bordetLa belle croix de mission que l'on peut voir dans le haut du cimetière des Chaprais remonte à 1825. En ce temps là, la capitale régionale est une ville de 30 000 habitants : c'est une grande ville de garnison et un centre religieux important. Nous sommes en pleine Restauration et l'Eglise décide de lancer une vigoureuse campagne de reconquête idéologique en direction d'une bourgeoisie gagnée par le libéralisme et le septicisme (une semblable campagne avait été lancée dès 1815 dans les campagnes du Doubs).

P1000276Cet événement a été remarquablement étudié par l'historien bisontin Gaston BORDET dans un ouvrage intitulé "La Grande Mission de Besançon" publié en 1998 aux éditions Le Cerf.

Cette mission débute le 9 janvier 1825 et se terminera le 24 février par une longue procession et plantation de la croix de mission. Elle dure donc 50 jours durant lesquels une vingtaine de prêtres parisiens et comtois, tous spécialistes de l'indifférence en matière de religion, va se livrer à trois exercices religieux chaque jour, avec sermons de 1 à 2h ! Un séminariste de 21 ans, l'abbé Clerc a suivi cette mission avec enthousiasme et pris des notes sur les sermons (tous ces sermons sont analysés dans l'ouvrage de G. Bordet). Le journal du bibliothécaire Charles Weiss,  lui "atteste d'un regard ironique ou hostile sur le fanatisme en action et la retombée rapide de l'enthousiasme populaire". Quant au jeune Joseph Proudhon, né à Battant, il exprime dans ses carnets "la colère d'un collégien devant le discours de résignation que l'Eglise persiste à tenir aux pauvres".

Cette retombée rapide de l'enthousiasme populaire, dont parle Charles Weiss, s'exprime dès l'été 1830. La croix de mission alors implantée Square Castan est l'objet de tentatives de mise à bas. Et c'est le jeune maire Flavien de Magnoncourt qui, pour  mettre fin aux troubles, décida en février 1831, son transfert dans le cimetière des Chaprais. Ce qui fut fait dès mars 1831. Il faut noter que le Christ sur cette croix est en bronze. C'est CLESINGER père, sculpteur comme le sera le fils, qui l'a réalisé. Mais au départ il est trop lourd pour être fixé sur cette croix. aussi il est remplacé par Christ en bois peinturluré. Le bronze sera donc installé, plus tard, au cimetière des Chaprais.

Cette Croix est désormais d'autant plus imposante qu'elle est placée sur un piedestal lui-même édifié sur une vaste plateforme carrée sous laquelle était le déposoir des corps en attente de sépulture. Aux quatre coins de cette plateforme étaient installés des trépieds qui ont disparu (voir le dessin de Gaston COINDRE dans  "Mon vieux Besançon").

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Certains soulignent avec malice que le Christ regarde l'Eglise et les riches sépultures de la partie historique du cimetière. Mais à l'époque, il n'existait de sépultures que dans la partie haute du cimetière. Et derrière la croix était implantée une belle allée de cyprès représentée sur un autre dessin de Gaston COINDRE.

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Ci-contre, la croix de mission de 1875 implantée devant l'église Saint Martin des Chaprais.