Dans un article publié le 28 mai 2016 sur ce blog, M. Alain Prêtre avait évoqué la vie et les oeuvres du sculpteur bisontin Georges Laëthier (1865-1955), dont ses nombreux monuments aux morts édifiés après la Première Guerre Mondiale.

En cette période de commémoration, revenons un peu sur ce sculpteur -(qui avait son atelier aux Chaprais, rue Grosjean et qui est enterré au cimetière des Chaprais)- et ses monuments aux morts, et ce, sans oublier qu'un autre article également publié sur ce blog le 11 novembre 2016 concerne plus particulièrement le monument aux morts de Besançon et le Poilu que Pasche a sculpté.

laethier poilu glacis

En ce qui concerne la vie professionnelle du sculpteur, nous avons retrouvé le compte-rendu du conseil municipal au cours duquel fut décidé son embauche: c'était Le 4 novembre 1903, suite à la démission d'Albert Pasche. Au salaire annuel de 1 000 fr!

Lors de ce même conseil municipal, il est décidé sur proposition du sculpteur G. Laëthier, l'achat d'un de ses marbres, intitulé Le vieillard buvant à la source pour 3 000 fr. Et il est précisé que cette somme ne représente que le prix du marbre!!! Soit 3 fois le salaire annuel du professeur nouvellement embauché àl'école des beaux arts! Alors soit le marbre est alors d'un prix très élevé! Soit le salaire du professeur est très bas. A moins que ce ne soit les deux à la fois!

Et il faudra en fait que le sculpteur/professeur attende juin 1905 pour que cet achat soit confirmé! Et encore parce G. Laëthier indique qu'il se débrouillera pour récupérer la subvention de l'état!

Sa situation financière nous est d'ailleurs confirmée par sa petite fille qui nous a déclaré:  

En 1903 grand-père n'était pas encore marié .Il avait présenté sa statue "Le vieillard buvant à la source" en 1901 à Paris. il se marie plus tard en 1914 ....à 39 ans, et maman est née en avril 1915 ...

Ce que je sais c'est ce que me disait souvent maman "que son père a tiré le diable par la queue toute sa vie , et qu'il y a eu beaucoup de problèmes d'argent dans la maison". Grand-père déposait une pièce sur la table de nuit de ma grand-mère et lui disait "Voilà pour la nourriture " .Je ne sais si c'était pour une semaine ou 15 jours (?), mais ce que je sais avec certitude , c'est que ma grand mère faisait "marquer" chez l'épicier, et que ne pouvant payer la facture à la fin du mois ou plusieurs mois (j'ignore ?) grand-père faisait la statue de l'épicier et de ses enfants !...

Grand père n'a jamais eu de retraite et  c'est pour ça qu'il a essayé de travailler le plus tard possible à l'Ecole des Beaux Arts  (on ne cotisait pas à l'époque).Le peu d'argent qu'il gagnait, il le dépensait avec famille et amis. Il était TRES généreux .... Mais il a rencontré de gros problèmes en fin de vie pour sa santé ; il n'était pas remboursé par la Sécurité Sociale".

 

Revenons donc à la production statuaire de G. Laëthier, de monuments aux morts.

Dans une étude remarquable parue en 1998,le docteur Claude Bonnet recense 637 communes dans le Doubs en 1918. Elles ne sont plus, du fait de regroupements, que 594 en 1998. Elles ne sont plus que 528 aujourd'hui. Seules 22 communes ne comptèrent aucun mort parmi ses habitants! Le docteur Bonnet compte alors 444 monuments aux morts dans le département et 44 plaques commémoratives.

 

docteur bonet 001

 

Georges Laëthier, pour sa part, réalisa,outre le fantassin de celui de Besançon, les deux hauts reliefs identiques de la construction élevée, en demi cercle, du cimetière de Pontarlier.

 

MAM pontarlier 1

L 'architecte de ce monument aux morts du cimetière de Pontarlier est Maurice Boutterin.

C'est lui qui a imposé le sculpteur G. Laëthier

Voici ce que précise le docteur Bonnet à leur propos : "...Un poilu, celui-là dans l'uniforme de 1915, en tenue de tranchée, appuyé sur son lebel, monte une garde sans fin! Sculpté dans un style qui rappelle l'art statuaire à la mode dans l'entre deux guerres popularisé en Allemagne par Arno Breker. Très prisées par les états totalitaires, des statues de ce type, orneront à Paris, lors de l'exposition internationale de 1938, les pavillons du IIIème Reich, de l'URSS et de l'Italie Mussolinienne!".

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Pour les villes et villages de Baume les Dames, Doubs, la Cluse et Mijoux,  Frasne, Ornans, L'Isle sur le Doubs, Jougne,notre sculpteur bisontin réalisa des monuments aux morts assez différents les uns des autres.

 

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 Baume les Dames

"Les mêmes poilus hératiques se retrouvent à Baume les Dames et Doubs, postés devant une guérite de pierre limitée par des murets faisant retour. A Baume les Dames, le monument est élargi par deux panneaux de marbre portant les noms des mortsde la commune".

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Doubs

"Statue également sculptée dans la pierre à La Cluse et Mijoux, le poilu en tenue d'hiver, ganté scrute l'horizon, la main droite sur la visière du casque"

 

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La Cluse et Mijoux

"A Frasne, coulé dans le bronze, le soldat juché sur un piédestal brandit en signe de victoire drapeau et palme".

 

MAM frasnes

 

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Frasne

"A Ornans, en bronze également, le bas-relief de l'exaltation du "poilu sortant de la tranchée" se détache sur le fond clair d'une stèle en pierre de Meuse. Élevant son drapeau en signe de ralliement, le combattant héroïque, tête bandée, manches relevées s'élance à l'attaque. La bouche ouverte dans une attitude rappelant celle de la Marseillaise de Rude, on l'imagine entonnant l'hymne national pour entraîner ses camarades."

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 Ornans

Pour le bas-relief de l'Isle-sur-le-Doubs, Laëthier abandonne le genre guerrier pour une jeune femme drapée dans les plis                    d'une longue robe, "La Renommée". Elle grave dans la pierre pour les immortaliser les noms des braves morts pour la France".

 

 

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 L'Isle-sur-le-Doubs

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Monument aux morts de Jougne : vue de l'ensemble

A noter le flambeau éclairé à l'électricité!

MAM jougne 2 enfant

L'enfant du monument aux morts de Jougne

Ce monument à Jougne est revenu à 56 500f. La commune au recensement de 1926 compte alors 955 habitants. Baume les Dames ne dépensera que 35 693 F pour 3161 habitants (précisions du docteur Bonnet).

Sources : Ouvrage du docteur Claude Bonnet : "Guerre 1914-1918 Les monuments aux morts dans le département du Doubs. Le culte du souvenir ou la mémoire collective de la nation".Empreinte Editions. Extraits publiés avec l'aimable autorisation de son fils, le docteur Pascal Bonnet.

Photos DR.

Alain Prêtre et Jean-Claude Goudot