HUMEURS DES CHAPRAIS

16 septembre 2017

Journées Européennes du Patrimoine et exposition Besançon de papier ou Projets d'urbanisme oubliés

Ce sont les traditionnelles Journées Européennes du Patrimoine ce week-end. Aux Chaprais/Cras une seule visite proposée, celle des locaux occupés par Le Centre Dramatique National, avenue Edouard Droz, esplanade Jean-Luc Lagarce. Et ce sur inscription préalable à l'office du tourisme. Nous aurons l'occasion d'évoquer ce lieu historique lors de notre prochain café histoire programmé le jeudi 16 novembre 2017. Nous vous en reparlerons....

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Pas de visites commentées de la partie classée du cimetière des Chaprais cette année. La commission Patrimoine et Partage du Conseil Consultatif des Habitants des quartiers Chaprais/Cras, organisatrice des 3 visites guidées l'an passé ( qui ont rencontré, rappelons le,  un grand succès... ) a décidé de souffler un peu car elle conduit d'autres projets et souhaite se donner du temps afin de proposer un nouveau circuit en 2018.

Outre les lieux traditionnels que vous pourrez visiter dans la Boucle et au-delà, nous vous signalons une exposition fort intéressante  aux Archives Municipales de Besançon, 1 rue de la Bibliothèque,qui débutera le 16 septembre (jusqu'au 21 octobre, puis prolongation du 28 octobre au 25 novembre, le samedi après-midi uniquement). Son thème : une trentaine de projets d'urbanisme étudiés (de 1756 à 1993), pour la ville de Besançon, et qui n'ont jamais vu le jour.

 

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Quatre projets,  au moins, concernent directement les Chaprais. Trois concernaient le quartier de la Mouillère et datent respectivement de 1881, 1914/1915 et le derbier...1993. 

 

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Il s'agit, pour le plus ancien de l'aménagement d'une passerelle piétonne à la gare de la Mouillère ! Cherchez l'erreur!

Cette gare a été mise en service seulement en 1884! Voir à ce sujet, sur ce blog,  les articles consacrés à cette gare.

 

gare mouillère couleur

Si vous visitez cette exposition, tout ceci vous sera expliqué. Et nous y consacrerons prochainement, comme pour les 3 autres projets, un article complet. Nous n'allons pas tout vous dévoiler aujourd'hui....

Le second, à la Mouillère, concerne un pavillon du tourisme,  qui se serait situé au Rond Point des Bains, à peu près à l'emplacement actuel de l'office du tourisme à Micaud . Projet daté de 1914/1915 du grand architecte Maurice Boutterin que nous avons déjà évoqué sur ce blog. et là aussi nous reparlerons de ce pavillon du tourisme "à la pointe de la modernité".

 

boutterin pavillon tourisme

 

 Troisième et dernier projet plus récent ((1993) pour la Mouillère, un grand bâteau hôtel sur le Doubs .Reproduction d'un vaisseau royal du XVIII°siècle, d'une longueur prévue de 40 mètres, amarré près de l'office du tourisme, ce projet émanant d' un propriétaire privé était surprenant! Nous l'évoquerons là-aussi, plus en détails dans un prochain article.

Enfin quatrième projet concernant les Chaprais, à la gare Viotte cette foisdaté de 1969, émanant du service d'urbanisme de la ville chargé d'imaginer le Besançon de l'an 2000....il envisageait de créer autour de Viotte, un nouveau centre-ville avec un Centre directionnel. Le journal s'informations de l'agglomération du Grand Besançon, dans son n° de septembre distribué dans les boîtes aux lettres, a mis en avant, dans ce cas, la création d'e ce centre d'affaires avec héliport. Mais cela ne s'arrêtait pas là.

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Bonnes visites! Rendez-vous dès samedi prochain, sur ce blog pour un article annonçant la sortie prochaine d'un livre sur la Gestapo à Besançon et deux conférences que nous organiserons à ce sujet.

 


09 septembre 2017

Qui était René Mussillon qui joua un rôle important pour la Libération de Besançon le 8 septembre 1944?

On ne peut évoquer les combats de septembre 1944 pour la libération de Besançon, la stèle de la résistance de la place de la Liberté à Besançon, sans évoquer le rôle joué par René Mussillon qui était alors secrétaire de police au poste des Chaprais . Il a été établi qu'il y a joué un rôle clé en entraînant au combat plusieurs dizaines de policiers. Grimpant lui-même sur un char américain il aurait donc participé activement à la libération de Besançon.

Le paradoxe, c’est que l’on sait peu de choses sur cette personnalité. Il est né à Besançon le 22 janvier 1910 de Joseph Edouard Mussillon, alors âgé de 43 ans, mécanicien de chemin de fer, d’origine suisse, et de Marie Prudant alors âgée de 37 ans. Le couple demeurait 18 chemin des Cras.

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La première profession de René Mussillon est celle de mécanicien ajusteur avant de devenir secrétaire de police, comme l’atteste son livret militaire.

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Il est alors décrit de la façon suivante : taille 1,71 m, visage rond, nez rectiligne, gros, menton à fossettes, cheveux châtains clairs, yeux châtains. Il devance l’appel le 15 avril 1930. Il est affecté à la base aérienne de Nancy où il obtient le certificat d’aptitude à l’emploi de mécanicien militaire d’aviation (il est reçu 2° sur 14). Le 16 octobre 1930, il est nommé caporal puis libéré le 11 avril 1931. Renvoyé dans ses foyers comme l’on disait alors… Il sera réformé temporaire en 1938 pour bacillose pulmonaire, maintenu réformé en 1939 puis déclaré bon pour le service armé le 24 mai 1940. Il est de nouveau affecté à la base aérienne de Nancy le 12 juin 1940 puis démobilisé le 22 juillet 1940.

Entré dans la police, on ne sait quand (il ne figure pas dans les effectifs de police de Besançon en 1941), on ne peut savoir s'il a été affecté directement au poste de police de la place de la Liberté, là où il se trouve durant la guerre. D’autant plus difficile à dire que son dossier professionnel, conservé aux archives municipales (rappelons que c’est Pétain qui crée la police nationale à partir des polices municipales existantes), n’est pas consultable avant 2021 !

Il s’est marié le 7 novembre 1931 avec Marie Basset. Il divorcera le 17 avril 1951.

