HUMEURS DES CHAPRAIS

20 avril 2019

Les cloches de l'église du Sacré Cœur aux Chaprais...

Vous le savez, ce samedi 20 avril 2019, date de parution de cet article, est, pour les chrétiens, un samedi saint. Nous sommes donc dans la semaine sainte qui a débuté dimanche dernier,jour des Rameaux. Or,  mercredi 17 avril à 18h50, vous avez entendu aux Chaprais, comme ailleurs dans la ville, les cloches sonner à l'unisson. Il s'agissait d'une décision de la conférence des évêques de France en solidarité avec le diocèse de Paris :  lundi 15 avril 2019, à 18h50 , nous ne vous apprenons rien,débutait ce terrible incendie qui a ravagé Notre Dame de Paris. Les cloches retentiront de nouveau le dimanche de Pâques.

M. Alain Prêtre, l'auteur des photos couleurs qui illustrent cet article, nous a donc suggéré de rappeler l'histoire des  cloches installées dans les deux églises des Chaprais : Saint Martin des Chaprais,  la plus ancienne, et le Sacré-Cœur, la plus récente.

sacré coeur église votive cliché ancien 2

Commençons par l'histoire des cloches de la plus récente, celle de cette église votive dont la première pierre a été posée le vendredi 3 juin 1921, jour de la fête du Sacré-Cœur. Nous avons, par le passé, consacré un bref article à cette construction (voir article publié le 15 mars 2014 sous le titre "L'église du Sacré-Coeur, 14 avenue Carnot"). Nous y reviendrons certainement,  mais concentrons-nous sur ses trois cloches. 

 

sacré coeur guillemot architecte (3) cliché ancien

 

Leur bénédiction donna lieu à une grande cérémonie le dimanche 27 avril 1924. Le quotidien local, L'Eclair Comtois, a rendu compte de cet événement dans son édition du 28 avril 1924 ( à noter que  le quotidien Le Petit Comtois, journal très anti-clérical, et La Dépêche Républicaine de Franche-Comté, sauf erreur de notre part, n'ont dit mot sur cette bénédiction).

 

bénédicrion des cloches manchette éclair comtois

 

Voici un extrait de cet article publié par L'Eclair Comtois.

bénédisction des cloches extrait éclair comtois 28 avril 1924

"Une cérémonie touchante et que l'on voit assez rarement s'est déroulée dimanche matin, en l'église votive du Sacré-Coeur, sous la présidence de Sa Grandeur Monseigneur Humbrecht, Archevêque de Besançon, celle de la bénédiction des cloches de la nouvelle Paroisse des Chaprais.

La cérémonie était fixée à 8h45, mais bien avant cette heure, les fidèles arrivaient si nombreux que bientôt le vaste sanctuaire fut trop petit pour contenir le flot sans cesse montant des paroissiens qui ne voulaient pas manquer d'assister à la touchante cérémonie qu'est une bénédiction, un baptême des cloches.

Grâce à un service d'ordre parfaitement conduit par des jeunes et dévoués paroissiens chacun put cependant trouver une place et l'église du Sacré Coeur était archi comble quand Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque fit son entrée et la cérémonie commença aussitôt selon les rites usuels toujours si impressionnants.

Depuis plusieurs jours, ainsi du reste que L'Eclair Comtois l'avait annoncé, les trois cloches qui bientôt prendront place dans les tours, pour animer la vie paroissiale, étaient exposées à l'entrée du choeur du Sacré-Coeur, sur l'échafaudage ad-hoc, à la place de la table de communion qui avait été enlevée pour la circonstance"...

 

cloche sacré coeur bénédiction 27 avril 1924 001

 

 

Mgr_HUMBRECHT_

 

Sont ensuite données quelques précisions concernant ces trois cloches.

La première cloche pèse 1 200 kg et donne le "ré dièse".

cloche sacré coeur 5

 

cloche sacré coeur 2

Une inscription latine est portée sur ses flancs, traduite ainsi par le journal :

" Le Christ triomphe

Le Christ règne

Le Christ gouverne 

Que le Christ me préserve de tout mal

Cette cloche

qui se nomme MARGUERITE-MARIE

a été dédiée au sacré coeur de Jésus

par Sa Grandeur Monseigneur Humbrecht

Archevêque de Besançon

en présence de M. Jean Dalloz, parrain,

et de dame Hermine Charrière

veuve de M. Albert Eugène Garnier

marraine

et aussi de MM. F. Pinondel, curé

et L. Tyrode, vicaire

le 27 avril 1924

En souvenir de M. Albert Augène Garnier

la cloche sonne

L'Ange vous appelle. Le Christ commande

Répondez et vous serez sauvé ".

 

cloche sacré coeur 4

 

 La 2° cloche pèse 950 kg et donne la note "Fa".

 

cloche sacré coeur 3

 

Et sur ses flancs sont notés les noms des parrains M. Pierre Jacobé, de la marraine, Dame Marie-Thérèse Le Mire et elle a été baptisée MARIE-AMBROISINE.

La 3° pèse 650 kg et donne la note "Sol".

 

cloche sacré coeur 1

  

Parrain : M. Jules P. M. Grosperrin, son épouse Dame Marguerite-Marie Dromard étant sa marraine. Nom de baptême GENEVIEVE. relevons tout de même cette inscription sur ses flancs :

"J'appelle les hommes d'armes

J'annonce les jours

Je marque les heures

Je chante les fêtes

Je pleure les deuils

J'écarte les orages".

Ces trois cloches ont été fondues à Brest dans les établissements de M. Gripon.

Relevons également que la cérémonie se termina à 11 heures ! Car selon le rituel religieux elles ont été l'objet d'une bénédiction de sel et d'eau, d'un lavage et d'un enfumage,en dessous, avec encensoirs. Puis, discours de Mgr Humbrecht. A la fin de la cérémonie parrains et marraines ont distribué des dragées tandis que l'on revêtait chaque cloche d'une robe de satin blanc avec des rubans de couleur différente pour chacune d'elles.

En attendant, d'ici quelques semaines, l' article consacré aux cloches de Saint Martin des Chaprais, petite question : qu'est-ce qui est commun à une des cloches des églises Saint Martin, de  la Madeleine, et de  la basilique Saint Ferjeux?....

