaum résiste avec une force herculéenne à trois gendarmes qui lui passent les menottes.Ilramasse sa veste et, avec ses deux mains entravées, il réussit à prendre son révolver et tire. Les gendarmes répondent. Édouard est atteint au ventre. Il a cependant pu bondir dans un buisson et se sauver. Alexis Metrinko est repris dans la soirée. Édouard Griesbaum, les intestins perforés,  un rein atteint, ira mourir deux jours plus tard près d’une ferme où il savait pouvoir trouver refuge sur la commune de L’Hôpital Saint-Lieffroy (25).

                Quant à Henri, passant d’une maison amie à une autre jusqu’à la guérison de ses blessures, il rejoint Paris. Il est arrêté le 30 novembre 1942 par la police française dans une rafle au métro République. Livré aux Allemands le 5 décembre, il est d’abord incarcéré au Cherche-Midi, puis à Fresnes. Arlette est arrêtée le 15 décembre dans leur domicile clandestin à Paris. Le 28 janvier 1943, ils sont transférés à la prison de Dijon afin de clore l’instruction sur leur activité en Franche-Comté. Le 2 mars suivant, ils sont transférés, avec 13 FTP de la Compagnie Valmy au Fort de Romainville.Il s 'en évade fin  mai 1943. Tous les autres ainsi qu’Arlette sont déportés. 10 d’entre eux mourront dans les camps ou juste à leur retour.

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            Ayant repris contact avec les FTP, il est d’abord en Haute-Saône responsable de plusieurs départements. Il assure ensuite des missions dans le Centre-Ouest et les Pays de la Loire, enfin dans le Nord-Pas de Calais. Il est en Bretagne en mai 1944.

                Nommé responsable du sud du département de la Seine par le Comité Militaire National FTP, il est à Paris fin juin ou début juillet 1944 et compte parmi les acteurs de l’insurrection parisienne (19-25 août 1944).

                Paris libéré, Fabien forme avec un millier de FTP environ une colonne, sous-équipée et mal préparée à la guerre classique, qui rejoint l’armée Patton et devient Groupe Tactique de Loraine. Cette formation est engagée dans la campagne d’Alsace lorsque, le 27 décembre 1944, à Habsheim (68), près de Mulhouse, Fabien se tue accidentellement en manipulant une mine. Cinq autres militaires sont tués par l’explosion. 

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                G – Conséquences pour l’usine de la Mouillère

                Le transformateur mort, il fallut en chercher un autre à Dole. Les ingénieurs allemands poussèrent les réparations pour limiter le temps d’arrêt. Le lundi 15 juillet, le travail reprend comme avant. Il y a cependant quelque chose de nouveau, les ouvriers en parlent. Les vestiaires se remplissent d’appels, de tracts.

                Sources : documents, ouvrages et articles du Musée de la Résistance et de la Déportation

                                               Bernard Carré

               


05 septembre 2020

Le chapraisien René Mussillon a joué un grand rôle lors de la libération de Besançon le 8 septembre 1944

Le 9 septembre 2017, nous avons publié un article consacré à M. René Mussillon qui a joué un grand rôle dans la libération de Besançon.http://vivreauxchaprais.canalblog.com/archives/2017/09/09/35645998.html

Mais nous précisions que nous ne savions pas grand-chose sur cet ancien policier. Les seuls documents alors en notre possession étaient son acte de naissance, son livret militaire et un rapport du lieutenant Marnotte (découvert par M. Bernard Carré) sur la libération de Besançon où son rôle est abordé.

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Depuis, nous avons enfin pu retrouver un membre de sa famille, son petit fils, M. Alain Mille. C’est d’ailleurs chez lui que M. René Mussillon a passé les dernières années de son existence avant de décéder à l’hôpital de Dole le 6 octobre 1999.

Son petit-fils nous a communiqué un certain nombre de documents exclusifs permettant d’en savoir un peu plus sur cette personnalité. Tout d’abord soulignons qu’il est chapraisien d’origine. Il est né, le 22 janvier 1910, dans la maison familiale du 18 rue des Cras, maison qu’il habitera par la suite.

