Samedi dernier, c'était la fête traditionnelle du quartier des Chaprais dans le parc de la rue de l'Eglise. Ce parc, comme le rappelle une plaque apposée à l'entrée, a été donnée à la ville par M. André Millot. Et ce en souvenir de sa famille qui a habité pendant plus de 250 ans dans notre quartier et qui fut propriétaire du quotidien Le Petit Comtois.

andre millot photo 2

André Millot est né à Besançon le 19 mars 1913, villa des Iris, rue de l'Eglise (décédé à Paris le 7 février 1999).

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Son grand-père, Jean Millot (1843-1922), s'était associé à son frère Georges (1845-1903), tous deux travaillant dans une imprimerie, afin de fonder, en 1882, une imprimerie artisanale typographique au 7 square Saint-Amour. Elle sera ensuite transférée au 20 rue Gambetta. Imprimeur du journal Le Petit Comtois, dont le premier numéro parut le 1er août 1883, sous la direction de Jules Gros, ils rechetèrent ensuite ce journal par divers actes se succédant de 1886 à 1903.

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millot frères imprimerie

Le père d'André, Louis (1884-1967) fit construire la villa des Iris en 1910, sur un terrain acheté par sa famille. Jusqu'alors, la famille Millot habitait en face, au 62 rue de Belfort, maison aujourd'hui disparue (l'emplacement est occupé par la station d'essence). Il avait repris la direction du journal jusqu'à la diparition de ce quotidien en 1944.

 

André Millot

C'est donc André Millot qui donne donc son parc à la ville, en 1978. Mais qui est ce fils de Louis Millot ?

parc des chaprais (2)

Tout d’abord notons qu’il a un frère aîné, Jean, né en 1911, au 6 rue de l’Eglise, qui dirigera longtemps une publication du groupe familial La France Horlogère jusqu’à sa fin tragique en 1986.

france horlogere

André a commencé ses études au lycée Victor Hugo à Besançon. Puis, avec son frère Jean, des études de Droit, à Paris. Ils habitaient alors un logement qui est resté dans la famille, rue Beaubourg. Etudes suivies de  trois années à l’Institut des Sciences Politiques de Paris dont il sort major.  Durant deux années il effectue des séjours comme auditeur libre dans des universités et instituts à Fribourg, Londres, Milan .A l’étude des langues, il ajoute l’histoire de l’art. Sa formation culturelle, linguistique, politique est donc très importante. Il semble avoir été éduqué, formé pour succéder alors à son père Louis, à la tête du Petit Comtois. Les événements en décideront autrement. Si quelques années avant la guerre, il entre à la rédaction du quotidien régional, dès la déclaration de la guerre il est mobilisé et affecté à l’Etat Major du 7° corps d’armée, puis à la 2° division légère de cavalerie comme aspirant. Démobilisé après l’armistice, il rejoint Le Petit Comtois. Mais l’équipe est extrêmement réduite. L’édition ne compte plus que 4 pages, voire deux en 1943. C’est le temps de la publication obligatoire des communiqués officiels qui émanent des administrations de l’Etat Français ou des autorités occupantes allemandes. Le temps du contournement de la censure des articles à double entente, du soutien moral à la population. Il va, dès 1943,  participer activement au mouvement clandestin ORA (Organisation de Résistance Armée), cellule Domergue du groupe Libération, est-il précisé dans un article publié dans La France Horlogère à l’occasion de son décès. Il semble qu’il passait des messages, de l’argent, des informations. Une perquisition sera effectuée par les allemands au domicile familial du 6 rue de l’Eglise. Mais ils n’ont rien trouvé. Arrêté à Besançon au titre du STO (Service du Travail Obligatoire), il s’échappe en zone libre et rejoint Villars les Dombes où la famille possède une maison. C’est en 1943 qu’il se marie avec une cousine germaine.

A la libération Le Petit Comtois ayant cessé de paraitre sur ordre des autorités allemandes le 22 mai 1944, il ne parvient pas, cependant, à obtenir l’autorisation de reparaître. André Millot se retrouve donc sans emploi. Un ami lui indique que le Ministère des Affaires Etrangères recrute alors d’anciens résistants. Il commence donc une carrière dans l’administration centrale. Puis il occupera divers postes en Europe avant d'être nommé Ambassadeur de France en Albanie peu avant sa retraite en 1974.

A la mort de son frère Jean, il s'occupera de la rédaction de La France Horlogère, sa fille, Isabelle en assumant la direction jusqu'à sa disparition en 2008.

france horlogère une revue

L'année prochaine, les chapraisiens seront invités, dans le cadre de la fête des Chaprais, à honorer la mémoire d'André Millot, à l'occasion du 40 éme anniversaire de la donation de ce parc.

 

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 Sources : Famille Millot, Le Petit Comtois, France Horlogère, Roger Chipaux.