Un excellent site à consulter sur les cloches comtoises : https://clochescomtoises.com

https://clochescomtoises.com/

Photos des cloches Alain Prêtre (DR); autres photos Mémoirevive et wikipédia (Mgr Humbrecht) DR.

J.C.G.

 


13 avril 2019

Félix Prost, du journal quotidien "Le Petit Comtois", au journal quotidien... "Le Comtois"...

Comme nous l'indiquions dans l'article publié la semaine dernière,  M. Félix Prost était embauché comme aide-comptable, dès 1911, au journal Le Petit Comtois . Le premier numéro de ce Journal Républicain Démocratique Quotidien comme l'indiquait alors le sous titre, était daté du 1er août 1883.

En septembre 1932, le journal fêtait à l'Hôtel des Bains son cinquantième anniversaire. Félix Prost était alors comptable et assistait à ce banquet. Si, à l'origine le sénateur radical socialiste Jules Gros avait fondé ce quotidien, la famille Millot qui l'imprimait en était devenue propriétaire par rachats successifs (en 1886 et 1903). Et Jean Millot ne manqua pas alors de signer, lors de ce banquet, le menu de Félix Prost, menu qui reproduisait en filigrane la “une” de la toute première édition du Petit Comtois.

Félix Prost Petit Comtois 50° anniversaire

Félix Prost Petit comtois menu 1932

En 1939, à la déclaration de la guerre (3 septembre 1939), seuls les hommes âgés de 20 à 40 ans étaient mobilisés (en fait la mobilisation avait commencé le 1er septembre à la suite de l'invasion de la Pologne). Félix Prost alors âgé de 52 ans n'était donc pas mobilisable. Le journal cessa de paraître du 16 juin 1940, date de l'arrivée des allemands à Besançon, au 24 juin 1940 ( il avait de nouveau été imprimé à la demande de l'occupant afin d'y publier ses communiqués et ceux de l'administration).

Difficile de préciser comment Félix Prost entra dans la résistance. Mais il le fit dès 1941. Cette carte témoigne de son appartenance à l'un des grands réseaux en zone occupée, Ceux de la Résistance, qui diffusa de la propagande contre l'occupant, collecta des renseignements, organisa la réception des parachutages, des dépôts d'armes et la prise en charge des pilotes alliés abattus au dessus du territoire. Félix Prost a participé, entre autres, à des transports d'armes.

Félix Prost résistant

A la libération, une ordonnance datée du 30 septembre 1944 ordonna la dissolution des journaux qui avaient continué de paraître sous l'occupation. Or Le Petit Comtois avait été interdit de parution par les autorités allemandes le 22 mai 1944. Malgré des actions en justice , appuyées sur de nombreux témoignages réfutant l'accusation de collaboration avec l'ennemi, le titre ne devait jamais reparaître. Et dans le contexte de la libération, socialistes et communistes, alors unis, souhaitaient développer leurs propres journaux afin de remplacer les organes de presse dépendant des radicaux socialistes. Félix Prost, certainement membre de la SFIO, devait devenir un des principaux organisateurs du nouveau journal intitulé Le Comtois, publié dès le 9 octobre 1944, par une coopérative d'ouvriers imprimeurs qu'il créa en grande partie avec ceux qui imprimaient l'ancien journal. Et cela au siège de l'ancien journal 20 avenue Gambetta. Le 19 mars 1945, sous le titre du journal, apparaît pour la première fois les noms des membres du comité de direction : Félix Prost est mentionné aux côtés de A. Millefert, M.Roch, A.Houtin. L'échelon suprême dans ce nouveau journal!

félix prost comité de direction

Le Comtois du 21 janvier 1945 mentionnant Félix Prost comme membre du comité de direction

Mais Le Comtois tirant alors à 35 000 exemplaires, ne rayonnait , pour l'essentiel, qu'autour de Besançon. Il disposait d'une clientèle bisontine fidèle. La rupture intervenue en 1947 entre communistes et socialistes en fit, de fait, le journal des socialistes. M. Joseph Pinard précise dans un article écrit il y a quelques années sur la presse à cette époque : "Il ne dispose ni des moyens matériels, ni d'un créneau politique pour tenter une percée régionale... Le Comtois vivote donc, maintenant sa ligne anticléricale alors que le contexte a changé et quand le journal de la gauche décide de publier un article cordial pour saluer la mémoire du très populaire archevêque de Besançon, Mgr Dubourg, en 1954, certains militants SFIO s'inquiètent de cette main tendue."...

Félix Prost était-il de ces protestataires?

Si en 1950 il était encore président d'honneur de la commune libre des Chaprais, il a dû prendre sa retraite en 1953.

Félix Prost orésident d'honneur

 

Mais il ne devait pas en profiter beaucoup. Veuf (depuis 1943), et malade, il est décédé le 25 janvier 1959. Son décès, dès le lendemain faisait la une de son journal et un article en page intérieure était publié.

félix prost coupure comtois

Article paru dans Le Comtois du 26 janvier 1959

Ses obsèques ont fait également l'objet d'un important compte-rendu. Le maire Jean Minjoz, de nombreux élus, collègues et amis, habitants des Chaprais avaient suivi le cortège funèbre parti de son domicile de la rue Charles Fourier et s'étaient rassemblés au cimetière des Chaprais.

Félix prost photo obsèques 1

 

Obsèques au cimetière des Chaprais : éloge funèbre de M. Roch (DR)

Félix Prost obsèques coupure presse

Compte-rendu des obsèques dans Le Comtois

félix prost obsèques 1

Obsèques au cimetière des Chaprais : on distingue au premier rang de l'assistance le maire de Besançon, Jean Minjoz.

Maurice Roch l'ancien rédacteur en chef du Comtois, ancien membre du comité de direction, son compagnon de toujours déclarait, la gorge serrée, en conclusion de son éloge funéraire:

 “A mon ami, à mon Compagnon de Résistance, au camarade qui m'a rendu courage aux heures de lassitude, je dis non pas adieu, mais merci.”

En ce qui concerne le journal, Le Comtois dès 1973, avec son titre, était de fait absorbé par L'Est Républicain et publiait le même contenu que ce dernier.