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 Acte de naissance

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Son ancienne maison 18 rue des Cras

En 1931, il se marie avec Suzanne, Marie Basset : ils auront une fille et divorcent en 1951.

Il est entré dans la police le 1er janvier 1933 comme le prouve cette carte de service. Tout d’abord comme secrétaire de police au service des archives. Et deux ans plus tard il est déjà Officier de police adjoint.

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Dès juillet 1941 il organise avec des policiers un groupe de l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée). Il est alors en fonction au poste de police des Chaprais, place de la Liberté. Il expliquera par la suite, dans un rapport à sa hiérarchie, après la libération, son rôle à cette époque. Il fait passer, de nuit, après les avoir ravitaillés et munis de faux papiers, des prisonniers évadés, des réfractaires ou encore des Français recherchés par les Allemands ;

« Je porte de nuit, pendant une quinzaine de jours du ravitaillement à des militaires français évadés d’Allemagne et réfugiés dans le bois de Chailluz.

J’estime, pour ma part, avoir fait passer une cinquantaine d’évadés auxquels, par mesure de prudence, aucune identité n’a été demandée.

J’ai fabriqué au moins 300 fausses cartes d’identité à des recherchés, des évadés réfractaires et israélites. Le cachet a été fait par un de mes amis, graveur.

En 1942, j’entre en relation avec JAQUET et son groupe qui vient de se former. Je suis affecté comme adjoint à un chef de section nommé FAUCHS. J’apporte avec moi l’adhésion de mon groupe fort de 50 hommes. Je fais des démonstrations de mitraillette chez moi, à l’atelier de BEAUD et chez PAROCHE. »

 

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Il sera arrêté le 25 mai 1944 vers 11h30, chez lui. Il semble que les allemands soient alors au courant d’une réunion qui s’est tenue au mois d’avril 1944 chez M. Louis DUBREUIL avocat stagiaire. Au cours de cette réunion avait été évoquée l’organisation de R. Mussillon et son armement. « Je déclare pour ma part que je possède des pistolets, des fusils, deux mitrailleuses et 4 500 cartouches. ».

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Car la seule question qui semble intéresser l’Occupant est celle des armes : ils veulent savoir où elles sont cachées. Mais si René Mussillon reconnaît son appartenance à la Résistance, il nie détenir des armes. Il sera finalement relâché grâce à son commissaire, M. BUHR qui intervient à plusieurs reprises. Muté à Dijon par mesure disciplinaire, il réussit à revenir à, Besançon en août 1944, après le débarquement du 15 août en Provence.

Quant aux sévices subis lors de ses interrogatoires, ils figurent dans son livret militaire dont nous avons livré des extraits dans notre article du 9 septembre 2017 publié sur ce blog.

A noter que malheureusement, le jeune avocat Louis Dubreuil, âgé de 28 ans, père de 3 jeunes enfants, arrêté également après la réunion organisée dans son cabinet, sera déporté. Il est mort à Melk en Autriche, le 22 novembre 1944.

René Mussillon dénoncera par la suite le fait qu’aucun policier ne l’ait prévenu de l’imminence de son arrestation : « …aucun des membres du personnel présent (lors de la venue des allemands au commissariat afin de l’arrêter alors qu’il n’est pas en service) ne se trouve assez bon patriote pour me prévenir ».

Dès fin août 1944, après la libération de Paris, René Mussillon précise :

«  Les FFI des 2 groupes des Chaprais prenaient leurs dispositions, arrachaient des panneaux indicateurs et semaient des clous rue de Belfort et rue de Vesoul.

Il n’était pas question d’opérations prématurées pour éviter à la ville et ses habitants des représailles qui, à Oradour et Tulle avaient été de véritables et atroces tueries.