Nous trouverons trace, dans les archives de police, de son arrestation par les allemands le 25 mai 1944. Il est alors arrêté avec Jean Minjoz, avocat, 40 ans, futur maire de Besançon, demeurant alors 23 Grande Rue et père d’une fille de 13 ans précise ce rapport ( Jean Minjoz  aurait été libéré début juillet 1944. Le chef local de la Gestapo, Meissner, ayant favorisé cette libération nous apprend M. Jean-Claude Bonnot auteur d'un livre à paraître sur la Gestapo à Besançon. Cet auteur donnera d'ailleurs deux conférences à Besançon les jeudis 12 et 19 octobre prochains. Si vous êtes intéressé, contactez nous dès maintenant). Et également avec Louis Dubreuil, avocat stagiaire de 28 ans et père de 3 jeunes enfants. Il est précisé dans le rapport d’arrestation de René Mussillon, qu’il est père d’une fillette de 11 ans. Il est donc arrêté, emprisonné une semaine  et interrogé à deux reprises, plus que brutalement par les allemands. Il sera libéré faute de preuves. Il déclarera plus tard avoir eu 2 ongles arrachées, les incisives supérieures brisées et les vertèbres lombaires enfoncées à coups de matraque!  Son état de santé, constaté en 1958, lui vaudra d’être rayé de son affectation spéciale. Il est bien  relevé par la commission des arthralgies vertébrales surtout cervicales et lombaires, des problèmes cardiaques et une édentation partielle. Il n’a alors que 48 ans !

Dans un dossier qu'il a rempli lui-même, pour une décoration il écrit quant à son rôle à cette période :

" Aide aux français recherchés par la milice et les allemands.

Fourniture de renseignements.

Recrutement et mise sur pied d'une section de 2 groupes de 50 hommes chacun. Du 6.06.1944 au 20.08.1944 instruction avec des armes parachutées.

Préparation des mes 100 hommes.

Du 20.08.1944 au 7.09.1944 harcèlement des allemands et sabottage de leurs panneaux indicateurs (1 tué).

Le 7.09.1944 à 12h00 ordre d'attaque. Combats toute la journée et la nuit sur les arrières gardes de la 19° armée allemande."

M. Bernard Carré qui a effectué des recherches sur les combats pour la libération de Besançon a retrouvé un rapport du lieutenant Ed. Marnotte qui précise le rôle des uns et des autres, en particulier celui de René Mussillon à partir du 7 septembre 1944. Le lieutenant Marnotte, après avoir pris contact, le 7 septembre 1944 après-midi, avec un lieutenant de l'armée américaine est incité à rejoindre le groupe formé en avant poste à Palente et composé de 3 chars lourds et de 4 automitrailleuses. Trois groupes furent alors composés, avec dans le premier, René Mussillon à la tête de plusieurs policiers. Ils grimpent sur le char américain (voir photo ci-dessous). Les allemands sont alors retranchés dans le quartier de Saint-Claude et c'est là que 3 policiers du groupe Mussillon furent tués : Louis Renaudin, Eugène Renaud et Jean Robert (lire leur portrait sur ce blog).

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Le livret militaire de René Mussillon note son appartenance aux FFI du Doubs, groupe B.E. de la SRD 2 du 1/09/1943 au 15/09/1944. Ses services seront vérifiés en 1950.

Il a obtenu la médaille militaire, la Croix de Guerre avec palmes et la Croix de Combattant Volontaire en 1958.

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Lors de la cérémonie d'inauguration de la stèle érigée en souvenir des 24 Résistants tués lors des combats pour la libération de Besançon, le 17 novembre 1946, il prononcera un discours vigoureux, rappelant la lutte tragique qui, partie de la Place de la liberté, s'acheva à Saint-Claude ; il souligna avec raison le rôle de nombreux policiers bisontins qui se distinguèrent dans ce combat, les opposant à ceux qui oublièrent leur devoir de Français ; il exalta ceux qui tombèrent pour nous donner des « lendemains qui chantent » et qui referaient le chemin s'ils devaient le refaire, suivant la magnifique formule de Gabriel Péri allant à la mort. Il termina sur un appel à l'union.

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René Mussillon est décédé à Dole le 6 octobre 1999. Malgré notre appel à témoins dans cette région, nous n’avons pu obtenir aucun renseignement complémentaire. Il est enterré au cimetière des Chaprais. Nous avons tenté, à deux reprises, lors de la Toussaint, de joindre d’éventuels descendants en laissant un message sur sa tombe. En vain !

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Si vous pouvez témoigner sur cet homme au passé exemplaire, n’hésitez pas à nous contacter !

Une autre personnalité homonyme existe également : René Mussillon, toujours bien vivant, est l'actuel Président de l'association Résistants et Familles de Franche-Comté dont le siège est 2 Chemin de Maillot à Beure (25720). Nous vous parlerons de lui dans un prochain article. Il était un parent éloigné du policier résistant, habitait les Chaprais où ses parents tenaient un hôtel et eux aussi étaient engagés dans la Résistance à l'occupant.

Belle et émouvante cérémonie, le vendredi 8 septembre 2017, à la Citadelle, devant les poteaux des fusillés, pour le 73° anniversaire de la libération de Besançon. Le Maire de Besançon, président de la communauté d'agglomération, a évoqué les combats qui se sont déroulés dans et autour de la ville.

Il a signalé la cérémonie, la veille, dans le quartier des Chaprais, au 131 rue de Belfort (voir article précédent),du dévoilement de la plaque en mémoire au colonel Gustave Filippi et annoncé celle du 9 septembre, au 24 rue Lanchy, en mémoire à René Gruet.

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 Nouvelle cérémonie samedi matin 9 septembre dans notre quartier! Consacrée au dévoilement d'une plaque à la mémoire de René Gruet arrêté à son domicile et lieu de travail (il était horloger), 24 rue Lanchy.

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 A noter la présence du fils d'Harry Rey qui avait fait le déplacement avec sa fille depuis la Grande-Bretagne. Voir photo ci-dessous. C'est d'ailleurs la petite fille d'Harry Rée qui devait dévoiler cette plaque en mémoire de René Gruet.

Présence remarquée également  (photo ci-dessous) du général britannique Nicholas Nottingham, en poste à l'heure actuelle, à l'Etat Major de la Force 1 de Besançon. Il prononça une courte allocution dans un excellent français acquis à l'Université en Grande Bretagne lors de ses études de littérature française.

 

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02 septembre 2017

Devoir de mémoire : cérémonies de dévoilement de plaques, dans notre quartier, à la mémoire de deux Résistants

Une belle cérémonie s'est déroulée le jeudi 7 septembre 2017, à 11h00, au 131 rue de Belfort, au cours de laquelle a été dévoilée une plaque en mémoire du colonel Gustave Filippi, qui vécut là de 1943 à 1944. Cet officier de la Légion d'Honneur est mort le 7 septembre 1944, lors des combats pour la libération de Besançon. Il appartenait au réseau de renseignements franco-suisse Micromégas.

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Cette cérémonie a été organisée par la commission Patrimoine et Partage du conseil consultatif des habitants des quartiers Chaprais/Cras et l'association Vivre aux Chaprais avec l'aide des services de la municipalité.

