Lors du dernier café histoire que nous avons organisé, une participante a attiré notre attention sur la tombe d'un membre lointain de sa famille, M. Tripard. En fait ce sont deux tombes jumelles, surmontées de croix en pierre, que l'on aperçoit aisément dès l'entrée du cimetière, rue de l'Eglise, car sont enterrés là M. Tripard et son épouse.

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Sur la stèle funéraire on peut lire ceci :

Ci git

Constant TRIPARD

Conseiller honoraire à la Cour

de Besançon

Chevalier de la Légion d'honneur

décédé à Arceau

le 10 septembre 1884

âgé de 72 ans.

Il mourut en pardonnant

Fiat volontas tua!

Cette dernière citation latine signifie tout simplement : Que ta volonté soit faite!

Tripard

Pourquoi cette inscription énigmatique : il mourut en pardonnant....

La réponse se trouve dans Le Petit Comtois daté du 3 septembre 1884.

petit comtois titre

Sous le titre :

" Le double assassinat d'Arceau

Un crime horrible a été commis dimanche dernier dans le village d'Arceau, situé à environ 15 kms de Dijon.

M. Tripard, ancien conseiller à la Cour de Besançon, avait eu, en 1873, à diriger les débats de la Cour d'Assises dans une affaire de meurtre.

L'accusé, Hippolyte Marquis avait tué à coups de bâton dans une rixe, un de ses adversaires.

Reconnu coupable avec circonstances atténuantes, cet homme avait été condamné à 5 ans d'emprisonnement et en sa qualité de président M. Tripard avait prononcé la condamnation.

Marquis avait gardé à ce magistrat une haine profonde et avait juré de se venger.

Il sortit de prison en 1880 et son premier soin fut de rechercher M. Tripard. Ayant appris qu'il avait fait valoir ses droits à la retraite et qu'il habitait avec sa famille le village d'Arceau, Marquis vint se loger l'année dernière dans cette locakité et travailla chez plusieurs cultivateurs en attendant un moment favorable pour mettre à éxécution sezs sinistres projets.

Cette occasion ne s'étant pas présentée Marquis disparut ujn certain temps; mais vendredi dernier, il revint à Arceau et occupa sa journée, aisi que la suivante, à surveiller son ennemi.

Dimanche matin, il se rendit à l'église où M. Tripard entendait la messe en compagnie de son fils aîné.

Marquis attendit que tout fut terminé et lorsque M. Tripard reprit le chemin de la maison, il le suivit de loin.

Arrivé près de la porte, Marquis tira de sa poche un revolver et fit feu deux fois à bout portant.

Le vieillard tomba; au bruit des détonations, M. Tripard fils qui précédait son père de quelques pas se retourna et s'élança vers l'assassin; mais celui-ci lui déchargea son arme en pleine poitrine et le malheureux tomba raide mort.

Plusieurs personnes accouraient en ce moment. Marquis profitant de l'émotion générale, prit sa course à travers champs mais des chasseurs se mirent à sa poursuite et l'un d'eux, M. benoit, ex-maire d'Arceau, l'arrêta en le menaçant de son fusil.

Pendant que l'on transportait dans sa chambre le corps de M. Tripard fils, d'autres personnes prodiguaient leurs soins au père qui respirait encore; mais l'état de ce dernier est à peu près désespéré, car il a reçu dans le dos deux balles qui n'ont pu être extraites et qui ont causé dans l'organisme des lésions très considérables.

Hier matin ont eu lieu les obsèques de M. Tripard fils mais auparavant Marquis a été confronté à sa victime.

L'assassin est écroué à la maison d'arrêt de Dijon.

M. Tripard ainsi que toute sa famille jouissait de l'estime et de la sympathie de tous les habitants d'Arceau. Aussi ce double crime a-t-il provoqué dans la région une émotion profonde et une indignation générale."

 

Tripard 3

 

Nous pouvons lire la suite dans Le Petit Comtois du 12 septembre 1884. Il est annoncé le décès (le 10 septembre) des suites de ses blessures, de M. Tripard et précisé que son corps ainsi que celui de son fils seront ramenés à Besançon, par le train de Dijon. Une cérémonie funéraire a été organisée à l'église Saint Martin des Chaprais.