Le 7 septembre 1944, à 15 h, contrairement à la parole donnée (par l’Occupant) le dernier de nos ponts sautait et je donnais alors l’ordre d’attaquer l’ennemi, sachant bien que les troupes avancées américaines étaient presque aux portes de la capitale franc-comtoise.

L’après-midi passa en escarmouches avec de petits groupes de protection allemands et en arrestation de plusieurs collaborateurs. Enfin vers 17h30, le premier groupe et moi-même faisions, à Palente, la jonction avec les soldats US. C’était ensuite l’entrée dans la ville au milieu d’une profusion de drapeaux, de fleurs et d’une population délirante de joie.

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Les chars US rue de Belfort (photo Henri Belmont musée de la résistance et de la déportation DR)

A ce moment là, nous n’avions à déplorer que la mort d’un seul homme, Roger Felsinger, tué lâchement d’une balle dans le dos rue des Villas.

Vers 18h30, je conduisais les chars alliés rue de Vesoul, seuls artère et quartier tenus encore par l’ennemi. Et c’est là que le drame allait se jouer. Bien qu’épaulé par des chars, ne pouvant pratiquement rien faire contre l’ennemi en grand nombre, bien armé et retranché, les hommes des deux groupes s’infiltraient par les jardins et les maisons, arrivant à le faire décrocher. Les combats furent très violents, tout le monde se battant encore avec acharnement et courage. Dans la nuit venue, Saint-Claude était lui aussi comme les Chaprais, libéré. La victoire était là, mais au prix de 24 morts et 30 blessés ».

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Obsèques victimes des combats pour la libération. Cortège funèbre avenue Fontaine Argent

(photo Bourgeois musée de la résistance et de la déportation DR)

Après la libération, M. Mussillon œuvre tout d’abord pour l’érection de la stèle place de la Liberté puis milite dans les associations d’anciens résistants.

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1970, commémoration de la Libération, place de la Liberté, M. Jean Minjoz maire et, à droite, R. Mussillon

(Photo B. Faille site mémoirevive besançon)

Quelques années après son divorce, il vit au 5 avenue Droz avec la veuve d’un industriel des Chaprais. C’est après le décès de cette dernière qu’il va habiter chez son petit fils.

M. René Mussillon, titulaire de nombreuses médailles et décorations est enterré au cimetière des Chaprais.

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La tombe de M. René Mussillon au cimetière des Chaprais

 

A noter que son petit fils, M. A. Mille a fait, comme son grand-père, une brillante carrière dans la police nationale.

Sources : archives familiales, musée de la Résistance et de Déportation.Photos Alain Prêtre.

J.C.G.

29 août 2020

La bière ARLEN et les Chaprais

Le Président de la République, Armand Fallières, se déplace à Besançon en août 1910 afin d’y inaugurer, entre autres, la grande poste de la rue Gambetta et la statue de Proudhon, au rond point des Bains.

De grandes fêtes sont organisées durant 3 jours (même si le Président ne reste que 24h dans la ville) : les rues sont pavoisées, des arcs de triomphe éphémères sont dressés en ville, mais aussi rue de Belfort et avenue Fontaine-Argent.

Là, au début de l’avenue, la décoration arbore fièrement  à son frontispice cette inscription :

SOYEZ LES BIENVENUS

LOUIS ARLEN et Cie

Bière Arlen Août 1910 Fallières

Inutile de préciser quel était le commanditaire et le financeur de cet arc !

Mais qui est ce Louis Arlen…et Cie…. ? Il s’agit d’un brasseur d’une bière célèbre. Et s’il ne la fabrique pas à Besançon, mais à Montbéliard, son entrepôt pour la ville est situé aux Chaprais, 16 rue des Chaprais.

Bière Arlen pub 2

 

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Le 16 rue des Chaprais aujourd'hui : l'entrepôt devait se situer derrière la maison là où a été construit un immeuble de bureaux

L'entrepôt sera transféré, en 1910, au 32 avenue Carnot, là où se situe aujourd'hui la garage Renault.