M. Jean-François Filippi, fils de Gustave Filippi, avait trois ans et demi lorsque son père fut tué. Il est venu depuis Toulouse où il réside (et où son père est inhumé), avec son épouse Michèle dévoiler aux côtés de madame Danièle Dard, Première Adjointe au maire de Besançon, la plaque apposée là où la famille a brièvement habité. Car il y avait alors, à la place des quatre immeubles  de la Cité Parc des Chaprais  une demeure appelée "le château" qui hébergea la famille.

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Madame Michèle Filippi (veste noire, aux côtés de la Première adjointe au maire) et monsieur Jean-françois Filippi

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M. Bernard Carré retraçant la carrière de Gustave Filippi

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Le portrait de Gaston Filippi, réalisé par M. Bernard Carré, est paru sur ce blog le 19 août 2015 (saisir le nom de Filippi dans le moteur de recherche de ce blog).

 

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Article paru dans "La Presse Bisontine" de septembre 2017.

Et par le plus grand des hasards, un autre Résistant sera honoré aux Chaprais, le samedi 9 septembre, à 10h30, 24 rue Lanchy.

Ceci à l'iniative de M. Fleutot et d'anciens membres du SOE voir ci-dessous les explications sur ce sigle).

Il s'agit de M. René Gruet qui résida dans cette maison sur laquelle une plaque en sa mémoire sera également apposée.

Mais qui était René Gruet?

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On sait peu de choses à son sujet : il occupait une maison de la rue Lanchy, au N° 24,   où il avait son atelier d’horloger et son logement.

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Il sera arrêté, le 29 octobre 1943, à son domicile, déporté à Buchenwald où il décédera le 9 février 1945, peu de temps avant la libération des camps par les forces armées soviétiques.

Son arrestation est, bien sûr, liée à ses activités clandestines contre les occupants allemands.

Il appartenait en effet à un réseau fort bien organisé, le réseau STOCKBROKER d’inspiration britannique.

En effet, dès le 19 juillet 1940, le Premier Ministre britannique Winston Churchill, avait créé un Service des Opérations Executives (SOE), c’est-à-dire des opérations spéciales. Avec mission « … de coordonner toutes les actions qui seront désormais entreprises contre l’ennemi sur le continent par le moyen de la subversion et du sabotage » nous indique M. Jean-Pierre Marandin dans son ouvrage en deux volumes, publiés chez Cêtre : Résistances 1940-1994  : A la frontière franco-suisse des hommes et des femmes en résistance.

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« Le SOE devra porter le plus grand nombre de coups à la machine de guerre allemande dans les territoires occupés ».

Et pour ce faire, des agents anglais seront formés et parachutés en Europe, en particulier en France. Ce sera le cas de ce jeune agent secret Harry Rée formé dès 1940 et parachuté du côté de Pau en avril 1943. Son objectif est alors de rejoindre Clermont Ferrand afin d’organiser le sabotage des usines Michelin qui travaillent pour l’occupant. Il y retrouve un compatriote, Brian Rafferty, lieutenant, parfaitement bilingue, arrivé dans le Puy de Dôme dès septembre 1942. Mais la ville est très surveillée, les deux hommes renoncent et partent pour le Jura où des contacts ont été noués, à Lons-le-Saunier. C’est donc ainsi que Harry Rée va voyager en Franche-Comté avec comme objectif : saboter dans le pays de Montbéliard, les usines Peugeot. Et lorsqu’il passe à Besançon, il est hébergé chez René Gruet qui travaille pour ce réseau de renseignements. Jusqu’à cette funeste journée du 29 octobre 1943.

Car il y a un traître français qui s’est infiltré dans le réseau et qui a certainement « donné » tout à la fois un réseau de cheminots résistants à Dijon et René Gruet. Le nom de ce traître ? Pierre Martin qui sera finalement abattu aux Chaprais. Nous aurons l’occasion d’en reparler….

30 août 2017

Suite 7 et fin du récit des souvenirs de M. Jules Devernay, ancien habitant de la Cité Parc des Chaprais

 M. Jules Devernay condamné à 2 ans de forteresse pour avoir refusé d'obéir à un ordre de ses geôliers voit enfin la délivrance arriver.

En 1945, l’on commence à parler de transferts de certains prisonniers de notre forteresse.

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Mais nous n’arrivons pas à savoir la destination de ces copains, nous sommes à peu près tous des têtes brôlées, et nous savons que nous ne devons pas nous croire au confessionnal pour recevoir l’absolution ; en Juin 109  partent, destination inconnus ; en juillet 206 autres et le 24 Novembre 32 encore nous quittent. C’est la débandade chez nous et aussi chez les frisés.

C’est déjà la mobilisation générale en Allemagne, des manchots, des unijambistes, des borgnes (pas encore les aveugles, mais ça risque d’arriver) Hitler, Adolf pour ses intimes, commence à bouffer sa patte de mouche qu’il a sous le naze et décide que même les mômes sortis du berceau sont en âge de combattre.

Sur notre chantier nous sommes gardés depuis un moment par un bancal, pas seulement des pattes mais aussi de la tête, certes il sort d’un établissement concurrent de Novillars ou de St Ylie. Il est tellement dangereux, qu’arrivé sur le chantier nous lui sautons à plusieurs dessus et lui confisquons son flingue, et ne lui rendons que lorsque la vigie Française annonce l’arrivée de la ronde de contrôle ou qu’il est l’heure de retourner au Fort. C’est nous qui le gardons et il pleure à chaudes larmes, car sans son flingot, il a les miches drôlement à zéro !

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 Nous apprenons par une indiscrétion que le 12 Décembre il y aura un nouveau convoi en partance. Nous ne sommes plus beaucoup au fort et sommes donc à nouveau rassemblés dans la cour par un froid de « Sibérie » (je dis béries mais il y en avait au moins… 10 béries !) On nous annonce que devant les grands succès remportés par le Grand Reste ou Reich, comme vous voudrez, c’est la même chose, et l’aide de la France, ceux qui seront désignés rentreront dans leur Mère-Patrie et dans leur famille. Vous pensez bien que tous nous y croyons, comme au Père Noel qui doit nous apporter des bonbons dans nos sabots, le 25 soit quelques jours après.

L’appel commence, dans un silence glacial, c’est normal pour décembre, les gars sortent des rangs et forment des nouveaux rangs à part. Brusquement j’entends avec une certaine tristesse qui me fait froid dans le dos : « SERCHANT TEFERNAY… », je sors des rangs et vais me joindre aux autres ; où va-t-on nous expédier ? Ça n’a rien de gai…les autres aussi devaient rentrer, soi-disant en France. Ce n’est pas marrant quand même !! Quelle chienne de vie ???

Nous embarquons le jour même après avoir fait nos bagages. Est-ce si urgent ? Nous avions pris de telles habitudes et avions trouvé toutes sortes de combines ; tout s’effondre…Adieu charbon, patates, chats….

