Le 10 juin 2017, nous publions sur ce blog, les souvenirs de M. Pierre Brendel qui travailla longtemps dans différents garages des Chaprais. Il avait déjà brièvement évoqué son passage au Véhicule Industriel. Depuis, la bibliothèque municipale nous a transmis ces quatre clichés en noir et blanc de M. Michel Meusy. Et ce afin d'identifier le garage alors photographié. M. Brendel l'a reconnu aussitôt et a identifié différents mécaniciens apparaissant sur ces photos. Voici son témoignage précieux. Qu'il en soit vivement remercié ainsi que Madame Meusy qui nous a accordé l'autorisation de publier les photos de sonpère.

Ce garage a vraisemblablement été crée dans les années 1930, par Monsieur René Guinot, originaire de la ville de Tonnerre dans l’Yonne.

 

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Il était situé, au n°20 de la rue de la Rotonde, de suite à droite après la rue du Château Rose.

En entrant dans la cour, les garages vous faisaient face, à gauche étaient situés les ateliers et le magasin ; sur la droite, les services administratifs, (standard téléphonique, comptabilité, secrétariat, et le bureau de Monsieur Guinot).

C’était donc le patron, et en plus, il était le président de la chambre syndicale de l’automobile, et à ce titre, écrivait un éditorial dans le journal « LISEZ- MOI ».

Je suis rentré dans ce garage en 1958, et y resterai jusqu’en 1997, date de mon départ à la retraite, mais entre ces deux dates beaucoup de choses se sont passées !!!

C’est dans la presse locale, que j’appris que ce garage cherchait un magasinier. Complètement libre à ce moment, et étant demandeur de cet emploi, j’ai sollicité un rendez-vous pour postuler à cet emploi.

Le lendemain, je me suis présenté, et fut introduit par la secrétaire, auprès de Monsieur Guinot.

La première de ses questions fut :

« Comment tu t’appelles ?

J’annonçai mon patronyme et mon prénom.

- Quel âge as-tu ? » 

Ce sont les seules questions qui me seront posées.

Il reprit, « … j’ai connu chez Thieulin, une personne de ce nom, c’est un de tes parents ?

(Tiens, il avait comme moi, fait ses classes dans ces établissements !!)

Je répondis très fier : «  oui, c’est mon père ».

 

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Après cet échange, je m’attendais à des questions sur mes états de services et mes diplômes, il n’en fut rien. La seule question qui vint ensuite c’est :

« Tu peux commencer quand ?

Je fus complètement déstabilisé par cette question, et je répondis:

Immédiatement. 

- Je pars aujourd’hui pour Paris, reviens demain à 8 heures, on fera le tour du garage, et ensuite tu pourras commencer à travailler. ».

Il faut dire que cet homme, était pétri de paternalisme et de bonhomie. (Cela a bien changé aujourd’hui).

 

Que faisait-on dans ce garage ? Beaucoup de choses !!!!

À cette époque, il y avait encore peu de pièces détachées, et elles étaient très chères ; l’ère de la série, n’était pas encore née ; donc il fallait réparer, encore et encore.

Des tourneurs, forgeron, outilleur, peintre, carrossier, mécanicien, diéséliste, motoriste, électricien etc.

On voyait encore dans les ateliers, les camions Américains, laissés sur place à la fin de la guerre (Dodge, Gmc, Mack, Ward la France, Jeep).

C’est pas moins de 25 mécanos qui œuvraient dans ce lieu, avec des conditions de travail très difficiles (dantesques dirait-on aujourd’hui).

Pas de chauffage en hiver, pas de douches, et que de l’eau froide, pour espérer se décrasser un peu.

Quand les véhicules ne pouvaient pas rentrer dans le garage, par suite de leur hauteur, les interventions devaient se faire dans la cour,(réparer les suspensions, dans la neige et le froid, dans les flaques), un travail de forçat !!!

Dans ce garage, un amoncellement d’huiles, de graisses, de cambouis, rendait silencieux tous déplacements des mécaniciens, et leurs vêtements de protection étaient luisants de crasse. Aussi certains samedis, c’était journée «raclette ». N’allez pas croire que cette journée était chargée d’agapes ! En effet ces samedis étaient consacrés au décollage de cambouis qui faisait corps avec le sol, 

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au moyen de raclettes emmanchées, et affutées pour l’occasion.

Et que dire, de ces épouses, mères ou sœurs, qui devaient, sans beaucoup de moyens, laver, sécher, et repasser ces oripeaux.

Je voudrais aussi vous parler de ce peintre Robert J.qui sans aucune protection, peignait les cadres de châssis des camions. Après chaque opération il nettoyait ses lunettes et son visage au trichloréthylène (impensable à ce jour et pourtant !!! )

Je me souviens de Paul N. le tourneur, de Georges C. l’électricien, d’Émile L. le préposé au point de chaînette, de Marcel B. le motoriste.

Je voudrais souligner encore une fois, le paternalisme de ce patron, à travers un témoignage. En 1958 c’st l’année de la coupe du monde, et il savait notre engouement pour le foot. Aussi, un après midi, il est passé, et nous a demandé de fermer le magasin, et de l’accompagner chez lui, pour assister à la finale ( pas pensable de nos jours ! ).

En 1964,hélas Monsieur Guinot décède au cours d’une intervention chirurgicale.Pas marié, pas de descendance, l’avenir est incertain, mais dans sa grande mansuétude, il a fait don de son garage à tous les employés et ouvriers de 10 ans d’ancienneté ( ça non plus ce n’est pas courant !... ).

Cette disparition prématurée, a été une des peines de ma vie. Car lors de mon mariage en 1963,il m’a fait un royal cadeau, en m’offrant un réfrigérateur( que ne possédait pas tous les ménages, à cette époque).

Avant sa disparition, Monsieur Guinot, avait fait construire un garage ultra moderne, juste en dessous du bowling (occupé par Cédéo aujourd’hui) et nous étions déjà dans ce nouveau lieu, lorsqu’il disparut.

Donc en 1964, c’est le groupe Blondeau, sis à Roche-lez-Beaupré, qui prend la direction du garage, et ne tarde pas, lui aussi à construire un nouveau garage à Roche-lez-Beaupré, pour regrouper en un même lieu toutes ses activités.

En 1966, la société nouvelle « le véhicule industriel « est née, plus connue sous le nom de S.N.V.I à Roche.

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Puis en 1984, le groupe Blondeau abandonne cette activité, et c’est le « Véhicule industriel Comtois « V.I.C qui prend le relais, et en 1993 nous quittons définitivement Roche, pour la zone de transports située à Besançon Valentin. Il perdure encore de nos jours.

Les quatre photos prises par le très connu photographe de Besançon, Michel Meusy, ont dû l’être en 1950, car figurent sur ces prises de vue, des collègues entrés dans la société en 1949 ; de plus le Dodge stationné porte l’immatriculation «576 T 25 ».0r ces nouveaux matricules qui remplacèrent les EK 1,EK 2,EK 3,EK 4 précédents ont été effectifs au 1 er avril 1950.

P.Brendel.

Sources : bibliothèque municipale; photos M. Michel Meusy (DR). Avec l'autorisation de Madalme Edith Meusy. tous droits réservés

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