A l’occasion de la rentrée scolaire de 2004, était publié dans le n°282 de l’Est Magazine du dimanche 5 septembre 2004, supplémentde L’Est Républicain et de La Liberté de l’Est, un dossier sur, bien sûr, la rentrée des classes.

Avec, entre autres, deux pleines pages très illustrées sur l’écriture, et la plume métallique alors détrônée par le stylo plume et le stylo bille jetable.

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Et dans un article rédigé par Annette Vial, alors  journaliste à l’Est Républicain à Besançon, nous apprenons qu’une fabrique de plumes métalliques était installée, dans notre quartier, rue de la Famille. Cet article nous a été communiqué par M. Denis Arbey, féru d’histoire locale et en particulier du haut de la rue de Belfort et de la Cité Parc, puisqu’il témoigne dans cet article pour avoir travaillé deux ans dans cette fabrique (voir également  l’article relatant, sur ce blog, ses Souvenirs des années 60, publiés le 29 juillet 2017, et son témoignage après la mort de Johnny Halliday le 30 décembre 2017) .

Aussi, laissons la plume à madame Annette Vial chapraisiennes, auteur d’ouvrages dont nous avons parlés et qui nous a donné son autorisation aimable afin de reproduite l’article qu »elle avait rédigé à l’époque. Nous l’en remercions vivement.

 

 

« Des modèles francs-comtois

Une fabrique de plumes s’était installée rue de la Famille à Besançon

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L'entrée principale sur rue était réservée aux employés de bureau

En France, entre 1880 et 1960, une centaine de fabriques réalisèrent quelque 5 000 formes de plumes. Modeste, la fabrique Vaucher et Cie, sise rue de la Famille à Besançon, se contenta de mettre au point une dizaine de modèles. La 1, dure, la 2 souple, la 3 « l’écolière », la 4 « la bureau », la 5 « la secrétaire », la 6 « Spéciale ». Quatre autres étaient réalisées en acier ; « l’as des plumes », « la reine », « la studieuse », « la populaire » et deux longues et fines plumes, les vaccinostyles, permettaient aux infirmières de graver sur le bras les traits ineffaçables du BCG.

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Plumes à palettes (photo A. Prêtre DR)

La fabrique exécutait aussi des boîtes de plumes, les porte-plumes PAT (pratiques à tenir), des briquets, des distributeurs de pierres à briquet et des pointes de compas.

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Les ateliers de fabrication des plumes étaient au 1er étage

Le dernier patron de cette fabrique (dans les années 60-70), Jean Roux, céda machines et outillage à un marseillais qui les laissa rouiller dans un coin et ne les paya pas.

M. Roux aimait à raconter que, durant la guerre, pour éviter le chômage technique à ses ouvriers, il allait chercher de l’acier inoxydable, à vélo, jusque dans le Nord de la Franche-Comté. Cet homme courageux est aujourd’hui décédé, de même que la plupart des ouvriers de la fabrique.

Emotion

Restent quelques quinquagénaires qui exercèrent là leur tout premier emploi. Ainsi Denis Arbey qui travailla deux ans chez Vaucher avant de partir à l’armée. Bien que voisin, il n’est jamais revenu dans cette fabrique aujourd’hui redistribuée entre quatre entreprises et des appartements. Avec émotion, il parcourt le hall. « C’est derrière cette porte qu’il y avait la presse. Elle faisait tellement de bruit qu’on ne pouvait pas la mettre en route avant 8h du matin ». En guise de job d’été, durant les vacances 1967, il fera engager  sa sœur, Patricia, qui n’avait que 14 ans. «  C’était mon premier travail. J’enfilais les plumes au bout des porte-plumes, sans arrêter, durant toute la journée, j’avais le bout des doigts tout coupé. A la fin du mois, on m’a remis une fiche de salaire de 399 F ! ».

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M. Denis Arbey devant la porte principale

« En revoyant ces lieux, j’entends encore le bruit de la presse », fait remarquer Denis. « Là-bas, c’était le bureau de M. Jean…enfin de M. Roux. On travaillait de 7h à 12h et de 14h à 18h, 45 heures par semaine. Et le vendredi soir, c’était le grand nettoyage, il fallait que ça rutile ! Tout autant que les plumes qu’on passait dans des tonneaux de sciure pour les faire briller. Les ouvrières aguerries étaient aux presses, elles prenaient les plumes, une à une, les posaient sur le plateau et appuyaient sur une pédale pour faire tomber la forme. A une vitesse époustouflante !

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Ici, c'était la fabrication des briquets

On mettait aussi les plumes dans des boîtes, sans les compter », poursuit Patricia. « Il suffisait que la boîte soit bien pleine ». Une vingtaine d’ouvriers ont ainsi travaillé jusque dans les années 70. »

Annette Vial

Aujourd’hui, l’ensemble de cette bâtisse importante du 20 de la rue de la Famille a été transformée en appartements. M. Denis Arbey qui nous l’a présentée, se souvient qu’il était venu travailler ici après des études de comptabilité. Mais M. Roux n’avait pas voulu l’employer dans un service comptable puisque Denis n’avait pas encore accompli son service militaire. Il se souvient également qu’ils étaient 6 garçons employés pour 20 filles ! Il se souvient des briquets qu’il a fabriqués. Et, outre le nom du patron, Jean Roux, devenu par la suite un ami, il se souvient des noms du responsable de fabrication, M. Chauvelot et de M.Montavon, responsable mécanique qui habitait 5 Cité Parc des Chaprais.

Il nous précise également le salaire de sa soeur Patricia embauchée du 5 août au 6 septembre 1968, pour 216 heures au total. 196 h ont été payées à 1F80 soit  352F80; 20 h à 2F25 soit 45F. Plus une prime d'assiduité de 20F, une prime de rendement de 10F. Total brut 427F80 ( ce qui représenterait aujourd'hui, en comparaison environ 510€, 1 F de cette époque valant 1€195 actuels); total net 399F70! A titre de comparaison, à peu près à la même époque, une secrétaire à la chambre de commerce de Besançon était embauchée avec un salaire brut d'environ 700 F par mois.

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Si vous aussi vous avez souvenirs de la vie, autrefois, ou il y a encore peu,  dans le quartier, n’hésitez pas à nous joindre. Vous contribuerez ainsi à écrire avec nous la mémoire de ce quartier.

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