Nous sommes entre copains, nous nous encourageons sans conviction du mieux que nous le pouvons ; le 13 nous passons à Frankfort sur Oder, nous arrivons à Berlin où nous tournons en rond avec notre train presque toute la journée, car les bombardements

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 n’arrêtent presque plus…Le soir du 14 nous sommes à Wittenberg et le 15 nous commençons à reprendre espoir car il semble bien que nous nous dirigeons vers la frontière.

Nous passons à Westoffen-Dusseldorf-Dalhein et enfin la frontière Germano Belge, laissant derrière nous l’Allemagne sans avoir salué ni remercié le Grand Führer de son hospitalité ou hostilité.

Le 16 décembre nous arrivons à 8 heures à Gand, passons à Courtrai puis à Tourcoing ; là je gribouille un bout de papier à l’intention de mes parents qui habitent près de Roubaix, à Croix où sans aucun doute nous devons passer, je leste mon papier avec un caillou et, en passant sur le pont près de chez moi (à 100 mètres) tel un naufragé, je jette mon caillou et mon message…arrivera ? N’arrivera pas ? A la grâce de Dieu ! …celui-ci n’arrivera pas, c’était comme une bouteille en plein milieu de l’Atlantique !

Viennent ensuite Douai Arras Amiens…le vendredi 17 nous arrivons à Compiègne avec un autre wagon que celui de l’Armistice de 1914 – 1918, nous nous faisons dépouiller (au sens propre du mot)… il y a belle lurette que nous n’avons plus de poux, nous les avons laissés il y a bien longtemps en Allemagne.

Nous passons du Camp Allemand au Camp français où l’on nous donne quelques vivres de route et un costume qui avait dû être taillé dans un sac à patate ou dans une serpillière, et une feuille de route pour rentrer chez nous.

Malgré tout cela je n’y croyais pas encore, et ce n’est que lorsque je fus lâché en gare de Compiègne, sur les quais que, comme un lièvre, je me suis mis à courir.

Enfin le 19 Décembre j’arrivais chez moi et je retrouvais mes parents…et voilà comment

                                                                    A POZNAN

                  J’Y SUIS ALLE

                                                 ET COMMENT

                                                                                JE N’Y SUIS PAS RESTE !

 

Je ne voudrais pas terminer cette petite histoire sans remercier ici tous ces braves Polonais et Polonaises qui nous ont si souvent aidés dans nos durs moments, et y associer aussi et de tout cœur, ce LAGERMEISTER Allemand, qui fut toujours très chic avec moi et à qui je dois sans aucun doute d’être encore en vie à présent.     

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                                                        SERGENT JULES DEVERNAY

Rappelons que ces souvenirs ont été relatés après l'annonce d'une exposition philathélique internationale à Poznan en 1973.

 

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26 août 2017

Suite 6 du récit des souvenirs de M. Jules Devernay, ancien habitant de la Cité Parc des Chaprais

M. Jules Devernay a été condamné à deux ans de forteresse, pour refus d'obéissance à l'ennemi,. Il est enfermé au fort de Prittwitz, en Pologne.

Enfin, on décrète que j’ai une bonne conduite ??? C’est comme ça ! Et je sors de mon cloître pour me mélanger aux autres prisonniers ; là, il n’y a rien, à faire, il faut travailler si l’on veut être nourri et j’ai faim. J’abandonne à nouveau la Convention des Petits Suisses, et vais en commando de travail, je tombe assez mal, je suis affecté sur un chantier où il n’y arque de la paille et du foin, et aussi, heureusement, des silos de pommes de terre. J’avais encore une bonne culotte de golf de l’Armée françaises, car pour la guerre 29-40 nous portions en France des culottes de golf kaki, sans doute pour nous apprendre à envoyer les balles (de golf) très loin sur l’ennemi.

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culotte de golf militaires

J’étais heureux de cette culotte, car, chaque jour, je remplissais de patates, et dans la chambrée nous en profitions tous. D’autres travaillaient dans un abattoir et ramenaient de la même façon de la viande ; ceux qui travaillaient dans la ferraille fournissaient la tôle, les maçons s’étaient spécialisés dans la brique. Nous nous organisions petit à petit et nous avions ainsi pu construire des cuisinières pour faire cuire toute cette nourriture d’appoint.

Un jour notre « fournisseur » de viande fut changé » de coin ; il fallait retrouver un nouveau Fillon : je ne tardai pas à le retrouver l'intermédiaire d'un polonais.                                                                                                                                                                                                                          

Chaque semaine il me fournissait un chat, parfois beau, parfois maigres, mais toujours en contrepartie de 50 cigarettes du même format. Quel civet !  Vous pouvez essayer amis attention à la S.P.A. ? Je ne sais combien nous en avons mangé.

…Mais sans aucun doute quelques familles !

Là aussi, je repris un peu de couture, pour confectionner des costumes d’hommes et de femmes pour notre théâtre, mais il fallait beaucoup plus de costumes d’hommes, car ils disparaissaient aussi ; toutes les patates n’étaient pas mangées, car nous avions aussi notre gravure patates qui fabriquait de superbes cachets portant toujours, et naturellement le corbeau et l’araignée, pattes tous azimuts : c’était indispensable sur les vrais ou faux papiers.

A l’approche de l’hiver, il fallait aussi prévoir un peu plus de chauffage, car nous étions rationnés. Il fallait donc des convoyeurs de charbon ; ceux-là, je vous assure, rentraient au bercail, les fesses sales et c’est le cas de le dire, ils pouvaient aller se faire laver le derrière, mais il fallait stocker. Nous avons donc commencé à démonter le plancher de la piaule et emmagasiné comme le faisait dans le temps la Fourmi de La Fontaine. D’un côté les patates, de l’autre le charbon, et un jour tout cela devint impossible : les patates avaient rejoint le charbon et une souris n’aurait pu trouver la place pour se loger sous le plancher.

Le dimanche nous avions rassemblement spécial dans la cour de la forteresse, pour refaire les comptes des prisonniers de façon plus sérieuses que les jours non fériés ; c’était interminable, car au lieu de nous mettre en colonnes bien régulières, il y en avait qui s’amusaient à se mettre en quinconce et les pauvres types n’arrivaient pas à trouver leur compte : une fois il en manquait, une fois il y en avait de trop ! Le plus grave c’était lorsqu’ils se mettaient à plusieurs pour compter : c’était alors la catastrophe. Mais c’était aussi la catastrophe pour ceux qui avaient eu le malheur de préparer leur tambouille pour midi ; nous avons été pris, une ou deux fois, mais après nous avons pris nos précautions pour ne plus laisser brûler notre chat aux haricots.

J’avais repris bien sur le boulot à contre cœur, mais il le fallait, c’était toujours le ventre qui commande ; nous recevions au bout de quelques temps des colis de nos familles, d’amis ou de la Croix Rouge .

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C’était formidable ce que les gars recevaient comme Eau de Cologne. Le truc a bien marché plus d’un an : c’était en réalité un cognac ou du Calvados,  etc.…qui arrivait avec une étiquette mensongère. (Si le contrôle économique y avait mis le nez…aie…aie ou …Ouïe…Ouïe… comme il plaira, vous pouvez choisir !)

