M. Alain Prêtre, chapraisien, qui a publié à plusieurs reprises des articles sur ce blog, évoque, à l'occasion du centenaire de la mort de G. Gyunemer, la figure de son grand oncle, Henri Prêtre.

Le 11 septembre prochain, il y aura cent ans que le Capitaine Georges Guynemer, disparaissait au dessus de Poelkapelle (Belgique). Un héros légendaire tombé en plein ciel de gloire, un symbole pour tous les aviateurs.

guynemer photo

G. Guynemer (photo collection Ronan Furic DR).

Henri Prêtre était pilote à la SPA 67 (une des escadrilles des Cigognes)  il fut son compagnon au moment des plus durs combats de la guerre 1914-18.

Il a été l'un des premiers à apprendre sa mort. Sur son carnet de vol, à la date du 11 septembre 1917, l’adjudant  Henri Prêtre avait écrit '' Guynemer n'est pas rentré . Attendons ''. 

Au printemps 1916, sur le terrain d'aviation de Dijon Longvic, Henri Prêtre, maréchal des Logis au 26e Dragon, élève pilote , assistait en tenue de vol à la présentation  du premier drapeau de l'aviation française . Le porte drapeau s'appelait le sergent  Georges Guynemer. 

Plus tard, l'adjudant Prêtre et le lieutenant Guynemer se retrouvèrent souvent à Verdun, sur la Somme et bien ailleurs '' Je lui ai tenu son aile une fois à l’atterrissage; une autre fois son moteur chauffait , j'ai aidé au dépannage . On a patrouillé ensemble..'' 

Quand Guynemer a disparu, il avait la poisse depuis quelques semaines avec le moteur de son Spad. Guynemer, on l'admirait : il attaquait toujours le premier. Il n'avait pas peur de la mort. Quel homme ! Quel cran ! Et puis Guynemer, c'était aussi un saint. S'il pouvait, tous les matins il assistait à la messe.

Guynemer et le vieux Charles (2)

H. Prêtre, G. Guynemer et le vieux Charles....

Le 11 septembre 1917, ce fut le grand silence. Pas de nouvelles de Guynemer. Et Henri Prêtre de nous confier dans ses mémoires : 

" Nous n'avions pas le droit, mais avec trois copains on est parti survoler l'Allemagne. C'était défendu. Mais on voulait savoir si on le reverrait. Alors on a lancé un papier (eux aussi, ceux d'en face, nous en jetaient parfois pour demander des nouvelles de leurs disparus).

Et par le même moyen un message clandestin nous est parvenu 20 jours après ; il se résumait à deux mots en allemand '' Guynemer écrasé ‘‘. D'habitude la formule aurait été '' Guynemer mort ''

Quelques jours après, au moment du salut au drapeau, alors que nous étions rassemblés, on a entendu un ronflement de moteur, un avion est passé au dessus du terrain, quelque chose est tombée à nos pieds. C'était un bouquet de roses rouges avec une carte de visite Manfred von Richthofen".

 Quand le capitaine Guynemer disparut Henri Prêtre comptait déjà une victoire et deux citations, Il avait frôlé la mort de près, de très près, Son audace, sa modestie, son courage le classaient dans les sujets d’élite, ont écrits ses chefs. Peu de temps après Guynemer, un as de l’escadrille, Bayliss trouvait la mort en plein ciel, mais pas au combat! Pourtant, le hasard avait voulu que l'adjudant Prêtre parte avec lui. Il leur fallut monter très haut en altitude, à plus  de 7000 m. Babyliss tomba au sol. "Manque d’oxygène, j'en suis sûr", affirme l'ancien des Cigognes  qui, lui, résista.

Henri Pretre 01 (2)

Henri Prêtre

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Henri Prêtre

 Laissons lui raconter aussi comment le lieutenant Bozon , coéquipier attitré de Guynemer , crut ne jamais le revoir: " Il était revenu seul car l'adjudant Prêtre venait d'avoir son Spad culbuté par un obus qui lui coupa une partie de son fuselage". Et Henri Prêtre de préciser : "Alors mon moteur se mit à bafouiller. Je passe à deux mètres  au dessus des tranchées allemandes. J'étais foutu . Je ne m'affole pas . En un quart de seconde, voilà mon moteur qui reprend. Je monte ! Une percée.. Dans les lignes ennemies, quelle panique! Des centaines et des centaines d'hommes avaient eu plus peur que moi..J'ai pu me poser sur la plage . Il y avait un trou dans le fuselage. On me croyait disparu . Bozon avait annoncé '' Prêtre , on ne le reverra plus ; il a pris un obus '' Après les retrouvailles , le lieutenant Bozon lui fit promettre : '' Guynemer n'est plus là ; je veux que tu travailles avec moi '' Il en fut ainsi jusqu'en 1918.

Henri Prêtre, sous officier pilote, cinq citations, six victoires officielles (il avait en réalité onze victoires) fut démobilisé avec deux galons et décoré de la Légion d'honneur. Il revint dans son village de Vregille, retrouva sa terre, se maria, exploita une sablière, acheta une ferme et devint maire de son petit village sans se douter qu'un jour, sans ambition politique, il irait siéger au Palais du Luxembourg en tant que  sénateur. Il y est resté 21 ans.

henri pretre carte pilote

La carte de pilote d'Henri Prêtre

Une anecdote, qu'il m'a confiée il y a quelques années : en mission parlementaire, il a été amené à prendre le Concorde, pour un voyage aux Etats Unis. Subitement, une envie le prit, il demanda à l'hôtesse si elle pouvait l'accompagner au poste de pilotage et là il a demandé au pilote s'il pouvait un court instant prendre sa place …  Bien sûr, il lui expliqua qu'il avait été pilote sur Niewport et sur un  Spad 7 C pendant la première guerre mondiale. Le pilote accepta de bonne grâce  et il  put mesurer les avancées technologiques de notre époque. Quel beau souvenir ! me confia t'il.

Lors de ses obsèques, à 91 ans, deux mirages de la base de Luxeuil ont survolé, pendant la cérémonie, le village de Pin l'Emagny  ultime clin d'œil à l'ancien As de la patrouille des Cigognes.

 

Photos archives familiales (tous droits réservés)

Texte  ''mes mémoires'' Henri Prêtre,  son petit neveu Alain Prêtre