En introduction aux deux séances du café histoire consacré à la place Flore (les 8 et 15 décembre dernier, au bar Flore), M. Christian Mourey, membre du groupe Histoire, Patrimoine, Mémoire de notre association a souligné, entre autres, le travail réalisé, à la fin du XIX° siècle par les maires de Besançon. En l'occurence Gustave Oudet qui fut maire de 1872 à 1881 (il sera élu sénateur en 1876), puis Victor Delavelle qui, lui, ne restera maire que 3 ans, de 1881 à 1884, avant de démissionner.

delavelle plaque de rue (2)

Le nom de Victor Delavelle a été donné à une rue des Chaprais. Mais, à notre connaissance, il n'y a jamais résidé. En fait on sait peu de choses sur lui. Il est né en 1826 et était notaire.Il est décédé en 1907 (la plaque de rue -voir la photo ci-dessus- indique 1919 comme date de son décès. Il s'agit d'une erreur signalée à la ville. Une nouvelle plaque a été commandée) . Il fut, dans un premier temps, adjoint au maire Louis Joseph Fernier (maire de 1870 à 1872). Et il allait, en devenant le premier magistrat de notre cité, être le premier des maires (à Besançon) se réclamant des radicaux socialistes et qui se succéderont ensuite jusqu'en 1912.

rue delavelle 3 maison agriculture

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Ci-dessus la Maison de l'Agriculture, rue Delavelle, 1915

Si une loi de 1876 (12 août) a bien rétabli les élections des maires et adjoints, par les conseils municipaux, des exceptions subsistent pour les chefs lieux de département, arrondissement et cantons: c'est le Président de la République qui nomme le maire et ses principaux adjoints choisis parmi les conseillers élus (une loi du 28 mars 1882 supprimera ces exceptions, sauf pour Paris où le premier maire élu le sera seulement en...1977).

 

 

 

Donc Victor Delavelle est nommé par décret du Président de la République Jules Grévy, sur proposition du Ministre de l'intérieur et des cultes, Constans. Et il est installé solennellement par le Préfet du Doubs, le 1er février 1881, qui déclare alors : "...C'est avec la plus grande satisfaction que j'ai accueilli le désir que vous m'avez exprimé et que j'ai présenté à la nomination de M. le Président de la République des hommes qui avaient votre confiance"...

delavelleportrait

Cette confiance n'est cependant pas totale puisque de nombreuses turbulences  devaient traverser son court mandat. Et les Chaprais en suscitent quelques unes...ne serait-ce qu'à propos des nouvelles avenues (Fontaine-Argent, Denfert Rochereau) qui doivent être créées.

Rappelons que l'année précédente, en 1880, le faubourg des Chaprais est intégré à la ville et les barrières d'octroi déplacées. Ce qui explique le nombre de pétitions adressées en 1881 au conseil municipal par les chapraisiens qui exigent d'avoir les mêmes équipements que le centre ville en matière de : pavage des rues,  construction de trottoirs, distribution d'eau potable, système d'égouts et d' éclairage public. Pratiquement aucun conseil municipal ne se réunira alors, sans que soit évoquée une question concernant les Chaprais!

Dès la séance du conseil municipal du 4 mai 1881, un incident survient. Le compte-rendu officiel indique :

"Déclaration de M. le Maire.

"Messieurs,

Des bruits ont été répandus d'après lesquels je suis représenté comme possédant aux Chaprais des surfaces de terrain importantes, soit par moi-même, soit par les miens, soit en société avec d'autres propriétaires, et la conséquence qu'on est amené à en tirer, c'est que j'aurais intérêt à me prononcer en faveur de tel tracé plutôt que tel autre dans les questions de chemins ou de nouvelles voies à ouvrir dans cette partie de la banlieue.

