Nous ne pouvions pas ne pas évoquer cette période de l'histoire. Ici, un chapraisien, Alain Prêtre se souvient de Mai 68! Alain Prêtre a écrit plusieurs articles sur ce blog, consacrés à Kelton, au sculpteur Laethier et à notre contemporain Paul Gonez; il nous a fait part de ses souvenirs concernant Johnny. Il a réalisé de nombreuses photos afin d'illustrer les articles parus.Aujourd'hui il nous fait le récit de son mai 1968. Qu'il en soit remercié.

Si vous aussi, habitant des Chaprais,vous avez des souvenirs, des anecdotes sur Mai 68, faites nous en part. Nous les publierons volontiers!

 "En mai 1968, je n’avais pas tout à fait 20 ans...

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Alain Prêtre au Valdahon hiver 68/69 (DR)

Incorporé depuis le 1er mars au 19e Régiment du Génie à Besançon, dès le début des événements de 1968, nous avons été consignés dans la caserne.

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Insigne du 19° Régiment du Génie

(source wikipedia)

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Insigne de la 1ère compagnie (à laquelle appartenait Alain) du 19° régiment de Génie

Certains appelés avaient manifesté en tenues civiles, dans les rues de Besançon et s'étaient fait raccompagner par la gendarmerie... dur, dur... Nos transistors nous avaient été confisqués, les journaux et l'accès à la cabine téléphonique... interdits. Je me souviens, à l’époque, avoir lu en cachette un numéro du « Canard Enchainé » que m'avait généreusement prêté un gradé de mes amis.

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Nous n'avions que les informations que voulait bien nous donner l'armée. On racontait que les « Bolchéviques voulaient renverser le Général De Gaule et que des éléments étrangers semaient la pagaille dans nos rues.

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Manifestation dans les rues de Besançon sur le thème ; "L'ordre, c'est nous"!

(Photo Bernard Faille. Site Mémoirevive ville de Besançon)

J'étais en formation Radio et nous avions mis en place une permanence d’écoute au bâtiment des transmissions. Souvent c'était des messages en morse, de radios amateurs, liés à des commandes ou livraisons de matériels.

Une nuit, certains de mes camarades ont été réquisitionnés pour monter des fils de barbelés sur les murs extérieurs de la Préfecture du Doubs. Et, un matin, j'ai aperçu un avion, à très basse altitude, survoler la caserne et jeter des billets en abondance. Certains officiers de l'état major sont sortis rapidement du bâtiment pour ramasser ces feuilles. J'ai compris un peu plus tard, que le pilote avait confondu la cour de la caserne avec le site des Compteurs situé un peu plus loin.

Et c'est au cours de ce mois de Mai, que j'ai appris qu’un convoi de nuit, se préparait pour rejoindre Paris. Rien ne filtrait, motus, nous ne savions rien, pas plus la date que l'heure de notre départ... L'armement avait été chargé, ainsi que nos paquetages. Et un soir, tout s'est précipité et notre convoi est parti. Un grand moment pour moi! J'avais une place de choix, dans la jeep du Capitaine, entre mes postes de Radio. Et le voyage fut long jusqu'à Versailles. Là nous y fumes cantonnés et consignés « Révolution oblige ».

J'ai appris un peu plus tard que notre mission se déclinait comme suit : le transport des Parisiens dans les camions militaires;

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Transport des civils...

le ramassage des ordures au volant des véhicules de la ville;

mai 68 poubelles

 

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       Les poubelles dans les rues de Paris

 

 

A Besançon, ce sont des grèvistes  volontaires qui

ramassent les poubelles (photo Bernard Faille Mémoirevive).

 

la remise en état des chaussées dépavées notamment dans le quartier latin.

mai 68 rues dépavées

 

mai 68 ramassage pavés

 

 

 

 

 

 

 

Mai 68 à Paris : la construction des barricades

 

 

 

Les militaires ramassent les pavés des barricades

J'ai gardé d'excellents souvenirs de cette escapade parisienne, même si je n'ai jamais quitté notre casernement, moi qui rêvais de voyages... J’étais d'astreinte au poste de transmissions. Le positif de cette situation était de trouver des gradés totalement différents. Plus proches, plus solidaires, plus familiers avec nous. Nous étions d'un coup comme intégrés et non plus de passage.

Environ deux mois après, nous rentrions à la caserne Vauban à Besançon.

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La caserne Vauban hiver 68/69 (Photo A. Prêtre DR)

 

Le 15 octobre suivant, je repartais en train pour Maison Alfort afin de rejoindre un escadron de la gendarmerie. Avant de partir sous les drapeaux, j'avais, sur les conseils de ma mère, effectué à Besançon une série de test à la gendarmerie de Tarragnoz. Les épreuves ne s'étaient pas trop mal passées. Il faut souligner que mon grand père maternel était dans la police avant de se faire tuer le 7 septembre 1944 à Besançon, je pense que maman désirait fortement que j'y fasse une carrière ... Début novembre, contre-ordre ministériel, on me renvoie à Besançon avec une permission de 72h Je n’avais pas l'habitude des trains et j'ai sauté dans le premier Omnibus pour Besançon et j'ai dû, je m'en souviens, mettre 6h, pour rejoindre la capitale Comtoise...

J'étais impatient de revoir la famille.. Le lundi suivant, j'avais des copains au bureau de l'état major, je passe les voir pour leur annoncer la nouvelle et ils me conseillent de rester chez moi, car le contre-ordre du retour n'était pas parvenu aux autorités, donc j'étais libre. Et pendant 20 jours, je passais régulièrement aux bureaux, histoire d'avoir des nouvelles de mon retour et un lundi, le contre-ordre venait d'arriver; donc j'ai rejoint la caserne le soir même. Ma mère, à qui j'avais raconté, la petite magouille, me traitait de déserteur et craignait à tout moment de voir arriver les gendarmes..."

Alain Prêtre

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Alain Prêtre à Tavaux 1969 (DR)