Mais un jour, un Fritz plus curieux que les autres voulut savoir si notre eau de Cologne était de bonne qualité ; il déboucha donc une bouteille et, en mettant son naze violacé au goulot s’aperçut qu’elle était nettement de meilleur qualité que leur schnaps, il en but une gorgée, puis une autre, mais il rencarda  le tuyau aux autres qui fouinaient les colis à l’arrivée, c’était comme en Amérique, la ruée vers le… Gut, sehr Gut… cognac ou autres alcools français.

schnaps

Parfois il y avait de réelles bouteilles de parfum et alors c’était la belle grimace ; il n’y avait que deux ou trois distributeurs de colis par semaine, mais parfois il y avait de sérieux arrivages de bouteilles (inutile de dire que ces jours-là, ils ne tenaient plus tous bien debout et qu’il y avait du vent dans les voiles, ils étaient groggy et bon à rouler sous la table.

Tout était censuré, colis, lettres, cartes tant au départ qu’à l’arrivée.

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C’était sans doute un travail très bien fait car un jour je reçus une bible, celle que j’ai encore chez moi actuellement, eh bien ! Elle porte le cachet de censure, (note de M. Patrick Devernay : « désolé je n’ai pas retrouver la BIBLE de mon Père »).  Si le fouineur l’a lue en totalité, il a dû coûter cher à la Wehrmacht et s’il est sincère, il a dû trouver des choses plus intéressantes que dans  Mein Kampf, livre écrit par un vulgaire prisonnier civil dans une prison de Landsberg.

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Forteresse de Landsberg

Suite et fin du récit des souvenirs de M. Jules Devernay, le 30 août 2017.

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23 août 2017

Suite 5 des souvenirs de M. Jules Devernay, un ancien habitant de la Cité Parc des Chaprais

M. Jules Devernay vient d'être transféré dans un camp de prisonniers à la frontière russe au moment où les allemands attaquent l'Union Soviétique.

 

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22 juin 1941 : attaque de l'URSS

Entre temps, comme chef de commando, j’avais eu le malheur, me rendant sur un chantier, de refuser de dépanner un camion commandé par un Capitaine S.S. (ne pas lire Sans Soucis !) mais Schutz-Staffel (spécialiste chargé de la surveillance des camps de concentration et des territoires occupés)Ce refus eut le don de lui faire monter la moutarde au nez car il faut dire qu’en attendant du secours (SOSS) il mangeait d’un bon appétit son pain kaka  et sa saucisse moutarde (sans doute de Frankfort).

veste capitaine SS

Il avait de très bonnes bottes et de bons poings, aussi j’eu le droit à une distribution gratuite, de première classe, quelque chose de sonné et je fus sonné, mais j’avais eu le temps de lui jeter à la face mon mépris, ça fait mal, et de racler le fond de la gorge pour lui envoyer quelque chose qui accompagna son pain et sa saucisse, en pleine g……, ici c’était moins bien ! La distribution redoubla donc et je restais comme disent les gars d’Outre Atlantique, KO et sur le carreau (c’était de l’asphalte)

J’étais à peine rentré au camp qu’on me ramassait et que l’on me mettait en tôle avec un nouveau passage à tabac, pas celui qu’on fume bien sûr ! Et que l’on m’annonçait que je passerai devant un tribunal militaire et que l’on me fusillerait ; y z’avaient pas le téléphone arabe, mais ça marchait vite quand même ! J’ai compris tout cela après, mais je vous rassure que je n’étais pas particulièrement intéressé par les trous de balles (je m’excuse du terme, mais un chat est un chat, et un trou fait par une balle est bien un trou de balle).

Brusque_Lucien

Exécution d'un résistant

Je passais donc devant une espèce de bidule qu’eux appelaient Tribunal et c’est là que retrouve mon fameux Lagermeister de Südhof, tout le monde est allemand (même Radio-Paris comme disait un certain à la Radio de Londres), sauf moi, mon défenseur parle à peine le français dans le style des vaches espagnoles. Mon Lagermeisteer raconte une historique pendant près d’une demi-heure, j’ai le sentiment qu’il est en train de défendre mon bifteck, car j’arrive à comprendre qu’il parle de mon travail précédent et de ma … (excusez ma modestie !) compétence, de mon courage, de mon dévouement, etc… vous pouvez en ajouter si c’est un bien, car de toutes façon ce qu’il dit je ne l’ai pas compris ; enfin après quelques jours il m’apprend, par le truchement d’un interprète que je suis condamné qu’à 2 ans de forteresse

Je reprends donc le train, un peu comme un Président de la République ou un Chef D’Etat, car j’ai deux énormes gorilles pour me protéger et je voyage dans un compartiment mis à ma disposition parla disgracieuse saleté Adolf ou un de ses larbins ! A noter, en passant qu’ils avaient poussé la galanterie jusqu’à se mettre dans un wagon portant le sigle SNCF ! Quelle prévenance.

C’est ainsi qu’un certain 4 JUILLET 1941, j’arrive au Fort Von Prittwitz à POZNAN où je reste quelques temps enfermé dans une espèce de cave et où le régime n’est pas trop dur pour les cuistots, mais pas pour moi, car c’est le tout petit régime : un jour pain-eau et le lendemain eau-pain, pour faire une variante… ceci n’est pas fait pour me faire prendre de la graisse, même pas celle des chevaux de bois.

Après mon petit séjour en cave où, contrairement au vin, je n’avais pas bonifié, j’avais attrapé un mal de gorge qui nécessita nouveau un séjour à l’Hôpital de Poznan, continuant bien entendu à faire l’objet d’une surveillance étroite de la part de mes gardiens, j’étais enfermé dans un genre de cellule… pour fou ! Un soir que j’étais couché, je vois entrer deux durs de durs, armés de fusil, qui me sortent du pieu; ils avaient été prévenus que je voulais m’évader car mon ange gardien, un Judas avait constaté l’absence de ma chemise et de mon caleçon. Aussi cette nuit-là, on me confisqua, en plus de mes vêtements, mon pyjama, ma chemise et mon caleçon et je dus dormir comme le faisaient en leur temps nos parents Adam et Eve.

Le lendemain je reçus la visite d’un jeune docteur qui parlait couramment le français ; je lui racontai mon histoire, et il me déclara que dans les hôpitaux allemands on ne devait dormir qu’en pyjama, mais qu’il me comprenait très bien, car en effet ma cellule n’était pas chauffée. Quelques jours après ce même docteur déclarait qu’il fallait m’opérer des amygdales. Ce fut très simple, une piqûre dans la gorge, un genre de fil d’acier coulissant dans un tube qu’encercle l’amygdale, et l’on tire sur la poignée, crachez et à la suivante !