 

felix prost le comtois 4 janvier 1982

 

Puis en 1982 l'Est Républicain devenait le seul journal avec Le Comtois en sous-titre;

félix prost er sous titre le comtois

 

et en 1994 L'Est Républicain tout court, ed du Doubs.

félix prost er 2 janvier 1994 seul

 C'était donc la fin de l'épopée du Petit Comtois et du Comtois qui lui avait succédé..

J.C.G.

06 avril 2019

Qui se souvient de Félix Prost, véritable personnalité des Chaprais?

Lors d’un Café Histoire, nous avons rencontré une petite fille de Félix Prost. Elle réside aux Chaprais  et elle a bien voulu évoquer le rôle joué, dans notre quartier, par son grand-père : Félix Prost, un éminent chapraisien, décédé il y a maintenant 60 ans.

Et il a fallu beaucoup de hasard et d’autres rencontres, dont celle d’Alain Prêtre avec M. Gruss, à Thise, puis avec les deux petites filles de F. Prost,  pour rédiger ce petit article.

Merci donc à toutes celles et tous ceux qui nous ont permis d’écrire ce qui apparaît être une page de l’histoire de notre quartier.

Qui était Félix Prost ?  Il est né à Jallerange le 25 octobre 1887. Son père était instituteur (à Saône) et la famille comptait trois garçons. Leur mère meurt en 1908, leur père 2 ans plus tard,  et Félix étant l’aîné, doit abandonner ses études afin de s’occuper de ses deux frères plus jeunes, Amédée 19 ans (qui sera plus tard, professeur agrégé  de  sciences au lycée de Besançon), et Camille 11 ans ( qui lui sera comptable).

félix Prost à gauche sur photo 2

Félix Prost, au 1er rang à gauche sur cette photo (DR)

Aussi, dès le 1er janvier 1911, il devient aide-comptable dans une imprimerie rue Gambetta (nous aurons l’occasion d’aborder, plus tard, dans un second article le rôle joué par F. Prost dans l’impression des quotidiens bisontins « Le Petit Comtois », puis, après la guerre « Le Comtois »).

Et à la fin de l’année 1911, il rencontre une couturière bisontine, Germaine Durand (née le 14 mars 1888), et se marie.

Mobilisé en 1914, il fait cette guerre avec courage. Blessé au combat il obtient de nombreuses médailles et décorations : médaille militaire, croix de guerre, médaille de Verdun. Deux enfants naîtront : un fils, Michel en 1914, et une fille, en 1918, Simone, la maman d’Arlette et Pascale que nous avons donc rencontrées afin d’obtenir des renseignements sur leur grand-père .La famille va s’installer aux Chaprais entre les deux guerres. Au 20 rue des Chaprais, il ouvre une Librairie, Papeterie, Imprimerie Bimbeloterie. Mais il exerce toujours son métier de comptable dans l’imprimerie de la rue Gambetta.

rue des chaprais librairie 2

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Cette librairie sera revendue pour acheter, avant la seconde guerre mondiale, une maison mitoyenne rue Charles Fourier.

Félix Prost Librairie a cote du REX rue des Chaprais (2)

La librairie, rue des Chaprais, après le bombardement de l'aviation britannique de la gare Viotte en juillet 1943

Dans ce quartier des Chaprais qu’il aime tant, il est un des fondateurs, en 1930,  de  La Commune Libre des Chaprais (voir à ce sujet les 3 articles parus sur ce blog le 11 janvier et  le 1er février 2014, puis le 3 septembre 2016). Cette association qui se dissimule sous un masque d’humour est en fait  une œuvre d’entraide et d’assistance !

commune libre chaprais 2

La meilleure preuve, c’est en 1939 lorsque la seconde guerre mondiale éclate et que des chapraisiens comme tous les français du même âge sont mobilisés. Félix Prost, alors Président du Comité des fêtes de la commune libre, va engager une vaste et efficace campagne de solidarité ! Il crée un Comité de Guerre.  Tout d’abord pour les soldats chapraisiens qui sont sur le front (la déclaration de guerre et l’ordre de mobilisation qui l’accompagne date du 3 septembre 1940) ; puis à l’heure de la défaite (armistice du 22 juin 1940), pour les nombreux prisonniers. Pour cela, ce comité de guerre multiplie les appels dans la presse afin que les intéressés et leurs familles se signalent auprès de lui !

Felix prost cahier comité de guerre 001 (2)

Nous avons retrouvé, grâce à M. Gruss, ce document exceptionnel relatif à cette époque : le cahier scrupuleusement tenu de ce comité de guerre quant aux  aides adressées aux  94 soldats répertoriés ! Un modèle de rigueur et de probité ! Sont inscrits 89 donateurs qui ont versé de l’argent (de 5 f, la plus petite somme à 150 f somme la plus forte !). Pour cela la ville autorise M. Prost à placer des troncs dans les cafés, à organiser des collectes et à recueillir des dons en nature (tablettes de chocolat, tabac, livres,  savonnettes, biscuits, tricots, etc.) : au total 135 donateurs. Les récépissés de la poste, les lettres de remerciements ont été joints à ces listes établies !

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Autorisation de la mairie adressée à Félix Prost le 2 décembre 1939

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Une épouse qui habite les Chaprais signale que son mari est soldat

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Les dons des entreprises des Chaprais : deux exemples

La création de la Commune Libre des Chaprais, puis de son comité de guerre n’échappent pas au contexte historique de l’époque. Il s’agissait pour ces républicains laïcs, le plus souvent membres du parti radical-socialiste de l’époque,  de ne pas laisser le monopole des aides et assistances  à l’église ! D’ailleurs Félix Prost fait partie du patronage laïque à l’époque de la présidence  de  Charles Siffert (1876-1939 ; maire radical socialiste de Besançon de 1925 à 1939). Et, alors que ses enfants étaient scolarisés, Félix Prost avait présidé l’Amicale des Parents d’Elèves des Ecoles Laïques.

Cet engagement de Félix Prost au service des chapraisiens, durant la guerre, se prolongera tout naturellement par son engagement dans la Résistance. Nous vous raconterons donc la suite dans un prochain billet.

J.C.G

30 mars 2019

Vous souvenez-vous de la CEDIS?

Peut-être faites-vous partie des nombreux bisontins qui se souviennent de la Cedis, non ?

Mammouth, Suma, Maison Jardin, Mageco, Magasins J et il y a plus longtemps encore, les Docks, les Economiques, etc. Pour de nombreux bisontins (et au-delà, de nombreux franc-comtois), toutes ces enseignes commerciales évoquent des souvenirs encore vivaces.

