Lors de nos recherches concernant la biographie d’André Seurre, peintre-verrier qui est né, a vécu et travaillé dans notre quartier des Chaprais, M. André Poggio, fin connaisseur de l’œuvre de cet artiste, a découvert qu’André Seurre avait été recueilli, en 1910, par une famille du quartier, alors qu’il était orphelin de père et de mère.

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Cette famille s’appelait Midol. Léon Ambroise et son épouse Antoinette habitaient 37 rue de Belfort. Rien à voir cependant avec celui qui devait donner son nom à une rue de Besançon. Ce dernier nous informe Eveline Toillon, dans son ouvrage connu sur les rues de Besançon était « Jean-Claude Midol (1793-1872), entrepreneur de menuiserie. ». Il avait fait don de sa fortune à la ville de Besançon « à charge pour elle de remplir certains legs particuliers, et de consacrer aux pauvres le surplus de sa fortune, 100 000 francs environ ».

Léon Midol, lui,  était chauffeur mécanicien à la compagnie PLM. Lorsqu’ils recueillent l’orphelin André Seurre, au 37 rue de Belfort, les Midol ont un fils, Lucien, plus jeune qu’André. Mais tous deux élevés ensemble, se considèreront toujours comme des frères. Nous évoquerons donc dans un prochain article ce Lucien, « frère » d’André Seurre.

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A gauche, Lucien Midol aux côtés d'André Seurre qui tient la main à Alain Midol, fils de Lucien (DR)

Car, drôle de coïncidence, il existait déjà un autre Lucien Midol qui a habité un temps, lui aussi, rue de Belfort, dans une chambre mansardée d’un hôtel, alors qu’il est mécanicien au PLM.

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Lucien Midol, à gauche et son épouse, Léon Midol,son frère,  à droite et son épouse (DR)

En fait, cet autre Lucien est né, lui, le 24 septembre 1883, à Château-Chalon dans le Jura. Et Il est  l’oncle de « l’autre »  Lucien qui lui est né en 1909.

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Lucien Midol, l'oncle du second Lucien (DR)

Autre coïncidence : tous deux furent  ingénieur des Arts et Métiers ! 

Dans un livre de souvenirs publié en 1973  aux Editions Sociales, avec pour titre « La voie que j’ai suivie », Lucien Midol, décrit un itinéraire peu singulier qui force l’admiration.

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Ses études  terminées en juillet 1903, il indique :   « J’avais en poche mon brevet d’ancien élève diplômé des Arts et Métiers, c’est à dire, en pratique le titre s’ingénieur Arts et Métiers, accordé aux diplômés (la consécration de cet état de choses a été officialisée ultérieurement). »

A l’automne 1903, «...sur les conseils d’un ami, je fis une demande d’entrée dans les services de la Cie des Chemins de fer PLM : je désirais de préférence entrer aux Voies et Bâtiments. La réponse de la compagnie fut rapide, elle était affirmative quant à l’embauche, mais c’était à la « Traction » qu’elle m’offrait un emploi. J’étais appelé comme ajusteur au dépôt de Besançon au salaire journalier de 5 F. Bien que la réponse ne soit pas entièrement satisfaisante, j’acceptai. C’est ainsi que je suis devenu « cheminot » le 1er novembre 1903.

Mon installation correspondait à mes ressources : une petite chambre mansardée, louée dans un hôtel de la rue de Belfort à Besançon où je prenais mes repas. »

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L'hôtel de la Gare rue de Belfort

Son titre d'ingénieur crée une situation particulière quant à son milieu professionnel. En effet il gagne plus que les autres employés de la compagnie qui eux, pour le même travail ne gagne que 3 à 4 F par jour !

En troisième année de ses études, il s’était intéressé à la politique, achetant, le dimanche, lors de ses sorties des journaux réputés de gauche, voire socialistes. A ce sujet, Lucien Midol indique cependant dans son livre de souvenirs :

« Pendant mes premiers mois de mon séjour à Besançon, ma fièvre politique était complètement retombée. Je m’adonnais avec passion aux techniques du moment. Mon salaire était supérieur à celui de la plupart de mes camarades, j’avais devant moi un avenir confortable. Cette euphorie ne dura pas longtemps. Je repris rapidement mon activité sociale. Les élections au Conseil général du Doubs approchaient. Mes collègues de pension, ainsi que les journaux, quotidiens ou hebdomadaires, parlaient d’un candidat, un certain M. Peugeot, à Audincourt, qui se présentait comme « radical de gauche ». Cependant, certains disaient : « C’est un patron, il est contre le syndicat. Malgré son étiquette « gauche »,  il exploite les ouvriers ». Ce Peugeot était le père de celui qui dirigeait la grande firme automobile Peugeot.

Je commençais alors à mieux comprendre les questions sociales. Pour en savoir d’avantage, j’assistai à des réunions organisées par le Parti Socialiste.

Puis, brusquement, je tombe sur une explosion de la lutte de classes. Des ouvriers horlogers sont en grève ; ils manifestent pacifiquement devant une des entreprises bisontines. Le patron tire sur le cortège, il tue un des manifestants. L’émotion est grande dans la ville et gagne la région. Je comprends de suite quel est mon devoir de travailleur. Je dois me syndiquer. Mais où ? J’avais bien des conversations avec mes camarades cheminots ; mais anarchistes, ils m’entretenaient de sabotages possibles dans les PTT, mais pas de syndicat. Me syndiquer chez les cheminots me paraissait difficile. Les camarades de travail constituaient un obstacle à surmonter. Bien que très cordiaux dans leurs relations avec moi, ces collègues semblaient être jaloux de mon salaire supérieur au leur ; j’étais aussi pour eux un futur chef dont ils devaient se méfier. Ils ne me parlaient jamais de leurs préoccupations sociales, ni de syndicat. C’est pour toutes ces raisons que je fis ma première adhésion…au syndicat des horlogers. Je n’ai cependant pas reçu ma carte, soit parce que les dirigeants de ce syndicat ont jugé ma démarche ridicule –nous étions à l’époque des syndicats de métier- soit parce que mon proche départ au régiment ait retardé, puis annulé ma demande ».

Antimilitariste, il refusera, lors de son service militaire de devenir officier et restera soldat de 2° classe avant de revenir ensuite  au chemin de fer, cette fois à Dijon où il va se syndiquer.

A suivre…..