Je suis resté du 24 Juillet au 7 Août 1941, et je regrettais de quitter cet hôpital, car là encore j’avais de la nourriture en douce par les infirmiers et aussi de très sympathiques infirmières Polonaises. Enfin, toutes les bonnes choses ont une fin et il fallait retourner au fort Von Prittwitz.

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Fort de Prittwitz

La suite de ce récit sera publiée le 26 août 2017.

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19 août 2017

Suite 4 des souvenirs de M. jules Devernay, ancien habitant de la Cité Parc des Chaprais

 M. Jules Devernay est enfermé dans un camp de prisonniers en Pologne.

Je tombe sur un Lagermeister (adjudant d’administration) comme patron ; il a 6 ou 7 mômes et moutarde à la maison, une cinquantaine de berges et pas du tout chaud lapin pour son patron Adolf. Nous allions donc bien nous entendre.

Après quelques jours d’observation, réciproques, nous comprenons que nous pouvons nous faire confiance: il est réserviste, il n’est pas fortuné, il serait mieux avec sa marmaille et sa femme à la maison. Je serais mieux aussi chez moi et surtout je serais plus satisfait si je pouvais faire marcher plus souvent mes mâchoires.

Un jour, il m’apporte les culottes de ses gosses… Elles sont usées sur les bancs de l’école et aussi sur les chantiers de jeunes. Avec de vieilles frusques de l’Armée Allemande, je lui fabrique des toutes nouvelles culottes.

poz culotte 001

Oh ! Pas pour rien ! Tout se paie en kilos de pain et en paquets de cigarettes.      

poz cigarettes 001

 Par la suite , je suis sollicité par des copains pour leur faire des pantalons et des sacs à dos dans nos ex toiles de tente de l’Armée Française ; je ne cherche pas à savoir pourquoi ils veulent se mettre en tenue de toile et porter le sac, mais il commence à y avoir quelques absents aux appels du matin. Les Allemands les voient, puisqu’ils ne les voient plus (ça c’est pas trop mauvais ! je suis content de moi)  et je rigole dans ma moustache , que je n’ai pas. Ce surcroit de travail m’oblige à demander du renfort à mon Lagermeister, tant en hommes qu’en matériel, car il faut s’organiser. En plus des fonds de culotte il faut fournir des tuyaux d’échappement.   

Quand je quitte le camp, nous étions une dizaine de tailleurs à l’atelier et avions 6 ou 7 machines à coudre, des stocks prévisionnels en toile de tente et en toile de paillasse. Je fais mes Adieux aux copains et mon Lagermeister m’apporte en cachette, une grosse musette de vivres et quelques paquets de cigarettes. 

« Au Plaisir de nous revoir «  nous nous retrouverons ailleurs plus tard, mais dans d’autres circonstances plus GRAVES.

Je suis transféré cette fois à Wollstein (Wollstyne en Polonais) où je me remets à nouveau  sous la protection des Petits Suisses ;

poz c4

Wollstein

je fais le lézard, ce qui n’es pas du tout du goût de ces messieurs qui tenaient le haut du trottoir; je n’y fais donc pas de vieux os et l’on décide, enfin quand je dis « l’on décide » ce sont les copains de la petite moustache et de la grande mèche qui décident pour moi, de m’envoyer faire un tour à la Frontière Russe.

C’est là que j’ai l’occasion de voir à peu de distance de ce nouveau camp le Mémorial  d’Hindenburg de Tannenberg, puisque je suis arrivé à Königsberg en Prusse Orientale (actuellement Kaliningrad en Russie).

Tannenberg_ohne_kreuz

 

Mémorial de Tannenberg

Malheureusement, dès mon arrivée les Allemands attaquent la Russie ! Ca Caille ! Il fait moins 42° au soleil, comme à l’ombre, et les Allemands, sans doute pour réchauffer l’atmosphère, attaquent les Russes au lance-flammes ! Quel désastre pour les premiers Russes, je les ai vus mais je ne vous en parlerai pas car ce n’était pas beau à voir !

lance flammes

La suite du récit de M. Jules Devernay sera publiée le 23 août 2017.

 

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16 août 2017

Suite 3 des souvenirs de M. Jules Devernay, ancien habitant dev la Cité Parc des Chaprais

M. Jules Devernay se retrouve prisonnier à Grotzisk, en Pologne.

 

Carte_Pologne_fin_1939

 

La population Polonaise, la première que je voyais, depuis mon départ, pleurait en nous voyant ; elle nous aurait embrassés si elle avait pu le faire ; elle nous lança des boules de pain et de la nourriture et tout ceci à l’inverse des Allemands qui leur distribuaient de la crosse.

J’avais récupéré un pain à la volée, je l’avais enfoui de suite sous ma veste, mais malheur ! Il devait sortir du four, il était brulant ! Le soir j’avais des cloques sur la poitrine, mais j’avais mon pain ! Dans cette énorme ferme transformé en camp de prisonniers ça ne tournait pas rond non plus, ils avaient expulsé les propriétaires Polonais et fait poser par ceux-ci et les gens du village des barbelés sur 2 rangs à 2 mètres environ de distance et sur plus de 2 mètres de haut. Mais ils avaient complètement oublié nos chambres à coucher, c’est quand même important lorsqu’on reçoit des étrangers ; et le prestige alors ? Toute une éducation à refaire !

barbelés

Nous étions près de 2000 en tout, mais nous arrivions par paquets de 2 à 300 à la fois (d’habitude on parle de paquets de 10 ce n’était pas le cas). Enfin nous, nous sommes comme de braves Français les meilleurs bricoleurs du monde, même en temps de guerre. Nous nous sommes donc débrouillés nous-mêmes pour fabriquer des lits de 24 personnes et à 3 étages avec des planches qui étaient stockées à cet effet dans une petite grange, grande comme un supermarché.

carte camps

Naturellement, comme dans les courses de taureaux en Espagne nous recevions des encouragements de la part de nos « Gardians », soit de la voix, tel que Schnell, Arbeit, Kein Arbeit, Kein Essen ou encore Schwenerein (excuses pour ce mot, mais ce qui a été dit doit être dit, si cruel soit-il). Enfin ce qu’ils disaient n’avait pas d’importance, on n’y comprenait rien de rien. Quant aux actes, ce n’était pas la même chose, c’était compréhensible : ils avaient remplacé la banderille par la crosse et les coups de pieds appliqués à un endroit que je ne vous dévoilerai pas (ça coûte trop cher, 10 frs par exemplaire ! très peu pour moi), disons donc le plus simplement du monde à l’endroit adéquat.

Tout n’était pas fini, le soir de notre arrivée…les uns couchèrent donc sur les échafaudages terminés et les autres par terre sur la paille ; riches comme pauvres tout le monde il était sur la paille ! Quelques jours après nous avons une fouille en règle ; à part mes 20frs 20 de l’époque (que je n’ai jamais revus) on ne me fauche rien d’autre.