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Mammouth à Besançon avant le Géant Casino actuel

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Prolongement des premières enseignes des Docks Franc-Comtois et des Economiques, la Cedis est née en 1965 de leur fusion avec La Ruche Comtoise de Besançon et les Comptoirs de la Bourgogne  de Dijon (voir à ce sujet, sur ce blog l’article en date du 14 juin 2014 : Qui se souvient des Docks Franc-Comtois ?).

Rappelons la signification du nom de cette société qui vient de naître : Centre Est Distribution Succursaliste.

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 Les anciens locaux de la CEDIS, rue des Docks, aujourd'hui boulevard Diderot

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 Le Suma des Chaprais, rue Tristan Bernard (photo B. Faille memoirevive besançon DR)

La Cedis est alors une entreprise familiale bisontine dont le capital est détenu majoritairement par la famille Mathey . Elle est dirigée par les trois frères : Gabriel, Jean et Henri ainsi que par leurs nouveaux associés fusionnés.L’entreprise est  florissante. Vingt ans après, en 1985, les trois frères Mathey ont pris leurs retraites. Entré en 1970 dans l'entreprise, quelques années après sa sortie de l'Essec, François-Noël Mathey en est alors le Directeur Général. Brutalement, en six mois et sans signe avant coureur, les anciens dirigeants décident de vendre l'entreprise à Casino. Or, brusquement, 20 ans plus tard, en 1985, la Cedis   est vendue à Casino, dont le siège social est alors basé à Saint-Etienne. Ceci se fait contre le gré de François-Noël Mathey qui rejoint le premier Saint-Etienne. Il y restera jusqu’en 1989, année au cours de laquelle il reprend l'entreprise de prêt à porter féminin Pierbé (contraction, oh coïncidence, de PIERre BEsançon son fondateur).  L’Est Républicain publiera, notamment en avril 1989, une interview dans laquelle il s'explique sur les événements dont il a été un témoin capital. 

FNM G

Portrait de François-Noël Mathey par G. Oudot ( DR)

Nous avons demandé à M. François Noël Mathey que nous avons rencontré à son domicile à Lyon où il vit avec son épouse Nicole, en retraite, l’autorisation de reproduire ses réponses datant de 30 ans. Ces propos nous semblent très importants pour comprendre la disparition progressive de cette société qui, au moment de sa vente, employait 10 000 personnes en Franche-Comté, Bourgogne, Champagne, Alsace et région Lyonnaise et y réalisait un chiffre d'affaires d'environ 1,5 milliard d'euros.

Les raisons et la réalité de cette disparition sont à ce jour largement méconnues et justifient que la vérité soit dévoilée sur ce qui restera un drame économique et humain pour la région. Elle reste à écrire.

 Merci à M. François-Noël Mathey de son aide précieuse !

FNM article 5 avril

 

Nous attendons, bien sûr, vos souvenirs et témoignages....

J.C.G.

 

23 mars 2019

Il y a 60 ans....la guerre d'Algérie faisait de nombreuses victimes, y compris parmi les jeunes des Chaprais.....

Une loi de 2012 a instauré le 19 mars comme "journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie mais aussi des combats en Tunisie et au Maroc". Certes cette date symbolique, reconnue par la puissante FNACA (Fédération des anciens Combattants d'Algérie, Maroc et Tunisie : 290 000 adhérents revendiqués en 2018!),  renvoie à la date de la signature des Accords d'Evian, la veille (accords précédés de longues négociations dans un chalet discret de la station jurassienne Les Rousses, proche de la frontière suisse, ce qui permettait aux représentants de l'insurrection algérienne de regagner, chaque soir, la Suisse, pays neutre où ils logeaient...).

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Et donc les autorités officielles, Préfet en tête, ont célèbré, le 19 mars 2019, cette date anniversaire devant un monument aux morts, aux Glacis, récemment nettoyé .Il ne s'agit pas, bien sûr du monument aux morts de la Grande Guerre qui, déplacé de son implantation première devant la gare Viotte, conserve des sculptures de Georges Laëthier, Albert Pasche et Paul  Gasq (voir l'article qui leur a été consacré sur ce blog à la date du 11 novembre 2016, intitulé "Les 3 statuaires du monument aux morts de la grande guerre"). 

Mais bien du monument aux morts dû à Georges Oudot, aux Glacis, situé sur le côté à droite du précédent, conscré aux victimes, originaires du Doubs,  de la guerre en Afrique du Nord. C'est la guerre d'Algérie, bien sûr qui comporte le plus de victimes parmi les plus 250 morts répertoriés dans notre département!

 

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Photo Alain Prêtre (DR)

 

Coq monument Glacis 02 (2)

 Connaissez-vous ce coq, au dos du monument des Glacis? 

Cet emblème qui ornait le Monument aux Morts du village d'El-Achour a été récupéré par le maréchal des logis-chef TOULIS dans les débris du monument alors saccagé au moment de l'indépendance de l'Algérie en 1962. Cette relique est précieuse puisqu'elle coutât la vie à ce sous-officier. Elle fut rapportée à Besançon par son chef de corps lors du rapatriement de l'unité en métropole et remise aux associations promoteurs du présent monument. Photo Alain Prêtre (DR)

 Et parmi ces noms gravés dans le marbre, en lettres dorées, celui d'un jeune très connu aux Chaprais, comme le rapporte un article du quotidien Le Comtois en date du 11 février 1959 : Gérard Frachebois, jeune aspirant de 23 ans, tué en Kabylie le 23 décembre 1958 et enterré au cimetière des Chaprais le 10 février 1959.

 

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Tombe de Gérard Frachebois au cimetière des Chaprais (DR)

 

 

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L'article du journal Le Comtois le 11 février 1959

Vous constaterez au passage le temps qu'il a fallu pour transférer alors, la dépouille mortelle de ce jeune, de Kabylie à Besançon, sa terre natale!

De Gérard Frachebois, nous savons peu de choses : il est né le 28 mai 1935 à Besançon, au 68 rue de Vesoul. il est le fils de Georges né le 29 avril 1011 à Besançon et de Marie-Louise Antoinette Vagneux née le 15 mai 1913 à Merey sous Montrond. Les parents de Gérard s'étaient mariés le 4 mai 1934 à Besançon. 