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Annonce parue dans Le Petit Comtois du 2 octobre 1910

Sa marque, reportez vous à la carte postale de l’avenue Fontaine Argent est « Eléphant »…

Bière Arlen pub

Ainsi Louis Arlen ose défier sur ses terres la bonne bière La Bisontine !

Bière Bisontine pub juin 1906

Publicité Le Petit Comtois juin 1907

Cela mérite que l'on parle un peu de lui....

Pour faire court, notons que la famille est originaire de Hoerdt, une petite ville de 4 000 habitants aujourd’hui, située entre Strasbourg et Bischwiller. La marque « A l’Eléphant » est créée en 1809. Une brasserie est ouverte à Strasbourg en 1833. Né en 1822, Louis prendra la suite de ses frères Charles et Martin.

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Après la défaite de 1870, l’Alsace va connaître une crise économique qui va entraîner la fermeture de nombreuses brasseries. En effet, le marché français lui est fermé et les bières allemandes font concurrence aux bières alsaciennes.

Aussi, en 1880, Louis Arlen s’installe à Montbéliard. Voici ce qu’écrit M. Roland Stoll dans le n°12 du journal municipal de Hoerdt en décembre 1997.

« Louis Arlen met en œuvre, dans sa brasserie de Montbéliard, toute son expérience acquise dans la brasserie familiale "A l’Eléphant" pour développer une bière de qualité où l’essentiel repose sur le choix des malts et des houblons ; la saveur de la bière Arlen rappelle celle des bières strasbourgeoises. En souvenir de son passé strasbourgeois, l’emblème de la bière Arlen à Montbéliard sera cet éléphant qui dans sa trompe porte un bock de bière.

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Publicité dans Le Petit Comtois 14 08 1907

Louis sait aussi industrialiser sa brasserie en construisant de vastes caves aux murs isolés de liège où règne une température constante et basse. La glace naturelle est prélevée en saison dans le canal tout proche ou produite au moyen de machines frigorifiques.

Le succès de la bière Arlen de Montbéliard se traduit par des récompenses obtenues aux expositions de 1885, 1887, 1891, 1893 pour être enfin classée hors concours en 1894. De nombreux autres honneurs sont obtenus en 1905, 1910, 1911, 1913, 1914 et 1919 aux foires internationales.

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La bière Arlen est livrée dans toute la région en tonneaux par des voitures tirées par des percherons. Le transport à Paris se fait par des wagons glacières afin de maintenir la même température que dans les caves de la brasserie. Vers les années 1890, la mise en oeuvre de la méthode Pasteur (pasteurisation) permet l’expédition de bouteilles de bière dans des pays lointains et notamment dans les colonies.

Après avoir connu son apogée au changement de siècle et jusqu’à la fin de la Grande Guerre, la brasserie Arlen est victime de la crise de 1929. Elle est rachetée par la brasserie de Sochaux ; cette brasserie intègre tout comme la brasserie de Lutterbach (68) le groupe des "Brasseurs de l’Est".

L’aventure de la bière Arlen se termine dans les années 1930 par la démolition des bâtiments et la disparition de Louis Arlen fils ; en 1939 il revient à Strasbourg pour y mourir, à l’âge de 85 ans ».

Sources : archives municipales Besançon, Hoerdt infos n°12 (1997)

J.C.G.

 

 

22 août 2020

M. Jean-Louis MILLOT est désormais inhumé au cimetière des Chaprais

Depuis le début de l’année 2020, M. Jean-Louis MILLOT, professeur des Universités à Besançon, repose dans le caveau familial, au cimetière des Chaprais. Décédé le 30 mars 2018, à l’hôpital de Besançon, à l’âge de 62 ans, il avait été tout d’abord inhumé dans le cimetière de Morre, le village qu’il habitait avec sa famille. Celle-ci quittant notre région, a voulu que Jean-Louis rejoigne sa prestigieuse famille regroupée dans ce caveau familial du cimetière des Chaprais.