La soupe est « délicieuse » et d’une limpidité d’eau de roche quelques malheureuses rondelles de concombres flottent, l’œil triste car elles savent que leur dernière heure a sonné, c’est à peu près tout ce que la soupe contient de légumes, mais il y a aussi quelques petits restes de nerf ou de viande égarés ; la grosse difficulté c’est que nous n’avons pas de microscope pour en évaluer la masse, ni de balance pour en connaitre le tonnage. Nous sommes en pleine période de disette, les plus petits peuvent lire dinette s’ils le veulent.

la soupe

Fort de la convention de Genève, comme sous-officier, je refuse de travailler, mais ça ne dure pas longtemps, car je suis admis à l’infirmerie pour une dysenterie, quelque chose de bien sonné, et je descends encore facilement de poids. Poids record obtenu : 42 kilos, je suis classé Hors Concours ! L’infirmerie est sérieusement désinfectée, nous marchons littéralement sur de la chaux… et puis, comme je ne suis pas le seul atteint de cette maladie, ça sent tout ce que l’on voudra, sauf la parfumerie ; le pain kaka que nous avons pour notre ration journalière, tourne de l’œil comme les bonhommes. Enfin, le 20 Juillet, je suis évacué sur l’hôpital de Gräetz.

infirmerie

Je reprends petit à petit du poil de la bête, c’est à dire du poids ,vous aviez compris) mais il faut dire que ce n’est pas de leur faute, car nous sommes trois dans la chambre et nos infirmiers en partie Polonais. Ainsi nous arrivons à connaitre l’état des lieux par rapport à la cuisine et établissons nos plans de bataille pour des invasions de nuit ; par manque de forces parfois nous traînons à quatre pattes, mais nous torpillons avec parcimonie ( ce n’est pas un corse !)les armoires où il y a de la graille. Nous avons mieux réussi qu’en 39, et nos vert-de-gris ne se sont jamais rendu compte qu’il y avait des manquants dans leurs munitions de bouche. Je sors de l’hôpital le 9 aout 1940 et retourne au camp pour passer une petite convalescence à l’infirmerie ; certains ; après cela prétendront encore que ce sont des sauvages !

prisonniers livre

En Septembre, je commence à me rendre compte que la convention de Genève ne nous oblige pas à travailler comme gradé, mais aussi qu’elle ne nous apporte pas la nourriture complémentaire…aussi j’abandonne les Conventions des PETITS SUISSES et demande à rentrer comme tailleur à l’atelier du camp, car les gars usent leur fond de culotte, pas sur les bancs de l’école, mais sur les chantiers : il faut dons éviter de nous transformer en Sans Culotte ?

convention de geneve

 La suite des souvenirs de M. Jules Devernay sera publiée le 19 août.

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12 août 2017

Suite 2 des souvenirs de M. Jules Devernay, ancien habiant de la Cité Parc des Chaprais...

Dans l'épisode précédent, M. Jules Devernay est contraint de se présenter en cet été 1940, à la Kommandantur de Lille, avec 2 jours de vivres, une couverture et une paire de chaussures...

 

Lille occupée

 

La ville de Lille occupée

Devant la Kommandantur, il avait un de ces attroupements à croire que toute la ville était descendue…Enfin je ne ferai pas le voyage seul ! Et l’on disait que ce n’était que pour quelques jours, travaux urgents dans l’intérêt de la population. En effet, c’était urgent, car quelques heures après, en colonne nous reprenions la route à pied et quelques jours après nous arrivions à GAND en BELGIQUE ; j’étais en queue de colonne prêt à virer de bord à la première occasion mais il y avait continuellement des « rabatteurs » et quand ça ne marchait pas assez vite, quelques coups de fusil ou de mitraillette par terre ou en l’air, nous redonnait de l’élan, à nous, les traînards. Il faut dire que les gardes chiourme ne se reposaient pas beaucoup non plus, car la colonne faisait au moins 3 à 4 kilomètres de long !

kommandantur

Le 20 nous embarquions dans des péniches sur l’Escaut. La marche allait enfin se terminer, mais les péniches avaient transporté du charbon et le batelier n’avait pas eu le temps de passer l’aspirateur, il y avait encore un peu… beaucoup de poussière de charbon, et nous commencions déjà à être pas mal crasseux, car nous ne logions pas à l’hôtel en cours de route, nous étions trop nombreux sans doute !

Nous passons à NIMEGUE (HOLLANDE)… (Ce n’est pas nous qui avons signé le fameux traité portant le nom de cette ville et qui, donnait à la France, entre autres, la Franche Comté. C’était déjà fait, nous arrivions trop tard !) Puis nous quittons notre péniche et la Hollande à EMMERICH, ce fut comme la remontée des mineurs de fond de la fosse n°3 d’Henin-Liétard ou d’ailleurs, car de toute façon un mineur est un mineur, même s’il est majeur.

traité de Nimèque

Traité de Nimègue 1678 (Henri Gascard 1635-1701)

Un affamé, qu’on appelle en termes militaires « un saute au rabe » au cours de notre croisière m’avait fauché 2 boites (sur 3) de lait sucré concentré, dont je tairais la marque pour ne pas être, comme à la télévision poursuivi pour publicité clandestine, mais enfin c’est quand même vache, c’est comme si on enlevait le biberon de la bouche, çà ne se fait pas, c’est laid (avec un D et pas un T).

En cours de route nous n’avions pas froid étant dans la cale la plus inférieure, on ne peut pas toujours voyager en première classe il faut les comprendre… de plus nous étions 200 dans un espace réservé à environ 100 personnes, nous n’avions donc pas besoin de chauffage d’appoint. La chaleur animale suffisait.

Dommage qu’il y avait comme partout ailleurs des trouble-fêtes j’entends par là les ceusses (faux frères) qui auraient pu se désinfecter les pinceaux car ça ne sentait pas la rose ni l’œillet ; vous voyez (non vous pouvez pas voir, vous n’y étiez pas, donc je comprends !) vous voyez (bis) tous ces gars dormir les uns sur les autres, rien d’étonnant de se réveiller asphyxié, lorsque vous avez un gros orteil et un autre de ses frères qui se sont logés dans vos trous de nez, mais ceci est du passé puisque nous débarquons (ce n’était pas le grand débarquement comme en Normandie mais c’en était un quand même et je crois qu’il fallait le dire.)

Après la distribution de la boule de pain noir, dénommé pain KK

pain 001 (2)

 

et d’une espèce de saucisse, nous changeons de moyen de transport et embarquons enfin dans un train, wagons très confortables portant l’inscription réglementaire « 40 hommes 8 chevaux en long » Là encore les Allemands nous encouragent à nous presser aux cris de « LOS ! LOS ! Schnell ! Schnell ! ».En premier nous pouvions être en droit de croire qu’il y avait encore une distribution d’Os à moelle  (Journal très connu à l’époque).

os à moelle 001 (2)

            

                       

Mais non ! Ils nous ont fait comprendre par gestes, que nous étions pressés ; c’est normal, on nous attendait quelque part et nous n’avons donc pas le temps de nous laver le nez… et d’autres, les pieds.