L'article de presse relatant ses obsèques nous apprend qu'il avait été élève à Saint Joseph puis moniteur de la colonie de l'Aiglon à Grandfontaine. Ce qui explique la présence massive des jeunes chapraisiens lors de ses obsèques. Il n'y eut pas de discours officiel est-il alors précisé. Mais hommage lui a également été rendu par un détachement militaire encadrant le char funèbre, fusil pointé vers le bas, comme c'était l'usage. Gérard devait être libéré quelques semaines après la date son décès!

 

Frachebois photo obsèques

 Détachement militaire accompagnant le corbillard

Combien de jeunes chapraisiens sont alors décédés en Algérie?

Aujourd'hui, mis à part chez les anciens combattants, qui sont souvent restés traumatisés par cette guerre, les jeunes générations connaissent-elles le bilan de cette guerre, bilan toujours soumis à controverse ? 

25 000 militaires français tués; 65 000 blessés; de 10 000 à 90 000 victimes civiles européennes selon les sources; de 30 000 à      150 000 harkis massacrés à l'indépendance et 250 000 algériens tués sur une population algérienne estimée alors à 10 millions d'habitants !

Il convient de s'en souvenir!

Merci à Mrs. Roger Chipaux pour ses recherches sur la famille Frachebois et Alain Prêtre pour ses photos récentes du monument aux morts de Besançon.

J.C.G.

 

 


16 mars 2019

Gilbert, artisan/commerçant de "Pressing Cuenot", rue de Belfort jusqu’en 2013, est décédé

Le 14 janvier 2019, Gilbert Cuenot, 71 ans disparaissait. Les chapraisiens se souviennent d'autant mieux de Gilbert qu'il a pratiquement toujours vécu et travaillé aux Chaprais. Figure attachante du quartier, nous avons donc voulu lui rendre hommage en rassemblant des renseignements et des documents auprès de Norbert, son frère.

Gilbert Cuenot, tenait un commerce de nettoyage, teinturerie, pressing comme l'on dit maintenant au 41 rue de Belfort et ce, de 1969 à 2013! Ce qui témoigne d'une longévité exceptionnelle due à un savoir faire tout aussi exceptionnel.

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Gilbert Cuenot interviewé dans l'Est Républicain (article Annette Vial)

L'histoire de cette famille mérite d'être racontée. Omer, le grand-père, était tailleur à Morteau (l'arrière grand-père l'était déjà, à Villers le Lac...). Il va s'installer à Besançon dans les années 1930, dans des locaux au 10 rue de la Préfecture qu'il loue. Son fils Robert, le futur  père de Gilbert, y reprend un commerce de bains-douches tenu auparavant par Mme Brouillard. Le n°10 de cette rue était alors constitué d'un bâtiment en forme de U avec plusieurs cours. (*)

Dans la 2° cour fonctionnait alors, pour le linge des Bains Granvelle, une buanderie très équipée, avec de grosses machines de lavage et d'essorage. C’est là que Marcel,  son frère ainé, va commencer ce métier de nettoyeur à sec, technologie émergente au début des années 40.

On peut dire que le métier de tailleur, mais aussi les bains douches conduisent en quelque sorte à ces métiers qui émergent. Pour un tailleur, à l'époque, l'obsession est le pli du pantalon pour les hommes! Il nécessite rapidement de grosses machines pour effectuer un pli parfait!

A noter que dans la 3° cour, la cour aux raisins ( qui abritait une treille), existaient alors un club de boxe, avec ring, sauna et des chambres louées .

Ce sera Maurice, le 3° frère de la fratrie qui installera en 1950 un pressing au 41 rue de Belfort. Il  succède à un fumiste (métier de la fumisterie, bien sûr). L'enseigne du magasin est bien trouvée : ce sera  "Tout Nett".

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Madame Berthe Cuenot et deux de ses enfants à l'enseigne TOUT NETT (photo fonds familial DR)

Maurice se fait alors aider par Berthe, sa belle soeur, la maman de Gilbert, qui vient de remettre sa boutique (« La Mode »), alors que son mari s'occupe encore des bains/douches, toujours au 10 de la rue de la PréfectureEn 1954, la rigueur de l’hiver endommage les canalisations et la chaudière des bains/douches ayant explosé, la famille de Gilbert, sur proposition de Maurice va reprendre le commerce de la rue de Belfort.

Maurice poursuit alors son activité en Suisse, au Maroc, et au Portugal, pour ouvrir au final une boutique de nettoyage/pressing à Saint-Denis (93).

La famille réside dans l'appartement au-dessus de la boutique. Les parents ont fort à faire avec leurs cinq garçons! La maman, toujours accueillante, est à la réception des vêtements, et à l’atelier.  Si le nettoyage à sec est bien la raison d'être du commerce, la blanchisserie est sous-traitée : la boutique comme l'indique la pancarte en devanture n'est qu'un dépôt pour le nettoyage du linge de maison.

Après des études de comptabilité au Lycée St Pierre-Fourrier à Gray, son service militaire effectué, Gilbert viendra travailler avec ses parents, aux Chaprais puis reprendra le commerce dans les années 80, qu'il rebaptisera  alors "Pressing Cuenot". Proche de Maurice, puisque tous deux pratiquent le même métier, il saura mettre à profit l'expérience de son oncle et développer son expérience afin d'acquérir des compétences qui feront de lui la référence, dans ce domaine, à Besançon. Entre autres dans le nettoyage des tapis, des vêtements de cuir et de fourrure.

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Photo fonds familial (DR)

Son engagement associatif et pour des causes humanitaires est alors connu.

L'aventure familiale se termine donc en 2013. Gilbert est alors fatigué et éprouvé physiquement par un cancer du rein métastasé.

Cuenot Fin d'un Pressing (2)

 La"une" de l'Est Républicain du 7 mars 2013.( Photo Ludivic Laude)

cuenot remerciements

 

 

 L'avis de fermeture calligraphié par son frère Norbert, professeur d'arts plastiques (photo Vivre aux Chaprais)

 Une autre aventure commerciale commencera alors : celle du comptoir bio de M. Victor.