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Une petite cérémonie a rassemblé, à cette occasion, les membres de sa famille et ses amis, en toute intimité. Mais ce fut l’occasion de rappeler, si besoin était, qui était cette famille Millot. Son nom, nos lecteurs le savent, est attaché à jamais à notre quartier, du fait, entre autres, de la donation du parc des Chaprais à la ville et ses habitants, par André Millot, l’oncle de Jean-Louis.

Lire les plaques apposées sur ce monument funéraire, indiquant les différents membres de cette famille dont la présence est attestée depuis le milieu du XVIII° siècle dans ce quartier des Chaprais alors hors la ville et peu développé, revient à parcourir une partie de cette histoire.

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Le père de Jean-Louis, Jean Millot a dirigé durant de nombreuses années, le prestigieux magazine La France Horlogère à laquelle étaient abonnés les horlogers et bijoutiers de toute la France.

Jean-Louis est né le 23 juin 1956 à Besançon. Après des études secondaires au lycée Saint Jean, il opte pour des études scientifiques : il prépare une maîtrise de biologie animale puis poursuit par un DEA de biologie du comportement et une thèse de doctorat dans le domaine des neurosciences sous la direction du professeur Hubert Montagner. Objet de cette thèse : « La communication olfactive entre mères et bébés ».

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En 1976, il épouse Christiane Ducrocq. De cette union sont nées deux filles qui leur ont donné trois petits-enfants.

En 1986, il est recruté comme Maître de Conférences à l’Université de Franche-Comté où il enseigne la psychophysiologie et les neurosciences comportementales et intégratives à destination des étudiants en biologie et psychologie. Parallèlement, il intègre le Laboratoire de Psychophysiologie au Laboratoire de Neurosciences.

Et de 2008 à 2014, il est directeur de l'équipe de recherche en Psychophysiologie ; puis directeur adjoint de 2014 à 2018.

Il est par ailleurs membre du Conseil National des Universités, du Comité Technique de l’Université de Franche-Comté (depuis 2009),et du Comité d’Ethique pour l’expérimentation animale (depuis 2012).

Il est le fondateur d’un master de recherche, mention Sciences de la Vie et de la Santé, spécialité « Neurosciences et comportements ».

Il est l’auteur et le co-auteur d’une soixantaine d’articles scientifiques. Ses activités de recherche ont concerné les émotions chez l’animal et chez l’homme, notamment à partir de l’étude de l’olfaction, en adoptant diverses méthodes, de la simple observation des comportements jusqu’à l’imagerie cérébrale.

Il a écrit un livre, alors à l’impression au moment de son décès : Le discret pouvoir des odeurs aux éditions de L’Harmattan. Il y explique, entre autres, comment marche l’odorat chez l’homme ; comment les odeurs ambiantes peuvent modifier notre comportement ; l’importance des odeurs corporelles dans les interactions sociales et la sexualité. Enfin, il pose la question : les odeurs corporelles humaines ont-elles un sens pour d’autres espèces. Nul doute qu’il aurait été passionné par les recherches actuelles concernant la détection de la Covid 19 par des chiens !

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Au delà de ses recherches, son collègue et ami M. Thierry Moulin devait souligner, après avoir retracé sa carrière professionnelle,  dans le discours prononcé lors de ses obsèques :

« … Tout cela ne dit rien de toi ou si peu. Mais il fallait savoir te lire entre les lignes de tes silences, de tes sourires, de ton œil pétillant et malicieux, dans ton chantonnement. De ta gentillesse, de ta chaleureuse amitié et de ton regard bienveillant pour tes collègues, pour tous certainement. De ta personnalité, de ton éducation, de tes formations à 360° qui ont contribué à te façonner et que tu transmettais si bien, que tu as transmises…

Encore un mot sur ton flegme tout britannique et de ton apaisante tranquillité, d’un juste qui voit bien, loin et clair et qui avait confiance dans la part d’humanité de chacun.

Comme tu as éclairé nos discussions, nos réflexions dans les turbulences que nous avons rencontrées, et, tout cela, pour faire ton métier, pardon ta profession d’universitaire, soucieux du respect, du professionnalisme, bref des valeurs qui ont fondé l’université.

