En cette période d'élection présidentielle, pourquoi ne pas évoquer les visites présidentielles successives, dans notre ville. D'autant que les Chaprais étaient chaque fois plus ou moins concernés avec l'arrivée du président de la République à la gare Viotte et, le plus souvent, un repas officiel au Casino.

Commençons donc par la première visite, celle de M. Sadi Carnot, les 25 et 26 mai 1890.

Portrait officiel de M. Sadi Carnot

 

Sadi_Carnot

 

Tout semble officiellement commencer par un voeu du conseil municipal de Besançon lors de sa réunion le 1er juin 1889.

"Le maire annonce au Conseil l'intention de faire des démarches en vue d'obtenir que la fête fédérale annuelle des sociétés de gymnastique de France ait lieu l'année prochaine à Besançon.

Le conseil approuve le dessein de M. le maire et le prie de bien vouloir entrer en pourparlers avec le Président de l'Union des Sociétés de gymnastique de France."

Cette question ne sera plus évoquée avant une réunion du conseil en date du 18 février 1890 au cours de laquelle est indiqué un marché à passer de gré à gré en vue de cette XVI° Fête fédérale de gymnastique.

Le 31 mars 1890, le mare, M. Vuillecard (1845-1902), annonce au conseil qu'il se rendra le lendemain, avec le préfet, auprès du président de la République afin de lui renouveler l'invitation de la ville à cette fête.

Mais le 19 avril 1890, sous le titre "Incident", le compte-rendu des débats du conseil municipal rapporte les propos du Maire qui indique "....pendant que je me consacrais tout entier à cette oeuvre patriotique (la venue à Besançon du président de la Républque), sans arrière-pensée, sans autre désir que d'être utile à mes concitoyens, j'étais dans la presse locale, l'objet d'attaques sans nom dirigées contre mon passé d'homme public et privé, d'attaques qu'il me sera bien permis de qualifier d'injustes et dont la violence dépasse aujourd'hui toutes limites. Tant que ma tâche n'était pas accomplie, je n'ai pas voulu déserter mon poste, et je n'ai répondu que par le silence et le dédain à mes détracteurs. Aujourd'hui, la situation est changée; tout ce que j'ai pu faire pour vous, pour la Ville, je l'ai fait : je puis me retirer avec la consolation d'avoir rempli mon devoir jusqu'au bout"....

Protestations de conseillers municipaux, mais le maire se retire. Palabres puis décision à l'unanimité :

"Le Conseil, à la suite de la déclaration de M. le Maire, l'invite à conserver ses fonctions et à mener à bien l'oeuvre qu'il a entreprise; il lui continue sa confiance".  Et le Maire, bien sûr, de revenir.

Vous pourrez lire le programme officiel de ces journées présidentielles.

 

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Tout d'abord, remarquons que le cortège des sociétés de gymnastique se forme, le 25 mai, à 15h avenue Fontaine-Argent afin de défiler en direction de Chamars. A 17h30, le cortège officiel se forme afin de se rendre à la gare Viotte pour accueillir à 18h30 le président. Pour la suite, reportons nous au compte-rendu publié par Le Petit Comtois dans son édition du 26 mai 1890.

carnot petit comtois 26 mai 1890

"A 6 h et demie, le terain présidentiel entrait en gare. A sa sortie du wagon, M. Vuillecard, maire de la ville de Besançon, lui souhaita la bienvenue et le remercia du grand honneur qu'il faisait à la ville en daignant la visiter.

Le président de la République traversa le salon d'attente, monta aussitôt dans une voiture attelée à 4 chevaux et conduite par deux artilleurs. Aussitôt l'arrivée de M. Carnot signalée, les troupes présentent les armes et une salve de cent un coups de canon se fait entendre.

Le cortège qui a conduit M. le président de la République à la préfecture était ainsi composé : un peloton de gendarmes à cheval; la voiture du président dans laquelle avait pris place M. le général de Négrier, commandant le 7° corps d'armée, M. Graux préfet du Doubs et M. Vuillecard maire de Besançon. Venait ensuite une certaine quantité de voitures dans lesquelles avaient pris place MM. Constans, ministre de l'intérieur, M. Bourgeois, ministre de l'instruction publique, les sénateurs et députés du Doubs, les conseillers généraux."...

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Une grande fête de nuit était organisée à 21h à Chamars et un bal public à 23h. Le programme du lendemain fut consacré à l'inauguration du buste de Saint Marthe à l'hôpital Saint-Jacques (ce buste sera refondu sous l'occupation puis une nouvelle copie inaugurée en 1948), des nouveaux bâtiments du lycée Victor Hugo. A 13h les sociétés de gymnastique se forment en cortège afin de se rendre à Chamars où le président proclame l'ouverture des jeux à 14h30.

A noter également le soir, les illuminations de la promenade Micaud.

La ville offrira au président une montre dont la boîte a été gravée aux armes de la ville : c'est l'école d'horlogerie qui l'avait réalisée. Il a également été relevé dans la presse l'offre d'un éventail à madame Carnot, par l'épouse du président de La Comtoise, madame Forien.

Le 27 juillet, à 9h du matin, le président part en train pour Belfort. Le voyage officiel continue.

A noter que un mois après son assassinat à Lyon en juin 1894, la ville décide de baptiser la rue des Chaprais prolongée par la rue de la Gare, avenue Carnot.

Sauf erreur de notre part, il faudra attendre 1910 pour voir de nouveau un président de la République à Besançon. Voir à ce sujet, sur ce blog,  l'article paru le 9 août 2014 et notre prochain article, la semaine prochaine.

Sources : archives municipales.

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