Cuenot Victor

Victor 02 (2)

Le Comptoir Biologique de M. Victor (photos A. Prêtre DR)

Jusqu'à son décès, Gilbert résida dans le quartier et ceux qui le connaissaient constataient avec peine les signes de la terrible maladie qui devait au final, l'emporter! De Gilbert nous voulons conserver ce visage souriant qu'il affichait lors de la remise de médaille par la chambre des métiers et de l'artisanat en juin 2014.(au 1er rang à gauche).

cuenot médaille

Photo Chambre des métiers et de l'artisanat (DR)

Nous aurons l'occasion de publier ultérieurement, des témoignages de personnes qui l'ont connu et bien sûr, apprécié.

(*) Cette construction a fait place depuis (dans les années 60) à un nouvel immeuble.

Merci aux trois frères de Gilbert pour l'aide apportée dans la rédaction de cet article.

 

JCG

 

09 mars 2019

IL y a 60 ans, un artiste Chapraisien, André Seurre, célébrait la messe de Willette

Mercredi dernier,  6 mars 2019 , c’était le jour des Cendres.

Or, savez-vous qu’il y a 60 ans, un chapraisien, André Seurre, peintre-verrier, qui naquit et vécut aux Chaprais, célébrait (le mercredi 11 février 1959), à l’église Saint-Pierre de Besançon,  la messe dite de Willette en mémoire des artistes disparus dans l’année ?

andre seurre messe de willette 9 13 février 1959

André Seurre le 11 février 1959, église Saint-Pierre (photo B. Faille memoirevive.besancon)

sacré coeur guillemot architecte (2)

 

De quoi s’agissait-il? 

En 1914, le responsable de l'Union des Catholiques des beaux-arts, M. Pierre Regnault invita ses adhérents à une messe en mémoire des membres défunts. Adolphe Léon Willette peintre, caricaturiste, illustrateur,  répondit à l'invitation et suggéra de faire cette messe  dans une vieille église de Paris, si possible historique. Par exemple l'église Saint-Germain-L’auxerrois, le mercredi des Cendres. Et ce, pour ceux qui allaient mourir dans l’année ! Cette première messe eut lieu effectivement, dans l'église Saint Germain l'Auxerrois, le mercredi 17 février 1926, soit treize jours après le décès de cet artiste. Avec lecture de la prière dite de Willette  puisqu’il l’avait plus ou moins écrite. Une dalle en pierre a été scellée dans le mur de l'église le 7 février 1951 afin d’y célébrer l’événement.

Le texte de cette prière subsista jusqu’en 1998, semble-t-il :

 « Ave, Domine, morituri
Ceux qui te saluent, Seigneur, avant de mourir sont ceux que tu as créés, à ton image, pour créer de l'art;
Ceux qui ont médité ton œuvre et rendu hommage à sa beauté!
Ce sont les simples d'esprit dédaigneux de l'or diabolique,
Ce sont les arrivistes qui aspirent à la gloire d'être à ta droite!...
Ceux-là, Seigneur, te saluent avant de mourir!
Nous, les artistes dans l'arène ténébreuse, à la lueur des armes que tu nous as données devant les multitudes qui n'ont ni yeux ni oreilles, mais qui ont une bouche pour nous huer si nous succombons… pollice verso, nous te saluons, Seigneur avant de mourir ».

A l’issue de la messe, une quête était alors réalisée au profit des vieux artistes nécessiteux et de leur famille.

messe de Wilette 2

Article paru dans Le Comtois, le 12 février 1959

Curieux personnage ce Willette qui fut un antisémite (comme Caran d’Ache et Forain, artistes alors contemporains). Il n’hésita pas à se présenter aux élections législatives de 1889 : son affiche électorale est très parlante !

Willette élections

Affiche électorale (Bibliothèque Nationale)

Quant à André Seurre, son activité artistique est illustrée dans une brochure éditée par la ville de Besançon. Elevé, alors qu’il était orphelin, aux Chaprais, par une famille de cheminots communistes, les Midol (voir, sur ce blog,  les articles écrits à leur sujet), il était un paroissien assidu de l’église du Sacré Cœur de l’avenue Carnot où il réalisa d’ailleurs des vitraux non figuratifs;

Andre Seurre Vitraux Sacré Coeur 02 (2)

Vitraux église du Sacré Coeur (photo A. Prêtre)

à l’image de ceux qu’il réalisa également à l’église Saint Pierre.

André Seurre vitrail Saint Pierre 1

André Seurre signature vitrail saint pierre 1965

Vitraux église Saint Pierre (Photos A. Prêtre)

Si vous ne connaissez pas l’œuvre d’André Seurre (1902-1977), une bonne nouvelle : la brochure éditée il y a deux ans était épuisée. Elle vient d’être rééditée. Vous pouvez vous la procurer auprès de l’accueil à la mairie ou en téléphonant au service de la démocratie participative de la ville : 03 81 87 82 57. Elle est gratuite.

brochure seurre 001

Deux énénements importants le week-end prochain les 15 puis le 16 mars 2019 :

1er anniversaire de l'installation des boîtes à livres

 

visuel 15 mars

Journée santé bien-être  aux Chaprais (voir programme sur le site)

journée santé

 

 

JCG

 

02 mars 2019

Il était une fois Gabrielle Guglielmi-Barbin, mère de ...un portrait de madame Eveline Toillon...

Il était une fois, à la fin du siècle dernier, une jeune parisienne, Gabrielle Barbin, qui séjournait en Italie avec ses parents. Elle y rencontra le beau Giovanni Guglielmi, ancien officier de cavalerie de l’armée italienne, devenu vétérinaire à Castellaneta, une petite ville de 5 500 habitants. Coup de foudre, déclarations, et Gabrielle est si éperdument éprise de Giovanni qu’elle accepte, en l’épousant en 1889, de s’éloigner de sa famille, de s’expatrier, et de quitter Paris pour aller habiter une bourgade de l’Italie du sud.

Malgré le déracinement, c’est pour Gabriele le bonheur parfait : elle installe sa maison, consacre tous ses efforts à apprendre l’italien, et pourra bientôt se mêler aux conversations avec les parents et les amis de son mari.

gabriele guglielmi

Quatre enfants arriveront : Béatrice, qui ne vivra malheureusement qu’un an, puis Alberto, Maria et Rodolfo, à qui leur mère tient à apprendre le français.