Tu sourirais de tous ces mots. Mais cela me fait du bien de le dire,…de te le dire, pour te témoigner de notre communauté de pensée, immédiate et instantanée, sans calcul, sans discours creux, ni explication. Peut-être, parce que c’était toi,…Des valeurs partagées ! ».

Son livre « Le discret pouvoir des odeurs » a été illustré par son épouse, Mme Christiane Ducrocq. Vous pouvez aisément vous le procurer en librairie.

Sources : Mme Christiane Ducrocq, Marion Millot

J.C.G.

15 août 2020

En 1950, Lip crée, dans son usine de la rue des Chalets, la montre Himalaya...

Tout commence en 1867, quand Emmanuel Lipmann crée un atelier d’horlogerie dans la Grande Rue à Besançon.

Ernest Lipman

Puis il s’installe 30 ans plus tard aux Chaprais, rue des Chalets (jusqu’à son départ pour Palente en 1960). Entre temps, en 1896, la société anonyme d’horlogerie Lipmann frères adopte la marque Lip.

lip sortie usine

Lip rue des Chalets, sortie d'usine

En 1950, Lip crée la montre Himalaya qui sera testée lors de l’expédition de conquête de l’Annapurna, premier sommet à plus de 8 000 m (exactement 8 078 m, paraît-il…).

Lip Himalaya 2

Montre Himalaya 1950

Cette expédition conduite par Maurice Herzog (1919-2012) et Louis Lachenal (1921-1953) comprend également des alpinistes de renom comme, entre autres Gaston Rebuffat et Lionel Terray. M. Herzog et L. Lachenal atteindront le sommet (en fait une arrête) de cette montagne de la chaîne de l’Himalaya le 3 juin 1950.

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Herzog Paris Match

Lip ayant équipé les alpinistes avec sa montre spécialement conçue à cet effet, publie, par la suite, le texte suivant :

" Un problème extrêmement ardu a été posé à une grande marque lorsqu’il s’est agi d’équiper l’expédition de l’Himalaya qui est revenue victorieuse de l’Annapurna : le problème de l’heure.

Les montres devaient être étanches non seulement à l'eau ou à la neige mais encore aux poussières. Cette imperméabilité a été réalisée avec des boîtes étanches qui sont utilisées par la marine américaine. En plus la montre comportait la calotte cache poussière anti magnétique, c’est-à-dire résistait au contact de tous les instruments tels que groupes électrogènes, radios, etc. Pour ce faire il suffisait d’équiper les montres de balancier mono métallique, de spiraux auto-compensateurs ce qui permettait de bannir de l’organe régulateur les pièces en acier.

En ce qui concerne les grands froids et hautes altitudes, deux problèmes : le ressort et d’huile. Le ressort faisait partie d’une première série de ressorts incassables, inrouillables et amagnétiques en métal Egiloy qui équipe actuellement les montres de ce genre.

Lip egiloy 2

 Montre Lip en métal Elgiloy

Ces ressorts ont été mis au point aux laboratoires Armour aux États-Unis et sont maintenant utilisés en France et dans quelques mois, ils seront à la disposition du grand public. Quant aux huiles, il a fallu rechercher des huiles gardant leur coefficient de lubrification à 60° de chaleur et 50° de froid. La Compagnie Française de Raffinage a mis au point des huiles spéciales.

Ces montres spécialement équipées, spécialement contrôlées et réglées avec minutie ont donné, en général, satisfaction jusqu’à 6 000 m. À partir de 6000 m, les températures extrêmes ont produit un certain retard de quelques secondes sur le réglage normal.

Au-dessus de 7000 m, l’une des montres n’a pas fonctionné pendant quelques heures, un blocage complet de l’organe de remontoir ayant été constaté, par suite, sans doute, de condensation de vapeur d’eau ayant formé des particules de glace qu’il était impossible de détruire puisque les deux héros de l’Annapurna n’avaient aucun moyen de produire une source de chaleur quelconque. Dès que l’altitude de 6000 m a été atteinte, la montre incriminée s’est remise à fonctionner normalement.