Je tiens à déclarer devant vous mes chers collègues, que ces bruits ne reposent sur aucun fondement sérieux. Il est bon que vous sachiez,- il faut que je le dise une fois pour toutes, non pas pour me défendre contre des insinuations que je méprise, mais parce que mon action comme administrateur et la vôtre comme assemblée délibérante doivent être dégagées de tout soupçon de partialité, - que je ne suis propriétaire ni directement, ni indirectement, d'aucun terrain aux Chaprais, ni à la Butte, et que dans ces deux parties de la banlieue je n'ai aucun intérêt personnel de quelque nature qu'il soit."

Le Conseil accueille cette déclaration de M. Delavelle avec la respectueuse sympathie que commandent des scrupules aussi légitimes et aussi honorables."

Et le conseil reprendra ses travaux.

C'est  en décembre 1881, sous Victor Delavelle, que 24 des principales rues des Chaprais sont enfin officiellement  baptisées.

delavelle plan 1 vertical

delavelle plan 2 modifié

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ces plans établis en 1883, on constate le développement des Chaprais

 

Alors, pourquoi Victor Delavelle démissionne 3 ans plus tard en 1884 (année qui voit l'achèvement de la fontaine Flore)?

En 1884 (24 août), lors d'une séance du conseil consacré à l'examen des finances, le rapporteur de cette commission (présidée par le maire) relève des irrégularités "qui n'entraînent en aucune façon, la responsabilité même morale de l'Administration de la ville, mais qui, selon le désir de la commission, ne devront pas se reproduire pour les exercices ultérieurs".

En cause, les services de la voirie. "...Vous avez à ce titre des dépenses considérables votées et payées dont l'emploi a eu lieu sans aucun contrôle possible, sur les simples désignations des agents"...

Aussi, face à la fronde d'une partie du conseil municipal, "M. le Maire engage le Conseil à changer l'Administration s'il n'a plus confiance en elle".

Le compte administratif est cependant approuvé. Mais Victor Delavelle démissionne une première fois.

Le 5 septembre 1884, il est procédé à l'élection d'un nouveau maire, conformément à la loi de 1882. Victor Delavelle est réélu au 2° tour de scrutin par 14 voix contre 10 à M. Bouvard. M. Nicolas Bruand est élu 1er adjoint. Mais la crise ne semble pas apaisée pour autant. Et lors des conseils municipaux des 24 et 25 septembre, puis du 1er octobre 1884, Victor Delavelle figure parmi les absents excusés. De nouveau démissionnaire, c'est son premier adjoint qui est élu maire de Besançon. Il était alors le doyen d'âge du conseil (72 ans). Victor Delavelle restera tout de même au conseil municipal jusqu'en 1888 (même s'il n'y siégera plus dès juillet 1887). Il présidera même la commission de l'administration et celle des finances.

C'est sous son mandat que naîtra le journal Le Petit Comtois,dont le premier n° paraît le 1er août 1883.

petit comtois n°& 1 08 1883)

Il est fondé par son beau-frère, l'avocat Jules Gros, qui sera député du Doubs de 1885 à 1889. Victor Delavelle est partie prenante de ce nouveau quotidien qui affiche en sous-titre : Journal républicain démocratique quotidien.Ce journal, racheté ensuite par la famille Millot, était en fait le porte parole du parti radical socialiste de l'époque. Il se caractérisait par un anticléricalisme virulent.  Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point lorsque nous évoquerons la famille Millot et les Chaprais.

Ajoutons que Victor Delavelle comme plusieurs de ses successeurs étaient des membres éminents voire des responsables de la loge maçonnique bisontine Sincérité, Parfaite Union et Constante Amitié Réunies, loge qui était alors très influente.

Quant à Nicolas Bruand, maire de 1884 à 1888, nous aurons l'occasion de reparler de lui puisque, comme Victor Delavelle, une rue des Chaprais porte également son nom.

 Sources : archives municipales.

Se reporter également au billet écrit le 24 janvier 2015 concernant la Maison de l'agriculture rue Delavelle et à l'article publié sur le site de l'association sur la rue Delavelle.

Et pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année, cette photo réalisée par Alain Prêtre, de la place Flore illuminée. Bonnes fêtes à tous.

 

flore illuminée