Mais en 1901 Monsieur Guglielmi meurt, et c’est le drame pour Gabrielle et ses enfants encore bien jeunes… Alberto et Rodolfo sont pensionnaires au collège de Tarente, et Maria reste auprès de sa mère.

Par la suite Alberto, sérieux et travailleur, s’inscrit à l’Université de Naples, tandis que Rodolfo, fantaisiste et velléitaire, mais très beau et d’un charme latin qui attire tous les regards, souhaite entrer dans la cavalerie, puis dans la marine ; il est enfin admis à l’Académie Royale d’Agriculture, mais ne poursuit pas ces études qui l’ennuient profondément.

Gabrielle se fait beaucoup de souci pour cet enfant capricieux qu’elle adore ; au cours d’un conseil de famille, craignant de voir le nom des Guglielmi entaché par quelque frasque du fils prodigue, un oncle conseille à Rodolfo de quitter l’Italie.

Et c’est pourquoi, en 1913, comme tant d’autres italiens, Rodolfo arrive à New –York, il a 18 ans. Il trouve un emploi de jardinier, le perd, et, pour subsister, devient plongeur, danseur mondain même, puis se produit sur scène avec une partenaire dans des démonstrations de pas de valses en particulier.

En Italie, Gabrielle ignore tout de cela ; son fils lui écrit qu’il a une belle situation, qu’il pense avoir de l’avancement, qu’elle n’a pas de souci à se faire…et elle est rassurée.

Mais voici la guerre, Gabrielle, n’oubliant pas ses origines françaises et voulant se rendre utile, quitte l’Italie avec sa fille Maria et offre ses services à un comité d’assistance aux soldats dans le Doubs. Toutes deux habitent Saint-Vit ; elles se dévouent sans compter si bien que Gabrielle, épuisée, meurt à Besançon le 10 janvier 1918 ;

Maria, désemparée et désespérée, fait enterrer sa mère au cimetière des Chaprais, sous une sobre dalle grise que l’on peut voir encore et qui porte les seuls mots : GABRIELLE GUGLIELMI.

guglielmi tombe 2

 

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Antonio demande à sa sœur de le rejoindre en Italie ; Rodolfo le « raté » de la famille, a été très ému à l’annonce de la mort de sa mère, il réside toujours aux Etats-Unis, où il a trouvé un emploi de représentant ; cependant, il se lance dans la représentation à Hollywood ; par la suite quelques rôles plus importants le font connaître, et enfin il deviendra une immense vedette, une superstar…son nom ?? Rudolf Valentino !

Eveline Toillon

Au sujet de cet acteur mythique, vous pouvez vous reporter à l'article publié par M.Angelo Santoro le 20 octobre 2016 sur le site de Vivre aux Chaprais.

 

Rudolph_Valentino

 

Gugliemi Rudolph_Valentino

 

guglielmi tombe 4

Cette tombe est située allée 11 emplacement 8000 Y

Madame Eveline Toillon, historienne bien connue à Besançon, auteure de nombreux ouvrages, avait alerté en son temps la ville, de l'existence de cette sépulture, au cimetière des Chaprais, dont la concession arrivait à expiration. In extremis, un descendant de la famille l'avait prorogée. Depuis, la ville a fait le nécessaire afin que cette sépulture soit préservée. 

Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes, la veille, le 7 mars 2019,à 14h30,  salle Proudhon (Granvelle Kursaal), elle présentera à la demande du CCH Chaprais/Cras, 13 portraits de femmes franc-comtoises, qui du XII° siècle à nos jours, ont joué un rôle éminent pour l'émancipation des femmes. Et ce,  avec un complice et récitant:  Joël Decorbez.

Entrée libre dans la mesure des places disponibles.

 

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A noter que Mme Toillon a publié, fin 2018, un livre aux éditions A.Sutton, consacré à 50 portraits de femmes franc-comtoises. 

 

 

23 février 2019

L'école d'Helvétie en 1919

Le beau temps de ce mois de février 2019 nous incite à vous replonger 100 ans en arrière. Car les lecteurs réguliers du journal l'Est Républicain ou du moins de son édition du dimanche qui comporte de nombreux suppléments, dont l'un est intitulé "le MAG" , ont peut-être lu dans la rubrique "Il y a 100 ans" , début février, cet article concernant l'école d'Helvétie, en février 1919. Le voici, tel qu'il a été repris par la journaliste du magazine qui l'a sélectionné, Mme Sylvie George-Royer. Sous le titre : "Il fait trop froid dans les salles de classe"...de l'école d'Helvétie.

helvétie article ER 001 (2)

 

Cet article est effectivement paru le 3 février 1919, dans Le Petit Comtois, page 2, sous le titre "On réclame"  et il était signé : Un père de famille.

helvétie petit comtois 3 février 2019

 Donc les enfants étaient obligés de garder leur pardessus en classe, la température n'excédant pas alors 5 à 6°!

helvetie école delcampe

Ecole d'Helvétie, à gauche. Au 1er plan, le monument à la gloire de Proudhon, inauguré en août 1910 

Il est vrai qu'en ce mois de février 1919, la température la journée, même dans les maximums reste le plus souvent négative : par exemple - 11° le 9 février le matin, -4,9° maxi dans la journée.

Difficile de connaître la réponse apportée à cette réclamation de ce  père de famille. Sauf erreur de notre part, cette question n'a pas été abordée au conseil municipal de Besançon réuni les 24 et 25 février 1919. Pourtant est évoquée une demande du concierge de l'école de l'Arsenal (demande rejetée). de même au conseil municipal suivant, les 15 et 16 avril : là ce sont des questions de plantations d'arbres de l'école de filles de Saint Claude et de la Butte.