Peut-on incriminer la montre ? Lachenal, un des héros, écrit :

« Herzog avait la sienne au poignet mais elle était arrêtée. Sans doute avait-il oublié de la remonter. Je dois vous dire qu’à ce moment-là, nos capacités étaient amoindries et nous n’avons pas pensé à tout. Il nous est impossible par exemple de nous rappeler si Herzog avait perdu ses gants, s’il les avait aux mains quand celles-ci ont été gelées.

M. Marcel Ichac, historien officiel de l’expédition a pu écrire que la montre qu’il a portée au poignet pendant toute expédition, comparé à la montre de torpilleur, base horaire servant aux observations scientifiques, a donné plus de précisions contrôlées à la Radio que cette montre de torpilleur.

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M. Herzog et L. Lachenal hospitalisés après leur exploit : on remarque leurs pansements aux pieds et mains qui ont gelé

La montre de torpilleur est une montre de 60 mm de diamètre, de haute précision. Toutes les montres de l’expédition n’ont pas été égales à celles de Marcel Ichac, mais leur tenue générale a prouvé que notre grande marque nationale LIP, tout en apportant sa contribution à cette épopée, pouvait répondre à n’importe quel problème y compris celui de l’équipement d’une expédition qui a gagné les sommets jamais atteints".

 

Un des derniers modèles Lip Himalaya conçus par la nouvelle fabrique Lip de Châtillon le Duc

Sources : archives municipales, France Horlogère.

JCG

08 août 2020

Il y a 120 ans, le ministre plénipotentiaire Jules Valfrey était enterré aux Chaprais…

Qui se souvient de M. Jules Valfrey ? Malgré plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire de la diplomatie en Europe, il semble bien être tombé dans l’oubli.

valfrey oeuvres

valfrey hist de la diplomatie

valfey bazaine

Sa tombe au cimetière des Chaprais est également tombée dans l'oubli et dans un état de délabrement avancé !

valfrey tombe 1

 

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Tombe de M. Jules Valfrey au cimetière des Chaprais

Jules Joseph Valfrey est né à Montrond le Château le 2 novembre 1838. De sa famille et de ses études on sait fort peu de choses. Sa carrière semble avoir épousé celle de différents  ministères : ministère de l’Intérieur, mais aussi et surtout des Affaires étrangères où il devint ministre plénipotentiaire. En diplomatie, un ministre plénipotentiaire est un agent chargé des pleins pouvoirs afin de conduire une mission particulière. C’est le grade le plus élevé après celui d’ambassadeur.

En fait, si nous nous sommes intéressés à cette personnalité décédée à Paris le 23 novembre 1900, c’est au vu des différents comptes-rendus de son décès dans la presse tant nationale qu’internationale ! En effet, The New-York Herald (il est vrai, dans son édition européenne, certes…) évoque son enterrement dans the little church of Les Chaprais….

Valfrey journal

Valfrey article international Herald tribune

Membre de la société d’émulation du Doubs, de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, des discours des présidents de ces sociétés savantes furent prononcés au cimetière. Comme celui de M. Pingaud, professeur d’Histoire à l’université de Besançon et président de l’académie locale qui « …a retracé en termes parfaits la brillante carrière de notre collaborateur… »  explique alors Le Figaro, en page une de son édition du 28 novembre 1900. « Il a montré ses origines et ses affinités locales, son goût pour son pays natal où il revenait chaque année se retremper dans cette atmosphère comtoise toute faite de bon sens et de clarté comme son esprit lui-même ».

Valfrey Figaro 28 nov 1900

Si des lecteurs possèdent d’autres renseignements sur cette personnalité, nous pourrions compléter cette brève notice. Nous vous en remercions par avance.

Sources : M. Jean Pracht; service étati civil Besançon.

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