Le premier épisode des souvenirs de M. Jules Devernay nous avait conduit, en juin 1940 jusque dans le nord de la France, où, après la défaite française, il rejoint sa famille.

Enfin rentré chez moi, tout serait au moins fini, j’aurais pu aussi faire une collection de timbres, avec les timbres de textile qu’on appelait points, de ferrailles ,de pain, de matières grasses, de sucre (qu’on appelait tickets) mais… c’était comme les Emissions des Emirats d’Arabie ou autres "émissions pirates", il y en avait en quantités limitées de tous les modèles ,de toutes les couleurs et ils se vendaient très chers au marché noir, parce qu’il étaient rares. Des mauvaises langues, (et il y en a partout) disaient même que certains faisait leur beurre avec ! Ce qu’il y a de certain c’est qu’au moins un de ces timbres est resté témoin de cette époque et qu’il est catalogué en France même. Il s’appelait « Timbre de Ravitaillement » et servait à affranchir les questionnaires ; il fut régulièrement oblitéré.    

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J’étais donc heureux d’avoir retrouvé mes parents, bons marcheurs aussi et malgré les quelques 250 kms faits à pied, pas à cheval ni en voiture, mais parfois à plat ventre, sur mes genoux, dans la position de l’autruche qui cache sa tête, et même au pas de course olympique, j’avais enfin atteint le but ??

La guerre était au moins finie…c’était tout au moins ainsi que le croyais, mais…

Vers le début du mois de Juin, je me rends à la mairie de mon bled pour ne pas trop torpiller les tickets de ravitaillement de mes parents et ne plus en acheter au marché noir, mais me voilà fiché (je ne m’en fichais pas, je vous l’assure) surtout que l’on commençait à parler d’une nouvelle race « les collaborateurs ». Ah ! Pour mon compte je peux dire qu’ils ont contribué à mon voyage à POZNAN. Je fus « donné » comme étant un militaire d’active, car vous pensez bien que, contrairement aux ordres affichés par les occupants, je m’étais bien abstenu d’aller les saluer et de leur demander des nouvelles de leur santé !!

Mais voici que le 15 Juin, deux gaillards, tout de vert habillés….portant, comme les vaches qui ont remporté un premier prix dans un comice agricole, une énorme plaque de ferraille au cou peut être aussi pour se préserver des coups de froid sur la poitrine, enfin, je ne sais pas...) se présentent chez mes parents.

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Ils avaient aussi sur la tête une énorme marmite, qui ressemblait à celle qu’avait ma grand-mère pour faire ses confitures, à la seule différence que de chaque côté de leur marmite, il y avait comme les cocottes minute une espèce de petit tuyau qui, certainement, devait servir de soupape d’échappement de la transpiration intellectuelle, mais ce qu’il y a de certain, c’est que… çà ne sifflait pas !

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Je ne les ai pas vus, ayant été prévenu par un ami qu’ils faisaient des visites de politesse dans le coin, aussi j’étais allé faire un petit tour au bois. Ils furent très polis, paraît-il, et n’étaient venus que pour traiter un marché. Ce marché (pas commun) était du genre des gaziers qui le proposaient : si je ne me rendais pas le jour même à la Kommandantur de Roubaix, avec 2 jours de vivres, une couverture et surtout une bonne paire de godasses, ils embarquaient purement et simplement mes vieux parents.

J’étais encore jeune et célibataire, mes parents comptaient plus que moi, je décidai donc de me rendre à leur « très aimable » invitation, mais cette histoire de godillots me chatouillait la plante des pieds, car la marche, j’en avais « plein les bottes » ! Enfin, après les adieux, je pris mon courage à deux mains et repartis… à pied, bien sûr.

Suite le samedi 12 août 2017.....