Toujours avec les précautions d'usage, (sauf erreur de notre part), ce problème de température très basse dans les salles de classe de l'école d'Helvétie n'est plus évoquée par la suite dans ce journal. Et ce père de famille auteur de la lettre de réclamation ne semble s'être adressé qu'au journal "Le Petit Comtois". Car rien ne paraît dans le journal concurrent "L'Eclair Comtois, journal d'union libérale Quotidien" alors classé à droite (alors que Le Petit Comtois est classé à gauche).

helvétie éclair comtois 3 février 1919

 

Mais l'histoire électorale de Besançon explique certainement pourquoi... Car en 1912 est élu maire de Besançon, un avocat, Antoine Saillard, considéré comme libéral. Il était Président de la Conférence Saint Thomas d'Aquin et a battu un radical, le maire sortant, Alexandre Grosjean, sénateur ( 17 voix contre 13). Du fait du conflit de la 1ère guerre mondiale, ce conseil municipal qui devait être renouvelé en 1916, restera en place jusqu'à la fin de l'année 1919, les élections se déroulant le 30 novembre puis le 7 décembre pour le 2° tour (sera alors élu Paul Charles Krug, notaire que nous évoquerons dans un prochain article). 

helvétie maternelle

Donc Le Petit Comtois, journal radical, publie une petite attaque contre la municipalité de droite et l'Eclair Comtois, de droite, bien sûr, ne publie rien....Classique quoi....

Pour revenir à cette période de froid plus ou moins intense qui touche alors Besançon en 1919, un communiqué instructif est publié le 5 février émanant de la mairie :

Le public trouvera du charbon de bois en sacs de 60 kg environ, rendu à domicile à 23 fr le sac. S'adresser à la mairie.

Au détail, en s'adressant au chantier de bois, 28 avenue Fontaine Argent, à 1,25 fr le décalitre et 2,25 fr le double décalitre".

Le 6 février, on peut lire, dans Le Petit Comtois, que des "garnements" ont volé du charbon à la gare de la Mouillère. Et ce ne serait pas la première fois!

Nous aurons l'occasion de revenir sur l'histoire de cette école plus que centenaire puisque la première rentrée scolaire eut lieu le 2 octobre 1911...

 JCG

16 février 2019

Qui se souvient de la médecine du travail installée rue de la Viotte, aux Chaprais ?..

Ils doivent être tout de même  nombreux, les bisontins, à se souvenir que les locaux de la médecine du travail ont été situés, durant de nombreuses années, au 16 rue de la Viotte, aux Chaprais

medecine du travail 4 vue géné 1978

Car, en 1978, il y a donc un peu plus de 40 ans  date de l'inauguration des locaux construits à cet usage, quelques 40 000 salariés bisontins et du Doubs étaient "...confiés à la surveillance de la mèdecine du centre : 8 médecins à temps plein, 2 à mi-temps et 2 à plein temps dans le haut Doubs, et ce pour 2 800 employeurs".

médecine du travail accueil 5

L'accueil en 1978

Un article paru dans le journal l'Est Républicain, le 20 juin 1978,rendait alors compte, quelques jours, de l'inauguration de ces locaux et livraient ces chiffres.

medecine du travail 3

On apprend également, à la lecture de cet article non signé, mais illustré des photos de Bernard Faille, que l'association comtoise de médecine du travail fut créée à Besançon en 1943 et son premier président, qui assistait d'ailleurs,  en 1978,  à l'inauguration des nouveaux locaux de la rue de la Viotte, était M. Maurice Coulon.

En 1978, le président est M. Michel Bourquenez qui déclarait alors : "Si les effectifs des salariés ont augmenté de 6% chaque année, depuis 20 ans, en revanche le nombre de salariés confiés à chaque médecin a régulièrement diminué pour s'établir aujourd'hui à 3 200 salariés par médecin, soit un nombre inférieur de 15% à la moyenne nationale".

médecine du travail 5 M

Au centre : M. Bourquenez

Il est également précisé que "l'association outre l'immeuble de la rue de la Viotte utilise (alors) quatre centres médicaux annexes (celui du marché sera entièrement rénové cette année), deux centres médicaux mobiles et cinquante centres dans les entreprises, soit au total 57 points d'examens (un pour 700 salariés)."

Ils seront naturellement moins nombreux, les bisontins à se souvenir que cette médecine du travail était installée, à l'origine, en 1943, dans des locaux rue de la Liberté. A quel numéro ? Difficile à dire.L'annuaire Fournier de 1936 et 1946 indique que l'inspection du travail est alors au 17 rue de la Liberté. Faut-il penser que la médecine du travail était installée là ? Difficile à dire... Car l'immeuble du n° 17 est en fait la maison de paille dont nous vous avons conté l'origine dans un article publié le 13 janvier 2018.

 

maison de P 17 rue de la Liberté

La Maison de paille, 17 rue de la Liberté

Or le règlement intérieur de cet immeuble, s'il permettait des activités libérales, dont la médecine, interdisait les radiographies aux rayons X...A moins que ces radios se déroulaient ailleurs?...Nous faisons donc appel à vos souvenirs!

Rappelons également, pour mémoire, que le petit commissariat de police des Chaprais était répertorié 16 rue des Chaprais (actuel petit bâtiment inoccupé, place de la Liberté, dont le dernier occupant fut, il y a quelques années encore, l'association des Anciens Combattants).

Si vous avez des souvenirs en ce qui concerne les services de la médecine du travail installés dans notre quartier, voire les personnalités citées dans cet article, faites nous en part. Témoignez vous aussi de ce passé récent! Nous vous en remercions par avance.

Home Services pm 01 (2)

Aujourd'hui le bâtiment est devenu un Home l'Ordonnance

 

home ordonnance

Photos Bernard Faille (mémoirevive Besançon), Alain Prêtre, JCG.

Pour faire suite à cet article, nous avons reçu, peu après sa publication, une précision historique de notre ami Guy Renaud, qui habite les Chaprais et qui connaît très bien notre quartier et notre ville. Voir ci-dessous.

Avant son installation rue de la Viotte, la médecine du travail a connu une troisième adresse aux Chaprais : 2 rue Isenbart et ce jusqu'en 1967. Voici le photo-montage explicatif réalisé par Guy.

Médecine du Travail avant 1968 (2)

 Après la démolition de ce bâtiment, et avant 1978, qui peut nous dire où se déplaça le service de la médecine du travail ?

Outre cette belle carte publicitaire sur la Gangloff permettant de situer le 2 rue Isenbart, on remarquera sur la carte postale ancienne, au 1 avenue Denfert Rochereau: les réverbères sur les trottoirs, l'enseigne et la précision Maison L. Barchet :eaux gazeuses, liqueurs et spiritueux... Sans oublier l'autre cartouche peint sur la façade de l'immeuble et indiquant : Maison horlogère franco-suisseDe nouvelles pistes de recherche en perspective! Merci à notre ami Guy Renaud!

 

J.C.G.