J’ai le bonheur pour mon compte personnel de pouvoir me passer un peu d’eau sur le visage et de me secouer un peu. D’une cale de charbon (noir) je grimpe dans un wagon ayant transporté de la farine (blanche). Comme toujours l’Intendance n’a pas suivi et il va manquer des wagons de 40 hommes…cela n’a pas d’importance comme à la pelle on nous charge à 60. Y faut quand même pas laisser les petits copains sur le quai, il faut bien s’aider que diable ! Surtout en temps de guerre.

déportation wagons 2

Nos wagons sont verrouillés, c’est une précaution essentielle pour que personne ne tombe du train en cours de voyage. Comme ils sont gentils et prévoyants nos braves anges gardiens !! Aux arrêts prolongés ils entrouvrent la porte de 2 à 3 centimètres, mais ceci de temps en temps lorsqu’eux-mêmes et leurs chiens ont besoin de se dégourdir les pattes, on en lève une contre les roues des wagons, cela permet aussi à ceux qui ne sont pas au vasistas (orthographié ici en français pour une meilleur compréhension) de pouvoir admirer le paysage et d’avoir un peu d’air frais aussi, ce serait dommage de perdre de la main-d’œuvre gratuite en cours de route, par suite d’étouffement, et puis il y a aussi chez tout être humain une question de vessie, mais ne vous bousculez pas au portillon. N’Y en aura pas pour tout le monde ! « Lancequiner » c’est bien mais il faut éviter les inondations. En cas d’arrêt de nuit c’est toujours verrouillé, sans doute à cause du froid ?

Nous avons nettement l’impression que notre train tourne en rond car nous passons presque éternellement aux gares « AUSGANG » et « EINGANG » et le copain qui avait réussi à emporter en douce, une carte routière n’arrivait pas à trouver ces patelins ni à savoir où nous étions ! Il aurait mieux fait de prendre une carte ferroviaire !

Mais le comble du bonheur dans ce wagon il n’avait que des illettrés ou des incapables : pas un ne connaissait la langue de GOETHE.

De temps en temps une ville était repérée, victoire ! Mais nous retombions…. A nouveau à Au gang ou Eingang…ce n’est qu’au bout de deux jours, lors d’un ravitaillement que nous avons su que cela voulait dire « Sortie » et « Entrée « ; dès lors les observateurs furent plus vigilants.

entree sortie 001 (2)

Au bout de 7 jours de voyage aux frais de je sais plus quelle Princesse, nous débarquons en POLOGNE, dans un petit village  appelé Südhof, proche banlieue de Gräetz (en Allemand) Grotzisk (en Polonais) ; nous faisons un ou deux kilomètres à pied, histoire de se dégourdir les guibolles, et nous arrivons dans une ancienne ferme transformée en camp.

La suite de ces souvenirs paraîtra sur ce blog le 16 août 2017.

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09 août 2017

Suite 1 des souvenirs de M. Jules Devernay, un ancien habitant de la Cité Parc des Chaprais....

Le premier épisode des souvenirs de M. Jules Devernay nous avait conduit, en juin 1940 jusque dans le nord de la France, où, après la défaite française, il rejoint sa famille.

Enfin rentré chez moi, tout serait au moins fini, j’aurais pu aussi faire une collection de timbres, avec les timbres de textile qu’on appelait points, de ferrailles ,de pain, de matières grasses, de sucre (qu’on appelait tickets) mais… c’était comme les Emissions des Emirats d’Arabie ou autres "émissions pirates", il y en avait en quantités limitées de tous les modèles ,de toutes les couleurs et ils se vendaient très chers au marché noir, parce qu’il étaient rares. Des mauvaises langues, (et il y en a partout) disaient même que certains faisait leur beurre avec ! Ce qu’il y a de certain c’est qu’au moins un de ces timbres est resté témoin de cette époque et qu’il est catalogué en France même. Il s’appelait « Timbre de Ravitaillement » et servait à affranchir les questionnaires ; il fut régulièrement oblitéré.    

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J’étais donc heureux d’avoir retrouvé mes parents, bons marcheurs aussi et malgré les quelques 250 kms faits à pied, pas à cheval ni en voiture, mais parfois à plat ventre, sur mes genoux, dans la position de l’autruche qui cache sa tête, et même au pas de course olympique, j’avais enfin atteint le but ??

La guerre était au moins finie…c’était tout au moins ainsi que le croyais, mais…

Vers le début du mois de Juin, je me rends à la mairie de mon bled pour ne pas trop torpiller les tickets de ravitaillement de mes parents et ne plus en acheter au marché noir, mais me voilà fiché (je ne m’en fichais pas, je vous l’assure) surtout que l’on commençait à parler d’une nouvelle race « les collaborateurs ». Ah ! Pour mon compte je peux dire qu’ils ont contribué à mon voyage à POZNAN. Je fus « donné » comme étant un militaire d’active, car vous pensez bien que, contrairement aux ordres affichés par les occupants, je m’étais bien abstenu d’aller les saluer et de leur demander des nouvelles de leur santé !!

Mais voici que le 15 Juin, deux gaillards, tout de vert habillés….portant, comme les vaches qui ont remporté un premier prix dans un comice agricole, une énorme plaque de ferraille au cou peut être aussi pour se préserver des coups de froid sur la poitrine, enfin, je ne sais pas...) se présentent chez mes parents.

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Ils avaient aussi sur la tête une énorme marmite, qui ressemblait à celle qu’avait ma grand-mère pour faire ses confitures, à la seule différence que de chaque côté de leur marmite, il y avait comme les cocottes minute une espèce de petit tuyau qui, certainement, devait servir de soupape d’échappement de la transpiration intellectuelle, mais ce qu’il y a de certain, c’est que… çà ne sifflait pas !

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Je ne les ai pas vus, ayant été prévenu par un ami qu’ils faisaient des visites de politesse dans le coin, aussi j’étais allé faire un petit tour au bois. Ils furent très polis, paraît-il, et n’étaient venus que pour traiter un marché. Ce marché (pas commun) était du genre des gaziers qui le proposaient : si je ne me rendais pas le jour même à la Kommandantur de Roubaix, avec 2 jours de vivres, une couverture et surtout une bonne paire de godasses, ils embarquaient purement et simplement mes vieux parents.

J’étais encore jeune et célibataire, mes parents comptaient plus que moi, je décidai donc de me rendre à leur « très aimable » invitation, mais cette histoire de godillots me chatouillait la plante des pieds, car la marche, j’en avais « plein les bottes » ! Enfin, après les adieux, je pris mon courage à deux mains et repartis… à pied, bien sûr.

Suite le samedi 12 août 2017.....

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